Vers une multiplication des écrans numériques dans l’automobile

Je lisais récemment un article très intéressant (comme toujours) de Frédéric Cavazza intitulé De l’évolution des tableaux de bord des voitures. En lisant cet article, je me suis dit qu’au-delà du tableau de bord, qui est effectivement l’interface classique d’affichage des informations dans une voiture, on constate aujourd’hui une multiplication des écrans dans les véhicules, à l’instar de ce que l’on constate dans tous les autres “lieux” de notre vie quotidienne. Voici ceux auxquels je pense…

1. Le tableau de bord

Comme je viens de le dire, le tableau de bord est le dispositif d’affichage “classique” des informations nécessaires à la conduite. C’est ce que montre bien cette vieille publicité pour les instruments de bord Jaeger, l’une des marques de référence en la matière :

Publicité pour les instruments de bord Jaeger

Publicité pour les instruments de bord Jaeger

Historiquement, et c’est le cas dans la publicité ci-dessus, le tableau de bord est analogique. Mais l’article de Frédéric montre qu’on est en train de passer en ce moment des tableaux de bord analogiques aux tableaux de bord numériques.

Un tableau de bord actuel, majoritairement analogique, mais avec un écran digital pour quelques informations au milieu.

Un tableau de bord récent, majoritairement analogique, mais avec un écran digital pour quelques informations au milieu.

Le “Virtual cockpit” de la future Audi TT est totalement digital, mais curieusement, il singe l’apparence des instruments analogiques avec ses deux jauges latérales ! (source :

Le “Virtual cockpit” de la future Audi TT est totalement digital, mais curieusement, il singe l’apparence des instruments analogiques avec ses deux jauges latérales ! (source)

Cette numérisation progressive du tableau de bord a évidemment beaucoup d’implications, notamment en termes d’ergonomie. J’essaierai d’aborder ces questions dans de prochains articles.

Je voudrais me contenter ici de préciser quelques caractéristiques clés du tableau de bord en tant que dispositif d’affichage d’informations :

  • C’est un dispositif interne au véhicule
  • Il comporte les fonctions de base de l’information nécessaire au conducteur.
  • Il est indispensable, nécessaire (on ne peut pas s’en passer).
  • Il est fixe dans le véhicule.
  • Il a été analogique pendant longtemps avant de devenir digital.
  • Sous sa forme analogique, il est plutôt perçu comme composite, c’est-à-dire composé de plusieurs écrans et voyants, tandis que sous sa forme digitale, il peut sembler composer d’un écran unique.
  • Jusqu’à très récemment et encore souvent aujourd’hui, il n’est pas connecté.
  • Il est le plus souvent face au conducteur ou légèrement décalé jusqu’à être parfois au milieu du véhicule.

2. La console centrale

Autre partie de l’habitacle qui se transforme progressivement en écran digital : la console centrale. Historiquement, c’est l’autoradio qui a montré les premiers écrans digitaux à cet endroit.

Un autoradio avec écran digital

Un autoradio avec écran digital

Puis sont apparus les systèmes multimédia embarqués, qui ont souvent été dotés nativement d’un écran digital.

Système multimédia embarqué Blackberry QNX

Système multimédia embarqué Blackberry QNX

Demain, nous verrons apparaître les consoles centrales 100% digitales, comme c’est déjà le cas sur la Tesla Model S, également évoquée par Fred Cavazza dans son article :

La console centrale 100% digitale de la Tesla Model S

La console centrale 100% digitale de la Tesla Model S

Comme pour le tableau de bord, essayons de lister les caractéristiques clés des écrans de la console centrale :

  • Ils sont internes au véhicule
  • Ils concernent des services complémentaires ou de confort (on peut s’en passer pour conduire).
  • Ils sont généralement fixes dans le véhicule (parfois mobile – détachable).
  • Comme son nom l’indique, la position de la console est centrale dans le véhicule.
  • 1ère apparition d’un écran digital : celui de l’autoradio
    • Mono-fonction (globalement)
    • Initialement non connecté
    • A été analogique avant de devenir digital.
    • Écran unique
  • Aujouord’hui : l’écran du dispositif multimédia
    • Multi-fonctions : radio, navigation, applications diverses…
    • Nativement connecté
    • Dès le début digital
    • Écran unique

3. Système de navigation externe

Avant que les systèmes multimédia embarqués ne se développent, étaient apparus dans les véhicules les systèmes de navigation externes (navigateurs GPS), souvent fixés au tableau de bord ou au pare-brise via un support dédié.

Un navigateur GPS

Un navigateur GPS

Si on se prête pour cet écran au même exercice descriptif que pour les précédents dispositifs, cela donne :

  • Externe au véhicule (au sens où il est apporté par le conducteur)
  • Services complémentaires ou de confort
  • Mono-fonction : navigation
  • Par définition connecté au signal GPS. Mais initialement non connecté à internet. Différents types de connection ont cependant vu le jour : par les ondes FM pour le protocole RDS/TMC (Traffic Message Channel), par internet via carte sim pour certains, connection par Bluetooth à un téléphone mobile pour d’autres…
  • Nativement digital
  • Écran unique
  • Mobile, mais le plus souvent fixé par un support sur le tableau de bord ou le pare-brise, souvent en position centrale.

4. Smartphone ou tablette

Arrivés après les navigateurs GPS dédiés (voir § 3 ci-dessus), les smartphones se sont cependant vite imposés dans les véhicules en raison de leur connection native et des multiples fonctionnalités qu’ils peuvent abriter dans leurs applications : téléphone, navigation, musique, radio, points d’intérêts, etc.

Un smartphone fixé sur la console centrale via un support.

Un smartphone fixé sur la console centrale via un support.

Si les smartphones on trouvé facilement leur place dans les voitures, on voit moins souvent des tablettes. Certains fabricants imaginent cependant des accessoires dédiés pour faciliter leur usage par le conducteur ou le passager :

Ce support pour tablette se fixe sur le porte gobelet !

Ce support pour tablette se fixe sur le porte gobelet !

Analysons ce type d’écran :

  • Externe au véhicule (apporté par le conducteur)
  • Services complémentaires ou de confort
  • Multi-fonctions
  • Nativement connecté
  • Nativement digital
  • Écran unique
  • Mobile, parfois fixé par un support sur le tableau de bord ou le pare-brise, souvent en position centrale.

Les quatre premiers types d’écrans que nous venons de voir sont des dispositifs assez répandus, que vous avez tous certainement rencontrés un jour au l’autre. A partir du prochain, nous entrons dans la catégorie des dispositifs plus novateurs, mais que vous rencontrerez sans doute très prochainement.

5. Affichage tête-haute

L’affichage tête-haute est une vieille lubie des designers et des fabricants automobile, sans parler des conducteurs… S’il est déjà utilisé dans l’aviation, il n’en est cependant qu’à ses débuts dans l’automobile, sans doute pour des raisons d’ergonomie difficiles à régler pour maintenir un niveau de sécurité maximum dans l’usage. Mais il y a fort à parier qu’il va se développer tant il existe aujourd’hui de projets et de technologies variées qui tentent de proposer le meilleur dispositif pour cela. C’est d’ailleurs également le dispositif le plus versatile dans son contenu, ses fonctionnalités et ses usages.

Dispositif tête-haute de BMW

Dispositif tête-haute de BMW

Voici comment on peut analyser ce type d’affichage d’information :

  • Interne ou externe au véhicule
  • Services de base ou de confort
  • Mono ou multi-fonctions
  • Connecté ou non
  • Nativement digital
  • Écran intégré à l’environnement : “flottant” en transparence devant la vue de la route, d’où les questions d’ergonomie difficiles.
  • Fixe ou déplaçable sur l’écran
  • Dispositif encore peu commercialisé

6. Lunettes connectées

Certains ont évidemment imaginé que les lunettes connectées, et notamment les Google Glass, les plus connues, pouvaient être utilisées dans un véhicule pour apporter de l’information au conducteur. Nul besoin de préciser que là aussi la question de l’ergonomie est cruciale pour la préservation de la sécurité. C’est le type même de dispositif qui fait débat sur ce point.

Les Google Glass en voiture

Les Google Glass en voiture

Analyse du dispositif :

  • Externe au véhicule
  • Services de confort ou de base
  • Multi-fonctions
  • Nativement connecté
  • Nativement digital
  • Écran intégré à l’environnement  : “flottant” en transparence devant la vue de la route, d’où les questions d’ergonomie difficiles.
  • Fixe sur l’utilisateur, mais mobile dans le véhicule
  • Dispositif encore peu commercialisé

7. Montre connectée

L’avènement des appareils mettables (wearables devices) aura certainement un impact sur la conduite. Si on se contente d’aborder la question des écrans, comme je le fais dans cet article, on peut évoquer les montres connectées. L’exemple de la montre de Nissan, la Nismo Watch, est très intéressant : voilà un appareil destiné à être porté en permanence sur soi, mais conçu cependant par un constructeur automobile pour afficher non seulement les informations classiques d’une montre, mais aussi tout un ensemble d’informations en provenance du véhicule ainsi que de capteurs biométriques (ex : le rythme cardiaque ou la température du conducteur). L’idée très innovante de Nissan est de réunir ces deux types d’informations pour rendre la conduite plus sûre. Résultat : un écran de plus dans le véhicule !

La montre connectée de Nissan.

La montre connectée de Nissan.

Analyse du dispositif :

  • Externe au véhicule
  • Services de confort (et éventuellement de base)
  • Multi-fonctions
  • Nativement connecté
  • Nativement digital
  • Fixe sur l’utilisateur, mais mobile dans le véhicule

8. Pare-brise écran

Avec ce type d’écran, on entre encore plus dans le prospectif et on s’écarte par ailleurs de la conduite. Mais je le signale quand même car il me paraît symptomatique de la multiplication des écrans dans le véhicule. Il ne s’agit pas d’un dispositif tête-haute mais de rendre le pare-brise momentanément opaque pour le transformer en écran d’ordinateur pour travailler ou se distraire dans sa voiture le temps d’une pause ! Cette innovation est proposée par PSA dans le cadre de son concept Chrysalide. Voici une vidéo explicite :

Cette vidéo est également intéressante en ce qu’elle montre la complémentarité des écrans et devices : le smartphone ou l’ordinateur posés sur le siège passager envoient une info push sur l’écran du système multimédia que peut voir le conducteur; celui-ci s’arrête, décroche l’écran du système multimédia qui devient une tablette; il déclenche l’affichage du fichier sur le pare-brise qui devient un device d’affichage grand format; pendant ce temps la tablette est utilisée comme device de commande tactile. Bel exemple de la complémentarité des écrans !

Analyse du dispositif :

  • Interne au véhicule
  • Services de confort
  • Multi-fonctions
  • Nativement connecté
  • Nativement digital
  • Fixe
  • Au stade de concept aujourd’hui

9. Des écrans pour les passagers

Je ne l’ai pas précisé au début de l’article mais mon idée était de me focaliser sur les écrans utilisés par le conducteur. Il existe cependant bien-sûr beaucoup d’autres écrans possibles dans les véhicules si l’on veut bien compter ceux destinés aux passagers. On peut re-citer les smartphones et tablettes. On peut aussi ajouter les écrans vidéos qui s’installent derrière les appuis-têtes pour les passagers arrière. Et on pourrait aussi citer ces prototypes innovants de vitres interactives dont j’ai déjà parlé dans cet article.

Mais encore une fois ils ne me paraissent pas à considérer de la même manière dans la mesure où ils ne s’adressent pas au conducteur.

Dans de prochains articles, j’évoquerai un certain nombre de questions posées par ces écrans, notamment  :

  • l’ergonomie de ces écrans pour garantir la sécurité de la conduite
  • les interfaces de commande vocales ou gestuelles
  • les interactions automatiques via des capteurs
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Lorsque les écrans se déplacent à dos de robots

J’ai déjà eu l’occasion d’aborder dans un précédent article le projet Isobar Explorer qui utilisait un robot doté d’une caméra et d’un écran pour permettre à des candidats au recrutement de discuter avec des salariés de l’agence Hypermédia Isobar de Varsovie. Depuis, j’ai découvert d’autres robots assez similaires, que l’on pourrait classer dans deux catégories. Les premiers sont dotés d’une caméra et d’un écran. Ce sont souvent des solutions professionnelles de vidéoconférence. Les seconds utilisent un système de projection d’image et sont pensés pour un usage familial ou domestique.

1. Les robots sont-ils l’avenir de la vidéoconférence ?

Ces dernières années, plusieurs sociétés (spécialisées ou non dans la vidéoconférence) ont développé des robots dotés d’une caméra et d’un écran pour rendre les vidéoconférences plus faciles et plus souples en les rendant mobiles, créant ainsi des solutions de téléprésence.

C’est le cas de Double Robotics et de son robot Double, annoncé en 2012 puis mis sur le marché en 2013. Ce dernier ressemble à un Segway miniature doté d’une perche au sommet de laquelle figure un cadre sur lequel on peut fixer un iPad, relié au robot par Bluetooth.

Double, de Double Robotics

Double, de Double Robotics

En utilisant la caméra et le micro de ce dernier, le robot se transforme en solution de téléprésence mobile. Il peut alors être piloté depuis un autre iPad, un iPhone ou un ordinateur, via une application dédiée.

L'écran de contrôle de Double sur l'appli mobile dédiée.

L’écran de contrôle de Double sur l’appli mobile dédiée (source).

Un solution simple et souple puisqu’elle utilise un device externe (l’iPad) que beaucoup possèdent déjà. Un dispositif qui peut aussi s’avérer très ludique, comme le montre la vidéo ci-dessous :

Grand spécialiste de la vidéoconférence, Cisco de son côté a développé en 2013 un robot de téléprésence ambulant, en partenariat avec la société iRobot. Dénommé AVA500, ce dernier se pilote via une application mobile dédiée (pour tablette). Il transporte un écran intégré haute résolution de 21,5 pouces (l’écran EX60 de Cisco), une caméra HD et fonctionne avec le logiciel de vidéoconférence de Cisco.

AVA 500, le robot développé par iRobot et Cisco.

AVA 500, le robot développé par iRobot et Cisco.

Pour ceux qui veulent se faire une idée du robot en action vous pouvez visionner cette vidéo.

A lire également : Cisco et iRobot annoncent le robot Ava 500 à l’occasion du salon InfoComm.

Au-delà du modèle conçu avec Cisco, iRobot possède en fait toute une gamme de robots de téléprésence. Certains sont dédiés au monde médical, d’autres polyvalents. Certains utilisent un écran intégré, d’autres une tablette externe (lire à ce sujet : iRobot’s Ava: Have tablet, will travel)

Un robot de la gamme AVA d'iRobot, qui fonctionne avec un iPad.

Un robot de la gamme AVA d’iRobot, qui fonctionne avec un iPad.

iRobot n’a d’ailleurs pas seulement collaboré avec Cisco, mais aussi avec InTouch Health, une société spécialisée dans la télémédecine, pour développer le robot RP-Vita.

RP-Vita, d'InTouch Health

RP-Vita, d’InTouch Health

InTouch Health propose également un autre robot dédié au secteur médical : RP-7i.

Le robot RP-7i, d'InTouch Health

Le robot RP-7i, d’InTouch Health

Créée en 2001, la société Anybots s’est spécialisée dans les robots de téléprésence. Depuis 2010, elle propose le robot QB, qui ressemble beaucoup à Double avec sa base gyroscopique à 2 roues et sa longue perche où trône ce qui ressemble vaguement à une tête humaine avec un petit écran intégré.

Le robot QB, d'Anybots, en pleine action avec un beau noeud-pap'

Le robot QB, d’Anybots, en pleine action avec un beau noeud-pap’

Parmi les autres sociétés qui produisent des robots de téléprésence, on peut citer Suitable technology et son robot Beam ou encore VGo. D’autres encore existent…

Ces dispositifs offrent de nombreux avantages par rapport aux solutions de vidéoconférence fixes (dans des salles dédiées) ou personnelles (via les desktop). D’une part évidemment ils permettent des vidéoconférences dans n’importe quel lieu de l’entreprise accessible par le robot. Ils permettent ainsi, par exemple, des vidéoconférences sur le lieu même de travail des personnels. Enfin, ils permettent également de réaliser des visites à distance.

En fait, cette mobilité transforme l’expérience de vidéoconférence en véritable expérience de téléprésence. Ce robot qui se déplace et que l’on pilote, de forme presqu’humaine, c’est nous à distance. C’est sans doute pour cela qu’on les habille si facilement, comme on le voit dans la vidéo de Double Robotics ci-dessus ou sur certaines photos.

Par opposition à la seconde catégorie, l’usage de l’écran apparaît ici justifié pour au moins deux raisons :

  • l’affichage de l’image ne doit pas être dépendant de la présence ou non d’une surface adaptée à la projection. Avec un écran intégré, l’appareil est autonome quel que soit la configuration des lieux où il se déplace.

  • et il doit être possible en mouvement.

2. Des robots de projection mobile pour la maison

A l’opposé des robots de vidéoconférence professionnels, on voit également apparaître des dispositifs pensés pour un usage domestique, où le robot ne porte pas un écran mais projette une image. Cette double différence est-elle un hasard ? Certainement pas. Dans le contexte domestique, ce qui prime c’est l’effet et l’expérience plus que l’efficacité (au sens professionnel) et l’autonomie. Bien plus que l’écran (au demeurant forcément réduit sur les robots), le système de projection transforme la vision en expérience immersive, comme au cinéma, et insolite par les lieux dans lesquels il peut projeter.

S’il est un produit qui illustre à merveille cette promesse, c’est bien le robot Keecker, dévoilé voici quelques jours au CES de Las Vegas. Développé par un français, Pierre Lebeau, ancien de chez Google, Keecker est un projecteur mobile sans fil qui peut se déplacer dans la maison pour projeter sur les murs et les plafonds tout ce que normalement vous affichez sur un écran d’ordinateur : films, photos, jeux vidéos, navigation sur le web, vidéoconférence, etc.

Keecker

Le robot Keecker

Doté d’une caméra, il peut aussi vous servir à visionner ce qui se passe dans une autre pièce (un enfant qui dort par exemple) ou dans toute la maison en votre absence. Keecker est également doté de capteurs qui le transforment en objet connecté à part entière, là encore pour surveiller le bruit, la température, le CO2 ou l’humidité dans votre maison. Il possède enfin 6 haut-parleurs qui diffusent le son à 360°.

Bien que riche de fonctionnalités, il se pilote simplement à partir d’un smartphone. Et il ne néglige surtout pas l’esthétique puisque c’est un objet très design avec ses couleurs blanche et noire et sa forme ovoïde !

Bref, un bel objet, qui devrait être commercialisé en 2014. Mais attention le portefeuille !!!

Pour le reste, cette catégorie est encore à vrai dire assez vierge de produits. Je noterais juste qu’un projet similaire semble avoir été imaginé pour un usage médical : il s’agit d’associer le robot humanoïde Nao à un projecteur. Le dispositif a été testé dans le cadre du programme de recherche universitaire KSERA.

Le robot Nao avec un projecteur sur son dos pendant une conversation entre un patient du programme Ksera et un téléopérateur

Le robot Nao avec un projecteur sur son dos pendant une conversation entre un patient du programme Ksera et un télé-opérateur

D’une certaine manière, ces robots, surtout Keecker, ne sont-ils pas les descendants actuels d’un ancêtre de fiction nommé R2D2, avec son projecteur holographique ? Ou de son avatar moderne et éphémère, tel qu’on peut le voir dans cette vidéo de 2008 ? Ou bien encore de ce concept imaginé par Milad Taleghani avec des formes qui étaient très proches de celles de Keecker ?

Ils représentent en tous cas une nouvelle forme de mobilité de l’écran, non pas porté par l’homme sous forme de smartphone ou tablette, mais autonome dans ses déplacements et proposant une image projetée. Autant de différences dans le contexte qui devraient engendrer des usages et des applications différentes… qui restent à imaginer !

Vous avez déjà des idées ?

Les écrans transparents dans l’imaginaire des films de science fiction

A l’instar des films de prospective d’entreprises, ou de l’imaginaire marketing des banques d’images, les films de science-fiction sont un lieu privilégié pour rêver des interfaces digitales du futur. Et on y trouve bien entendu de nombreuses interfaces transparentes…
 
Loin de moi l’idée de faire ici un inventaire exhaustif de ces films. J’aimerais juste illustrer mon propos par quelques exemples.
 
Commençons avec Avatar. On y voit des écrans de bureau transparents :

avatar uhuhuh

Avatar – 1 – Des écrans transparents dans la salle de contrôle – Source

avatar 1

Avatar – 2 – Ecrans transparents – Source

AVATAR

Avatar – 3 – Ecrans transparents – Source

Fusion x64 TIFF File

Avatar – 4 – Ecrans transparents – Source

avatar_screens_4

Avatar – 5 – Ecran transparent – Source

Mais aussi des tablettes :

avatar-tablet

Avatar – 6 – Tablette transparente – Source

La série Iron Man regorge également d’écrans transparents :

Iron Man - 1 - Ecran transparent fixe - Source

Iron Man – 1 – Ecran transparent fixe – Source

Iron Man - 2 - Smartphone transparent - Source

Iron Man – 2 – Smartphone transparent – Source

Iron Man - 3 - Smartphone transparent - Source

Iron Man – 3 – Smartphone transparent – Source

Iron Man - 4 - Affichage tête haute (HUD) - Source

Iron Man – 4 – Affichage tête haute (HUD) – Source

Iron Man - 5 - Affichage tête haute (HUD) - Source

Iron Man – 5 – Affichage tête haute (HUD) – Source

Pour découvrir les interfaces digitales d’Iron Man en action, je vous invite à regarder les vidéos sur ce lien.

Même chose dans The Avengers :

The Avengers - 1 - Ecran fixe - Source

The Avengers – 1 – Ecran fixe – Source

The Avengers - 2 - Ecrans fixes - Source

The Avengers – 2 – Ecrans fixes – Source

Et enfin dans Minority Report :

Minority report - 1 - Ecran fixe - Source

Minority report – 1 – Ecran fixe – Source

Minority Report - 2 - Ecran fixe - Source

Minority Report – 2 – Ecran fixe – Source

Minority Report - 3 - Ecran fixe - Source

Minority Report – 3 – Ecran fixe – Source

Minority Report - 4 - Tablette - Source

Minority Report – 4 – Tablette – Source

Certes, on trouve également bien d’autres interfaces intéressantes dans ces films mais j’y reviendrai plus tard. Je me limite ici aux écrans transparents.

L’imaginaire dont témoignent ces représentations d’écrans transparents est-il similaire à celui des films de prospective d’entreprises ou des banques d’images ?

Le premier point commun est sans conteste que dans les trois cas, ces images montrent les qualités photogéniques ou cinégéniques des écrans transparents, qui nous font certainement tant les rêver. L’une de ces qualités tient à la luminescence des signes qui s’affichent sur ces écrans. Elle leur donne une présence très forte à l’image. L’autre qualité tient aux jeux d’images et de plans que permet la transparence. Tout d’abord, comme dans les exemples de banques d’images cités précédemment, on retrouve ici des plans où le personnage est vu de face, à travers l’écran transparent. C’est le cas dans la vue 2 de Minority report ci-dessus et les vues 4 et 5 d’Iron man. On rencontre aussi des plans très intéressants où le personnage-utilisateur est vu de 3/4 face et l’écran de 3/4 dos (cf. vues 2, 3, 4 et 6 d’Avatar, vues 1 et 2 de The Avengers et vues 3 et 4 de Minority report). L’intérêt des écrans transparents dans ce type de plan est que l’on peut voir ce que regarde l’utilisateur tout en regardant le visage de l’utilisateur. Enfin, on trouve aussi des plans classiques d’écrans qui utilisent le point de vue de l’utilisateur sur l’écran. (cf. Avatar 4 et Iron Man 1 et 2).

Avant d’évoquer le point suivant, il faut rappeler que dans tout dispositif interactif, on peut distinguer l’interface d’affichage de l’interface de commande. Or, dans toute cette série d’articles sur la transparence, je m’attache d’abord aux interfaces d’affichage. Dans les exemples que j’ai extraits des films ci-dessus, je me suis donc focalisé sur les écrans transparents comme interfaces d’affichage. Évidemment, ces films montrent aussi d’autres types d’interfaces d’affichage, comme je l’ai déjà dit juste avant. Mais je ne m’y attarde pas pour l’instant. Nous verrons cela dans de prochains articles.
 
Ce que je voudrais souligner ici, c’est que pour un même type d’interface d’affichage (l’écran transparent), on peut distinguer plusieurs types d’interfaces de commande. Dans les images ci-dessus, on peut en identifier (ou deviner) 3 types :

  • des interfaces tactiles (cf. Avatar)

  • des interfaces clavier/souris (cf. Minority Report 3)

  • des interfaces sans contact (cf. Minority Report 1 et 2)

Dans un prochain article, je ferai un inventaire de tous ces cas de figure d’articulation entre type interface d’affichage et type d’interface de commande.
 
Il faut noter aussi que dans ces articles, pour l’instant, je ne me demande ni quelles sont les technologies qui rendent possibles ces types d’interfaces, ni s’ils sont ergonomiques, ni à quel cas d’usage ils pourraient correspondre, ni quel est leur potentiel business ou marketing. Je me contente de montrer à quel point ils marquent notre imaginaire. Je reviendrai ultérieurement sur toutes ces autres questions.
 
Pour finir, vous vous demandez peut-être comment ont été conçus ces vrais-faux écrans. L’ont-ils été sans trop de souci de vraisemblance ou de réalisme dans l’utilisabilité ? Ou au contraire, l’ont-ils été comme s’il s’agissait de vrais écrans qui seraient réellement utilisés ?
 
Pour en savoir plus, voici quelques liens vers des articles sur ce sujet, vers les sites web de leurs designers ou vers des interviews de ces derniers :

Une femme à tête d’iPad

Dans la continuité de mon précédent article, je ne peux pas m’empêcher de vous parler de la vidéo ci-dessous, qui m’a beaucoup intrigué :

 

Dans cette vidéo, la tête d’une femme est entourée par 4 tablettes qui diffusent chacune une vidéo de sa tête prise avec le même angle de vue que la position de la tablette par rapport à la tête. Le dispositif donne donc l’impression que l’on voit effectivement par transparence et en temps-réel la tête de la femme à travers la tablette. Or il n’en est rien, comme le montre le making of ci-après : les images diffusées sur les tablettes ont été filmées auparavant…

 

Ce dispositif reproduit le principe expliqué dans le précédent billet, où l’on voit sur un écran une image presque similaire à ce que l’on verrait réellement sans écran, mais avec une légère différence, juste assez évidente pour être perceptible et nous laisser nous ravir de l’effet de surprise, de mystère, d’intrigue, d’humour…

Ce dispositif et cette vidéo ont été imaginés par l’agence new-yorkaise Thinkmodo pour la sortie du magazine sur iPad CFG : Cosmo for guys. Le concept est simple : « Cette nouvelle application permettra aux hommes de comprendre ce qui se trame dans la tête des femmes ». D’accord, pigé… Personnellement, je trouve cependant que la force de ce dispositif dépasse de loin l’usage qui en est fait ici (sympa certes…) et se révèle surtout enthousiasmant si l’ont veut bien considérer qu’on ne sait jamais ce qu’il y a dans la tête d’autrui et qu’il y a là une belle manière de jouer avec cette idée…

Des écrans qui jouent à être transparents

Dans mon précédent article, j’ai essayé de catégoriser différents types de juxtapositions ou superpositions d’images dans une autre image. Le point de départ de cette réflexion était un exemple de la catégorie que j’ai appelée “Superposition d’une image d’écran à la réalité dans une image” (Voir mon board Pinterest associé). Cette catégorie pourrait elle-même être subdivisée en plusieurs sous-catégories, notamment si l’on veut bien prendre en considération 2 usages différents des écrans, et plus particulièrement des écrans d’appareils mobiles qui sont essentiellement ceux qui donnent lieu à ce genre de superposition :

  • usage des écrans comme appareils de visée (pour prise de photo ou réalité augmentée)

  • usage des écrans comme appareils de visionnage ou d’affichage (de film, de photos, de documents, de pages web…)

Et voici ce que je disais dans mon article sur la différence entre ces deux usages :

  • “dans le premier cas d’usage, la visée digitale crée une sensation de “transparence” du smartphone qui est selon moi quelque chose d’assez inédit dans l’histoire des appareils de visée dans la mesure où les précédents (lunettes, téléscopes, appareils photo, caméras…) exigeaient le plus souvent de coller l’oeil à l’oeilleton de visée, ce qui annulait l’impression de “transparence” de l’appareil. Ici, l’appareil est regardé à distance et s’efface comme une vitre devant l’image vue “à travers”. Je reviendrai dans un prochain article sur ce que m’inspire cette impression de transparence.

  • à l’inverse, lorsque le smartphone est utilisé comme appareil d’affichage, point de transparence possible ! Ici, clairement, l’image fait écran à la vue de la réalité. Et c’est justement sur cela que jouent les publicités SFR pour créer les effets de juxtaposition que j’ai soulignés au début de cet article. Or, ces effets ne sont possibles qu’au prix de la petite “tricherie” gestuelle que j’ai également évoquée. De ce fait, si on veut bien considérer qu’on a là un exemple de superposition d’image d’écran à la vue de la réalité (l’image affichée par le smartphone se superpose à la vue de la réalité qui se trouve derrière), il y a fort à parier que l’on trouvera peu d’exemples de ce type d’images en vertu du fait qu’elle est liée ici à une petite “tricherie” (mais je ne demande qu’à être démenti, hein ?).”

Ce qui m’intéresse ici, c’est la sensation de transparence. J’indiquais dans le premier paragraphe ce ce précédent article que j’en reparlerai : c’est justement ce que je suis en train de faire. Pour en dire quoi ? Ceci : la transparence, les appareils de visée l’utilisent comme condition de possibilité. Mais ils en sont prisonniers par la même occasion; ils ne peuvent s’en libérer, sans quoi ils ne fonctionnent plus. A l’inverse, dans l’usage des écrans pour le visionnage ou l’affichage, la transparence n’est pas possible, mais par contre on peut s’amuser à la singer, à créer l’illusion de transparence !

C’est exactement ce à quoi ce sont amusés les auteurs des photos ci-dessous :

Or, que remarque-t-on dans ces photos si on les compare à celles de la Box de SFR qui étaient le point de départ de mon précédent article ? Dans celles-ci, les personnes tiennent leur tablette devant leur visage, alors que dans les pubs SFR on voyait une main tendue qui tenait un smartphone tourné vers ce que voyait la personne. Un hasard ? Pas complètement, car pour que l’on s’amuse à créer l’illusion de transparence, il ne faut pas que l’on soit dans une situation où l’on pourrait croire que la transparence est “réelle”. Or, dans le cas des gestuelles des pubs SFR, on est justement dans cette situation (Cf. mon propos sur la “tricherie” de la gestuelle dans ces images). Et justement, l’effet que cherchent à créer les images SFR est celui d’une superposition décalée, qui explicitement ne se prend pas pour une transparence (on ne peut pas croire que le personnage dans le bus soit un extra-terrestre…), même si elle joue sur l’idée de transparence derrière la notion de superposition (… mais on se laisse surprendre ou on s’amuse à le penser !). Alors que les images ci-dessus, elles, jouent explicitement sur l’illusion de transparence (on se demande longtemps ce qu’on voit) au-delà même de ce qui normalement devrait faire écran à la réalité, être un écran à la réalité ! Mais si le trouble persiste, c’est justement que les tablettes sont des appareils qui peuvent remplir les deux fonctions : visée ou visionnage, transparence ou écran. Elles jouent donc sur cette ambiguïté pour qu’on se demande ici à laquelle on a affaire.

Concrètement, comment produisent-elles ce résultat ? Dans ces exemples, l’écran reproduit la vue de ce qu’il cache, ou presque… à quelques détails près, car c’est souvent une image différente (avec un léger ou moins léger changement par rapport à ce que révélerait la vue par transparence de l’appareil). Et c’est ce changement, qui se veut presque toujours assez évident, qui rend l’image si évidemment compréhensible, intéressante, drôle, émouvante ou surprenante.

Vers des applications et des interfaces « BtoE&C »

En termes de marketing, on a l’habitude de distinguer les contextes BtoC (Business to Consumer) et BtoB (Business to Business). On utilise aussi parfois l’acronyme BtoE (Business to Employee). Généralement, ces contextes sont distincts et donnent lieu à des campagnes, des applications, des services… spécifiques, lesquels se caractérisent par des priorités, des choix et des méthodes de conception distincts également. Depuis quelque temps cependant, et notamment avec l’émergence du mobile et l’arrivée du digital dans les points de vente, j’ai l’impression qu’émerge une nouvelle catégorie hybride, que l’on pourrait appeler « BtoE&C », c’est-à-dire des applications-services-interfaces dédiés aussi bien à l’employé qu’au client.

Dans le cas des points de vente, l’employé, c’est évidemment le vendeur. Qu’un vendeur, un agent ou un conseiller partage son écran avec le client ou l’usager, on le voit souvent dans certains contextes tels que la banque ou d’autres services, ou dans certains commerces.

Un conseiller utilise son écran pendant l’entretien avec son client (source : http://www.salica.fr/RH/metiers/details-3.html)

On le voit aussi à l’œuvre dans certaines grandes surfaces, soit au moment de la recherche d’un produit (ex. : la recherche d’un livre à la FNAC), soit au moment de la configuration (ex. : la configuration de votre cuisine chez IKEA), soit au moment de la commande (ex. : l’achat d’un appareil chez Darty). Certaines de ces enseignes proposent d’ailleurs souvent des postes ou meubles spécifiques où se déroule cette interaction.

Pour autant, dans ce genre de situations, il ne me semble pas qu’il y ait un engagement particulier de la part du vendeur ou de l’acheteur. Les interactions correspondent à des moments bien balisés du parcours d’achat pour le client, ou des process de travail pour l’employé. Aucun des deux acteurs ne revient ensuite de manière isolée sur ce type de poste pour y passer du temps à rechercher de l’information, à configurer un produit ou à en apprendre plus sur celui-ci, sur ce qu’en pensent les clients, etc. Ces postes sont peut-être conçus comme des services, mais certainement pas comme des expériences. Même si, qu’on le veuille ou non, ils contribuent à l’expérience de travail des employés comme à l’expérience client des consommateurs. D’ailleurs, il suffit de regarder l’interface de la plupart de ces services et applications pour comprendre qu’ils ne sont pas conçus dans cet objectif…

Cependant, j’ai l’impression que de nouvelles situations d’interactions digitales émergent aujourd’hui avec l’usage des technologies, des devices et des services mobiles. Des situations moins “balisées” d’avance, donc des situations où l’engagement des deux parties est sans doute plus fort.

Des dispositifs destinés aussi bien au vendeur qu’au consommateur

Cette réflexion m’est venue suite à un projet dont on m’a parlé récemment. Il s’agit d’une application qui vise à mettre à la disposition de vendeurs en magasin des contenus de type catalogues, consumer magazines, fiches produits et autres contenus de la marque. Cette application n’est pas conçue pour que les vendeurs s’en servent (uniquement) chez eux ou derrière le comptoir du magasin : elle est explicitement conçue pour qu’ils montrent ces contenus aux clients. L’application, la tablette et les contenus deviennent donc des supports de l’expérience client en magasin, alors même qu’ils sont aussi destinés aux vendeurs ! Et ce nouveau contexte d’usage mixte a des répercussions fortes sur la conception de l’application :

  • tout d’abord, elle est conçue avec deux espaces distincts : l’un pour le vendeur, où il choisi et organise les contenus qu’il télécharge et visionne, et l’autre pour une consultation par le client (avec ou sans le vendeur).
  • ensuite, le graphisme et l’ergonomie de l’interface témoignent clairement de l’exigence de qualité mise en oeuvre dans les dispositifs BtoC, et trop souvent encore minimisée dans les dispositifs BtoE ! Au final, tout le monde est gagnant et c’est tant mieux.

Le fait qu’il s’agisse là d’une tablette plutôt que d’un poste fixe est pour moi symptomatique de la tendance que je décris. Les postes fixes se retrouvent très souvent entre un vendeur/conseiller et un client/usager, qui sont souvent face à face. Mais ils sont rarement pensés pour être une interface qui fait le lien entre les deux et améliore l’expérience de la relation. Ils sont plutôt perçus comme des obstacles à la transparence, soit parce que seul le vendeur/conseiller voit l’écran, soit parce que, quand le vendeur/conseiller montre l’écran au client/usager, c’est dans un contexte où cela doit aller vite, ne pas prendre beaucoup de temps… D’où la sensation, pour le client/usager, de voler au vendeur/conseiller des bribes d’informations qui ne lui sont pas initialement destinées en tant que client, plutôt que de partager avec ce dernier des informations qui auraient été mises explicitement à la disposition de chacun d’eux.

Des bribes d’informations obtenues en se penchant pour entrapercevoir l’écran de l’agent SNCF.

Pour résumer, je pense que dans le cas des postes fixes tels qu’ils sont conçus aujourd’hui, ni les vendeurs/conseillers ni les clients/usagers n’ont la possibilité de s’engager dans la relation et de vivre une expérience enrichissante, alors qu’à l’inverse les tablettes, smartphones et interfaces tactiles ou immersives, sont quant à elles beaucoup plus propices (voire explicitement destinées) à vivre une expérience et à permettre l’engagement.

J’aimerai illustrer cela par un certain nombre d’exemples qui me paraissent symptomatiques.

Bornes interactives & écrans tactiles

Commençons d’abord par les bornes et écrans tactiles qui envahissent de plus en plus les magasins. La vidéo ci-dessous présente les bornes tactiles réalisées voici quelque temps déjà par la société Oyez! pour le compte des magasin BUT. Cette vidéo exprime parfaitement ce que je veux dire ici :

  • d’une part, les bornes peuvent être consultées par un client seul, mais elles prennent vraiment toute leur valeur, leur « supplément d’âme » (dixit la vidéo) lorsque le client est accompagné par un vendeur
  • d’autre part, la consultation des bornes change notablement l’expérience shopping des clients.

 

Dans un article du monde informatique, le responsable du projet chez BUT explique que ces bornes avaient été conçues initialement pour être utilisées par les clients seuls, mais que ceux-ci ne les utilisaient pas. « Les clients ne viennent pas en magasin pour parler à une machine », en a-t-il conclut. Et la borne a donc été repensée pour être utilisée explicitement par le client avec le vendeur !

Autre exemple avec la SNCF. Il y a plus de trois ans maintenant, l’entreprise a engagé une réflexion sur l’ergonomie du dialogue de vente en lançant un concours d’innovation pour une interface tactile, avec une catégorie « mur tactile » et une catégorie « table tactile ». Comme on peut le lire dans cet article, il semble que la table ait été mieux appréciée pour le type de relation client-vendeur qu’elle instaure. Je cite l’article : « Les vendeurs comme les clients s’accordent à dire que plus le support est à l’horizontale, plus la relation de vente s’organise facilement, à trois, dans un triangle client / vendeur / interface. Au contraire, plus le support est à la verticale, plus le client se sent en position de faire son opération seul. »

La vidéo ci-dessous (dont a été extraite la photo utilisée plus haut dans mon article) montre bien toutes les modifications de la relation client-vendeur, lequel devient d’ailleurs beaucoup plus conseiller :

 

On pourrait ainsi multiplier les exemples. Ils montrent tous qu’avec les tables et écrans tactiles, le vendeur/conseiller tout comme le client/usager vivent plus fortement l’expérience de vente-achat que dans le cas des postes fixes tels que je les ai décrits plus haut dans cet article.

Mais pour autant (vous allez dire que je suis difficile), je ne pense pas que ce soit les interfaces les plus BtoE&C que l’on puisse imaginer dans la mesure notamment où les vendeurs/conseiller ne peuvent pas se les approprier individuellement puisqu’elles sont collectives et fixes dans l’espace de vente.

A l’opposé, comme on va le voir ci-après, je pense que les appareils mobiles et tactiles (smartphones et tablettes) peuvent réellement devenir des interfaces BtoE&C.

Tablettes et smartphones

L’exemple parfait selon moi pour illustrer cela, c’est encore BUT, déjà cité. En effet, ce que je n’ai pas dit plus haut, c’est que BUT a complété son dispositif de borne interactive en équipant les vendeurs de tablettes. Ce que ça donne, je vous laisse le découvrir dans cette vidéo :

 

Vendeur et client assis côte à côte sur le canapé en train de choisir la couleur de ce dernier et de procéder à l’achat/la vente, voilà qui nous met à des années lumières des situations décrites au début de cet article ! Pas convaincu ? Prenez alors le temps de lire ce qu’en dit Xavier Guéry, DSI de BUT dans cet article : « Les tablettes apportent aux vendeurs la possibilité d’affiner les recherches qui vont correspondre de façon très précise aux besoins du client, en procédant par univers. On remet ainsi le vendeur dans une position de conseil, d’écoute. Ceux qui ont testé ce système ne peuvent plus s’en passer. Pour les vendeurs, les tablettes sont devenues des objets très personnels qu’ils se sont appropriés et c’est très positif. Pour le client, le but était qu’il puisse effectuer tout l’acte d’achat confortablement installé sur le canapé qu’il souhaitait acheter, avec toutes les informations à sa disposition, sans que lui et le vendeur aient besoin de se déplacer. Avec les tablettes, on peut tout faire depuis le canapé, ça a vraiment révolutionné l’achat qui n’était jusque-là pas un moment très agréable et qui est devenu un acte de plaisir jusqu’au bout. En développant le confort, on a augmenté les ventes. Nous avons constaté que cette interaction entre le virtuel et le réel incitait vraiment à l’achat, du coup on a développé toute la gamme de nos produits sur ces supports mobiles. »

J’ai souligné les passages qui traduisent ce que j’essaie d’expliquer depuis le début, à savoir l’engagement du client comme du vendeur, le changement de l’expérience de chacun et surtout l’appropriation de la tablette par le vendeur.

A partir de là, il me paraît vraiment intéressant de se dire que les contenus et interfaces de ces tablettes doivent être pensés de manière spécifique parce qu’elles sont destinées à un usage aussi bien BtoC que BtoE, avec une vraie expérience côté client et une vraie appropriation du device par le vendeur.

De nombreuses marques ont ainsi doté leurs vendeurs de tablettes ou smartphones : Sephora, Peugeot, Nespresso, la FNAC, etc. Combien ont pris en compte cette dimension BtoE&C ?

Enfin, je terminerai en citant cet article qui évoque la double ou triple utilisation possible des tablettes dans les agences immobilières (mais ça me paraît valable aussi pour les banques, les médecins, les assurances, les concessions automobiles, etc.) :

  • soit la tablette est placée dans un support fixé au sol et mise à la disposition des clients ou usagers dans l’espace de vente-accueil (là, on est en BtoC)
  • soit elle peut être sortie du support et utilisée en déplacement chez un client ou sur le terrain par le conseiller-vendeur (là on est en BtoC&E)
  • soit enfin elle peut être utilisée par le conseiller-vendeur comme un appareil professionnel personnel dans lequel il peut avoir ses contenus et applications business, chez lui ou à l’agence (BtoE)

Ce sont ces nouvelles situations d’usages qui me paraissent intéressantes à prendre en compte aujourd’hui dans la conception de ces services, de leurs contenus et de leurs interfaces hybrides.

Et vous, connaissez-vous des exemples qui vont dans ce sens ?