SAMI, un robot de téléprésence à commande « naturelle »

Fin juin, j’avais rédigé un article sur le projet DORA, un robot de téléprésence pilotable depuis un casque Oculus Rift. Or, récemment, un tweet de Rodolphe Hasselvander, le CEO de Blue Frog Robotics, créateur du déjà célèbre Buddy, me faisait remarquer que l’équipe qu’il dirige au CRIIF (Centre de Robotique Intégrée d’Ile de France), a déjà mis au point, elle aussi, un robot de téléprésence humanoïde pilotable via un casque de réalité virtuelle. Il s’appelle SAMI.

Le CRIIF est un laboratoire de R&D financé sur des fonds publics et privés, intégré au sein du Robot Lab, un incubateur parisien de solutions robotiques et objets connectés. C’est le CRIIF qui a donné naissance à Blue Frog Robotics en tant que spin-off pour commercialiser le robot Buddy. Rodolphe Hasselvander, CEO de Blue Frog Robotics, est également co-fondateur et COO du CRIIF.

SAMI est un robot semi-humanoïde, avec une base mobile sur roues. Il existe depuis déjà pas mal de temps puisque sa première sortie publique avait eu lieu lors de l’édition 2012 de Futur en Seine. SAMI a un torse anthropomorphe, des bras et des mains qui s’articulent comme leurs homologues humains. SAMI est un robot de téléprésence qui se contrôle à distance de manière très intuitive, via des contrôleurs immersifs. Pour les bras, le pilote humain n’a qu’à exécuter les mouvements : ils sont ensuite reconnus par un capteur de type Kinect 2 et reproduits par SAMI. Pour la tête, comme sur DORA, elle est pilotée via un casque Oculus Rift qui permet à SAMI de reproduire les mouvements de tête de son pilote humain.

Ce type de contrôle permet une interaction à distance très intuitive et immersive du pilote humain avec d’autres humains qui sont en présence de SAMI. Il permet également à SAMI de réaliser de manière très naturelle des actions habituellement difficiles à réaliser pour un robot, telles que prendre et déposer un verre d’eau ou des médicaments ou manipuler des objets.

SAMI a été imaginé pour être au service de personnes en manque d’autonomie (personnes âgées, malades, travailleurs en situations complexes…). L’un des gros intérêts du robot pour la personne assistée, c’est que si SAMI bouge, c’est qu’il y a une personne à distance qui est en train de le piloter pour aider la personne sur place. C’est donc un type de soutien très différent d’un robot intelligent purement autonome. SAMI est une interface robotique entre deux humains éloignés l’un de l’autre.

Pour autant, SAMI peut également apprendre des mouvements et actions, et les exécuter de manière autonome, piloté cette fois-ci par la personne qui est présente à côté de lui. SAMI dispose également de capteurs 3D pour se déplacer et agir de manière autonome, en prenant en compte son environnement, et ne pas heurter un mur, un objet ou une personne.

Bref, je vous laisse le découvrir dans la vidéo ci-dessous :

Si Buddy, pourtant créé après lui, lui a grillé la priorité en termes de popularité, c’est parce qu’il a été positionné sur un créneau accessible par le grand public (plus petit, moins cher, d’usage domestique plus simple), alors que SAMI vise des usages beaucoup plus professionnels. Indépendemment de cela, SAMI représente cependant à mon sens une tendance clé de l’évolution conjointe des robots de téléprésence et de la réalité virtuelle…

Quand un robot de téléprésence rencontre un casque Oculus Rift…

Depuis un an environ, j’ai consacré plusieurs articles de ce blog aux robots de téléprésence (Lorsque les écrans se déplacent à dos de robots, Où nous emmènent ces marques qui font campagne à dos de robot ?, Apprendre et se cultiver à distance via des robots, De plus en plus de robots de téléprésence dans les musées). Plus récemment, je me suis intéressé aux casques de réalité virtuelle et à la vidéo immersive. Or, voici que je viens de découvrir un projet qui vise à réunir les deux technologies pour proposer des expériences de téléprésence encore plus immersives.

Dénomé DORA (Dexterous Observational Roving Automaton), ce prototype a été mis au point par des étudiants en robotique de l’Université de Pennsylvanie. Il consiste en un robot de téléprésence relié à un casque de réalité virtuelle Oculus Rift qui, non seulement permet de visionner ce que voit le robot, mais également de le commander par des mouvement de tête. L’objectif est de créer une expérience de téléprésence encore plus immersive que si l’on se contente de regarder le flux vidéo du robot sur un écran d’ordinateur.

“Fondamentalement, expliquent ses créateurs, la plate-forme DORA explore la question de ce que cela signifie d’être présent dans un espace, et comment la présence de quelqu’un affecte les gens et l’espace autour de lui « .

 

Les deux caméras du robot envoient des flux vidéo d’une résolution de 976×582 à 30 images par seconde, ce qui est en dessous des capacités de l’Oculus Rift, mais la limitation est due à des raisons budgétaires du prototype pour l’instant. Comme dans le cas d’un dispositif de réalité virtuelle classique, le grand défi est ici celui du temps de latence entre les mouvements de tête de l’utilisateur et l’adaptation en conséquence de l’image. Mais le défi est ici accentué par le fait que l’image est captée en temps réel, et qui plus est par un robot articulé, et transmise par connexion sans fil ! Chaque élément ajoute donc une difficulté supplémentaire à la chose !

 

Selon Oculus, 60 millisecondes est le délai de latence maximum tolérable par un utilisateur, tandis qu’un délai inférieur à 20 millisecondes n’est plus perceptible par la plupart des gens. L’équipe indique qu’elle a atteint actuellement un délai de 70 millisecondes, ce qui est encore trop haut mais laisse envisager une performance acceptable prochainement.

Le robot de téléprésence du dispositif DORA

Le robot de téléprésence du dispositif DORA

Selon l’un de ses créateurs, lorsque vous utilisez DORA, “vous avez l’impression d’être transporté quelque part ailleurs dans le monde réel, par opposition à un environnement virtuel calculé. Vous pouvez voir les gens qui interagissent avec vous, comme si vous y étiez. A ce jour, il est très difficile de recréer la même expérience dans un environnement virtuel. On peut penser que l’infographie 3D temps réel utilisée pour la réalité virtuelle atteindra bientôt le niveau de réalisme de notre monde, mais une autre différence essentielle est le fait que ici tout est en direct. Il y a une imprévisibilité inhérente à un système comme celui-ci où vous pourriez aller quelque part dans le monde réel et ne pas savoir ce qui pourrait arriver là où vous êtes au moment où vous y êtes.”

Alors, envie d’être transporté vous aussi ?

Via

De plus en plus de robots de téléprésence dans les musées

Voici un an, j’avais consacré un article à l’usage, naissant à l’époque, des robots de téléprésence dans les musées. Depuis, la pratique semble s’être répandue et j’aimerai revenir sur quelques exemples dont j’ai entendu parlé au cours de cette année.

Une nuit au musée… sans y être

Le plus retentissant est sans doute l’expérience After Dark proposée par la Tate Gallery de Londres. Pendant 5 jours, ou plutôt 5 nuits, du 13 au 17 Août 2014, le musée a proposé aux internautes de prendre les commandes à distance, depuis chez eux, d’un robot de téléprésence qu’ils pouvaient déplacer dans le musée désert et obscur, les lumières étant éteintes et les visiteurs partis.

L'expérience After Dark, à la Tate Galery

L’expérience After Dark, à la Tate Gallery de Londres

L’expérience a mobilisé 4 robots, pilotables via un site web dédié et dotés de projecteurs qui permettaient aux visiteurs d’éclairer les oeuvres. J’imagine que l’expérience devait être déroutante et fascinante. Se promener de nuit dans les couloirs déserts du musée revient à braver un interdit. Le projet a été conçu et organisé par le studio The Workers. Les robots ont été conçus par l’agence britannique de technologie spaciale, RAL Space. Ce projet a reçu le IK Prize 2014.

Visiter un musée malgré son handicap

En juillet 2014, le magazine Slate évoquait le cas de Henry Evans, un américain tétraplégique passionné d’art, qui a pu visiter à distance, grâce à un robot Beam, le National Museum of Australia à Canberra, le De Young Museum à San Francisco et le Computer History Museum à Mountain View, en Californie. Si Henry Evans est aujourd’hui l’un des rares handicapés à pouvoir utiliser ce robot dans ce contexte, il milite ardemment pour ne plus l’être très longtemps et faire en sorte qu’un maximum de personnes handicapées puisse bénéficier comme lui de cette technologie : “D’ici cinq ans, j’aimerais que les musées du monde entier puissent expérimenter cette technologie et qu’elle soit omniprésente dans 10 ans. Ce serait la prochaine grande démocratisation de la culture », explique-t-il.

Norio à Oiron

La France n’est pas en reste sur ce sujet, loin de là ! En effet, depuis fin 2013 déjà, le Château d’Oiron (Deux-Sèvres) permet aux handicapés moteurs qui ne peuvent pas monter au premier étage du musée de le visiter virtuellement grâce à un robot de téléprésence nommé Norio. Ce dernier a été conçu par la société française Droïds Company. Il peut être piloté par les personnes handicapées depuis une salle du rez-de-chaussée.

La Nuit des musées 2014 et ses robots Beam

L’une des expériences les plus significatives de l’année a eu lieu le 17 mai lors de la Nuit européenne des musées. A cette occasion, la Cité des Sciences de la Villette, le Grand Palais à Paris et le musée gallo-romain de Fourvière ont permis à des publics qui n’avaient pas la possibilité de se rendre dans ces lieux de s’y promener virtuellement via des robots de téléprésence. L’expérience était réservée à des publics choisis : les enfants hospitalisés de l’Institut d’Hématologie et d’Oncologie Pédiatrique de Lyon (IHOP), les visiteurs de la médiathèque de Givors et les visiteurs de la Cité des sciences et de l’industrie à Paris.

Un robot Beam dans les allées du musée gallo-romain de Fourvière.

Un robot Beam dans les allées du musée gallo-romain de Fourvière.

L’opération s’est déroulée à l’initiative de la société lyonnaise AwaBot, dirigée par Bruno Bonnel, l’ancien fondateur d’Infogrames et Infonie, aujourd’hui très impliqué dans l’univers des robots, notamment via sa société Robopolis ou le fond d’investissement Robolution Capital. Bruno Bonnel est également président du syndicat de la robotique. Awabot distribue en France les robots Beam, fabriqués par Suitable Technologies. Ce sont ces robots qui ont été utilisés lors de la Nuit des musées.

Pour en savoir plus sur l’expérience conduite au musée gallo-romain de Fourvière, vous pouvez lire cet article et visionner la vidéo qui s’y trouve.

Deux musées d’Autun testent la téléprésence

L’activisme de Bruno Bonnel et d’Awabot est sans doute à l’origine de plusieurs autres projets qui se sont déroulés en région lyonnaise récemment. En fin d’année 2014, on apprenait par exemple que le musée Rolin d’Autun avait décidé de faire l’acquisition d’un robot de téléprésence pour permettre la visite à distance de ses collections. Et en ce début d’année 2015, c’est cette fois-ci le musée d’histoire naturelle d’Autun qui teste la visite à distance via un robot de téléprésence.

L'interface de pilotage du robot Beam, lors d'une visite du Musée d'Histoire Naturelle d'Autun.

L’interface de pilotage du robot Beam, lors d’une visite du Musée d’Histoire Naturelle d’Autun.

L’inauguration du musée des Confluences

Mais l’événement qui a fait le plus parler de lui s’est déroulé lors de l’inauguration du musée des Confluences, à Lyon. Le jour de son inauguration officielle, le vendredi 19 décembre, c’est-à-dire la veille de l’ouverture au public, le musée et la société Awabot ont organisé une visite virtuelle via des robots de téléprésence pour 12 chanceux qui avaient été les premiers à s’inscrire sur la page Facebook du musée lors de l’annonce de cette opération.

Le musée des Confluences et Awabot ont organisé une visite via des robots de téléprésence.

Le musée des Confluences et Awabot ont organisé une visite du musée via des robots de téléprésence.

On peut lire un retour d’expérience de cette visite dans ce billet.

Une internaute visite le musée des Confluences grâce aux robots de téléprésence BeamPro d'Awabot.

Une internaute visite le musée des Confluences grâce aux robots de téléprésence BeamPro d’Awabot (source).

Versailles en direct

Si l’année 2014 a marqué une étape dans l’usage des robots de téléprésence dans le contexte muséal, j’ai découvert en rédigeant cet article que le Château de Versailles avait joué les pionniers en 2007 avec l’aide d’Orange. L’opérateur avait proposé à ses abonnés à la fibre optique de piloter un robot à distance pour visiter des salles du château interdites aux visiteurs. Selon le site CLIC France, grâce auquel j’ai découvert cette expérience, « le robot se déplaçait sur une trajectoire déterminée et traversait quatre pièces dans les salles Chimay du Château de Versailles. A la demande des internautes visiteurs, le robot pouvait s’arrêter devant onze points prédéfinis, accompagnés d’un commentaire audio. L’expérimentation a duré quelques mois et a abouti à la création de visites scolaires en visioconférence. Un service qui existe encore sous le nom « Versailles en direct ». »

Le robot d'Orange à Versailles, en 2007.

Le robot d’Orange à Versailles, en 2007.

 

Conclusion

Enfin, pour tous ceux que ces sujets intéressent, je vous invite à lire les billets ci-dessous, issus du même blog. Ils proposent une vision passionnante et érudite sur ce sujet :

Pour finir, je voudrais dire que ce que je trouve intéressant dans cette tendance et ces initiatives, c’est qu’elles témoignent d’une vraie volonté de rendre possibles des choses qui auparavant ne l’étaient pas, de permettre en l’occurrence à certaines personnes de vivre des expériences qu’elles ne pouvaient pas vivre auparavant. C’est sans doute un des plus beaux usages que l’on peut faire de la technologie. Une technologie aujourd’hui complètement au point pour permettre ces expériences. Des expériences qui sont donc finalement plus des expérimentations d’usages que des expérimentations technologiques.

Où il est encore question de l’avenir de l’emploi à l’ère du numérique…

Depuis que j’ai rédigé mon précédent article sur l’emploi dans l’économie numérique, j’ai découvert une multitude de ressources sur le web autour de ce sujet. Je me suis dit que je pouvais les partager avec vous. Voici donc une liste très subjective et incomplète de sites, articles, vidéos, documents, etc. sur ce sujet. Un sujet qui risque de faire couler encore beaucoup d’encre dans les mois et années à venir…

Je commence avec un article de Claude Super intitulé Révolution digitale : nouvelle destruction massive d’emplois ? Il y cite plusieurs sources que j’ai évoquées dans mon article, mais aussi une étude de McKinsey que je ne connaissais pas : Help wanted: The future of work in advanced economies. L’étude est plus large que les seuls effets du numérique sur l’emploi, mais elle aborde spécifiquement ce point dans un chapitre.

Je continue avec une série d’articles très fouillés (comme toujours) d’InternetActu (série tjrs en cours apparemment puisque je n’ai pas trouvé l’article 3/3 !) :

Continuons avec la 7ème édition des Entretiens du nouveau monde industriel qui s’est tenue les 16 et 17 décembre 2013 sur le thème du “nouvel âge de l’automatisation”. De nombreuses interventions ont abordé la question de l’emploi. InternetActu en a fait un résumé dans cet article Travail : l’automatisation en question. On trouve également les captations vidéos des interventions sur le site des ENMI, rubrique “Archive des sessions”.

Larry Page s’est également exprimé sur ce sujet dans cet article du Financial Time. Selon lui, il est évident que les robots et les logiciels vont finir par faire une multitude de tâches mieux que les humains, et donc finalement les remplacer à ces fonctions. Mais selon lui, il faut voir cela de manière positive : il y voit une opportunité de libérer du temps pour que nous vivions mieux. Mais il ne détaille absolument pas le fondement économique de cette nouvelle organisation du temps !

On peut aussi noter cette citation de Bill Gates, en forme de sonnette d’alarme :  « Le remplacement des chauffeurs, serveurs et infirmières par les logiciels progresse. Au fil du temps, la technologie va réduire la demande de jobs, particulièrement dans les métiers moins qualifiés… Dans 20 ans, la demande sur de nombreuses qualifications sera substantiellement plus basse. Je ne pense pas que les gens aient intégré cela dans leur modèle mental » (source).

Bertrand Duperrin, dans son blog, s’est également exprimé à plusieurs reprises sur le sujet :

Puisqu’on parle des livres d’Andrew McAfee et Erik Brynjolfsson, vous pouvez aussi visionnez plusieurs vidéos d’eux :

Are droids taking our jobs?, une première conférence TED d’Andrew McAfee, en 2012 :

 

What will future jobs look like?, une deuxième conférence TED d’Andrew McAfee, en 2013 :

 

Erik Brynjolfsson a également eu droit à sa conférence TED en 2013 : The key to growth? Race with the machines

 

Enfin, vous pouvez les écouter tous les deux réunis dans cette interview à propos du livre The second machine age.

Dans un article récent intitulé Les robots volants feront-ils bientôt l’inventaire ?, L’Atelier BNP Paribas relatait récemment le projet de chercheurs de l’Institut Fraunhofer de Dortmund de construire les drones capables de faire les inventaires dans les entrepôts à la place des humains. Le projet s’intitule InventAIRy.

Quelques semaines plus tôt, L’Atelier BNP Paribas s’était fait l’écho d’une étude conduite par le Boston Consulting Group, The rise of Robotics, dans laquelle le cabinet donnait ses prévisions en termes d’augmentation massive des investissements des entreprises dans la robotique et par voie de conséquence d’accroissement massif du nombre de robots dans les entreprises.

L'augmentation des investissements en matière de robotique

L’augmentation des investissements en matière de robotique

L’étude pointe également sur les tâches de plus en plus variées et élaborées que remplissent les robots (notamment dans cette infographie). On y trouve également cet intéressant tableau des principaux fabricants de robots dans le monde :

Les principaux fabricants de robots dans le monde

Les principaux fabricants de robots dans le monde

Parmi les fabricants de robots, on trouve Amazon, à la suite du rachat de Kiva systems en 2012. Or, l’e-commerçant a justement beaucoup communiqué voici quelques jours autour de ses fameux robots utilisés dans les entrepôts. Voici quelques articles à ce sujet :

Je pense qu’il faut également lire dans la même perspective tous les effets d’annonce d’Amazon sur les drones. C’est la même stratégie d’exploration du monde de la robotique pour mieux en tirer parti.

En comparaison, on sait que le taux de robotisation des entreprises françaises est bien moins élevé qu’il ne l’est en Allemagne ou aux Etats-Unis. Une situation problématique à plus d’un titre, même si on devine les réticences qu’il peut y avoir derrière en termes d’emploi. Pour remédier à cela, la Banque Publique d’Investissement (BPI) avait annoncé en début d’année 2014 le déblocage de 300 millions d’euros de prêts bonifiés destinés à financer l’investissement des entreprises dans la robotique. On peut lire à ce propos l’article de Numérama : La BPI va aider les industries françaises à recruter des robots.

La France, sous-robotisée

La France, sous-robotisée

Dans ce contexte, la Harvard Business Review se demande What Happens to Society When Robots Replace Workers?

Une question diablement intéressante évidemment et sur laquelle je reviendrai (je garde donc de côté plusieurs articles évoquant cette question… hihi !!).

Une question particulièrement cruciale dans notre pays quand on sait que, selon une étude conduite par Commission Européenne et TNS Sofres en 2012 (pdf), les français sont les européens les plus pessimistes sur l’impact social de la robotique, comme nous le rapporte cet article de Numérama : 74 % des Français craignent que les robots détruisent de l’emploi.

bernanos_robots

Une perception qui s’ancre profondément dans notre histoire, comme le rappelle Laetitia Strauch, chercheuse à l’Institut de l’entreprise, dans une tribune sur le site Slate, La France contre les robots? Faire entrer le pays dans la troisième révolution industrielle. Elle évoque en effet le texte de Georgre Bernanos La France contre les robots paru en 1947 !! Elle appelle évidemment à un changement de perception complet pour miser sur l’innovation et la créativité plutôt que sur le refus et le sur-place.

 

 

Quels emplois sont menacés par les robots ?

Dans un précédent article consacré à la contribution du numérique à l’économie française, j’évoquais un récent rapport de Roland Berger Consultants sur l’impact du numérique sur l’emploi. Ce rapport pointait du doigt les risques de destruction massive d’emplois (3 millions) si l’Etat et les entreprises ne prennaient pas les mesures adéquates d’adaptation à la révolution numérique. Pour Roland Berger Consultants, c’est par ses capacités sans précédent d’automatisation que le numérique menace le plus l’emploi. Un constat déjà dressé depuis bien longtemps par de nombreux économistes (voir par exemple Michel Volle, Iconomie (pdf), p.53 et suivantes).

Parmi les applications les plus impactantes en matière d’automatisation, Roland Berger Consultants cite de “nouvelles” tendances du numérique tels que le Big Data, les objets connectés ou le Cloud, mais aussi de “vieilles connaissances”, tels que les robots. Il faut dire qu’avec les évolutions récentes des nouvelles technologies, notamment en matière d’intelligence artificielle et de capteurs, les capacités des robots se développent de manière exponentielle.

Quels métiers les robots menacent-ils ?

Selon Roland Berger Consultants, de manière générale, l’automatisation numérique menace en premier lieu les métiers qui reposent sur l’exécution de tâches répétitives. Mais par rapport aux précédentes révolution technologiques, qui avaient impactées les tâches répétitives manuelles, la révolution numérique se distingue en ceci qu’elle menace aussi, désormais, les tâches répétitives intellectuelles :

“Jusqu’ici et lors des vagues d’automatisation précédentes, les métiers du secteur industriel, plutôt peu qualifiés, étaient les plus concernés. (…) Cette tendance se poursuit aujourd’hui, et les métiers « historiquement automatisables », sont de plus en plus menacés. C’est le cas des ouvriers sur les chaînes de production, des monteurs d’appareils électroniques, ou encore des peintres dans les domaines de la construction et de la maintenance.

Mais la vague d’automatisation actuellement portée par la révolution digitale présente un caractère nouveau, et inattendu. Des emplois qualifiés, à fort contenu intellectuel sont maintenant concernés. La frontière qui sépare les métiers automatisables des autres ne recoupe plus la distinction « manuel » / « intellectuel » comme c’était le cas jusqu’ici. Ce qui rend une tâche automatisable à l’heure du digital, c’est avant tout son caractère répétitif, qu’elle soit manuelle ou intellectuelle. Ainsi, des métiers dont l’essentiel des tâches sont répétitives et nécessitent peu de décision, bien que qualifiés, sont déjà concernés par l’automatisation. A l’inverse, les tâches préservées de l’automatisation sont celles qui requièrent de la créativité, du sens artistique, ou de l’intelligence sociale et du contact humain, qu’elles se rapportent à un métier manuel ou intellectuel, peu ou bien qualifié.”

Un constat que dressaient déjà en septembre 2013 Carl Benedikt Frey et Michael A. Osborne. Dans leur étude intitulée “The future of employment: How susceptible are jobs to computerisation?” (pdf), les deux chercheurs de l’université d’Oxford ont passé au crible plus de 700 métiers pour évaluer les risques de “chômage technologique” (selon l’expression de Keynes) encourus par ces derniers.

Ils ont analysé pour cela les tâches répétitives et les tâches non-répétitives, les tâches manuelles et les tâches intellectuelles. Leur constat est le suivant :

1) La délégation des tâches répétitives manuelles aux machines a commencé dès l’apparition de ces dernières, à la Renaissance, pour s’accentuer avec la première révolution industrielle, puis la seconde jusqu’à aujourd’hui, où le mouvement s’accroît encore. Tout au long de cette histoire, les débats ont opposé ceux qui craignaient que les machines ne prennent le travail des ouvriers et ceux qui voyaient dans ce mouvement des opportunités de développement économique. Le débat continue aujourd’hui à propos des robots, qui sont des machines numériques.

2) La délégation des tâches répétitives intellectuelles est plus récente. C’est l’un des effets de l’informatique logicielle mis en avant dans l’étude de Roland Berger Consultants. Frey et Osborne soulignent dans leur étude combien ce mouvement s’accentue sans cesse avec les progrès de l’informatique.

3) Mais ce que montrent très bien Frey et Osborne, et que suggèrent également Roland Berger Consultants, c’est que les progrès de l’informatique en termes de Big Data, de machine learning, d’intelligence artificielle et de capteurs, conduisent à ce qu’elle prenne en charge chaque jour un peu plus des tâches non-répétitives intellectuelles. C’est le cas par exemple de tâches telles que la détection de fraude, les diagnostics médicaux, la recherche documentaire juridique, la production d’informations financières ou encore la génération automatique de résumés de textes. Les progrès en termes de capteurs permettent également de prendre en charge des tâches de surveillance des patients en unité de soins intensifs, de surveillance d’installations ou d’équipements (avions, qualité de l’eau, batteries, conduites d’eau, etc.). Les progrès en matière d’analyse du langage naturel menacent les métiers des call centers. Même certaines tâches de programmation informatiques peuvent être déléguées aux… ordinateurs eux-mêmes ! Au total, selon un rapport de McKinsey en 2013, ce serait prêt de 140 millions d’emplois dans le monde qui pourraient être concernés. Cependant, Frey et Osborne précisent que l’informatique ne supprime pas nécessairement l’intervention humaine là où elle intervient, simplement elle en modifie la nature.

4) Enfin, dernière vague, parallèle à la précédente, et qui nous intéresse plus ici puisque le propos de cet article concerne les robots : la délégation des tâches non-répétitives manuelles est à son tour progressivement prise en charge par la robotique moderne. Frey et Osborne citent par exemple l’usage par General Electric de robots d’entretien d’éoliennes ou encore des robots d’intervention médicale ou d’aide à la chirurgie. Plus classiquement, ils évoquent le rôle des robots dans la logistique (chariots élévateurs, véhicules de manutention…) ou dans les transports avec les progrès des véhicules autonomes. Ils en viennent également à remplacer les machines agricoles. Et ils interviennent également dans les hôpitaux pour la distribution de médicaments ou de nourriture. Dans son étude, Roland Berger Consultants cite par exemple le cas du “robot TUG d’Aethon, qui sait se déplacer dans un environnement non prévisible, [et qui] a permis d’automatiser des tâches non répétitives, telles que la distribution de médicaments ou de repas dans un hôpital, jusqu’ici dévolues aux aides-soignants. 140 hôpitaux en sont déjà équipés aux Etats-Unis.” (p.4)

A la fin de leur étude, Frey et Osborne dressent la liste des 700 métiers qu’ils ont analysé, classés par ordre de susceptibilité d’être affectés par l’informatisation, qu’elle soit logicielle ou robotique. Le site Bloomberg, rapportant l’étude dans un article, en a fait une infographie s’attachant à quelques métiers représentatifs des deux bouts de la chaîne :

Quelques métiers parmi les plus exposés et les moins exposés à l'informatisation de leurs tâches (Source : Bloomberg d'après Frey & Osborne)

Quelques métiers parmi les plus exposés et les moins exposés à l’informatisation de leurs tâches (Source : Bloomberg d’après Frey & Osborne)

Depuis cette étude, j’ai l’impression que se multiplient à l’envie les articles qui s’amusent à lister, photos à l’appui, les métiers explicitement menacés par les robots. C’est d’ailleurs en partie ce qui m’a amené à rédiger cet article, prolongeant ainsi moi-même la tendance ! 

On peut citer par exemple cet article de France TV qui parle des robots qui assistent aux entretiens de recrutement, des voitures autonomes qui menacent les taxis et autres métiers du transport, des robots barmans, réceptionnistes, ouvriers de précision, vigiles, magasiniers ou vendeurs.

Ci-dessous, une vidéo d’Emiew 2, le robot humanoïd qu’Hitachi, son constructeur, présente comme capable de tenir un poste de réceptionniste par ses capacités de déplacement et d’interaction avec les humains :

Dans cet article du JDN on trouve toute une flopée d’autres métiers, tels que pilote d’avion, pompier, gardien de prison, maçon, agriculteur, coiffeur, éboueur, chercheur scientifique ou voiturier !

Le robot viticulteur Wall Ye.

Le robot viticulteur Wall Ye

Parmi les métiers cités dans ces articles et dans l’étude des chercheurs d’Oxford, on retrouve notamment les métiers de la vente en magasin. Fred Cavazza a récemment consacré un article à ce sujet : Les robots peuvent-ils réenchanter l’expérience d’achat en magasin ? Il évoque notamment l’usage de Pepper, le robot conçu en France par Aldébaran, en tant que conseiller de vente par Nescafé dans ses boutiques au Japon (voir aussi cet article).

Pepper, le robot d'Aldebaran, conseille les clients des boutiques Nescafé au japon.

Pepper, le robot d’Aldebaran, conseille les clients des boutiques Nescafé au japon.

Comme la question de la place des robots dans les métiers de la vente, du service et de la relation client m’intéresse beaucoup, j’aurai l’occasion d’y revenir. Je vous donne donc rendez-vous pour un prochain article à ce sujet.

Mais continuons notre inventaire. Le site Humanoïdes.fr y va lui aussi de son article sur le sujet : Liste des 10 métiers qui disparaîtront avec la robotique. Même chose sur le site MarketWatch : 10 jobs robots already do better than you.

De son côté, le Journal du Net listait récemment toute une série de tâches que pouvaient remplir les drones, ces robots volants.

Concernant le métier de vigile, on peut lire cet article de Readwrite ou cet autre de MIT Technology Review sur K5, le robot de la société Knightscope :

Je vous laisse aussi découvrir Makr Shakr, le robot barman :

Plusieurs articles se sont même interrogés sur la capacité des robots ou des logiciels à manager les hommes :

Finalement, l’homme sera-t-il voué à l’inactivité totale d’ici quelques années ? Bon, rassurons-nous : d’une part, tout cela risque de prendre du temps, et d’autre part, il semblerait que l’humain ait des capacités qui tiennent d’un certain village gaulois et qui résistent vaillamment à l’envahisseur…

Les capacités que n’ont pas encore les robots

Il resterait en effet quelques métiers épargnés. Ce sont ceux qui mobilisent des capacités que ne possèdent pas encore les robots ou les logiciels. Frey et Osborne distinguent trois capacités en particulier :

  • En premier lieu, dans certaines situations, les capteurs dont disposent les robots n’égalent pas la profondeur et l’étendue de la perception humaine. Ils arrivent à distinguer des formes géométriques clairement apparentes mais ils ne peuvent pas distinguer facilement des objets variés dans un environnement encombré ou mouvant. Il y a cependant des stratégies de contournement. Frey et Osborne expliquent par exemple que le fabricant de robots Kiva Systems, acheté par Amazon en 2012 résout le problème de la navigation des robots dans les entrepôts en installant des codes-barres au sol qui indiquent aux robots leur localisation. Ces difficultés de perception ont des conséquences dans les tâches de manipulation d’objets irréguliers et dans la capacité à rectifier une erreur, par exemple, si le robot a fait tomber un objet.
  • Robots et logiciels sont également limités aujourd’hui dans leurs capacités de créativité intellectuelle, artistique ou psychologique.
  • Enfin, robots et logiciels ont des capacités limitées d’intelligence sociale. Ils ne parviennent pas à effectuer des tâches telles que la négociation, la persuasion, le soin ou l’attention à autrui. La recherche progresse pourtant dans le champ de l’informatique affective ou de la robotique sociale. Les robots arrivent par exemple à reproduire certaines interactions sociales humaines, mais ils ne parviennent pas encore réellement à reconnaître les émotions humaines en temps réel et surtout à savoir réagir à ces situations.

Frey et Osborne résument l’impact de ces capacités ou incapacités des logiciels et des robots sur les métiers à travers le schéma suivant :

frey&osborne2

Les métiers épargnés aujourd’hui

Finalement, Frey et Osborne dressent la liste des emplois qu’ils estiment le moins menacés. On y retrouve beaucoup de postes du secteur de la santé ou de la médecine (médecin, psychologue, dentiste, chirurgien…). C’est le cas également des emplois qui touchent à l’humain (responsable des ressources humaines, anthropologue…). Même chose pour la plupart des métiers artistiques, notamment ceux de “création pure” (chorégraphes, directeurs artistiques…), tandis que ceux d’interprétation (musiciens, chanteurs…) peuvent plus facilement être imités ! Parmi les métiers épargnés, l’étude cite également les prêtres ! Voilà une bonne nouvelle pour les fidèles qui peuvent au moins se dire que la robotisation ne va pas s’ajouter à la raréfaction des vocations ! Les enseignants du primaire n’auraient également que 0,4% de risques de voir leur métier informatisé. Même chose avec les métiers liés à la nature (hydrologiste, biologiste, garde forestier). Enfin, tandis que les couseuses sont depuis longtemps remplacées par des machines à coudre, les couturières de mode et de haute-couture semblent quant à elles à l’abri.

Bloomberg a également illustré ce phénomène, par type de capacités :

Les principales capacités encore peu ou pas accessibles aux robots
Les principales capacités, et quelques métiers associés, encore peu ou pas accessibles aux robots

Quelle place restera-t-il pour les humains ?

Certains sont pessimistes, à l’image de cet article de Motherboard : The Rich and Their Robots Are About to Make Half the World’s Jobs Disappear.

Mais tout le monde ne crie pas au feu face à ce phénomène. Certains précisent d’abord qu’au lieu de remplacer des métiers, les robots vont nous accompagner à les exercer. C’est le cas de Raja Chatila, médecin, directeur de l’Institut des systèmes intelligents et de robotique de l’Université Pierre et Marie Curie : Métiers de demain : attendez-vous à travailler avec des robots ! On peut lire aussi cet article optimiste : Les robots, meilleurs amis de l’emploi ?

Je vous invite surtout à lire ce remarquable article du site québéquois Jobboom : Robots, la grande invasion. A l’opposé de son titre, c’est un article plutôt long, qui prend le temps d’exposer toutes les nuances de la situation. Il adresse tous les thèmes exposé dans mon article, et d’autres encore, de manière pédagogique, avec toujours une optique optimiste, mais sans naïveté (il ne cache pas les problèmes et les risques) ni esprit obtus (il donne la parole aux pour et aux contre), de telle sorte que chacun puisse se faire une opinion à la fin.

Personnellement, comme je suis optimiste, j’ai plutôt tendance à me dire que l’issue de la situation tiendra dans notre capacité créative à imaginer les emplois nouveaux de demain, voire le modèle économique qui nous fera vivre aussi bien ou mieux en travaillant différemment. C’est un peu l’esprit de cet article de RSLN Mag, qui m’a permis de découvrir le Dico des métiers du futur, de la prospectiviste Anne-Caroline Paucot, ou la présentation 20 jobs of the future, de l’agence Sparks & Honey.

Et vous, vous êtes plutôt à vous morfondre de voir les robots prendre vos emplois ou à vous réjouir de voir apparaître ou même d’imaginer vous-mêmes de nouveaux métiers ?

Danse avec les drones

La technologie peut parfois être au service de l’émotion et de la poésie. C’est ce que nous prouvent plusieurs compagnies ou sociétés qui intègrent dans leurs spectacles robots et autres drones…

Le Cirque du Soleil, avec l’ETH Zurich

Voici quelques jours, le Cirque du Soleil a produit et diffusé un court film de 5mn, une fiction pleine de poésie mettant en scène des abats-jours volants dans un atelier d’artisan.


La compagnie canadienne a également diffusé au même moment le making-off du film. Une seconde vidéo très intéressante pour comprendre comment la première a été réalisée, pour découvrir quelles étaient les intentions des auteurs et pour se laisser rêver à de futurs projets dans la même lignée de cette première idée lumineuse !

Cette vidéo sous forme de performance poétique est bien à l’image du Cirque du Soleil, même s’il ne s’agit aucunement de cirque dans ce cas. On pourrait d’ailleurs se demander dans quelle mesure elle n’augure pas d’une future utilisation de drones dans le cadre même des spectacles de la compagnie. Nous verrons bien…

Quoiqu’il en soit, ce projet a été réalisé par C:Lab, The creative laboratory (?) du Cirque du Soleil, avec le concours de l’école polytechnique fédérale de Zurich (ETH Zürich) et Verity Studios, une spin-off de l’ETH. Apparemment, la vidéo a été tournée en 3 jours et montée sans effets spéciaux.

L’ETH Zurich travaille depuis plusieurs années avec les drones. Ils ont développé un dispositif appelé Flying Machine Arena, conçu des algorithmes de pilotage des drones et fait de nombreuses démonstrations publiques, dont une intervention aux conférences TED.

Cette vidéo illustre à merveille la spécificité des drones en tant que machines volantes de petite taille pilotées par l’homme et/ou par un ordinateur. Nous n’avons pas l’habitude de voir de tels objets voler ainsi autour de nous. Leur capacité à nous émerveiller est très forte à cause de cela. Leurs mouvements sont également tels qu’on peut très facilement se prendre à leur trouver un caractère vivant. C’est encore plus facile lorsqu’ils se cachent sous un déguisement ou sous un autre objet, comme dans le film. Ils donnent alors l’illusion que l’objet en question est vivant ou qu’il vole comme par magie. Et la chorégraphie qui se joue entre eux et le personnage est le point d’orgue du film. Elle donne l’illusion d’une interaction entre l’homme et la machine. C’est en cela que le film ressemble à un spectacle de magie. Mais l’interaction est en fait jouée par des ordinateurs qui pilotent les drones. Car, comme l’explique cet article “les algorithmes contrôlent les drones et leur donnent des mouvements extrêmement précis qu’il serait impossible de réaliser avec un pilote humain”. Ainsi donc, la magie de l’illusion du vivant se cache en réalité dans les algorithmes de pilotage des drones !

Pour en savoir plus, lire l’interview des créateurs du spectacle à l’ETH Zurich.

Kmel Robotics

La compagnie Kmel Robotics excelle elle aussi dans l’art de faire danser les drones. Elle en avait fait la démonstration dans cette publicité pour Lexus :

Vous trouverez également sur ce lien 3 vidéos de making of du film.

Puis dans cette autre vidéo :

 

Mais la société a également un talent fou pour transformer les drones en musiciens comme on peut le voir dans cette vidéo stupéfiante :

 

Voici une performance à ranger au rang de celles dont j’ai déjà parlé dans cet article (§ 4 sur les vidéos de style « Machines de Rube Goldberg »).

Là encore, comme avec l’ETH Zurich, les drones sont pilotés par ordinateur. La performance a d’ailleurs été réalisée avec le soutien d’Intel et Lockheed Martin. Comme l’explique Daniel Mellinger, co-fondateur de Kmel Robotics dans cette interview à la BBC relatée dans cet article :  « Nous avons pré-programmé un ensemble de six drones pour qu’ils planent au dessus des instruments, qu’ils les grattent ou qu’ils les frappent, sans aucune interaction humaine autre que le simple fait d’appuyer sur le bouton « play » pour lancer le spectacle. Le logiciel commande les drones au rythme d’environ 100 instructions par seconde. »

Ce qui est intéressant dans cette vidéo, c’est le contraste entre la technologique déployée pour faire voler les drones et le côté bricolé et brute des instruments. Je crois que la magie vient de là dans cette vidéo, comme elle vient, dans les vidéos de mon précédent article déjà cité, de l’alliance entre la préparation titanesque qu’on imagine nécessaire et le côté bricolé et brut des moyens mis en scène. Il y a le même décalage dans les deux cas.

Puy du Fou, avec Koert Vermeulen & Act Lighting Design.

Plus près de nous, c’est le Puy du Fou qui vient de dévoiler qu’il allait utiliser des drones dans sa cinéscénie. L’idée a été proposée par l’éclairagiste néerlandais Koert Vermeulen qui a conçu et mis en œuvre  cette partie du spectacle avec sa société et Act Lighting Design. Je vous invite au passage à jeter un œil aux réalisations souvent impressionnantes de cette société spécialisée dans l’éclairage et pas vraiment dans les drones.

Là encore, la magie vient de la technologie, comme nous le révèle cet article du site Humanoïdes. Mais on y sent aussi toute l’ambition business du projet, comme dans cet autre article du Figaro, puisque l’un et l’autre, et comme le Parc de Vendée lui-même le rappelle, il fait la course contre la montre et la course au spectaculaire avec des concurrents tels que Disney, qui serait lui-aussi en train de préparer des spectacles de drones pour ses parcs d’attraction. Affaire à suivre, mais l’engouement semble général.

Ascending Technologies

En 2012, cette compagnie avait réalisé une chorégraphie de 49 drones en plein air au festival autrichien Ars Electronica FutureLab (source) :

Eleven Play

Au début de cette année, Eleven Play, une compagnie japonaise de danse contemporaine avait mis en scène un spectacle avec 3 danseuses et 3 drones, filmé par l’artiste Daito Manabe :

Dans cette chorégraphie, les drones finissent par éclipser les danseuses et toute la fin du spectable est un ballet entre les drones, des images technologiques projetées et des lasers. Vision pessimiste de notre rapport aux machines ?

Falkor Systems, avec la compagnie Barkin Selissen Project

Encore plus tôt, en 2013, la société de robotique new-yorkaise Falkor Systems avait présenté la vidéo ci-dessous, où l’on voit un drone se substituer par intervalles, comme dans une vision, à un danseur réel, pour suivre les mouvements d’une danseuse.

Cette vidéo avait pour but de démontrer les capacités des drones à pouvoir suivre et assister les individus. Falkor Systems souhaiterait effectivement que les drones deviennent nos assistants personnels. La pièce s’intitule “Pet Drone Pas de Deux”. Elle a été mise au point avec la compagnie Barkin Selissen Project. Le drone utilise le système de reconnaissance d’image OpenCV et le système de pilotage de drone « ardrone_autonomy » de l’Université Simon Fraser.

Blanca Li & Nao

Je terminerai en délaissant les airs pour le sol et en rappelant le travail qu’a mené la compagnie de Blanca Li avec le robot Nao, qu’elle a intégré dans l’une de ses chorégraphies intitulée Robot :

Pour en savoir plus :

Ce qui nous ramène enfin à la chorégraphie de 20 Naos réalisée par Aldebaran Robotics à l’expo de Shangai 2010 :

 

 

Apprendre et se cultiver à distance via des robots

Après m’être attaché à l’usage des robots de téléprésence pour la collaboration, puis à la manière dont les marques pouvaient les utiliser pour leurs campagnes marketing, je voudrais aujourd’hui évoquer l’usage qui peut en être fait pour répondre à des objectifs culturels ou pédagogiques. Des usages qui rejoignent d’ailleurs parfois des problématiques médicales…

Commençons avec un exemple qui relève de l’usage pédagogique en réponse à une problématique médicale. Lyndon Baty est un jeune texan atteint d’une maladie immunitaire qui l’empêche de côtoyer d’autres personnes en public. Pour lui permettre malgré tout de suivre ses études et de vivre une vie la plus sociale possible, il utilise le robot de téléprésence VGo (que j’ai déjà présenté dans cet article). Il peut ainsi assister aux cours depuis chez lui, tout en pouvant poser des questions, répondre à celles qui lui sont posées ou bien discuter à distance avec les enseignants ou avec ses camarades.

Lyndon en classe... via son robot de téléprésence.

Lyndon Baty en classe… via son robot de téléprésence.

De nombreux articles et reportages ont été consacrés à ce jeune homme et à son histoire. Vous pouvez notamment lire celui-ci : Lyndon Baty and the robot that saved him et consulter les vidéos ci-dessous :

Passons maintenant à des usages qui mêlent objectifs culturels et pédagogiques.

Certaines institutions culturelles, en effet, testent les robots de téléprésence. C’est notamment le cas du National Museum of Australia, qui propose des visites guidées à distance, via deux robots de téléprésence nommés Chesster et Kasparov, l’un noir et l’autre blanc, évidemment !

Chesster, à gauche, et Kasparov, à droite; les deux robots du National Museum of Australia.

Chesster, à gauche, et Kasparov, à droite; les deux robots du National Museum of Australia.

Ces visites sont collectives : elles sont pour l’instant réservées aux étudiants et devraient prochainement s’ouvrir à d’autres publics. Elles se déroulent en présence d’un éducateur du musée qui guide les étudiants. Ceux-ci peuvent contrôler ce qu’ils veulent regarder, consulter des contenus numériques sur leur écran et interagir avec l’éducateur en répondant à ses questions.

Le robot Kasparov n’est d’ailleurs pas avare en exploits puisqu’il s’agit sans doute de l’un des premiers robots au monde à Tweeter ! Vous pouvez en effet le suivre sur son compte @Kasparbot !

Les débuts de tweetos de Kasparov le robot !

Les débuts de tweetos de Kasparov le robot !

Ce projet étonnant est le fruit de la collaboration entre le musée et l’agence nationale scientifique australienne (CSIRO). Il a obtenu le Prix de l’innovation aux ANZIA Awards 2013 (Australian & New-Zealand Internet Awards).

En France, la 12ème Biennale de Lyon, qui s’est tenue du 12 septembre 2013 au 15 janvier 2014, a organisé, les 14 et 15 décembre derniers, des visites à distance avec des robots de téléprésence VGo. Comme l’indique le site du SYROBO (Syndicat de la Robotique de Service Professionnel et Personnel), partenaire de l’événement, ces visites à distance créent paradoxalement une intimité inédite entre les visiteurs virtuels et les oeuvres :

Cette téléprésence  robotisée est une nouvelle manière d’avoir accès aux messages artistiques.  La relation à l’œuvre, analysée spontanément comme distanciée, est en fait plus intime. Le visiteur, pilote du robot, peut en effet jouer avec les zooms et les angles de prise de vue, écouter lescommentaires de l’environnement ou revenir visiter l’exposition à différentes heures du jour ou de la nuit, développant ainsi un rapport de proximité avec une installation et une lecture privilégiée. Ce don d’ubiquité apporté par le robot est aussi une nouvelle manière de participer physiquement à une manifestation car le visiteur incarné peut interagir avec les autres, recueillir ou donner des avis…

En France, il faut également citer le projet RobAIR (quel nom ! tout un programme !), qui a pour objectif de développer des robots de service open-source à coût réduit, et notamment des robots de téléprésence. RobAIR est un projet mené conjointement par des étudiants et des élèves ingénieurs de Polytech Grenoble, de l’Ensimag et du Pôle Supérieur de Design de Villefontaine. Certains d’entre eux ont notamment travaillé sur l’usage de RobAIR pour les visites virtuelles de musée, à travers le projet RobAIR@museum :

Ce que pourrait être RobAIR.

RobAIR@museum

Les interfaces de pilotages et de visionnage de RobAIR@museum.

Les interfaces de pilotages et de visionnage de RobAIR@museum.

Le pilotage de RobAIR depuis une tablette.

Le pilotage de RobAIR depuis une tablette.

Zoom et navigation dans les oeuvres depuis la tablette de pilotage de RobAIR.

Zoom et navigation dans les oeuvres depuis la tablette de pilotage de RobAIR.

Ce type de projets et d’usages des robots de téléprésence sera sans doute amené à se développer énormément dans les années à venir. Et je ne m’en plaindrai pas, tant je trouve qu’il y a là matière à vivre de formidables expériences ! Vous ne trouvez pas ?