Pourquoi assureurs et mutuelles devraient s’intéresser de très près à l’internet de demain ? Episode 4 : L’internet de demain va modifier les offres.

Dans le 4ème article de cette série, j’aimerai expliquer comment l’internet de demain peut modifier l’offre que les assureurs et les mutuelles peuvent proposer à leurs clients ou sociétaires, et finalement comment il peut aller jusqu’à modifier leur business model.

Pour commencer, rappelons que les technologies dont nous parlons ici sont par exemple l’internet des objets, la réalité augmentée, les QRCodes, les puces RFID, la géo-localisation, les connections Bluetooth ou les réseaux bas débits, etc. (voir le 1er article de cette série).

Dans cet article, il sera beaucoup question des objets connectés. Comme je l’avais dit dans le premier article, le sujet est à la mode : la conférence LeWeb’12 Paris, qui a eu lieu en décembre dernier, leur était consacrée; et le récent CES 2013, qui s’est tenu à Las Vegas il y a quelques semaines, a également été marqué par les innovations dans ce domaine, une tendance déjà remarquée ces deux dernières années.

Quels types de services les objets connectés et l’internet de demain permettent-ils ?

Sans prétendre être exhaustif dans la réponse, je vous propose le panorama ci-dessous, dont les catégories, on le verra, ne sont pas anodines pour notre propos :

  • Des services pour retrouver des objets perdus
    • Return My Key est un porte clés doté d’un QRCode qui permet de retrouver ses clés. Lorsque quelqu’un les retrouve, il scanne le QRCode et le propriétaire des clés reçoit alors un e-mail qui dit : “J’ai retrouvé vos clés ! Contactez-moi” et qui contient le numéro de téléphone de la personne qui les a retrouvé. Le bénéfice vient du fait que les coordonnées du propriétaire ne sont pas communiquées, ce qui évite une visite malveillante de celui qui trouve les clés.
    • La société française QR-Bag propose un dispositif similaire (à découvrir dans cette vidéo).
    • Bikn est un dispositif composé de petites balises RFID (qui ressemblent à des porte clés ou à des clés USB) reliées à une application mobile qui permet de les localiser. Mettez ces balises avec vos objets de valeur (clés, portefeuille, sac à main, valises…), le dispositif vous permettra de les localiser si vous les avez perdus.
    • RFID Finder est un dispositif similaire, pour l’instant à l’état de concept (lire RFID Finder : il retrouve les objets perdus pour vous)
    • StickNFind est quant à lui un dispositif composé de pastilles autocollantes connectées à un circuit bluetooth à basse consommation d’énergie et reliées à une application mobile capable de localiser les pastilles dans un rayon de 30 mètres. En collant ces pastilles sur vos objets de valeur, vous pourrez les retrouver avec votre smartphone.

 

 

  • Des services de domotique
    • Lockitron est un verrou connecté sans clé qui fonctionne à l’aide d’une application mobile. Il permet de verrouiller-déverrouiller la porte à distance. Il s’adapte aux portes sans travaux particuliers. Il peut aussi utiliser des technologies sans contact telles que Bluetooth ou NFC pour fonctionner en approchant le smartphone. Il peut aussi alerter quand quelqu’un frappe à la porte ou ouvre et ferme la porte.
    • Smartthings est une plateforme destinée à créer des objets connectés dans la maison. Elle repose sur un boîtier qui contrôle un réseau local pouvant comporter jusqu’à 25 000 capteurs ou objets connectés par habitation. Ceux-ci peuvent ensuite être pilotés à distance via une application mobile. Le dispositif permet d’allumer ou d’éteindre une lampe à distance, de régler un thermostat, d’être alerté quand une porte s’ouvre, etc. C’est également une plateforme ouverte permettant à n’importe quel développeur ou entreprise de créer des objets connectés ou des applications utilisant cette technologie.
    • Belkin Wemo est l’offre de domotique connectée de la société Belkin. Elle se compose actuellement de 2 objets, un interrupteur et un détecteur de mouvements, reliés à internet et pilotables à distance via une application mobile. L’ensemble permet donc d’allumer ou d’éteindre des appareils, de détecter des mouvements à distance, etc.
    • Home est l’offre de domotique connectée de SFR.
    • La société française Myxyty propose également une offre similaire.
    • Nest est un thermostat intelligent qui s’intègre à l’installation électrique d’une habitation pour mieux gérer le chauffage, créer plus de confort et ainsi faire des économies d’énergie. Connecté à internet, il s’adapte aux données météo qui lui sont transmises. Bardé de capteurs, il apprend également quelles sont les habitudes de vie des habitants du logement pour optimiser en permanence ses réglages.

 

  • Des services de mesure des données physiologiques ou de l’activité physique :
    • Azumio est une société qui propose toute une série d’applications dans ce domaine : Heart rate & Cardio Buddy mesurent le rythme cardiaque, Fitness trainer & Fitness Buddy vous aident dans la conduite d’activités de mise en forme, Sleep time assure le suivi de votre sommeil, Stress Doctor et Stress Check aident à gérer votre stress et Glucose Buddy est dédié aux diabétiques.
    • Hapilabs est une société française qui propose à ce jour 3 produits connectés:
      • HAPIfork est une fourchette équipée d’un accéléromètre qui peut mesurer le temps mis pour manger un repas, le nombre d’allers-retours de la fourchette entre votre bouche et l’assiette ainsi que le temps écoulé entre ceux-ci. Connectée, la fourchette envoie ces données sur un site en ligne et une application mobile, qui vous permettent de mieux gérer la manière dont vous manger. L’ensemble part évidemment du principe qu’il est plus sain de manger lentement.
      • HAPItrack est un boîtier que l’on peut porter dans une poche ou clipper à sa ceinture et qui mesure les pas effectués, la distance parcourue et les calories brûlées pendant la journée. Il envoie également des messages pour solliciter votre activité physique. Comme la Hapifork, il est connecté à un site en ligne et une application mobile qui vous permettent de gérer votre activité physique.
      • HAPIwatch est une montre qui mesure votre rythme cardiaque et suit votre sommeil.
      • Les trois objets disposent également d’un bouton sur lequel on peut appuyer pour désigner un “Hapimoment” !
    • La montre Basis, bardée de capteurs, mesure le rythme cardiaque, le nombre de calories brulées dans la journée, la transpiration, le rythme respiratoire et analyse la qualité du sommeil.
    • La société BodyMedia propose un capteur de données physiologiques et de mesure d’activité physique qui peut se porter en montre ou en brassard. Lors du CES 2013, la société a présenté une version “montre de luxe” de son capteur.
    • Jawbone et son bracelet-capteur Up était l’un des précurseurs dans ce domaine. Après avoir arrêté la commercialisation de son bracelet, la société la reprend en 2013.
    • iBGStar est un lecteur de glycémie connecté, créé par Sanofi-Aventis.
    • La société Fitbit propose elle aussi des capteurs de données (Zip et One) et une balance intelligente (Aria), tous connectés.
    • Fitbug, qu’il ne faut pas confondre avec la précédente, propose cependant une offre quasi similaire : capteurs de données et balance intelligente, tous connectés.
    • Dans cette catégorie des capteurs de données physiologiques pendant les exercices (rythme cardiaque, température, transpiration, rythme de respiration…), on peut aussi citer le bracelet Nike+ FuelBand de Nike, le harnais BioHarness de Zéphyr, les montres et capteurs de Garmin, ou encore le capteur iBitz, de la société GeoPalz, qui a la particularité d’avoir une version destinée aux enfants.

 

  • Des services d’assistance médicale
    • La société Medfolio propose une boîte de prise de médicaments connectée pour mieux garantir la bonne prise régulière de ses médicaments (lire cet article).
    • Créé par la société Scanadu, Scout est un capteur connecté qui mesure la température corporelle, le rythme cardiaque, l’oxygénation du sang, la tension, etc. Il facilite la communication de ces données à votre médecin ou aux personnes de votre famille, permettant par exemple de mieux identifier la nécessité d’une consultation médicale.

 

  • Des services de mesure environnementale
    • Node est un peu le couteau suisse des capteurs ! C’est un petit boîtier rond transportable relié à une application mobile via internet, et dans lequel on peut loger différents capteurs : de température, de pression atmosphérique, de lumière ambiante, d’humidité, etc. (lire cet article).
    • Netatmo est une station météo connectée qui mesure le taux d’humidité, la température, la pression barométrique, le confort acoustique mais aussi la concentration de CO² à l’intérieur de la maison et communique la qualité de l’air à l’extérieur via les données de Citeair.

 

Pourquoi ces objets connectés et leurs services associés devraient-ils intéresser assureurs et mutuelles ?

Tout simplement parce qu’ils s’inscrivent dans une logique de prévention, de constitution d’une vie plus sûre et plus saine, parce qu’ils invitent à adopter des comportements eux-mêmes plus sûrs et plus sains, plus prudents, et surtout parce qu’ils attirent l’attention sur cette prévention et la motivent individuellement et collectivement par des mécanismes de gamification et de socialisation de la démarche.

Ils s’inscrivent donc dans une logique gagnant-gagnant entre assureurs et assurés, et ont aussi l’avantage de s’intégrer assez naturellement dans l’une des catégories déjà existantes de l’offre des assurances et des mutuelles : habitation, santé, auto, accidents de la vie, etc.

Certains d’entre vous pourront toutefois se demander ce qu’ils apportent de plus, dans cette perspective, aux traditionnels podomètres, pèse-personnes, stations météo, et autres appareils de domotique…

Selon moi plusieurs choses :

  • tout d’abord, comme je l’ai dit à l’instant, parce qu’ils sont connectés, ils permettent un archivage et une utilisation des données beaucoup plus poussée par les utilisateurs, qui peuvent ainsi gérer et améliorer leur comportement, d’où une efficacité plus grande de la prévention.
  • d’autre part, ils contribuent à une génération de données inédite qui, dans la mesure de ce que permettent les lois d’éthique et de respect de la vie privée, peut être exploitée par de multiples acteurs : les fabricants des objets connectés pour l’amélioration de leurs matériels, les utilisateurs pour l’amélioration de leur comportement, les assureurs et mutuelles pour l’adaptation de leurs offres, les pouvoirs publics pour l’adaptation des politiques et de la régulation, la médecine pour l’amélioration des traitements, la science pour l’amélioration de nos connaissances, etc.

Pour reprendre ce que je disais dans mon premier article, c’est donc par leur capacité à générer, stocker, partager et donner à voir et à exploiter les données que ces objets se révèlent d’un formidable intérêt pour de multiples acteurs.

Dès lors, comment assureurs et mutuelles peuvent-ils tirer profit de ces innovations digitales ?

Tout d’abord, comme je viens de le dire, on peut dresser une correspondance assez facile entre les différents types de services connectés et l’offre des assureurs :

  • Les services pour retrouver les objets perdus peuvent être associés aux assurances sur les biens matériels
  • Les services liés à l’automobile connectée peuvent être associés à l’assurance auto
  • La domotique connectée peut être associée à l’assurance habitation
  • Les services de mesure des données physiologiques et de suivi de l’activité physique peuvent être associés à l’assurance santé
  • etc.

Ensuite, pour chaque catégorie, je pense que l’approche peut se faire selon 4 directions clés :

  • Proposer des offres d’assurance avec tarification ou avantages personnalisés selon l’usage (usage-based insurance)
    • Dans le domaine de l’assurance auto, c’est le principe du pay-as-you-drive, proposé par exemple en France par Amaguiz ou IDMacif, aux Etats-Unis par Progressive et Allstate, en Angleterre par Motaquote, en Afrique du Sud par Discovery…
    • Dans le domaine de l’assurance santé, Discovery propose également un tel système.
  • Proposer des services digitaux complémentaires à l’assurance personnalisée
    • Aux Etats-Unis, Progressive et Allstate proposent des services en ligne d’accès et de monitoring de l’information liée à leur conduite. On peut aussi imaginer des services pédagogiques associés.
    • On peut aussi imaginer des services d’alerte et d’assistance associés à ces offres.
  • Proposer des offres d’assurance couplées à l’usage d’un dispositif digital de prévention ou de limitation des risques
  • Commercialiser un dispositif ou un service digital d’information, de prévention ou de limitation des risques

Si vous le voulez bien, je passerai en revue quelques exemples dans le prochain (et dernier !) épisode de cette série d’articles.

Moleskine & Evernote capturent le meilleur du digital et du papier

Quand un créateur de carnets de notes haut de gamme s’allie avec l’éditeur de l’une des applications de prise de notes les plus utilisées au monde, on pourrait penser qu’il s’agit là de l’alliance de la carpe et du lapin, de l’ancien et du nouveau monde, voire des pires ennemis sur terre. C’est pourtant bien ce que viennent de réaliser Moleskine & Evernote, en proposant il y a quelques semaines Evernote Smart Notebook.

De quoi s’agit-il ? D’un produit hybride, qui allie un carnet de notes, conçu spécialement pour l’occasion par Moleskine, à la nouvelle version de l’application mobile iOS d’Evernote. Le but de cette alliance est de pouvoir numériser les notes manuscrites du carnet en les photographiant avec l’application mobile d’Evernote (fonctionnalité Page Camera) pour les retrouver et les exploiter dans son application de prise de notes. Jusque là, rien de bien révolutionnaire, me direz-vous, on peut faire cela avec n’importe quel autre carnet de notes et appli de photo, voire avec des applications de scanner. A quelques détails près cependant…

Des Smart Stickers ludiques en lieu et place de QR Codes

Tout d’abord, le carnet Moleskine contient des pages à carreaux ou à lignes, dessinées spécialement pour pouvoir être traitées par le logiciel de capture d’images d’Evernote afin de faciliter leur exploitation ultérieure dans l’application.

Des pages à carreaux ou à lignes, dessinées spécialement pour l’application.

Ensuite, et c’est là où ça devient intéressant, le carnet propose des stickers de multiples formes et couleurs, à coller sur les pages avant de les photographier.

Les Smart Stickers : “Make your notebook digital”

Les Smart Stickers : “Make your notebook digital”

Ces stickers correspondent à des tags pré-déclarés dans l’application, de telle sorte que les photos sont ensuite catégorisées automatiquement, classées et retrouvables plus facilement. Un peu comme des QR Codes qui ne diraient pas leur nom. On peut même personnaliser et gérer manuellement la signification des stickers (plus d’explications ici).

Les Smart Stickers permettent de taguer automatiquement les notes digitalisées.

Les Smart Stickers permettent de taguer automatiquement les notes digitalisées.

Je ne sais pas quel avenir aura ce produit et s’il fera des émules, mais je le trouve plutôt malin a priori, assez ludique, et il me paraît même remarquable à plus d’un titre, ce que j’aimerais expliquer maintenant…

La digitalisation du réel est une réserve d’innovations

Tout d’abord, ce produit représente selon moi l’illustration parfaite de l’un des bénéfices clés des appareils mobiles, à savoir leur capacité unique à relier le digital au monde réel. Ça n’est pas nouveau, mais je veux souligner ce trait : via des technologies telles que la géolocalisation, la réalité augmentée, la NFC, les QR codes ou la reconnaissance de caractères… smartphones et tablettes nous permettent d’interagir de manière inédite avec notre environnement. Dans le contexte des activités de productivité (au travail ou à la maison), les bénéfices que l’ont peut tirer de cette “digitalisation du réel” sont immenses. Bien des acteurs ont déjà commencé, mais nous ne sommes encore certainement qu’au début de l’exploitation de ces technologies.

En tous cas, le produit d’Evernote et de Moleskine en est un jalon intéressant. Et terriblement inspirant ! D’autant plus, d’ailleurs, si ses utilisateurs se placent dans le contexte des usages collaboratifs d’Evernote tel que le permet le partage des notes et des documents. Une fois digitalisées et taguées, les notes manuscrites peuvent en effet commencer une nouvelle vie le long de la chaîne collaborative digitale qui saura les exploiter.

Quand je disais que nous ne sommes qu’au début de l’exploitation de ces technologies, Evernote et Moleskine nous en offrent d’ailleurs eux-mêmes l’illustration puisque l’une des évolutions que l’on peut attendre de ce produit est la reconnaissance des caractères manuscrits. L’enjeu qui se cache derrière est de rendre les notes catégorisables, recherchables et exploitables au même titre qu’un texte édité numériquement. Or justement, Evernote a acquis au printemps 2012 l’application iPad de prise de notes Penultimate, dont la technologie pourrait renforcer les efforts d’Evernote en matière de reconnaissance des caractères manuscrits. Evernote inscrit donc son développement dans la mise en œuvre d’innovations qui ont pour but de rendre les réserves d’informations analogiques ou digitales de notre environnement toujours plus exploitables pour notre productivité individuelle ou collaborative.

Le digital, levier de business pour les marques “analogiques”

Autre point qui m’interpelle : ce produit représente pour chacune des deux marques une stratégie de développement tout à fait intéressante, dans la mesure où elle mise justement sur les opportunités qu’offrent les technologies mobiles et ubiquitaires en termes de business. Ces technologies créent effectivement de nouveaux marchés qu’il est vraiment intéressant pour les marques d’étudier et d’attaquer, même pour des marques non digitales comme Moleskine.

Car, comme je le disais au début de ce texte, combien de marques, dans la situation de Moleskine, ne se seraient pas dit que le digital est tout sauf un allié potentiel ? La proposition de valeur de Moleskine ne repose-t-elle pas, en effet, sur une véritable expérience d’usage : celle de la manipulation du carnet avec ses feuilles de papier de qualité et celle de l’écriture manuscrite sur la page ? Une expérience qui est donc essentiellement matérielle, gestuelle, tactile, visuelle, graphique au plein sens du terme, en même temps que sociale (le produit est valorisant à posséder). Dans ce contexte, toute évolution vers le digital pourrait paraître une dénaturation de cette proposition de valeur, et donc se voir vouée à l’échec.

A ce titre, il me semble que la tentative de Moleskine de proposer par ailleurs une application iPad de prise de notes et de dessin (Moleskine Journal iPad App) ne rencontre pas le succès de ses carnets papier. Il faut dire qu’elle se heurte à des pures players qui n’ont pas derrière eux le background de la propositon de valeur initiale de Moleskine et qui proposent une expérience digitale pleinement assumée et souvent novatrice. Disons que sur ce marché, Moleskine court après les innovateurs et les leaders, et se heurte à une concurrence acharnée, que ce soit pour les applications de dessin ou de croquis sur tablettes avec par exemple SketchBook Pro, Adobe Ideas ou Omnisketch, ou pour les applications de prise de notes manuscrites, avec par exemple Paper, Notability, Note Taker HD, GoodNotes, Bamboo Paper, Noteshelf, ou encore, et ça n’est pas le moins cocasse, Penultimate justement, l’application rachetée par Evernote dont je parlais plus haut !

A l’opposé de cette stratégie difficile, celle d’un produit tel qu’Evernote Smart Notebook me paraît beaucoup plus intéressante pour Moleskine, au moins en termes d’image : elle respecte la proposition de valeur initiale de la marque, incarnée par l’objet-carnet, tout en étant pourtant plus inattendue, innovante et disruptive. Elle respecte d’ailleurs tellement bien cette proposition de valeur autour de la beauté et de la qualité de l’objet-carnet, que Moleskine en a profité pour créer à cette occasion une couverture unique à l’effigie d’Evernote !

Le carnet Evernote Smart Notebook

Le carnet Evernote Smart Notebook

Pour autant, le produit hybride reste innovant et disruptif, comme je l’ai dit, ce qui place Moleskine dans une posture avant-gardiste, en filiation avec les figures tutélaires de la création dont la marque se réclame : Van Gogh, Picasso, Hemingway…

Une expérience inédite à la jonction du digital et de l’analogique

Finalement, j’ai l’impression que cette stratégie a d’assez bonnes chances de séduire conjointement le public cible des deux marques, Evernote et Moleskine, qu’on imagine au demeurant assez semblable en termes de segmentation. Evernote a d’ailleurs communiqué lors du lancement du produit, sur le fait que 60% des propriétaires de carnets Moleskine utilisaient également des outils numériques de prise de notes. Car si j’ai parlé de Moleskine, la question de l’intérêt d’Evernote dans cette démarche se pose aussi. La réponse se trouve dans l’une des pages de son site :

“In Moleskine, we saw more than inspiration, we saw an opportunity to do something amazing together that fully embodied our Experience First thinking. Moleskine is the maker of beautifully designed notebooks and accessories that are the go-to choice for creative individuals of all types. While these notebooks are beloved for their quality and style, they suffer from an issue common to all physical notebooks…they’re physical. That’s where Evernote comes in.”

Il s’agit donc pour Evernote de créer également une expérience unique d’usage de ses produits.

Finalement, je ne sais pas comment a été conçu ce produit conjointement. Mais cette association gagnante de deux sociétés si différentes et si proches à la fois me fait penser à l’intérêt qu’ont aujourd’hui les entreprises à aller chercher chez des partenaires l’occasion d’innover et d’avancer, de se positionner sur de nouveaux marchés pour conquérir de nouveaux clients. Qu’il s’agisse de co-innovation, d’open-innovation ou encore de crowd-business, voilà bien là l’une des illustrations du mouvement de social business qui se dessine actuellement sous nos yeux.