Déambulations numériques

Bon, ce n’est pas parce que les vacances sont désormais un lointain souvenir et que l’automne a déjà largement pointé le bout de son nez (en tous cas en termes de climat), qu’il faut se morfondre et oublier toute velléité de balades touristiques ! Sans même se limiter aux Journées du patrimoine qui ont lieu ce week-end, il y a parfois beaucoup à découvrir à côté de chez soi sans qu’on le sache. Justement, je me suis dit que c’était le moment idéal pour consacrer une série d’articles à un sujet qui m’est cher : la manière dont le numérique nous aide à arpenter le réel, ses rues, ses routes, ses chemins, que ce soit en ville ou à la campagne…

Dans cette série, je ne m’intéresserai pas trop à l’optimisation des trajets, que ce soit en termes de coût, de durée, d’économie d’énergie (non pas que ce ne soit pas important, mais j’y reviendrai ultérieurement). Je vais plutôt m’intéresser à la valeur ajoutée que le digital donne à la visite d’un lieu, à la manière dont il nous met en route, dont il renouvelle et enrichit l’expérience touristique d’un lieu, même quand il n’y a rien à voir a priori. Je prendrai donc assez souvent le contre-pied des visites virtuelles, ces visites à distance dont je parle souvent dans ce blog, car il s’agira la plupart du temps d’aller sur place, de sortir de chez soi, d’être à la merci d’une zone grise où notre téléphone ne capte plus le réseau !!! La plupart du temps… mais pas systématiquement !!! Il faut que ça reste déroutant !!!

Petite précision avant de vous donner le programme : plutôt que de faire des articles, j’ai choisi pour cette série de faire des pages et de les mettre dans la section dédiée de ce blog. Comme le veut le principe de cette section, ces pages sont donc des « work in progress ». Elles sont même parfois publiées alors qu’elles sont encore un peu foutraques, mais j’ai l’intention de les mettre à jour régulièrement pour qu’elles deviennent de plus en plus riches progressivement. N’hésitez pas à allez les voir régulièrement !

En attendant, voici le programme (vous pourrez le retrouver également ici – Bonne lecture !) :

  1. Déambulation sur les traces de Michel Gondry, qui a plus d’un tour dans son sac…
  2. Déambulation sur les lieux de films
  3. Déambulation au son des chansons ou sur les traces des romans et autres oeuvres d’art
  4. Balades sonores : laissez les guides vous murmurer à l’oreille
  5. Déambulations sur les traces de l’histoire
  6. Partez dans l’inconnu : laissez faire l’appli…
  7. Jeux de pistes et chasses au trésor
  8. Les guides participatifs ou liés aux données d’usage
  9. Déambulez au gré de messages géolocalisés
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Moleskine & Evernote capturent le meilleur du digital et du papier

Quand un créateur de carnets de notes haut de gamme s’allie avec l’éditeur de l’une des applications de prise de notes les plus utilisées au monde, on pourrait penser qu’il s’agit là de l’alliance de la carpe et du lapin, de l’ancien et du nouveau monde, voire des pires ennemis sur terre. C’est pourtant bien ce que viennent de réaliser Moleskine & Evernote, en proposant il y a quelques semaines Evernote Smart Notebook.

De quoi s’agit-il ? D’un produit hybride, qui allie un carnet de notes, conçu spécialement pour l’occasion par Moleskine, à la nouvelle version de l’application mobile iOS d’Evernote. Le but de cette alliance est de pouvoir numériser les notes manuscrites du carnet en les photographiant avec l’application mobile d’Evernote (fonctionnalité Page Camera) pour les retrouver et les exploiter dans son application de prise de notes. Jusque là, rien de bien révolutionnaire, me direz-vous, on peut faire cela avec n’importe quel autre carnet de notes et appli de photo, voire avec des applications de scanner. A quelques détails près cependant…

Des Smart Stickers ludiques en lieu et place de QR Codes

Tout d’abord, le carnet Moleskine contient des pages à carreaux ou à lignes, dessinées spécialement pour pouvoir être traitées par le logiciel de capture d’images d’Evernote afin de faciliter leur exploitation ultérieure dans l’application.

Des pages à carreaux ou à lignes, dessinées spécialement pour l’application.

Ensuite, et c’est là où ça devient intéressant, le carnet propose des stickers de multiples formes et couleurs, à coller sur les pages avant de les photographier.

Les Smart Stickers : “Make your notebook digital”

Les Smart Stickers : “Make your notebook digital”

Ces stickers correspondent à des tags pré-déclarés dans l’application, de telle sorte que les photos sont ensuite catégorisées automatiquement, classées et retrouvables plus facilement. Un peu comme des QR Codes qui ne diraient pas leur nom. On peut même personnaliser et gérer manuellement la signification des stickers (plus d’explications ici).

Les Smart Stickers permettent de taguer automatiquement les notes digitalisées.

Les Smart Stickers permettent de taguer automatiquement les notes digitalisées.

Je ne sais pas quel avenir aura ce produit et s’il fera des émules, mais je le trouve plutôt malin a priori, assez ludique, et il me paraît même remarquable à plus d’un titre, ce que j’aimerais expliquer maintenant…

La digitalisation du réel est une réserve d’innovations

Tout d’abord, ce produit représente selon moi l’illustration parfaite de l’un des bénéfices clés des appareils mobiles, à savoir leur capacité unique à relier le digital au monde réel. Ça n’est pas nouveau, mais je veux souligner ce trait : via des technologies telles que la géolocalisation, la réalité augmentée, la NFC, les QR codes ou la reconnaissance de caractères… smartphones et tablettes nous permettent d’interagir de manière inédite avec notre environnement. Dans le contexte des activités de productivité (au travail ou à la maison), les bénéfices que l’ont peut tirer de cette “digitalisation du réel” sont immenses. Bien des acteurs ont déjà commencé, mais nous ne sommes encore certainement qu’au début de l’exploitation de ces technologies.

En tous cas, le produit d’Evernote et de Moleskine en est un jalon intéressant. Et terriblement inspirant ! D’autant plus, d’ailleurs, si ses utilisateurs se placent dans le contexte des usages collaboratifs d’Evernote tel que le permet le partage des notes et des documents. Une fois digitalisées et taguées, les notes manuscrites peuvent en effet commencer une nouvelle vie le long de la chaîne collaborative digitale qui saura les exploiter.

Quand je disais que nous ne sommes qu’au début de l’exploitation de ces technologies, Evernote et Moleskine nous en offrent d’ailleurs eux-mêmes l’illustration puisque l’une des évolutions que l’on peut attendre de ce produit est la reconnaissance des caractères manuscrits. L’enjeu qui se cache derrière est de rendre les notes catégorisables, recherchables et exploitables au même titre qu’un texte édité numériquement. Or justement, Evernote a acquis au printemps 2012 l’application iPad de prise de notes Penultimate, dont la technologie pourrait renforcer les efforts d’Evernote en matière de reconnaissance des caractères manuscrits. Evernote inscrit donc son développement dans la mise en œuvre d’innovations qui ont pour but de rendre les réserves d’informations analogiques ou digitales de notre environnement toujours plus exploitables pour notre productivité individuelle ou collaborative.

Le digital, levier de business pour les marques “analogiques”

Autre point qui m’interpelle : ce produit représente pour chacune des deux marques une stratégie de développement tout à fait intéressante, dans la mesure où elle mise justement sur les opportunités qu’offrent les technologies mobiles et ubiquitaires en termes de business. Ces technologies créent effectivement de nouveaux marchés qu’il est vraiment intéressant pour les marques d’étudier et d’attaquer, même pour des marques non digitales comme Moleskine.

Car, comme je le disais au début de ce texte, combien de marques, dans la situation de Moleskine, ne se seraient pas dit que le digital est tout sauf un allié potentiel ? La proposition de valeur de Moleskine ne repose-t-elle pas, en effet, sur une véritable expérience d’usage : celle de la manipulation du carnet avec ses feuilles de papier de qualité et celle de l’écriture manuscrite sur la page ? Une expérience qui est donc essentiellement matérielle, gestuelle, tactile, visuelle, graphique au plein sens du terme, en même temps que sociale (le produit est valorisant à posséder). Dans ce contexte, toute évolution vers le digital pourrait paraître une dénaturation de cette proposition de valeur, et donc se voir vouée à l’échec.

A ce titre, il me semble que la tentative de Moleskine de proposer par ailleurs une application iPad de prise de notes et de dessin (Moleskine Journal iPad App) ne rencontre pas le succès de ses carnets papier. Il faut dire qu’elle se heurte à des pures players qui n’ont pas derrière eux le background de la propositon de valeur initiale de Moleskine et qui proposent une expérience digitale pleinement assumée et souvent novatrice. Disons que sur ce marché, Moleskine court après les innovateurs et les leaders, et se heurte à une concurrence acharnée, que ce soit pour les applications de dessin ou de croquis sur tablettes avec par exemple SketchBook Pro, Adobe Ideas ou Omnisketch, ou pour les applications de prise de notes manuscrites, avec par exemple Paper, Notability, Note Taker HD, GoodNotes, Bamboo Paper, Noteshelf, ou encore, et ça n’est pas le moins cocasse, Penultimate justement, l’application rachetée par Evernote dont je parlais plus haut !

A l’opposé de cette stratégie difficile, celle d’un produit tel qu’Evernote Smart Notebook me paraît beaucoup plus intéressante pour Moleskine, au moins en termes d’image : elle respecte la proposition de valeur initiale de la marque, incarnée par l’objet-carnet, tout en étant pourtant plus inattendue, innovante et disruptive. Elle respecte d’ailleurs tellement bien cette proposition de valeur autour de la beauté et de la qualité de l’objet-carnet, que Moleskine en a profité pour créer à cette occasion une couverture unique à l’effigie d’Evernote !

Le carnet Evernote Smart Notebook

Le carnet Evernote Smart Notebook

Pour autant, le produit hybride reste innovant et disruptif, comme je l’ai dit, ce qui place Moleskine dans une posture avant-gardiste, en filiation avec les figures tutélaires de la création dont la marque se réclame : Van Gogh, Picasso, Hemingway…

Une expérience inédite à la jonction du digital et de l’analogique

Finalement, j’ai l’impression que cette stratégie a d’assez bonnes chances de séduire conjointement le public cible des deux marques, Evernote et Moleskine, qu’on imagine au demeurant assez semblable en termes de segmentation. Evernote a d’ailleurs communiqué lors du lancement du produit, sur le fait que 60% des propriétaires de carnets Moleskine utilisaient également des outils numériques de prise de notes. Car si j’ai parlé de Moleskine, la question de l’intérêt d’Evernote dans cette démarche se pose aussi. La réponse se trouve dans l’une des pages de son site :

“In Moleskine, we saw more than inspiration, we saw an opportunity to do something amazing together that fully embodied our Experience First thinking. Moleskine is the maker of beautifully designed notebooks and accessories that are the go-to choice for creative individuals of all types. While these notebooks are beloved for their quality and style, they suffer from an issue common to all physical notebooks…they’re physical. That’s where Evernote comes in.”

Il s’agit donc pour Evernote de créer également une expérience unique d’usage de ses produits.

Finalement, je ne sais pas comment a été conçu ce produit conjointement. Mais cette association gagnante de deux sociétés si différentes et si proches à la fois me fait penser à l’intérêt qu’ont aujourd’hui les entreprises à aller chercher chez des partenaires l’occasion d’innover et d’avancer, de se positionner sur de nouveaux marchés pour conquérir de nouveaux clients. Qu’il s’agisse de co-innovation, d’open-innovation ou encore de crowd-business, voilà bien là l’une des illustrations du mouvement de social business qui se dessine actuellement sous nos yeux.