L’essor des vidéos 360° – 4) Les catalogues de films s’étoffent et les expériences de tournage se multiplient – Usage n°3 : Les vidéos clips

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Usage n°3 : Réaliser des vidéo-clips

Si les musiciens s’intéressent à la vidéo immersive pour leurs concerts, on peut également s’attendre à ce qu’ils s’y intéressent pour la partie de leur travail la plus liée à l’image, à savoir les vidéo-clips ! Or, c’est justement ce qui se passe en ce moment : une vraie ruée vers ce nouveau mode d’expression vidéo !

Commençons par une adepte des vidéos-clips innovants et créatifs. Björk vient de dévoiler le clip de Stonemilker, un titre extrait de son dernier album Vulnicura. Il a été tourné en vidéo 360° sur la plage noire de Grotta, près de Reykjavik en Islande, sur le lieu même où Björk aurait écrit cette chanson et à proximité du lieu où elle habite. Le film a été réalisé par Andrew Huang du collectif VRSE.works, déjà cité plusieurs fois dans cet article.

 

Le clip a déjà été beaucoup commenté. Dans cette interview, le réalisateur explique que le tournage s’est fait assez spontanément, presque par improvisation. « The cyclical format of the 360° was perfect for the circular fugue structure of ‘Stonemilker », précise-t-il également. Personnellement, je trouve intéressant et très intriguant qu’il ne se passe pratiquement rien dans ce clip constitué d’un long plan séquence. Ou encore que le lieu n’a pas été choisi pour des qualités esthétiques mais pour la raison biographique expliquée plus haut. Et enfin que la recherche esthétique et stylistique qui était la marque de fabrique de bien des clips de Björk se retrouve ici limitée à la technologie même de la vidéo immersive et à un seul effet visuel : le dédoublement de la chanteuse. Pour toutes ces raisons, le clip nous oblige à adopter un nouveau regard et une nouvelle écoute, très contemplatifs. C’est stimulant.

Autre artiste à expérimenter cette technologie : Rone. Le site web musical La Blogothèque a réalisé un clip en vidéo 360° de son titre Quitter la ville, extrait de l’album Creatures. Le tournage s’est déroulé dans l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. Contrairement à Björk, le clip a donné lieu ici à autant de prises qu’il y a de personnages à l’écran, soit 3. Ce qui a permis ensuite les effets de montage que l’on voit dans le clip.

 

Le groupe R5 a également été filmé en vidéo immersive par la société Jaunt VR. Ce qui intéressant ici, c’est la manière dont les musiciens s’amusent autour de la caméra, par exemple à s’envoyer les baguettes, ce qui fait qu’on se demande toujours si on ne va pas louper quelque chose qui se passe dans notre dos…

 

Avicii, lui aussi, s’est prêté au jeu sur son titre Waiting for Love. Le clip est intéressant avec ses portes réparties autour de la caméra d’où sortent et disparaissent une multitudes de danseurs. Beaucoup de montage sur ce clip (par rapport aux précédents) pour rendre les effets d’apparitions/disparitions.

 

Enfin, le DJ Hardwell a également un teaser en cours pour une vidéo 360 à venir prochainement.

Le prochain chapitre sera consacré à l’usage des vidéos 360° pour la promotion touristique.

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Une animation qui se promène d’écran en écran dans un clip fort sympathique

Voilà un vidéo-clip tout à fait original qui a dû nécessiter une grosse préparation pour synchroniser tous les mouvements d’écrans. Je vous laisse découvrir tout simplement…

Des vidéos innovantes pour la promotion touristique : détournements et crowdsourcing

Comme vous l’avez sans doute remarqué, la plupart des exemples que j’ai retenu dans les deux premiers articles de cette série (1 et 2) sont des réalisations d’amateurs ou des initiatives individuelles et non des commandes institutionnelles. C’est justement le but de ce troisième article : montrer qu’aujourd’hui, les amateurs produisent plus d’images (photos ou vidéos) et plus originales sur n’importe quel lieu que l’institution représentative du lieu ne peut en produire elle-même. Et le désir du public d’aller sur le lieu naît de plus en plus, aujourd’hui, de ces images que des images officielles du lieu.

Face à ce phénomène, les institutions représentatives d’un lieu ont donc tout intérêt à avoir une stratégie de crowdsourcing de contenus, c’est-à-dire qu’elles doivent s’intéresser à la manière d’assurer leur promotion via ces contenus produits par les individus, ou contenus dits UGC (user generated content). Une telle stratégie peut prendre différentes formes. Voici quelques exemples ou suggestions pour vous inspirer :

1. Organisez ou sponsorisez un concours de vidéos

C’est l’idée la plus évidente et la plus répandue. Le concours peut consister à filmer le lieu concerné ou bien être juste organisé par l’organisme responsable du lieu et porter sur un thème associé.

Le premier de ces deux scénarios a été choisi en 2012 par la Commission canadienne du tourisme pour son concours 35 millions de regards. L’organisme a invité les canadiens à poster des photos ou des vidéos clamant l’amour de leur pays. Résultat : plus de 8000 participations, 65 heures d’images reçues, 82 gagnants et finalement une vidéo de 2 min composée d’une sélection des films reçus :

Quelques mois plus tôt, la ville de Savannah, dans le sud des Etats-Unis (Etat de Géorgie) avait organisé un concours similaire où elle demandait au public de réaliser cette fois-ci un clip entier. La vidéo gagnante, You’ve Gotta come to Savannah, est un film humoristique qui passe en revue toutes les raisons de venir visiter la ville.

Un autre exemple sympathique nous est fourni par l’Office Australien du Tourisme et la ville de Sydney dans le cadre de leur partenariat pour promouvoir la ville de Sydney comme destination privilégiée pour passer le réveillon du Nouvel An (et ainsi passer à la nouvelle année avant tout le monde !) A l’occasion du Nouvel An 2012, les deux institutions ont donc invité des personnes qui avaient choisi de venir passer les fêtes à Sydney à raconter leur voyage en vidéo et à le poster via une application iPhone créée par la ville qui permettait de poster des vidéos de 12 secondes seulement. Un avant goût de Vine et Viddy en quelques sorte !! Bref, une vidéo a ensuite été créée très rapidement à partir de ces envois et diffusée sur les médias sociaux avant que le reste du monde n’ait à son tour basculé dans la nouvelle année !

Le second des deux scénarios cités ci-dessus a été choisi par l’hôtel The Cavendish London en début d’année 2013, lorsqu’il a organisé le concours #Valentinevine qui permettait de gagner un séjour dans l’établissement à l’occasion de la Saint Valentin. Le défi pour les participants : réaliser la vidéo Vine la plus romantique possible ! (Pour en savoir plus, lire cet article)

L’Office du tourisme de Norvège s’est lui aussi prêté à cet exercice avec un concours intitulé The scream, à l’occasion du 150ème anniversaire de la naissance d’Edvard Munch, le peintre norvégien du célèbre tableau “Le Cri”. Le concours demandait au public de se filmer en faisant un cri (!) et de partager la vidéo sur le site. Autant dire qu’il y a eu du bon et du moins bon dans les envois. Mais quoi qu’il en soit, les vidéos gagnantes ont été rassemblées dans une seule vidéo visible actuellement sur le site. Et la campagne a même été plébiscitée par les professionnels du tourisme !

Quel que soit le scénario retenu, ce type de démarche fait évidemment penser au film participatif Life in a day initié par Ridley Scott en 2010-2011. Il avait alors demandé au public de filmer leur journée du 24 juillet 2010 et de poster la vidéo sur YouTube. Il a reçu 4500 heures de vidéos en provenance de 192 pays. En montant les meilleures séquences, il a réalisé un film d’une heure trente, qui a été présenté le 27 janvier 2011 au festival de Sundance.

Dans le même registre, on peut aussi citer le projet One day on earth piloté par Kyle Ruddick, qui fonctionne exactement de la même manière mais qui est peut être plus ambitieux encore dans la mesure où il s’est déroulé sur 3 années (1 jour par an, le 10/10/10, le 11/11/11 et le 12/12/12.)

Pour l’anecdote, cette démarche de crowdsourcing video est également celle qu’à choisi,  dans un secteur d’activité différent que le tourisme, la marque de sport Décathlon qui propose à ses fans sur sa page Facebook un concours de vidéo intitulé Nos champions de tous les jours, avec pour objectif final de réaliser une vidéo composée des meilleurs extraits des vidéos postées.

Dans le même registre que les concours, on peut citer le Festival du film de vacances, dont plusieurs institutions touristiques sont sponsors, tel que le Comité Régional du Tourisme Poitou-Charentes, dont j’ai déjà parlé dans le premier article de cette série à propos du film Ile de Ré réalisé avec une caméra GoPro.

2. Créez un site de curation de vidéos de visiteurs

Pour capter une partie de la valeur issue de la multitude de contenus créés par les internautes sur votre ville, votre pays, votre monument, votre entreprise ou votre site, quoi de mieux que de créer un site de curation ou de social-bookmarking dédié ?

Vous pouvez pour cela créer votre propre média et/ou utiliser les sites, applications et réseaux sociaux de vidéos tels que Vine, Instagram, Youtube, Viddy…

C’est ce que fait notamment le voyagiste Marmara qui joue sur les deux tableaux en proposant à la fois une rubrique vidéo participative au sein de son réseau social maison Marmarafit et en relayant ces vidéos ou d’autres sur sa chaîne YouTube.

Le Comité du Tourisme de Nouvelle Zélande ouvre également sa chaîne YouTube aux vidéos de voyageurs à travers la rubrique Traveller’s video ou encore à des organismes partenaires tels que des offices de tourisme locaux ou des médias grand public (la BBC par exemple).

L’Office de Tourisme de Grèce fait la même chose, avec une mise en scène soignée sur sa chaîne YouTube Visit Greece et une présence étendue à des réseaux sociaux tels que Pinterest, qui permet également de partager des vidéos et Instagram, qui permet de partager des micro-vidéos.

A l’image de ces institutions, pour rassembler ces contenus, plusieurs stratégies sont possibles : vous pouvez aller les chercher par vous même (curation), vous pouvez inviter les internautes à les poster sur votre site ou bien vous pouvez aussi proposer un hastag (ou mot-clé) qui vous permettra de rassembler automatiquement tous les médias publiés avec ce hashtag. C’est ce que propose par exemple l’Office de tourisme d’Anjou avec le hashtag #jaimelanjou, qui lui permet de regrouper photos et vidéos publiées avec ce hashtag sur sa page Facebook ou Pinterest ou sur la plateforme Statigr.am.

Tous les formats de vidéos évoqués dans les articles précédents et ci-dessus sont de parfaits boosters de l’activité et de l’audience de votre page Facebook ou Google+, de vos compte Twitter ou Instagram, de votre chaîne YouTube, etc. Pourquoi ne pas les utiliser pour féliciter leur auteur et promouvoir votre site ?

3. Aidez vos visiteurs à se filmer pendant leur visite ou leur présence sur place en mettant des dispositifs de captation vidéo à leur disposition avec fonction de partage social

C’est ce que propose la société Trinum avec ses vidéozones SnapMyRide pour les stations de ski. Il s’agit de zones dédiées où les skieurs peuvent être filmés et partager les vidéos sur les médias sociaux.

Cela me semble assez proche de ce qui se passe dans les magasins connectés où des dispositifs tels que des miroirs digitaux permettent aux clients de se filmer ou photographier pendant leur essayage pour partager le résultat sur les médias sociaux.

Une autre initiative me paraît particulièrement intéressante sur ce point : c’est Znappit, une application pour smartphone qui permet aux participants d’un événement de mettre en commun les vidéos de l’événement qu’ils font avec leur smartphone pour les réunir dans un seul et même film final. Vous pouvez voir ci-dessous un exemple de « znapping » réalisé à l’occasion ou OuiShareFest, une manifestation organisée par OuiShare :

Une telle démarche est d’ailleurs à mettre en relation avec la nouvelle fonctionnalité d’album collaboratif en cours de déploiement sur Facebook.

4. Invitez des artistes en résidence

Les vidéastes professionnels peuvent aussi travailler pour vous non seulement de manière directe dans le cadre d’une commande, mais aussi de manière indirecte. Ainsi, de son passage en résidence à l’Abbaye de Fontevraud, Francis Cuter à non seulement tiré une vidéo de promotion de l’abbaye, mais aussi la source d’inspiration d’autres films, comme par exemple le video-clip du titre Fuya, du groupe C2C, filmé à l’abbaye et primé d’une Victoire de la musique 2013.

5. Mobilisez des artistes pour détourner leurs créations originales dans un style « crowdsourcing »

Pour relancer le tourisme en Islande après l’épisode du volcan Eyjafjallajökull, le Comité du tourisme islandais a lancé la campagne Inspired by iceland, pour laquelle il a détourné le clip original de la chanson Jungle Drum d’Emiliana Torrini en créant, avec le concours de la chanteuse, une version qui se donne l’allure d’un patchwork de vidéos d’amateurs dans le style de Where the hell is Matt?. Je trouve le résultat fort sympathique…

Voilà qui me paraît une belle fin pour cette série d’articles consacrée aux innovations en matière de vidéo pour la promotion touristique. N’hésitez pas à me faire part de vos remarques ou de vos découvertes pour compléter ou amender ce tour d’horizon très subjectif…

Balade créative à Nantes et Fontevraud en compagnie de C2C et Francis Cutter

Les récentes (ou pas si lointaines…) Victoires de la musique ont consacré le groupe de DJ nantais C2C, qui l’a emporté dans 4 catégories. Pour qui, comme moi, voudrait faire preuve de chauvinisme régional (pas tout à fait local…), ce succès contribue entre autre à souligner la richesse et le dynamisme de la scène musicale nantaise, récompensée également cette année à travers Dominique A. Certains, tels Métro ou Ouest-France, l’ont d’ailleurs souligné.

J’y reviendrai peut-être bientôt. Mais pour l’instant, la motivation première de ce billet tient plutôt dans le film pour lequel C2C a été primé dans la catégorie Meilleur vidéo-clip :

Je trouve ce clip passionnant à plus d’un titre.

Glissement des plans

Parlons tout d’abord de sa conception. Il repose sur un montage de l’image assez proche de celui de la musique : découpages en multiples morceaux, scratch, mixages des morceaux d’image, apparitions, disparitions, déformations, recompositions, glissements… L’image est vraiment redondante par rapport à la musique, un peu trop presque au début, puis de manière de plus en plus intéressante et riche.

Ce qui est intéressant également, c’est la composition de l’espace dans lequel jouent les musiciens. C’est un espace très géométrique, une perspective, accentuée par le “carrelage” au sol. Les personnages y apparaissent et y disparaissent à des emplacements réguliers. Et le décor autour peut glisser et bouger lui aussi au rythme de la musique.

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La composition géométrique de l’espace dans Fuya

Cette construction de l’image par une dé-construction de l’espace, on la retrouve quasi à l’identique dans un précédent film du co-réalisateur du clip, Francis Cutter, de son vrai nom Vincent Nguyen. Il s’agit d’un film intitulé Bienvenue à Fontevraud, réalisé pour promouvoir l’abbaye de Fontevraud.

Ce film reprend le principe des plans horizontaux et verticaux issus de la vision de l’espace à travers la perspective.

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La représentation classique de la perspective

Dans Bienvenue à Fontevraud, les plans glissent autour d’un personnage central, de telle sorte que celui-ci change de lieu par simple changement du décor, comme au théâtre. C’est un procédé à la fois poétique et efficace pour faire passer le message d’une invitation à la visite, comme c’est le cas de cette vidéo. Mais dans le clip Fuya, qui lui est postérieur, ce glissement des plans est utilisé sans changement du décor, pour accentuer plutôt l’effet de voyage intérieur de la musique. C’est une variation que je trouve vraiment très intéressante.

Zoom sur Francis Cutter (découverte)

Si vous voulez découvrir plus de vidéos de Francis Cutter aka Vincent Nguyen, ancien étudiant de l’ENSAD, je vous invite à consulter son site web ou sa page Vimeo.

Puisque je parle de lui, un détail m’interpelle chez Francis Cutter : son pseudonyme, qui est aussi, parfois, pour brouiller les pistes, un dédoublement d’identité. A maintes reprises en effet, ses réalisations sont signées “Francis Cutter & Vincent Nguyen” comme s’il s’agissait de 2 personnes différentes. Le site web de l’abbaye de Fontevraud lui-même indique : “Vincent Nguyen et Francis Cutter, anciens étudiants de l’ENSAD”. Et on retrouve cette même distinction jusque sur le site web de Francis Cutter qui mentionne pour certaines de ses vidéos : “Directors: Francis Cutter & Vincent Nguyen”. L’explication (si tant est qu’elle soit vraie), on la trouve sur le site web des Victoires de la musique, qui évoque “le jeune artiste numérique Vietnamo-Japonais Francis Cutter (parce qu’il est le petit-fils de l’inventeur du cutter Yoshio Okada !)” (c’est moi qui ajoute le lien) !! Alors là, évidemment, qu’éprouver d’autre sinon du bonheur devant le potentiel de rêverie que recèle cette anecdote ? Personnellement, je trouve que Vincent Nguyen s’est construit le pseudonyme parfait, tant son travail est marqué par les cuts en tous genre : cuts des plans de films, cuts à l’intérieur des images, découpage des personnages d’animation… Finalement, son usage des “cutters virtuels” du cinéma d’animation et du motion design est un bel hommage rendu à son aïeul, non ?

Zoom sur Fontevraud (chauvinisme local)

Mais revenons au clip de Fuya. Je m’en voudrais de ne pas insister sur le 3ème grand acteur de cette vidéo, à savoir l’abbaye de Fontevraud elle-même, où a été tournée le film.

Pourquoi a-t-il été tourné là ? Sans doute parce que Vincent Nguyen y avait précédemment séjourné pour une résidence d’artiste à l’occasion de laquelle il a justement réalisé Bienvenue à Fontevraud, le film dont j’ai parlé plus haut, et qui utilisait déjà le même procédé graphique que Fuya.

Ça n’est pas donc pas un hasard si l’abbaye de Fontevraud se retrouve à la fois décor et héroïne de ces films. Cela l’est d’autant moins que l’abbaye n’est pas seulement un monument historique que l’on visite, mais aussi, voire surtout, un lieu vivant dédié aux débats d’idées, à la création artistique et au développement durable. Ce projet est né par opposition aux deux premières “vies” de Fontevraud : celle de la cité monastique médiévale et celle de la cité pénitentiaire, toutes deux marquées du sceau – très différent certes – de la vie à huis clos. A l’inverse, le projet de cité contemporaine se veut celui d’une “cité ouverte sur son territoire et sur le monde”. La promotion de la création concerne surtout les arts plastiques, le cinéma d’animation, la musique et le spectacle. Le site propose ainsi une galerie d’arts graphiques, des installations d’art contemporain, des résidences d’artistes en musique et en cinéma d’animation (dont a bénéficié Vincent Nguyen), des concerts, des festivals, des expositions, des rencontres…

Fontevraud est pour moi l’exemple même du lieu patrimonial vivant tourné vers la création, notamment visuelle et numérique. Pour insister sur le digital, qui est le thème de ce blog, Fontevraud est le parfait exemple de la manière dont la création et le numérique peuvent et doivent tantôt s’appuyer sur le patrimoine pour s’en inspirer (Cf. le travail de Francis Cutter), tantôt se l’approprier pour lui donner une nouvelle vie, un nouveau souffle.

Fuya n’est donc pas un hasard : c’est la partie émergée d’une multitude d’autres réalisations et initiatives plus souterraines, mais toutes plus réussies les unes que les autres… au point que je ne résiste pas à vous citer mes préférées :

Commençons par le film de promotion de l’abbaye, intitulé Vivez l’expérience Fontevraud, dont j’aime beaucoup la construction en 2 volets :

L’abbaye propose également un jeu de piste sur iPad pour ses jeunes visiteurs :

Elle propose également d’une application pour smartphone.

En 2010, elle a accueilli une installation numérique sur table tactile intitulée L’expérience Fontevraud (déjà le concept d’expérience !) :

 

Elle participe enfin à la création de Liberty Guide, un système d’audio-guide numérique :

Pour l’accompagner dans tous ces projets, Fontevraud choisit souvent des agences digitales nantaises : Cent millions de Pixels, MGDesign ou Mazedia

Coup 2 Cross & clap de fin

Pour finir, revenons à C2C. Eux aussi aiment travailler avec des agences nantaises. Pour la célèbre pochette de Tetra, ils ont travaillé avec LVL Studio, dont je trouve le travail formidable et que je voulais citer ici, à partir des travaux photographiques de Wang Chien-Yang (…qui, lui, n’a rien de nantais !) (Lire cet article pour en savoir plus sur la petite histoire de cette pochette).

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La pochette de Tetra

Et même sans Francis Cutter, ils réalisent toujours d’aussi bon clips (!), où l’imaginaire de l’image est servi par la technique du motion design, comme l’imaginaire de la musique est servi par leur technique de “turntablism”…

Quand les images superposent différents moments du temps – Episode 1/3 : des vidéos ubiquitaires.

J’ai découvert récemment la vidéo ci-dessous, de Philip Stockton. Elle m’a tout de suite fasciné.

 

Je trouve fascinant ce film qui superpose sur chaque plan des portions d’images filmées à différents moments. Les différences d’éclairage entre les portions d’une même image, ainsi que l’effet de silhouette provoqué par le découpage des zones, produisent un effet presque surnaturel. Elle fait penser parfois à un collage surréaliste qui serait en mouvement.

Si on analyse la chose, je pense que la vidéo est saisissante parce qu’elle déclenche un double mouvement psychologique à chaque plan :

  • d’une part, on essaie d’identifier les différentes zones de l’image qui correspondent à différents moments, c’est-à-dire à des portions “naturelles” ou “réalistes” d’image,
  • d’autre part, on essaie de suivre, de comprendre ou d’apprécier la scène globale, artificielle, recomposée, dont on cherche l’hypothétique signification, et qui produit en tout cas une impression d’ensemble assez étonnante à chaque fois.

Bref, c’est un film qu’on peut voir et revoir un nombre incalculable de fois, en y découvrant à chaque fois des choses nouvelles ou en ressentant à chaque fois des choses différentes.

Pour l’impression qu’il procure chez moi, ce film me rappelle le clip incroyable de Michel Gondry pour la chanson Come into my world de Kilie Minogue (2001 – oui, ça nous rajeunit pas…) :

 

La technique n’est pas la même (il s’agit ici d’une boucle temporelle) mais le résultat est assez proche : sur un même plan (ici, un panoramique 360°), des images qui correspondent à différents moments se superposent. Ce qui est fascinant chez Gondry c’est la continuité du plan. Le clip est composé d’un seul et unique plan, mais comme la caméra tourne sur elle-même, le décor se répète. Et tout l’art de Gondry consiste alors à jouer sur les personnages et les scènes, qui eux, non seulement se répètent, mais en plus continuent à évoluer et donc se superposent ou se multiplient. L’effet est saisissant…

De tels dispositifs font évidemment penser à la technique de l’incrustation très souvent utilisée dans les trucages de films de fiction. Mais deux choses sont ici différentes :

  1. d’une part, aucune image n’est construite, ou artificielle, ou de synthèse : ce ne sont que des images filmées, certes découpées et recomposées, mais le matériau utilisé n’est constitué que d’images filmées.
  2. et d’autre part, on ne distingue pas un élément particulier qui serait incrusté dans un décor plus global : les différents éléments de l’image (décors et personnages) se mêlent au point qu’on ne distingue aucun élément qui soit explicitement un décor ni aucun élément qui soit explicitement incrusté : tous les éléments sont intimement imbriqués ensemble, et c’est ce qui constitue l’impression étrange et fascinante.

C’est fort bien, me direz-vous, mais pourquoi nous parler de tout cela dans ce blog dédié au digital ? Bon, d’une certaine manière, ce que je viens de dire aurait suffit à justifier que j’en parle dans les rubriques “contenus numériques” et “ça m’intéresse aussi !”. Mais il y a encore une raison supplémentaire, dont je ne me suis pas rendu compte immédiatement, mais qui me paraît désormais évidente : ces deux vidéos ne sont-elles pas, chacune à leur manière, une formidable illustration de l’ubiquité ? Ou plutôt qu’une illustration : la mise en oeuvre dans une vidéo du principe d’ubiquité, l’incarnation ou la réalisation vidéographique de l’ubiquité ?

A moins qu’il ne s’agisse, pour être encore plus précis, de variations sur l’ubiquité ? Car si on définit l’ubiquité comme la capacité à être présent à deux endroits en même temps, la vidéo de Stockton montre plutôt comment deux moments différents peuvent être présents au même endroit, tandit que le clip de Gondry cumule les deux et montre à la fois comment une même personne peut être présente à deux endroits en même temps et comment deux moments différents peuvent être présents au même endroit. Je ne sais pas si vous m’avez suivi, mais ne vous inquiétez pas parce que, en ce qui me concerne, je ne suis même pas sûr d’avoir tout compris au clip de Gondry : il faudrait le regarder en boucle, ce clip qui est lui-même une boucle, jusqu’à en avoir le tournis ! En tout cas, personnellement, je ne sais pas s’il existe un mot pour désigner ces situations d’ubiquités temporelles qui me paraissent borgésiennes ! Si vous le savez, n’hésitez pas à l’indiquer dans les commentaires…

En attendant, puisque le sujet vous intéresse (si vous avez continué à lire c’est qu’il vous intéresse, non ? ;-)) ), j’aimerai évoquer une troisième vidéo qui, par certains aspects, se rapproche de celles dont je viens de parler. Il s’agit du dernier clip de Walk Off the Earth, ce groupe tellement étonnant, adepte des tours de forces musicaux et vidéographiques :

 

Comme les deux précédentes, cette vidéo se joue du temps et de l’image. Que se passe-t-il ici ? Le clip a été tourné en une seule prise, un seul plan, qui enchaîne des séquences qui ne se succèdent pas dans la version finale que l’on regarde. La version finale résulte en effet d’allers et retours dans le plan filmé, où les séquences étaient mélangées par rapport à l’ordre final. Bref, dans la vidéo que l’on regarde l’image ne cesse donc de faire des allers et retours dans le temps de son enregistrement alors même que la bande son se déroule, elle, de manière parfaitement linéaire. Un vrai casse-tête pour les neurones… et un vrai défi à réaliser là encore pour les membres du groupe.

Pour expliquer le tournage, ces derniers ont d’ailleurs diffusé la séquence telle qu’elle a été tournée (à voir sur cette page) : on voit ainsi comment le plan filmé enchaîne différentes séquences du clip final dans le désordre. ça permet de mieux comprendre comment a été construit le clip final. Mais après avoir vu ce “making-off”, on ne regarde plus la version finale avec autant de fascination : la magie n’opère plus de la même manière puisque le secret a été révélé !

Il existe sans doute bien d’autres films ou vidéos qui pourraient se rapprocher de ces trois là, et illustrer à leur manière une autre facette de l’ubiquité. Si vous en connaissez, n’hésitez pas à les signaler via les commentaires.

Dans le prochain billet de cette série, je quitterai l’univers du film pour celui de la photographie, qui propose elle aussi des dispositifs similaires.

Enfin, le troisième et dernier billet de la série sera consacré aux dispositifs de réalité augmentée : l’ubiquité telle qu’on en parle le plus dans ce blog. A bientôt donc !