Des initiatives apparaissent pour rapprocher start-ups et ETI

Si les grandes entreprises ont généralement les moyens et les compétences d’investir dans des start-ups ou de les accompagner dans leur développement (Cf. aussi mon article sur les initiatives des assureurs), et ainsi se positionner sur des marchés numériques émergents, tout en contribuant à leur transformation numérique, tel n’est pas le cas des ETI (et encore moins des PME, bien évidemment). Trois dispositifs viennent cependant d’être créés, qui ont notamment pour but de rapprocher start-ups et ETI. Petit tour d’horizon de ces initiatives trop peu nombreuses.


1 / BNP Paribas – Innov&Connect

BNP Paribas a lancé le programme Innov&Connect en septembre 2014. Si l’on en croit le communiqué de presse, “c’est le premier programme bancaire entièrement dédié à l’innovation, visant à connecter les startups et les Entreprises de Taille Intermédiaire (ETI) en France, ainsi qu’à accompagner leur croissance ».

Ce programme s’inscrit dans la droite ligne du soutien que la banque a engagé depuis plusieurs années envers l’entrepreneuriat innovant. De nombreuses initiatives ont déjà été créées en ce sens : lancement du plan « BNP Paribas Entrepreneurs 2016 », création de 15 Pôles innovations, qui sont des lieux « constitués d’équipes spécialisées qui proposent des services dédiés aux entreprises innovantes”, partenariat avec les organismes de crowdfunding Ulule et Wiseed, investissement dans des fonds d’amorçage et lancement de différentes opérations de communication telles que le programme court télévisé Parlons PME, relayé sur le site parlonspme.fr, l’opération de communication mapubici ou encore le documentaire We Love Entrepreneurs.

Dans ce contexte, Innov&Connect propose deux programmes :

1) Le premier est un programme d’accélération original puisqu’il qui vise à créer de véritables binômes ETI/startups qui travaillent autour d’un projet commun. Pour la première « saison », qui a démarré en avril 2015, les startups ont été sélectionnées suite à un appel à candidature en fonction des besoins exprimés par 11 ETI clientes de BNP Paribas et partenaires du programme Innov&Connect.

Les 8 premiers binômes startups/ETI du programme Innov&Connect

Les 8 premiers binômes startups/ETI du programme Innov&Connect

Une fois sélectionnées, les startups sont hébergées gratuitement en mode co-working pendant 6 mois dans un espace dédié à l’innovation situé dans le Sentier, à Paris. Dans cet espace de 1600 m2, nommé WAI, pour « We Are Innovation », elles peuvent bénéficier de plusieurs services :

  • Développer une relation privilégiée avec une ETI ou une grande entreprise pour co-innover
  • Recevoir un mentoring et un coaching intensif pour accélérer leur décollage
  • Accéder au réseau d’experts et d’entrepreneurs de la banque
Les espaces WAI (We Are Innovation) du programme Innov&Connect de BNP Paribas

Les espaces WAI (We Are Innovation) du programme Innov&Connect de BNP Paribas

Tous ces services sont conduits sous l’égide de L’Atelier BNP Paribas, la cellule de veille et de conseil en innovation de la banque, mais ils mobilisent également des partenaires extérieurs parmi les plus réputés sur le sujet : Numa, Learn Assembly, Koudetat (The Family), etc.

Les choses ne sont sans doute pas figées, mais j’imagine que pour la prochaine “saison”, ce seront à nouveau 10 ou 11 nouvelles ETI qui “parraineront” autant de startups. Comment sont sélectionnées ces ETI ? Je ne sais pas ! Par contre, il faut savoir que le programme est réservé aux ETI clientes de BNP Paribas.

Comme le souligne Maddyness, pour convaincre startups et ETI de lui faire confiance, « BNP Paribas s’appuie sur sa connaissance des ETI, puisque 3/4 des 4000 ETI françaises sont clientes de BNP Paribas, et sa connaissance des startups puisque plus de 1000 d’entre elles travaillent déjà avec les Pôles Innovation du groupe » !

Bref, le programme Innov&Connect est conçu pour que chacun des 3 acteurs soit gagnant : les ETI accélèrent leur démarche d’innovation et se positionnement dans l’économie numérique, les startups accélèrent leur développement, et la banque tire profit de leur croissance respective puisque ce sont ses clients. Par ce type de démarche, elle peut aussi fidéliser ses clients existants et séduire des prospects.

2) Le second service est un programme plus classique d’accompagnement et d’hébergement de startups en phase de décollage commercial. Depuis le 1er Trimestre 2015, les startups sélectionnées bénéficient pendant 18 à 24 mois d’un ensemble de services et d’expertises en lien avec les partenaires de l’écosystème d’innovation de BNP Paribas. Les startups peuvent être hébergées dans le WAI de Paris pour un tarif est de 350€/mois/poste de travail, ou dans un deuxième WAI, situé à Massy-Saclay, qui propose 300 postes de travail au tarif de 250€/mois/poste.

Lors du lancement du programme Innov&Connect, BNP Paribas a affirmé vouloir accompagner 150 startups sur 3 ans et investir sur cette même période plus de 10 millions d’euros !

 

Le programme Innov&Connect

Le programme Innov&Connect

2 / Mazars – Mazars’ Lab

Mazars’ Lab est un programme d’open innovation créé fin 2014 par la société d’audit Mazars. Selon Eric Schwaller, associé chez Mazars, « le but est de faire se rencontrer des start-up et des ETI afin de créer l’étincelle et qu’elles travaillent ensemble sur des projets. Ceci en mode coopératif, sans partenariat capitalistique.»

Le projet a été créé dans la foulée de la co-création en 2014 par Mazars de l’Institut Open Innovation.

Mazars’ Lab propose 3 services :

  • « Mazars StartUp SERVICES : un accompagnement adapté à tous les entrepreneurs de croissance de tous secteurs d’activité, où Mazars et son écosystème de partenaires experts ont bâti une offre de services étendus.
  • Mazars ACCELERATOR : un partenariat avec les StartUps technologiques proches des métiers de Mazars, pour innover ensemble en co-R&D et co-développement commercial.
  • Mazars ANGELS : une alliance renforcée grâce à un investissement dans le développement des StartUps les plus en synergies avec Mazars. »

 

L'offre Mazars' Lab

Les 3 composantes de l’offre Mazars’ Lab

 

A travers cette offre Mazars entend aider les startups dont le métier est complémentaire au sien à se développer en leur proposant d’intégrer leur écosystème de partenaires. L’idée est ensuite d’en tirer un bénéfice commun via un dispositif de co-innovation et de co-développement commercial qui peut aussi mobiliser les clients ETI et grandes entreprises de Mazars. Et enfin chercher un bénéfice commun en proposant aux ETI clientes de Mazars d’investir dans les startups du programme.

3 / BpiFrance – Le Hub

Le Hub est un accélérateur de start-ups inauguré par Bpifrance le 23 avril 2015. Son mode de fonctionnement repose sur le rapprochement des start-ups avec les ETI et les grandes entreprises. Il n’est donc pas dédié exclusivement aux ETI, mais celles-ci y ont toute leur part. Situé boulevard Haussman, à Paris (9e), il dispose de 500m2 pour héberger et accompagner pendant 6 à 18 mois 11 start-up ayant dépassé l’amorçage.

 

Précisément, Le Hub propose 3 services :

Le Hub Corporate s’adresse aux ETI et aux grands groupes. Il leur propose “une offre de sourcing qualifié de startups et de PME innovantes”. Depuis 2000, Bpifrance a en effet constitué une base de données de près de 30 000 entreprises innovantes. Elle utilise également des bases externes : Angelist, Crunchbase, Société.com, C-radar. Ce service s’appuie sur un réseau de 150 chargés d’affaires innovation, situés dans plus de 40 implantations régionales et sur 50 experts sectoriels. La démarche est simple : “diagnostic flash” des besoins et contraintes de l’ETI ou de la grande entreprise > identification des sociétés innovantes adaptées > mise en relation > accompagnement. Le rapprochement peut prendre plusieurs formes : partenariat R&D, partenariat commercial, investissement minoritaire ou acquisition. Pour séduire startup et entreprises installées, Le Hub entend jouer un rôle de tiers de confiance.

Le Hub Network organise des rencontres entre start-ups, ETI et grandes entreprises. 5 formats sont proposés :

  • Recettes d’entrepreneurs : Chaque mois, un entrepreneur dont la startup s’est bien développée vient partager ses succès et ses échecs, le temps d’un déjeuner convivial”.
  • Totem : “c’est une conférence à 360° avec six intervenants de haut vol issus de disciplines différentes pour analyser les changements induits par une innovation de rupture”.
  • Eldorado ? : “conférence croisière” sur les hubs d’innovation dans le monde avec l’intervention d’un français installé dans ce hub et/ou d’un autochtone.
  • L’aparté : “Une heure de tête à tête intime et exclusif avec un entrepreneur star pour découvrir l’homme derrière la success story.”
  • Café connect : “Chaque mois, lors d’un petit déjeuner au sein du Hub, une problématique précise d’innovation ouverte est éclairée par un expert et le retour d’expérience de professionnels.”

Enfin, le Hub Startup propose aux startups “une offre d’accompagnement post-accélération pour booster leur croissance”. Dans les locaux du Hub, Bpifrance peut accueillir simultanément une dizaine de startups innovantes en phase de commercialisation. Outre l’hébergement et l’équipement, l’offre comprend du conseil en financement, en levée de fonds, en développement commercial en France et à l’international. Le tarif pour les startups est de 400 euros par personne par mois.

Conclusion

Ces trois initiatives me paraissent intéressantes à plus d’un titre. Elles témoignent tout d’abord de l’intérêt naissant de certains acteurs pour les ETI, après qu’ils se soient tournés en premier lieu vers les grandes entreprises. La taille plus réduite des ETI implique un accompagnement spécifique, ce qui peut donner lieu à des formules originales. Et cela peut aussi intéresser certaines startups, qui pourraient à l’inverse voir comme trop encombrante la compagnie d’une grande entreprise. BNP Paribas s’était penché sur ces questions dans cet article : Le couple ETI & start-up : un possible ? Mais surtout, cela rééquilibre la relation entre l’entreprise et la startup. Il ne s’agit pas seulement de faire grandir des startups, mais aussi les ETI !

Ces initiatives témoignent aussi de la vitalité et de la diversité des programmes d’incubation, d’accélération ou d’open innovation qui se développent en France. A côté de programmes généralistes comme celui du Village de l’Innovation du Crédit Agricole ou de programmes dédiés à une filière comme le Welcome City Lab, dédié au tourisme, il y a donc la place pour des programmes qui segmentent les entreprises partenaires, en l’occurrence ici les ETI (même si les grandes entreprises ne sont pas exclues pour autant) ou qui se développent autour d’un intermédiaire qui réunit autour de lui différents types d’acteurs qu’il choisit parmi ses clients ou partenaires, agissant ainsi en tant que tiers de confiance.

Le 21 mai, l’accélérateur Partech Shaker propose d’ailleurs une journée d’échanges sur ce thème : Entre start-up, ETI et grands groupes, l’open-innovation en pratique: comment travailler ensemble ? Preuve en est que le sujet est d’actualité.

Le seul bémol de tout cela tient au faible nombre d’ETI qui pourront en bénéficier. Même si BNP Paribas se targue d’avoir pour clientes 3 ETI françaises sur 4, seule une dizaine par saison peuvent participer au programme. Je n’ai pas les nombres pour les programmes de Bpifrance et de Mazars, mais il est fort probable que cela soit du même ordre. Il faudrait donc que beaucoup d’autres initiatives de cet ordre se développent pour qu’elles portent vraiment leurs fruits à plus grande échelle. Souhaitons le !

 

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Comment les assurances investissent dans les start-ups ?

Alors que j’avais commencé (tranquillement) depuis quelques jours un inventaire des assureurs qui investissent dans les start-ups, voici qu’Accenture publie les résultats d’une étude qu’il a réalisée auprès de 141 assureurs dans le monde au sujet de leurs relations avec les start-ups. Cette étude ne pouvait pas mieux tomber : elle me fournit l’occasion d’une introduction idéale à mon inventaire !

Qu’y découvre-t-on ? Selon Accenture, 43% des assureurs interrogés disent vouloir acheter ou investir dans des start-ups ou l’avoir déjà fait. En parallèle, plus de 50% des cadres du secteur pensent que leurs concurrents vont acquérir une start-up d’ici 3 ans. Une réelle prise de conscience semble donc avoir gagné le secteur, qui y voit là l’opportunité ou la nécessité, en tous cas les moyens, de conduire efficacement sa transformation numérique.

Quels types de start-ups sont ciblés ? Toujours selon Accenture, les assureurs seraient intéressés à 47% par des start-ups de la télématique (informatique embarquée dans les voitures), à 43% par des comparateurs d’assurance et à 38% par des sociétés du Big Data et de l’analytique.

Pour compléter ces chiffres, voici donc quelques faits (relevés sur le web) d’investissements d’assureurs dans des start-ups. Ils sont classés par ordre alphabétique d’assureurs. Cette liste n’a aucune prétention à être exhaustive : j’essaierai de la compléter progressivement dans de prochains articles.

Précisions :

  • Je ne compte pas dans cette liste les cas d’assureurs qui sont clients de start-ups.
  • Je ne compte pas non plus les cas où des assureurs assurent des services de l’économie collaborative. J’ai déjà évoqué ce cas dans un précédent article.
  • Enfin, dans la liste ci-dessous, j’essaierai de distinguer les cas d’investissement direct dans une start-up en particulier et les cas d’investissement indirect dans un fond ou un incubateur sans désignation d’une start-up en particulier. On constate dans l’immédiat que les premiers sont assez rares, tandis que les seconds sont beaucoup plus nombreux.

 

AG2R-La Mondiale :

  • Je n’ai pas trouvé de cas d’investissement direct d’AG2R-La Mondiale dans des start-ups. La société est en revanche très active en termes d’investissements indirects.
  • Elle a ainsi investit 50 000 euros dans le fonds d’amorçage CREALIA, de la Région Languedoc-Roussillon (source). 
  • Elle a investit 2 millions d’euros dans le fonds de capital-risque CapAgro Innovation, co-financé par Sofiprotéol, fabricant de l’huile Lesieur, le groupe sucrier Tereos, Bpifrance (la banque publique d’investissement) et Crédit Agricole Capital-Investissement & Finance (Cacif) (source).
  • Elle a également investit dans le fond de capital-risque public-privé Robolution Capital, initié par Bruno Bonnel et dédié aux start-ups de la robotique. Lire cet article ou celui-ci.
  • AG2R-La Mondiale est administrateur historique de l’accélérateur Marseille Innovation, centre européen d’entreprise et d’innovation (CEEI) (source).
  • AG2R-La Mondiale a investit dans Quadrivium, le fonds d’amorçage de l’université Pierre et Marie Curie (source).

Allianz :

  • Je n’ai pas trouvé de cas d’investissement direct d’Allianz dans des start-ups. La société est en revanche très active en termes d’investissements indirects.
  • Allianz a lancé sur la Côte d’Azur, un accélérateur de start-ups spécialisées dans le Big Data. Il sera hébergé dans les locaux du stade Allianz Arena de Nice (source – pdf).
  • Allianz a créé un Digital Lab ainsi qu’un Digital Accelerator.
  • La société a créé Allianz Claims Lab, un concours de start-ups en partenariat avec Paris Région Lab (source).
  • Allianz a également investit dans XAnge Capital, une société de capital-risque (SCR) créée en 2003 à l’initiative de La Poste, avec Alten, Neopost, CDC Entreprises, CNP Assurances… puis dans le Fonds XAnge Capital 2 dédié aux innovations numériques (source).

Aviva

AXA

BBVA

  • BBVA offre l’un des rares exemples d’investissement direct puisqu’elle a acheté Madiva, une start-up spécialisée dans le Big Data (source).

CNP Assurances

  • Je n’ai pas trouvé de cas d’investissement direct de CNP Assurances dans des start-ups. Mais la société a fait plusieurs investissements indirects.
  • Elle a investit dans Quadrivium, le fonds d’amorçage de l’université Pierre et Marie Curie (source).
  • Elle a également investit dans XAnge Capital, une société de capital-risque (SCR) créée en 2003 à l’initiative de La Poste, avec Alten, Neopost, CDC Entreprises, Allianz… puis dans le Fonds XAnge Capital 2 dédié aux innovations numériques (source).

Covea (MAAF, MMA et GMF)

  • COVEA a fondé Covea Next, “une structure d’investissement dont la vocation est de prendre des participations minoritaires auprès de jeunes pousses à fort potentiel d’innovation dans l’assurance. Une première montée au capital de Wezzoo, une plate-forme web et mobile, a vu le jour”. (source)

Generali

  • La société a créé l’espace de co-working BeeoTop dédié aux start-ups de l’économie sociale (source).

MAAF

  • La société est partenaire de Sigfox, avec qui elle a créé une offre commune (source – pdf).
  • Cf. Covéa

MAIF :

  • MAIF est l’un des rares exemples d’assureur à investir directement dans des start-ups.
  • MAIF a investit 2,6 millions d’euros dans Koolicar, une société d’autopartage (source 1, source 2).
  • MAIF a également investit 150 000 euros dans Ouishare (source).
  • Autre initiative à souligner : MAIF a créé MAIFSocialClub, un portail qui rassemble toutes les start-ups de l’économie collaborative dans laquelle elle a investit ou dont elle est partenaire, pour proposer leur services à ses sociétaires.

Malakoff-Mederic

  • La société a investit dans Quadrivium, le fonds d’amorçage de l’université Pierre et Marie Curie (source).

MGEN

  • La MGEN a investit 1,6 millions d’euros dans Energie Perspective (source – pdf).

Voilà pour cette première liste qui ne demande qu’à s’étoffer ! Si vous connaissez d’autres cas d’investissements d’acteurs de l’assurance dans des start-ups, n’hésitez surtout pas à me les signaler !

The Paris Tech Guide, pour tout savoir sur… the Paris Tech Scene !

Dans la continuité de mon précédent article, je partage avec vous la présentation ci-dessous de The Family. Elle dresse un panorama bigrement bien fait des principaux acteurs de l’écosystème des start-ups parisiennes, incroyablement dynamique actuellement ! Il n’y a pas vraiment de chiffres qui répondent aux questions de mon précédent articles mais on y trouve (notamment) rassemblées les principales start-ups françaises qui ont réussi. Bonne lecture !

 

Comment se développent les startups françaises ?

Le jour viendra-t-il où on pourra dire, non plus : “Heureux comme Dieu en France !”, mais : “Heureux comme une start-up en France » ? Il faut dire que depuis quelques années, avec l’avènement de l’économie numérique, les startups accaparent l’attention de tous : de l’Etat et des collectivités, qui y voient une aubaine pour résoudre tous les maux économiques (chômage, compétitivité, croissance…), des entreprises installées, qui se demandent si elles doivent en avoir peur ou comment en tirer parti, des investisseurs qui flairent le bon filon, ou bien encore de tous ceux qui veulent se lancer dans l’aventure entrepreneuriale. Les médias s’en mêlent et les articles et sites web se multiplient à leur sujet. Chaque jour, on découvre de nouvelles start-ups fraîchement créées. Les incubateurs se multiplient. Les événements et concours pullulent. Mais que ressort-il de tout cela finalement ? Que deviennent toutes ces start-ups ? Se développent-elles ? Deviennent-elles des « grown ups », comme on dit dans le jargon ? Trouvent-elles leur marché ? Créent-elles de l’activité ?

J’ai essayé de trouver sur internet des réponses à ces questions. J’avoue que c’est loin d’être évident. Voici, question par question, les réponses que j’ai trouvées.

Combien y a-t-il de start-ups en France ?

Autant le dire franchement, je n’ai pas trouvé de réponse officielle, claire ou précise à cette question. Je ne sais pas s’il en existe une, mais dans son Guide des Startups High-Tech en France, édition 2014, Olivier Ezratty écrit :

“La question est souvent posée : combien de startups a-t-on en France ? S’il se créé plusieurs centaines de milliers de TPE en France chaque année, toutes ne sont pas des startups. Sont des startups les TPE innovantes qui se lancent avec un produit susceptible de générer une croissance très rapide avec de fortes économies d’échelle. Les startups doivent le plus souvent faire appel à du financement pour créer leur produit et conquérir des marchés. Sans financement, leur croissance est généralement très lente. Il y avait 4500 TPE labellisées « Jeunes Entreprises Innovantes » selon BpiFrance (en 2013) et en tout, 10 000 entreprises innovantes. Les flux sont importants avec chaque année de nombreux entrants, des sortants par le bas (fermeture), par le milieu (startups qui deviennent des boites de services) ou par le haut (startups qui deviennent des PME ou sont acquises par des grands groupes).

Et le numérique ? Il représente au moins la moitié de ces startups. On a donc en gros 5000 startups dans le numérique en France. Plus ou moins 2000…” 

(Guide des Startups High-Tech en France, Olivier Ezratty, Mars 2014, p34)

« 5000, plus ou moins 2000… », c’est clair, non ? 😦

On devrait peut-être créer une start-up dont le business consisterait justement à compter combien il y a de start-ups en France et comment elles évoluent ??!!

En tous cas, ce qui est intéressant, au passage, dans le propos d’Olivier Ezratty par rapport au sujet de cet article, c’est qu’il rappelle brièvement la définition d’une startup, en l’occurrence une entreprise naissante mais destinée à une croissance rapide et un fort développement. On ne crée pas une startup pour rester 5 salariés et avoir seulement quelques clients en Val d’Oise (ou ailleurs…). On voit plus large… D’où le point de départ de cet article : qu’en est-il du développement de ces startups françaises ? Réussissent-elles ?

Pour ce faire une idée plus précise, on peut aussi changer d’échelle et passer au niveau des villes. Cet article indique par exemple que Paris, qui est clairement l’épicentre de la création de start-ups en France, abriterait 3000 start-ups alors que Londres, pourtant auto-proclamée « capitale européenne du numérique », n’en abriterait que 2000 ! Autre info à mettre dans la balance : le projet d’incubateur de la Halle Freyssinet envisage d’abriter un millier de start-ups (source). On peut aussi comparer avec d’autres pays, par exemple Israël, dont plusieurs sources, dont cet autre article, disent qu’elle possède environ 5000 startups.

Quoi qu’il en soit, pour mieux situer ces chiffres, on peut rappeler qu’il existe en France selon l’INSEE (chiffres 2011) :

  • 3 millions de microentreprises (<10 salariés), soit 95,4% des entreprises et 20% des salariés
  • 138 000 PME (<250 salariés), qui embauchent 28% des salariés
  • 5 000 entreprises de taille intermédiaire (ETI), qui représentent 22% des salariés,
  • et 243 grandes entreprises qui emploient à elles seules 30 % des salariés !
Répartition des chiffres clés (nombre de salariés, CA, etc.) par types d'entreprises en France.

Répartition des chiffres clés (nombre de salariés, CA, etc.) par types d’entreprises en France.

La question que je me pose est donc : dans quelle proportion et à quelle vitesse les startups gravissent ces différents échelons ?

Combien s’en crée-t-il chaque année ?

Concernant cette question, voici ce que j’ai trouvé : Dans son Analyse trimestrielle des deals startups, qui analyse l’évolution des startups en France entre un trimestre et celui correspondant de l’année précédente, le site web MyFrenchStartup, indique (si je comprends bien le chiffre) qu’il y aurait 3400 start-up supplémentaires en France au 1er trim. 2014 par rapport 1er trim. 2013. Est-ce le différentiel entre les deux totaux, incluant donc aussi bien les disparitions de start-up que les créations, ou le nombre de start-ups créées ? Je ne sais pas. En tous cas, le chiffre est de 4200 supplémentaires au 2ème trim. 2014 par rapport au 2ème trim. 2013. Et 4400 au 3ème trimestre 2014 par rapport au 3ème trimestre 2013. On constaterait donc une augmentation du nombre de start-ups en France, et un rythme de création qui lui-même s’accroît.

A moins que ce chiffre ne soit le nombre global de start-ups référencées par MyFrenchStartup ? Ce qui le rapprocherait du chiffre de 5000 cité par Olivier Ezratty ? J’avoue que ça n’est pas très clair…

Pour rappel et complément d’information, le plan de soutien aux start-ups lancé fin 2013 par le gouvernement autour du label « French Tech » et doté d’une enveloppe de 215 millions d’euros prévoyait de soutenir environ 1000 start-ups par an (source).

Comment se développent-elles ?

Dans une interview au Nouvel Observateur de décembre 2013, Fleur Pellerin déclarait : “On a eu dix ans de politique de droite, supposée être pro-entreprises, mais combien de champions technologiques ont émergé en France ? Zéro. Dans le même temps, aux Etats-Unis, une vingtaine de champions mondiaux se sont créés. (…) Ma conviction, c’est qu’il faut que les prochains champions du numérique puissent se créer et se monter en France.”  

Sous couvert de pique politique, ce propos fait le constat d’un manque de développement des start-ups en France ces dernières années. Pourtant, à défaut d’avoir un acteur de la taille des GAFA (mais qui d’autres que les Etats-Unis en a ?), la France a donné le jour à de belles pépites. Le Huffington Post en faisait justement l’inventaire dans un article de février 2014. Citons par exemple :

  • Dailymotion, né en 2005, la même année que YouTube, serait aujourd’hui le 31ème site le plus visité au monde avec 2,5 millions de vidéos visionnées chaque mois et des services en 16 langues.
  • Deezer, lancé en 2007, et dont Orange possède entre 8 et 9%, est l’un des leaders mondiaux de l’écoute de musique en streaming avec 2 millions d’abonnés payants et 20 millions d’inscrits dans 172 pays.
  • Criteo, fondé en 2005, aurait plus de 900 salariés pour un chiffre d’affaire de 444 millions d’euros et un bénéfice net de 1,4 million d’euros. Elle est côtée au NASDAQ depuis octobre 2013.
  • Lancé en 2004, Viadeo est le principal concurrent de LinkedIn avec 50 millions de membres dans le monde.
  • On pourrait aussi parler de Venteprivée.com, de Meetic, de Parrot, de Withings, et de bien d’autres encore…

En réalité, j’ai donc bien peur qu’il y ait eu plus de politique que d’objectivité dans le propos de Fleur Pellerin cité plus haut.

Pour autant, derrière les locomotives que je viens de citer, que deviennent les autres startups ?

Pour s’en faire une idée, on peut consulter le Baromètre de la performance économique et sociale des startups numériques en France, que publient chaque année depuis 3 ans, EY et France Digitale. Pour l’édition de juin 2014, EY a interrogé 116 start-ups sur leurs données 2012-2013.

Qu’y découvre-t-on ? Tout d’abord, que “les start-up numériques française sont en bonne santé”. En effet, selon les auteurs, les start-ups interrogées affichent une hypercroissance avec un chiffre d’affaires total en hausse de 43%. Leur croissance est portée par un fort développement à l’international avec 39% de leur chiffre d’affaires réalisé en dehors de la France en 2013, ce qui représente une augmentation de 100% par rapport à 2012. Par ailleurs, 24% des sociétés ont déjà des « capital-risqueurs » étrangers à leur capital.” Elles seraient également “créatrices d’emplois puisque leurs effectifs ont augmenté de 22% avec 7 566 emplois créés en 2013 contre 6 190 en 2012. 91% des emplois sont des Contrat à Durée Indéterminée (CDI). 50% des effectifs totaux sont portés par les sociétés ayant un chiffre d’affaires inférieur à 50 millions d’euros.”

Côté financement, les résultats sont plus mitigés. EY publie également un Baromètre du capital risque en France. On constate que les montants levés diminuent depuis 3 semestres :  445 M€ levés en 188 opérations au 1er semestre 2014 contre 487 M€ levés en 177 opérations au 2e semestre 2013 et 488 M€ en 211 opérations au 1er semestre 2013.

Avec de telles chiffres, la France se place malgré tout en 3ème position en Europe pour les montants investis (12% du total européen), derrière le Royaume-Uni (27%) et l’Allemagne (19%), et en 2ème position en nombre d’opérations (15%), derrière le Royaume-Uni (25%) mais devant l’Allemagne (13%).

Selon EY, “le secteur du digital (services Internet et logiciels) représente à lui seul 46% du montant total investi et concentre 60% des opérations.”

Ces chiffres vont dans le même sens que ceux de MyFrenchStartup, dans son Analyse trimestrielle des deals startups, déjà citée. L’étude constate en effet une baisse du nombre de levées de fonds : 91 au 3ème trim. 2014 soit -25% par rapport au 3ème trim 2013; 115 au 2ème trim. 2014 soit -20% par rapport au 2ème trim 2013; 101 au 1er trim. 2014 soit -19% par rapport au 1er trim 2013;

Même chose pour les acquisitions : 7 au 3ème trim. 2014 soit -56% par rapport au 3ème trim 2013; 16 au 2ème trim. 2014 soit -16% par rapport au 2ème trim 2013; 13 au 1er trim. 2014 comme au 1er trim 2013;

Les choses sont plus mitigées pour le montant global levé : 194 millions d’euros au 3ème trim. 2014 contre 224 au 3ème trim 2013; 322,2 millions d’euros au 2ème trim. 2014 contre 278,4 millions d’euros au 2ème trim 2013; 164,8 millions d’euros au 1er trim. 2014 contre 183,5 au 1er trim 2013;

Pour compléter ces chiffres avec une vision individuelle sur telle ou telle start-up, on peut se reporter aux Résultats des startups du web français, que publie régulièrement Le Journal du Net. Dans son édition 2014, le site a comparé les résultats 2013-2012 de plus de 80 start-ups réparties en 6 secteurs différents. L’édition 2011 est également accessible.

Autre indicateur, encore plus parlant selon moi : chaque année, Deloitte dresse la liste des 500 startups qui connaissent la croissance la plus rapide sur les 5 dernières années, en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient. En 2014, pour la cinquième année consécutive, les entreprises françaises sont les plus nombreuses dans le classement EMEA avec 86 entreprises (près d’une sur 5) ! Et pour la troisième année de suite, la première est une entreprise française  : Weezevent se classe première avec 43 202% de croissance de son CA sur 5 ans ! En 2013, Ymagis s’était classée première avec 59 096% de croissance de son CA sur 5 ans, Talensoft 7ème, Synox Group 15ème, etc. Et en 2012, Criteo était arrivé premier avec un taux de croissance de plus de 200 000% ! L’entreprise est aujourd’hui cotée au NASDAQ.

Autre indicateur encore : Dans le cadre de son projet Startup Genome, la société Startup Compass a publié en 2012 un rapport intitulé Startup Ecosystem Report (pdf) dans lequel elle classe les 20 villes les plus attractives au monde pour la création et le développement de startups. Paris arrive à la 11ème place, mais se classe 4ème relativement à l’indice de performance qui « évalue la performance et le rendement potentiel des start-ups dans un écosystème donné, en tenant compte de variables telles que le revenu, la croissance de l’emploi, et la croissance potentielle des sociétés dans cet écosystème ». La ville se classe également 9ème sur l’indice de soutien qui « mesure la qualité du réseau de soutien à l’écosystème, y compris la présence de mentorat, de prestataires de services et de sources de financement ». Ces deux classements tendent à penser que les start-ups se développent plutôt mieux à Paris qu’ailleurs et qu’elles y ont un environnement relativement favorable. Ce que le rapport souligne en indiquant que le classement de Paris est lié « en grande partie à sa distribution saine des startups à travers les quatre premières étapes du cycle de vie des start-ups« .

Dernier indicateur : le CES de Las Vegas. Côté startups, on peut crier Cocorico ! En effet, pour sa prochaine édition, début 2015, il y aura dans l’Eureka Park, la section dédiée spécifiquement aux startups, 66 exposants français sur 294 au total, soit presque un quart (source : Le Figaro). La délégation française arrive ainsi en deuxième position derrière les Etats-Unis et leur 160 startups, mais devant les 16 stands israéliens et les 7 exposants britanniques. Il en va par contre tout autrement si l’on considère le salon dans sa totalité : sur les 3561 exposants, 1604 sont américains, 1006 chinois et il y a seulement 106 français. Et le Figaro de préciser : “La France fait en revanche bonne figure parmi les délégations européennes: il n’y a que 40 exposants allemands et 34 britanniques.”

Vue sous cet angle, Fleur Pellerin a donc raison ! Mais pourquoi cette situation ?

Selon Laurent Halfon, analyste chez Deloitte, interrogé par L’Expansion : « On se rend compte que les entreprises qui réussissent le mieux sont celles qui se sont basées sur des niches technologiques, comme c’est le cas pour Criteo ou Ymagis. Ainsi que celles qui se tournent le plus rapidement vers l’international »

De son côté, le consultant Xavier Dalloz déplore dans Les Echos : « En France, côté techno, on est presque l’égal des Américains et on sait créer des start-up innovantes. Mais on a du mal à les développer et elles sont souvent rachetées trop tôt pour une bouchée de pain. A nous les coûts – dont la formation – aux autres les profits ! »

Concernant le rachat des startups françaises par des sociétés étrangères, on peut lire Nos start-ups se font racheter, est-ce si grave ?

Certains regrettent aussi qu’elles ne puissent pas entrer en Bourse facilement en France : « On peut regretter que des pépites françaises comme Criteo soient obligées d’aller se faire coter aux Etats-Unis car il n’y a pas d’équivalent d’un Nasdaq en Europe », relevait dans cet article l’Association française des éditeurs de logiciels et solutions internet.

Pour Ludovic Le Moan, PDG de Sigfox : « On a plein de gens compétents, mais on manque d’ambition » (source). Lui, semble en tous cas en avoir pour son entreprise, qui se développe en Espagne, en Grande-Bretagne et nourrit de grandes ambitions mondiales, surtout après avoir recruté Anne Lauvergeon. Sigfox serait d’ailleurs en passe de lever 100 millions d’euros d’investissement après en avoir déjà levé 15 en début d’année !

Le critère des levées de fond peut d’ailleurs être évoqué pour voir si les entreprises se développent. Pour le premier semestre 2014, les plus grosses levées de fond sont les suivantes :

  • 74 millions d’euros pour Sarenza, fondée en 2005, 150 millions d’euros de CA en 2013, 200 salariés dans 26 pays.
  • 73 millions d’euros pour Blablacar, qui revendique 8 millions de membres dans 12 pays.
  • 23,5 millions d’euros pour Withings, 80 salariés.

Concernant le CES de Las Vegas, Les Echos prolongent la pensée du PDG de Sigfox en précisant : “Nombre des jeunes pousses de l’Eureka Park n’y seraient pas allées sans qu’on leur paye le billet.”

Selon Jean Mizrahi, PDG d’Ymagis, interrogé par L’Expansion : « Il y a de vrais problèmes en France. Une fois franchi le cap des 50 salariés, il devient beaucoup plus compliqué pour un entrepreneur de faire face à toutes ses obligations. Nous prenons aussi en pleine figure un code du travail de 3500 pages, sans oublier un système fiscal coûteux et d’une extrême complexité ». Et L’Expansion de poursuivre : « En d’autres termes, la France brillerait par sa capacité à lancer des projets d’avenir, ambitieux, mais aurait beaucoup plus de difficultés à inscrire ces « success stories » dans la durée. »

C’est aussi ce que constate Philippe Lemoine interrogé dans Libération : “Il existe en France une génération d’entreprises créées par des gens plus jeunes, qui ont intégré l’importance du numérique. L’enjeu c’est qu’elles aient remplacé la moitié du CAC 40 d’ici vingt ans. Aujourd’hui, combien de nos 100 plus grandes entreprises ont moins de 30 ans ? Une : Free. En Europe il y en a 9, contre 63 aux Etats-Unis.

Finalement, ce que précise ici Philippe Lemoine, c’est que cette situation n’est pas propre à la France, mais commune à l’Europe. Or, c’est exactement ce qu’indiquait Henri Seydoux, fondateur et PDG de Parrot, en janvier 2014, dans l’interview ci-dessous, filmée au CES 2014 :

Les exemples de Dassault Systèmes et Gemalto sont intéressants. Celui de Nokia également éclairant.

Je termine là-dessus avec le sentiment de ne pas avoir pu répondre précisément à ma question à ce stade… Je reviendrais donc très certainement sur cette question, très riche et intéressante pour essayer de mieux y répondre. Mais n’hésitez pas à me filer vos sources d’infos sur le sujet si vous en avez ! Merci d’avance ! 🙂