A la découverte des nouveaux formats de contenus visuels

On pourrait croire, à voir le temps qui s’est écoulé entre mon précédent article et celui-ci, que je n’ai pas fait grand chose sur ce blog ces derniers mois. Et pourtant, je n’ai pas chômé ! Simplement, ça ne se passait pas au niveau des articles, mais dans la rubrique Inventaires. Je me suis effectivement lancé dans un projet un peu fou (en tous cas pour moi) : décrire et raconter comment évoluent les formats de contenus visuels ! Mon idée initiale était la suivante : Poussé par l’innovation technologique, le numérique conduit à une incroyable diversification des formats de contenus visuels : vidéo 360°, photographie 2.0, micro-vidéo, photographie éphémère, vidéo sociale en live, photographie sphérique, etc. De nombreux blogs et sites web relatent au quotidien les nouveautés qui émergent dans ce domaine. Mais je n’en connais pas qui organisent tout cela dans une vision cohérente et la plus globale possible. D’où l’idée de ces pages intitulées Les formats de contenus visuels.

Elles sont organisées pour l’instant en 4 rubriques qui correspondent à 4 grandes catégories de formats de contenus :

  • Les photographies
  • Les vidéos
  • Au croisement de la photo et de la vidéo
  • Les images graphiques

On constate que 3 de ces catégories sont des formats qui existaient avant le numérique. Ils définissent en effet des modes de représentation visuelle qui persistent encore aujourd’hui. Mais le numérique les transforme de l’intérieur, d’où le nombre de formats différents auxquels chacun d’eux donne lieu. Il les transforme aussi de l’extérieur, brouillant parfois les frontières entre eux. D’où la 4ème catégorie, qui rassemble les expressions de la mixité entre la photographie et la vidéo.

L’idée de ces pages, c’est de décrire les nouveaux formats qui émergent, ainsi que l’incroyable créativité dont font preuve les marques, les artistes ou chacun de ceux qui s’en emparent, au service d’une multitude d’usages, classiques renouvelés ou inédits.

A mon humble niveau, je me dis que celà peut aider à inspirer des créateurs. Je connais effectivement peu de sites qui parlent de ces contenus sous le prisme du format visuel. Et pourtant, ce prisme révèle selon moi un vrai réservoir de créativité !

Le but de ces pages, c’est aussi de décrire les différents types d’expérience utilisateur auxquels ces différents formats donnent lieu. Et plus tard, si j’ai le temps, ou au gré des formats, d’évoquer la question des best practices en matière de design de ces formats.

Si ces formats évoluent tant aujourd’hui, c’est en raison de l’innovation technologique qui les porte. Qu’elle provienne des GAFA ou d’autres entreprises technologiques, l’innovation technologique est telle aujourd’hui que les créateurs croulent sous les nouveaux formats et les possibilités qui s’offrent à eux. Ils doivent plutôt gérer le trop plein que le trop peu. Mon objectif, à travers ces pages, est d’ailleurs aussi de mettre en avant les créateurs qui s’emparent de ces nouveaux formats, qu’ils s’agissent d’artistes, de marques ou d’anonymes talentueux.

Enfin, dernier point : en parallèle de ces pages sur les formats de contenus, j’ai aussi l’intention de rédiger des pages sur quelques technologies clés, qui ne sont pas tant des formats de contenus, selon moi, que des technologies de dispositifs visuels dans lesquels les formats de contenus viennent « se loger ». Ces technologies, ce sont la réalité virtuelle, la réalité augmentée, les projections d’images, les écrans digitaux, les hologrammes…

Voilà, je terminerai juste en disant que le principe même de ces pages est qu’elles sont sans cesse en évolution. C’est un work in progress, une sorte de wiki individuel. D’ailleurs, nombre de pages déjà prévues et annoncées dans le sommaire ne sont pas encore publiées. ça va venir… Je précise également que je suis loin d’être un spécialiste de chacun de ces formats. J’espère donc ne pas faire trop d’erreurs. Je fais de mon mieux pour que ce ne soit pas le cas, mais n’hésitez pas à me faire signe si vous en trouvez une !!!

Et maintenant, il ne me reste plus qu’à vous rappeler le lien vers la page d’accueil de cette rubrique : Les formats de contenus visuels. Bonne lecture !

 

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Face à face avec Facebook (Visites privées au temps du digital : épisode 2)

La manière dont les entreprises se dévoilent est évidemment lié à leur activité, d’où elles tirent une partie de leur identité. Puisque la mission de Google est de digitaliser le monde et d’organiser l’accès à toutes les informations disponibles, l’entreprise se dévoile de la même manière, à travers ses outils de digitalisation du réel. Chez Facebook, dont l’activité repose sur le dévoilement des individus et de leurs relations, c’est aussi surtout de cette manière, et via les technologies qui permettent cela, que l’entreprise se dévoile.

Le moins que l’on puisse dire, effectivement, c’est que Facebook ne poursuit pas le même rêve que Google de vouloir tout montrer et tout numériser autour d’elle. Je dis bien « autour d’elle » car évidemment, à l’intérieur, Google montre avec parcimonie, juste ce qu’il faut pour valoriser ses technologies tout en gardant ses secrets. Mais Facebook n’a pas les mêmes technologies à valoriser.

Pour comparer, prenons l’exemple des datacenters. Dans le précédent article, j’ai évoqué l’épisode du reportage photo, vidéo et Street View réalisé par Google fin 2012. Ce qui est étonnant, c’est que quelques jours plus tard, le même syndrome de “photogénie” a également touché Facebook, qui a fait réaliser un reportage photographique tout aussi esthétisant et tout aussi muet, du moins tel que nous le transmet Fubiz, car je n’ai pas trouvé la source officielle où ce reportage a été publié.

Ce qui apparaît clairement, c’est que Facebook n’est pas aussi à l’aise que Google dans ce registre de création d’images. Sans doute parce que ses technologies ne visent pas à digitaliser le monde physique. Là où il l’est bien plus en revanche, c’est dans sa capacité à montrer des individus et à les laisser raconter des histoires. Sans doute parce que c’est là où oeuvrent justement ses technologies. Ainsi, à la différence de Google, Facebook essaie de faire vivre ses datacenters et pour cela consacre aux principaux une page Facebook dédiée, où la vie sur place est racontée par les gens qui y vivent. Vous pouvez ainsi suivre la vie quotidienne du datacenter de Prineville, celle du datacenter de Forest City, celle du tout récent datacenter de Lulea, en Suède ou encore celle de celui encore en construction d’Altoona, dans l’Iowa.

La page Facebook du Datacenter de Prineville

La page Facebook du Datacenter de Prineville

Et comme par magie, avec le format des pages Facebook, ces sites et les gens qui y travaillent nous deviennent étrangement proches. Chaque site devient le lieu de nombreuses histoires, retracées en autant de photos. Et les datacenters eux-mêmes sont présentés comme des projets, des défis que Facebook relève ou a relevé. Des défis parfois très techniques, mais que Facebook essaie toujours de relier à une cause commune ou compréhensible, à laquelle on peut adhérer. C’est souvent le thème de l’économie d’énergie qui est soulevé. Car on sait que c’est justement la grande critique qui est faite à ces datacenters. Et c’est donc justement pourquoi leurs propriétaires, tels Google dont je parlais dans le précédent article, ressentent la nécessité de plus de transparence sur ces sujets.

Ainsi, sur la page du datacenter de Prineville, Facebook a publié une visite guidée en vidéo par le responsable de ses datacenters. Sur celle de Forest City, on trouve également une vidéo de présentation du site et du projet. Une vidéo représentative du storytelling avec lequel Facebook entend présenter ces projets. Sur celui de Lulea par contre, Facebook a innové en publiant une vidéo Instagram (un service qui appartient à Facebook). Une page dédiée au datacenter existe d’ailleurs sur Instagram. Elle est cependant bien pauvre en contenus…

Bref, ce que Facebook semble vouloir montrer dans toutes ces pages et tous ces contenus, ce sont des histoires, des individus et des projets. Bref, humaniser son travail et nous le rendre plus proche.

Ainsi en va-t-il d’ailleurs pour tout, chez Facebook : la marque a en effet créé la page Facebook Design pour que le public y découvre et suive le travail de ses équipes de conception, la page Facebook Engineering pour suivre les équipes d’ingénieurs et développeurs, la page Facebook Seattle, pour suivre la vie du bureau de Seattle, etc. etc.

La page Facebook qui permet de suivre la vie du bureau Facebook de Seattle.

La page Facebook qui permet de suivre la vie du bureau Facebook de Seattle.

Bien sûr, la marque laisse aussi les photographes et les médias prendre des clichés de ses locaux (Voyez par exemple ceux visibles sur le site Office snapshots ou ce reportage de Business Insider sur les locaux de Facebook à New-York), mais elle ne communique pas dessus comme le fait Google. Du moins ne les met-elle pas en scène de la même manière. Tout juste laisse-t-elle filtrer des photos de ce moment, assez bluffant il est vrai, où Frank Gehry et Marck Zuckerberg sont réunis autour de la maquette des futurs locaux de l’entreprise, conçus par l’architecte. Mais la scène ne se passe même pas dans les locaux de Facebook. Non, Facebook est beaucoup plus attentif à mettre en avant ses réussites aux classements Glass Door des Best places to work (3ème en 2012 et 1er en 2013), comme on peut le voir dans ces vidéos réalisées par Glass Door… :

… ou dans celles diffusées par Facebook sur sa page Careers ou ailleurs, pour expliquer aux candidats à l’embauche ce que c’est que de travailler chez Facebook…

…ou encore dans celles réalisées avec Make IT in Ireland où les employés du bureau de Dublin présentent leur expérience de travail ou encore ce que représente la méthode créative « The hack » (issue de ce que Mark Zuckerberg, dans sa lettre aux investisseurs avant son entrée en bourse en 2012 avait appelé « The Hacker Way »).

Et si ce n’est pas Facebook lui même qui fait tout cela, ce sont les médias qui s’en emparent. Ainsi, en 2011, la chaîne MTV a réalisé un documentaire en 4 épisodes, intitulé Diary of Facebook.

Une image teaser du documentaire "Diary of Facebook" de MTV

Une image teaser du documentaire « Diary of Facebook » de MTV

Pour la première fois, Facebook ouvrait ses portes aux caméras de télévision. Et Mark Zuckerberg expliquait : « Chez Facebook, on a l’esprit très ouvert. Notre objectif est d’offrir aux utilisateurs la possibilité d’échanger un maximum d’infos avec leurs amis et leurs proches. On passe notre temps à essayer de connecter les gens entre eux, donc… au bureau, on applique le même principe ».

Bon, je ne suis pas sur place pour en juger, mais c’est en tous cas clairement ce focus sur les individus qu’ils mettent en avant dans leur communication… Et d’ailleurs aussi bien en com interne qu’en com externe.

Ils n’hésitent d’ailleurs pas à incarner leur nom à outrance en répétant sans cesse la même figure visuelle de la mosaïque de visages. En com externe, on la retrouve dans la campagne One Billion means, ou encore dans le visuel ci-dessous, destiné à remercier les investisseurs après l’introduction en bourse.

Affiche de remerciement des actionnaires après l'introduction en bourse

Affiche de remerciement des actionnaires après l’introduction en bourse

Mais c’est aussi évident dans la communication interne. J’en veux pour preuve le poster ci-dessous, présent dans les bureaux de Menlo Park et repris dans un couloir du datacenter de Lulea. Ce poster a été réalisé à partir des photos des profils Facebook de tous les employés de la société à la date où le poster a été créé.

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Sources des photos : Catherine HallJeff ChiuSimon Dawson – Susanne Lindholm.

Pour l’anecdote, mais elle me paraît significative, lorsque les salariés de Google UK ont réalisé un poster similaire de leur logo sur un mur de leurs locaux à Londres, ils ne l’ont pas fait avec des photos de portraits de salariés, mais avec des photos de paysages d’Angleterre (Vous pouvez voir une photo de ce poster et une vidéo de sa réalisation sur cette page). Le régime visuel de Google est bien tourné vers notre environnement, tandis que celui de Facebook est tourné vers les individus et leur visage.

Il n’y a donc rien d’étonnant, finalement, à ce Facebook laisse Brandon Stanton, le photographe de l’excellentissime site Humans of New-York, faire quelques photos de ses salariés et les publier sur sa propre page Facebook. C’est dans la droite ligne de toute leur stratégie de dévoilement…

Espèces d’espaces de travail : un rêve de rangement

Demain, vendredi 24 mai, a lieu la Journée mondiale du rangement de bureaux. C’est une initiative marrante qui, s’y j’en crois son site web, allie le souci de bien-être qu’on peut aisément imaginer à la chose à d’autre paramètres tout aussi intéressants : la convivialité de faire cela collectivement, le souci d’écologie qu’il y a à recycler et, le plus original de tous, l’événementialisation créatrice & ludique qui se cache derrière l’invitation à participer à un concours de création de contenus originaux via des outils digitaux tels que Vine, Instagram ou autres. Ou comment transformer une tâche qui pourrait paraître pénible en moment de plaisir et d’amusement !

Bref, à la veille de cet événement, il m’a paru opportun de vous proposer le texte ci-dessous, rédigé depuis plusieurs semaines déjà et qui attendait une occasion comme celle-là pour sortir au grand jour… 🙂 Bonne lecture !

Espèces d’espaces

Notre espace de travail est un drôle d’animal. De quelle espèce est-il ? Si l’on s’amuse à décortiquer celui de l’employé de bureau ou du knowledge worker (j’en suis un), on découvre qu’il possède plusieurs couches :

  • le bureau-bâtiment
  • le bureau-pièce
  • le bureau-table
  • le bureau virtuel,
    • lequel se découpe lui-même de plus en plus en : ordinateur / tablette / smartphone,
    • lesquels abritent eux-mêmes de multiples applications,
    • découpées elles-mêmes en plusieurs écrans…
  • …jusqu’à finir par considérer peut-être notre espace mental, le plus immatériel, et pourtant, d’une certaine manière, le plus grand…

Ainsi constitué en poupées russes, on dirait que cet espace emprunte à plusieurs espèces, comme l’ornithorynque…

On se dit aussi qu’il a autant d’espèces de concepteurs/designers que d’espèces de couches :

  • architecte pour le bureau-bâtiment
  • architecte d’intérieur pour le bureau-pièce
  • le travailleur lui-même pour le bureau-table (c’est lui qui l’organise)
  • designer digital pour le bureau virtuel
  • parents, enseignants, artistes, amis, collègues, société… et le travailleur lui-même pour l’espace mental.

Finalement, le travail de chacun de ces concepteurs doit bien avoir un rapport avec le travail des autres, non ? Il s’agit toujours d’organiser l’espace…

Quand l’espace de travail s’affiche…

Si j’en suis arrivé à cette réflexion, c’est à la vue de l’affiche ci-dessous (si si…) :

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(cliquez sur l’image pour agrandir)

Ce qui m’intéresse dans cette affiche :

  • c’est d’une part que l’on considère le smartphone et son écran comme un “espace de travail”.
  • c’est également l’interface graphique de Windows Phone, constituée de “tuiles” de différentes tailles juxtaposées en une sorte de carrelage très ordonné.
  • c’est enfin la mise en relation de cette interface avec une juxtaposition d’objets de travail disposés selon le même “carrelage” bien ordonné que l’interface du smartphone, dans une vue qui semble prise en plongée au-dessus de la table de bureau.

Un rêve de rangement ?

La première impression qui se dégage de cette image est celle d’un ordre parfait : tout est parfaitement rangé, à sa place. Mais n’est-ce pas trop bien rangé ? Ne serait-ce pas plutôt un rêve de rangement ? Sur la table de bureau en tout cas, un tel rangement ne résisterait pas à l’usage. Il n’existe que pour la photo publicitaire, pas sur celle de reportage…

Le bureau d’Albert Einstein photographié le jour de son décès

Le bureau d’Albert Einstein photographié le jour de son décès, le 18 avril 1955, par Ralph Morse pour le magazine Life (source).

Dans un espace de travail physique qui sert, la superposition désordonnée l’emporte vite sur la juxtaposition ordonnée.

"Si un bureau en désordre dénote un esprit brouillon, que dire d'un bureau vide ?" Albert Einstein

« Si un bureau en désordre dénote un esprit brouillon, que dire d’un bureau vide ? » Albert Einstein (source).

En va-t-il de même sur le smartphone ? 

Et bien, sans doute est-ce là le miracle du numérique :

  • il semble que tous les états soient possibles : l’écran bien rangé, les tuiles ou carreaux dynamiques, la liste, l’espace plus grand que la taille de l’écran, le zoom… le retour aux tuiles… voilà un espace maléable à l’infini…
  • et tout cela différemment pour chacun : “votre smartphone devient un espace de travail personnalisable” dit l’affiche ci-dessus, tout comme la vidéo ci-dessous :

Le smartphone semble donc la promesse d’autant d’espèces d’espaces numériques que d’individus, voire de moments de la journée. A vous de voir ce que vous souhaitez mettre en haut de la pile de tuiles, comme le rappelle l’opérateur Orange sur sa page de promotion de l’OS Windows phone :

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Publicité pour l’OS Windows Phone, par Orange.

Regarder l’ordre en face

Sur l’affiche initiale, m’interpelle également la vue de ces outils de travail, bien rangés en rectangles et carrés, qui singent le carrelage de tuiles ou de carreaux de l’interface du smartphone. Je me suis longtemps demandé ce qui m’interpellait dans cette composition. Je crois avoir compris.

Cette vision idéale d’un espace de travail carré et bien rangé me rappelle celle, plus cauchemardesque, imaginée par Jacques Tati, dans Playtime.

On y voit l’espace du bureau-pièce, organisé lui aussi en un quadrillage parfait :

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Une scène de Playtime, de Jacques Tati.

Et celle du bureau-bâtiment (vue de la façade), organisé exactement de la même manière :

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Des facades au quadrillage parfait.

Mais revenons à l’affiche d’Orange. Les outils de travail bien rangés et juxtaposés au point de reconstituer le “carrelage” de tuiles de l’interface de Windows Phone quand on les prend en photo en plongée verticale me font penser à ces vues de kits graphiques que l’ont trouve à foison sur le site de portfolio Behance :

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Un kit graphique sur le site de portfolio Behance (source).

Des vues que l’on peut facilement singer, comme le fait Stéphane Masset avec cette photo pour le concours de photographie intitulé Flashe ton buro, organisé sur le site Wipplay.

Qu’il ait fait cela pour un concours intitulé Flashe ton buro est tout à fait symptomatique.

Ce mode de présentation est aussi celui de tous types de kits quand on les photographie en plongée verticale. A titre d’exemple, voici le kit de survie post 21 décembre 2012 :

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Le Kit de survie post 21 décembre 2012 photographié en plongée verticale. (source).

Le même kit photographié sous un autre angle n’est plus du tout présenté pareil :

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Le même kit, mais photographié sous un autre angle : et hop ! de ce fait, les produits ne sont plus du tout rangés selon le beau quadrillage précédent, mais superposés les uns aux autres. (source)

Ainsi donc, la vision idéale du quadrillage parfait ne résiste pas au changement d’angle. Elle est valable pour la vue aérienne, transcendante, mais pas pour la vue humaine, horizontale, ou plus oblique !

Les variations de l’espace de travail

Si l’espace de travail change d’espèce (c’est-à-dire s’il passe du bureau-pièce à la rue, ou à la maison, ou au parc…), les outils de travail changent, s’adaptent. C’est ce que l’on peut voir dans cet article du blog SkyBambi :

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Le bureau-table dans le bureau-pièce. (source)

Pour un lieu différent, un kit de bureau différent. Plein d'autres exemples déclinés dans cet article.

Pour un lieu différent, un kit de bureau différent. Plein d’autres exemples déclinés dans cet article.

Dans cette perspective, je voudrais évoquer le travail de deux photographes que je trouve remarquables. Lucie & Simon sont des adeptes des prises de vue en plongée verticale, notamment à travers leur série Scènes de vie. Ils ont aussi réalisé de la même manière un reportage au sein d’un atelier de la maison Hermès. A cette occasion, ils ont photographié en plongée verticale des tables de travail des artisans de l’atelier :

Ici, étonnamment, le réel paraît bien plus poétique et évocateur que l’idéal de rangement de l’affiche initiale. Ce sont de vrais bureaux, de vrais artisans. Mais qui peuvent parfois révéler une organisation des pièces (de cuir) dans l’espace très proche de celle de l’affiche que j’ai cité au début, comme c’est le cas dans la dernière photo de cette série.

Pour finir, si cette toute cette réflexion vous inspire, et si vous voulez de l’aide pour la journée du rangement de demain, sans doute devriez-vous contacter la société lilloise Espèce d’espace, elle-même un peu ornithorynque de l’espace (elle n’est pas la seule bien sûr…) puisqu’elle pratique le design des espaces, la photographie d’espaces, le design graphique et le design digital. Évidemment, son site (web) est construit avec un beau “carrelage” de photos (donc des juxtapositions), et sur les photos on voit des superpositions. Voilà qui clôt ma rêverie en toute logique !

Alors, vous allez y participer, vous, à la Journée mondiale du rangement de bureau ?

Derrière l’écran : Petite exploration du pouvoir photographique… au temps du digital

Sous-la-plume

Je suis tombé sur cette photo voici quelques jours, dans une librairie de la Gare Montparnasse. Elle ornait la jaquette du livre de Marie de Gandt intitulé Sous la plume. Elle m’a interpellé car je suis certain de l’avoir déjà vue. Mais je ne suis pas sûr de savoir où. Il me semble qu’il s’agissait d’un article de Time Magazine, peut-être celui-ci, mais je n’en suis pas certain car la photo ne s’affiche pas sur la page web à l’heure où j’écris ces lignes. Quoi qu’il en soit, cette photo m’a immédiatement inspiré une série de commentaires que voici…

Double obturation

Dans cette photo, ce qui va être photographié est caché par l’appareil qui va le photographier, en l’occurrence un smartphone.

Le photographe photographié (celui qui tient le smartphone à bout de bras, sur la droite de l’image), a évidemment disposé son appareil de telle sorte que ce qu’il veut photographier apparaisse sur son écran. Ainsi, il peut prendre sa photo. Ce faisant, il utilise son smartphone comme appareil de visée. Et dans cette situation, généralement, l’image qui apparaît sur l’écran donne l’impression que l’appareil est transparent puisqu’on voit sur son écran ce qui se trouve derrière lui, alors que l’on sait que l’appareil en lui-même n’est pas transparent (j’ai déjà abordé cette question dans un précédent article).

Or, dans l’image que nous voyons, point d’image sur l’écran du smartphone ! Nous sommes privés de transparence ! Et on a plutôt affaire à une opacité, à un appareil photo qui fait écran au sens où il se superpose à ce qu’il veut photographier.

Difficile, en tant que spectateur extérieur que nous sommes, d’être catégorique sur la raison de cette situation. Mais il me semble qu’elle tient au fait que la photo que nous regardons a été prise juste au moment où le photographe que nous voyons prend lui aussi sa photo : en effet, si l’écran du smartphone est gris, c’est sans doute parce qu’il est en train d’afficher l’animation de l’obturateur qui se joue sur les applications de photo de smartphone pour simuler le fonctionnement d’un obturateur réel d’appareil photo.

Voici donc une photo (celle que nous voyons) d’un smartphone en train d’être utilisé en tant qu’appareil photo, mais sans que l’on puisse voir sur son écran ce qu’il a pris exactement. Et comme si cela ne suffisait pas, par l’effet du hasard ou d’une volonté délibérée du photographe qui a pris la photo que nous regardons (mais peu importe en réalité), il s’avère que l’appareil du photographe photographié, à savoir le smartphone, se trouve justement entre ce qu’il est censé photographier et nous : il se superpose exactement au visage de la personne photographiée. Nous voici donc face à une double obturation…

On peut donc se poser la question : que cherchait à photographier le photographe de cette photo ? Le personnage (doublement) photographié ? Mais son visage est masqué, comme on masque parfois ceux des mineurs ou de certaines personnes qui doivent rester anonymes dans les reportages de presse ! Ne s’agit-il donc pas plutôt d’une photo d’une photo, comme on en voit parfois quand il est difficile de prendre le personnage lui-même sans prendre la cohue de photographes qui gravite autour ? Ou quand on veut explicitement montrer qu’il est entouré d’une cohorte de photographes ?

Selon moi, très certainement les deux… Le personnage (doublement) photographié reste ici évidemment très reconnaissable (on n’a pas cherché à le rendre anonyme en le masquant…). Tellement, qu’on peut se permettre de cacher son visage et de réussir pour autant (voire “à cause de cela” en fait) particulièrement bien la photo ! Ici, la photo est donc particulièrement réussie parce qu’elle cache ce qu’une photo plus banale se serait contentée de montrer. Et ce qui est paradoxal et amusant, c’est que la seule personne que l’on reconnaisse sur cette photo est justement celle dont le visage est caché ! Pour sans doute près de 99% des gens qui regardent cette photo (dont moi), aucun des autres personnages de la photo n’est connu, tant bien même portent-ils force signes ostentatoires d’apparat : écharpe tricolore, uniforme militaire de cérémonie et autre accréditation officielle ! Non, le seul que l’on reconnaisse, c’est celui que l’on ne voit pas ! Il s’agit donc bien malgré tout d’une photo de Nicolas Sarkozy.

Mains tendues

Mais il s’agit aussi, évidemment, d’une photo d’une photo. Une photo qui n’aurait pas été possible avec les appareils sans écran où la visée se fait à l’oeilleton. Elle est en effet éminemment liée aux appareils à visée par écran, que l’on utilise en tendant le bras, comme le fait ici le photographe photographié. Or, jusqu’à récemment, ce que l’on voyait souvent dans les photos d’hommes politiques en campagne, c’était les micros tendus prêt de leur visage. Pour montrer les appareils photos, il fallait adopter un autre point de vue, voire un contre-champ qui délaisse le personnage pour les photographes.

Une scène similaire mais avec un point de vue très différent de celui de l'image de la jaquette de Sous la plume (source).

Une scène similaire mais avec un point de vue très différent de celui de l’image de la jaquette de Sous la plume (source).

Aujourd’hui, ce nouveau geste photographique est devenu la norme, comme en témoigne le comparatif fait par NBC entre les deux clichés ci-dessous :

Comparatif des scènes de foule à l'élection de deux papes consécutifs.

Comparatif des scènes de foule à l’élection de deux papes consécutifs.

Ce qui est étonnant dans la seconde de ces photos par rapport à celle dont je parle depuis le début, c’est qu’ici les smartphones et autres tablettes sont légion, qu’ils sont tous allumés, nous permettant ainsi de voir la scène photographiée ou filmée (c’est la transparence représentée), mais que la scène elle-même nous est cachée, hors champ de la photo, qui est donc ici surtout une photo de multiples photos…

La même chose se reproduit dans le cliché ci-dessous : heureusement qu’une affiche gigantesque nous montre le personnage qui fait l’objet de toutes les attentions car sinon on ne le reconnaîtrait pas sur la photo ! Mais finalement, par rapprochement, on le devine : « tu l’as vu ?” “je sais pas”, “c’est lui ?” “je sais pas, on zoomera dans la photo pour vérifier”…

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« Tu l’as vu ? » « Je sais pas ». « C’est lui ? » « Je sais pas, on zoomera dans la photo pour vérifier… » (source)

Et que de mains tendues !

Dans la photo de Nicolas Sarkozy aussi, il y a un beau ballet de mains tendues :

  • celle du président lui-même, au centre de l’image, face à nous, dans un geste éminent d’homme politique en campagne : tendre la main pour serrer celles des passants qu’il croise. Un geste de thaumaturgie démocratique. Et ici, c’est presque à qui regarde l’image, donc à nous, qu’il tend la main.
  • celle du militaire, sur la gauche, très proche de nous, qui nous écarte ou nous bouscule presque (mais sans violence dans ce cliché, presque avec indolence même), dans un geste éminent des services d’ordre censés protéger et faire barrière : il s’interpose. Un geste de protection donc, d’organisation de l’espace, de thaumaturgie spatiale.
  • celle du photographe photographié sur la droite, dans ce nouveau geste digital décrit ci-dessus. Un geste de thaumaturgie médiatique digitale. On n’assiste plus à la multiplication des pains mais des images.

Devant les devantures

Une dernière chose enfin m’interpelle dans cette photo : ce sont les enseignes de magasins : “Maison de la presse”, “Tabac”, “Multi Mag Boutique”, “Le cellier gourmand”… Si, comme je l’ai dit au début de cet article, cette photo a bien été publiée par le magazine Time, on imagine l’impact de tels signes sur les lecteurs anglosaxons : voilà qui sonne bien français, et bien province. Là, pas de doute, on est sur le terrain, dans la rue, pas derrière les ors de la République. Ces enseignes résonnent comme celles que l’on voit sur les photos de la série que Raymond Depardon a consacré à la France. Une série où il s’attarde beaucoup sur les boutiques et les enseignes, non pas tant anciennes que terriblement banales des villes et villages…

Une photo de Raymond Depardon dans sa série sur la France.

Une photo de Raymond Depardon dans sa série sur la France.

D’un côté, des enseignes, une scène de rue en province, un président qui marche de face, un smartphone brandi entre le président et nous, pour une photo à la Depardon sans Depardon, et de l’autre, comme par opposition, la photo ci-dessous, avec un autre président, qui marche de profil, Depardon qui le photographie, des micros brandis, un décor champêtre en réalité situé… en plein Paris, dans les jardins de l’Elysée ! Ah, cadrage, quand tu nous tiens…

François Hollande photographié par Raymond Depardon

François Hollande photographié par Raymond Depardon

 

Reconduction textuelle sur la re-photographie

Il y a peu, j’ai publié un billet sur la reconduction photographique. Il faisait partie d’une série sur l’ubiquité temporelle dans l’image (lire aussi : article 1, sur la vidéo & article 3, sur la réalité augmentée), un concept pour lequel je ne sais pas s’il existe un mot autre que l’expression que j’emploie ici (si oui, merci de me le signaler !). Or, quelques jours plus tard, j’ai découvert un billet intitulé Re-photographie et effet de présent publié 2 ou 3 jours après le mien par Patrick Peccatte sur son blog Déjà Vu, qui appartient au site collectif Culture Visuelle. Je dois dire que la lecture de ce billet m’a ravi au plus haut point. Émanant d’un universitaire, il est évidemment beaucoup plus fouillé et rigoureux que le mien et j’y ai appris beaucoup de choses.

J’ai découvert notamment que ce que j’appelais sagement reconduction photographique s’appelle également re-photographie et que ce concept et cette pratique sont finalement très répandus. Le mot a une entrée sur Wikipedia (avec de nombreux liens). Si vous faites une recherche sur Google Images vous obtenez une multitude de résultats. Il existe également des groupes Flickr Rephotography ou Then and Now.

Comme moi, Patrick Peccatte parle du travail de Sergey Larenkov, Jason Powell et Jo Hedwig Teeuwisse. Il parle également de Claude Demeester.

Au sein de ce corpus, il identifie lui aussi la même typologie de montages (il parle aussi de “mashups”) dans la reconduction. Je le cite : “trois types de montages sont ainsi utilisés à des fins différentes: juxtaposition (Rephotography, Then and Now) pour documenter, fusion (Ghosts, Looking into the Past) et insertion (Past in Present) pour créer un effet esthétique ou émotionnel.” (P. Peccatte)

Ce qui est très intéressant, c’est l’explication par Patrick Peccatte du travail de redocumentarisation qu’il mène dans le cadre du projet PhotosNormandie. C’est ce travail qui le conduit à la réalisation de reconductions photographiques. Dans le cas précis, la redocumentarisation consiste à associer de vieux clichés à un maximum d’autres documents ou éléments, pour qu’ils prennent un maximum de sens. On peut ainsi associer une photo ancienne à une autre photo, aux autres photos prises dans la même série, aux autres photos du même sujet ou du même personnage, à des documents écrits, aux différents tirages de la même photo, etc.

Relier entre eux tous ces documents conduit à “leur reconstruction en tant qu’images non plus isolées mais insérées dans un réseau d’autres documents ou partie de documents” (P. Peccatte). Je trouve cette idée très intéressante : les images sont en fait des documents qui tirent leur sens de leur relation à d’autres documents ou éléments (lieux, personnes, dates…), l’ensemble créant ainsi un réseau de contenus, documents, informations… C’est évidemment là où intervient la reconduction photographique, puisque le lieu où a été effectué le cliché historique est un élément à mettre en relation avec ce dernier : “Quand la localisation d’un cliché ancien est connue avec précision, nous essayons en effet de le mettre en correspondance avec une photo moderne du même lieu” (idem).

Et dans ce travail de recherche des lieux réels, il arrive parfois que des outils numériques se révèlent de vrais alliés. C’est le cas de Google Street View, comme l’explique Patrick Pecatte : “Si nous ne disposons pas d’une photo récente, nous utilisons une capture d’écran de Google Street View lorsque le lieu a pu être identifié à l’aide de cet outil. Au passage, l’utilisation méthodique de Google Street View a permis de retrouver plusieurs localisations auparavant inconnues.” Je trouve cet usage fascinant : Google Street View est l’un des services clés de la documentarisation du monde physique. Et il est mis ici au service de la redocumentarisation de certaines photos historiques.

A la fin de son article, Patrick Peccatte essaie d’interpréter la capacité de ces images à retenir notre attention et susciter notre intérêt (c’est ce qu’il appelle la “prosécogénie” des images) par un effet de présence ou plutôt un effet de présent. De mon côté, j’ai essayé plutôt d’analyser l’effet d’ubiquité temporelle dans l’image. Et ça n’est sans doute pas un hasard si j’ai fini par mettre en relation cet effet d’ubiquité avec la re-photographie et tout un ensemble de pratiques numériques tournant autour de la réalité augmentée. Dans la bibliographie à la fin de l’article de Patrick Peccatte, on trouve cité l’article de Miranda War On Technology, Memory and place, qui lui même cite Lev Manovich, auteur en 2002 d’un article intitulé The poetics of Augmented Space. Re-photographie et réalité augmentée sont l’un et l’autre une manière de redocumentariser, de nouer un réseau de relations sémantiques entre le monde et nos documents, d’augmenter notre perception du monde et des documents. Je crois que je ne suis pas prêt d’en avoir fini avec ce sujet…

Quand les images superposent différents moments du temps – Episode 3/3 : l’ubiquité temporelle dans la réalité augmentée.

Dans le premier billet de cette série, je vous parlais de vidéos qui représentent selon moi des variations sur l’ubiquité temporelle via leur usage de la superposition de deux moments dans une même image. Dans le second billet, j’évoquais la mise en oeuvre de mécanismes similaires dans le domaine photographique. Dans le présent billet, je vais aborder la question dans le champ du numérique et plus particulièrement de la réalité augmentée, technologie ubiquitaire par excellence.

L’un des principaux mécanismes de la réalité augmentée consiste justement à superposer des images ou des informations à une vue contemporaine de la réalité. Dans certains cas, on peut superposer des images anciennes à la vue contemporaine (réalité augmentée tournée vers le passé), dans d’autres cas, on superpose des images prospectives à la vue contemporaine (réalité augmentée tournée vers le futur). Dans les deux cas, la réalité augmentée crée des situation d’ubiquité temporelle en superposant deux moments dans une même image.

Il existe évidemment plein d’autres usages de la réalité augmentée (superposition d’informations à la vue contemporaine, superposition d’images imaginaires, ludiques, créatives, etc.). Je ne les aborderai pas ici car ce serait trop long et ce n’est pas exactement notre sujet.

Superposition tournée vers le passé

Le premier exemple que je vous propose est une série d’applications pour smartphones intitulée Ma ville avant. Créées, pour la première, en 2011, ces applications permettent de comparer des photos anciennes d’une ville à des photos contemporaines. Elles proposent plusieurs modalités d’affichage de ces reconductions photographiques : juxtaposition des images (à gauche dans l’illustration ci-dessous) ou superposition (à droite) avec un système de transition dans l’esprit de celui proposé dans l’article du blog Le voyage de Seth et Lise, cité dans le deuxième billet de cette série (sauf qu’ici c’est un effet de fondu enchainé et dans l’autre un effet de volet).

Ma ville avant

L’application Ma ville avant propose plusieurs modalités d’affichage des reconductions photographiques : juxtaposition des images (à gauche) ou superposition (à droite).

 

D’ici quelque temps, l’application devrait également proposer des « photomix » (mixage de l’image ancienne et de l’image contemporaine), à l’image de ceux présentés dans le précédent article.

Disponibles pour 7 villes à ce jour (Paris, Nantes, Metz, Barcelone, Vancouver, Montréal et Toronto), ces applications sont conçues par le biais d’un partenariat entre l’éditeur de l’application et des détenteurs de photos anciennes. Si vous le souhaitez, vous pouvez ainsi prolonger l’expérience de l’application sur des sites tels que :

Je suis tenté de citer ici aussi les dispositifs de réalité augmentée de l’abbaye de Cluny ou du chateau de Cherbourg (voir vidéos ci-dessous). Pourtant, s’ils permettent bien de superposer des images reconstituant l’abbaye telle qu’elle existait auparavant à ce qu’il en subsiste aujourd’hui, la superposition se fait non pas entre deux images, mais entre l’image de synthèse qui représente le passé et la vue réelle que vous avez de vos propres yeux (et non à travers votre smartphone ou votre tablette). A la vue des vidéos ci-dessous, vous conviendrez cependant que l’effet est très proche et tout aussi saisissant.

 


Superposition tournée vers le futur

Si elle sert parfois à superposer le passé au présent, la réalité augmentée peut aussi permettre de superposer le futur au présent. C’est que propose par exemple la société Artefacto, avec son logiciel Urbasee, qui permet de superposer la maquette 3D d’un projet immobilier à la vue en temps réel de votre environnement à travers un smartphone ou une tablette.

L'application Urbasee d'Artefacto

L’application Urbasee d’Artefacto

 

Même chose pour les meubles avec des solutions telles que celles des sociétés françaises Augment ou AchatDesign qui permettent chacune de simuler la présence d’un meuble ou d’un objet 3D dans la pièce où l’on se trouve. Ces solutions peuvent être utilisées par des sites e-commerce ou des professionnels de l’aménagement.

Augment

Avec Augment vous pouvez vérifier si la table de salon vers laquelle vous lorgnez sera effectivement du plus bel effet dans votre salon.

 

De la même manière, les dispositifs d’essayage virtuel de Zugara, les mannequins virtuels de Fits.me ou la solution d’essayage virtuel de lunettes de Fitting Box nous projettent dans le futur du moment où nous posséderions réellement le vêtement que l’on est en train d’essayer virtuellement via ces solutions.

Zugara

Grâce à Zugara, je peux vous le dire : elle vous va bien cette robe mademoiselle. Si si.

 

Voilà. Notre voyage dans les méandres du “temps mélangé sur images » se termine… J’espère que ça vous aura plu ! N’hésitez pas à poster en commentaire vos propres trouvailles dans le domaine…

Quand les images superposent différents moments du temps – Episode 2/3 : des photos ubiquitaires.

Dans le premier billet de cette série, je vous parlais de vidéos qui représentent selon moi des variations sur l’ubiquité temporelle. Dans le présent billet, je voudrais m’attarder sur la mise en oeuvre de mécanismes similaires dans le domaine photographique.

En photographie, il existe une pratique que l’on appelle la reconduction photographique. Elle consiste à réaliser une prise de vue sur le lieu et dans les mêmes conditions (angle de prise de vue, cadrage, focale, éclairage, distance au sujet…) qu’une image plus ancienne, qui sert de référence. On peut ensuite juxtaposer les deux images afin de voir l’évolution du lieu en question.

Reconduction photographique #1 : juxtaposition d’images

A titre d’exemple, les clichés ci-dessous on été pris à Fontenay-le-Comte (Vendée) (source).

Reconduction photographique - Fontenay-Le-Comte (Vendée)

Reconduction photographique – Fontenay-Le-Comte (Vendée)

Dans ce contexte, le lieu est le même et le moment différent. Mais les images ne sont que juxtaposées.

Dans leur blog, Le voyage de Seth et Lise, les deux auteurs ont consacré un article à des reconductions d’images qu’ils ont eu la bonne idée de présenter avec un dispositif interactif tout simple mais intéressant : un volet qui dévoile à la souris soit la photo du passé, soit celle du présent.

Sethetlise

Reconduction photographique #2 : superposition d’images

Une autre pratique, variante de la reconduction, consiste à utiliser une vue ancienne, à se rendre sur le lieu de sa prise de vue et à prendre un nouveau cliché qui intègre la prise de vue ancienne. Cela crée une incrustation dans l’image avec une superposition du passé sur le présent.

C’est à partir d’images de ce type que Taylor Jones, un jeune américain de 22 ans, a commencé le blog Dear Photograph en mai 2011. L’originalité de son projet réside dans son aspect collaboratif : les internautes sont invités à envoyer leur propres superpositions accompagnées d’un court texte descriptif. Les photos sont publiées dans le blog accompagnées d’une lettre commençant toujours par “Dear Photograph”. Le site est un vrai succès aux Etats-Unis et a donné lieu à l’édition d’un livre.

dearphotograph1

Une photo du site Dear Photograph.

dearphotograph2

Une autre photo du site Dear Photograph.

Autre projet similaire, la série Looking into the past, de Jason Powell, visible sur Flickr.

Looking into the past - Jason Powwel

Une photo de la série Looking into the past, de Jason Powell

Suite au succès de sa série, Jason Powell a créé un groupe Flickr qui rassemble plus de 2000 clichés similaires aujourd’hui.

Pour l’anecdote la série de Powell a été inspirée de celle de Michael Hughes, dont je parlerai peut-être un jour dans un prochain billet (suspens !).

Quoi qu’il en soit, faire ainsi ressurgir le passé au coeur du présent, il était normal qu’un tel projet photographique soit choisi pour faire la couverture de l’album d’un groupe nommé… Balbec… (y’a comme un goût de madeleine dans tout ça, non ?)

Pochette de l'album de Balbec

Pochette d’album de Balbec

 

Reconduction photographique #1 et #2 bis : retrouver le film dans la réalité

Les deux pratiques ci-dessus peuvent également être mises en oeuvre pour comparer non pas explicitement le passé et le présent, mais une oeuvre de fiction (par exemple un film) avec le lieu réel où il a été tourné.

C’est ce que certains se sont amusés à faire avec Edouard aux mains d’argent dans la série Edward Scissorhands Filming Locations en utilisant ici la juxtaposition pour présenter les photos.

Une photo de la série Edward Scissorhands Filming Locations

Une photo de la série Edward Scissorhands Filming Locations.

Toujours en mode juxtaposition, mais beaucoup plus ambitieux, et merveilleusement réalisé, le blog Movie Mimic pousse le soin jusqu’à localiser sur une carte chaque reconduction photographique.

Une reconduction photographique du film Midnight in Paris, sur le site Movie Mimic.

Une reconduction photographique du film Midnight in Paris, sur le site Movie Mimic.

Aussi ambitieux et très bien réalisé, le blog FILMography s’amuse quant à lui à superposer aux lieux réels les photos issues d’un film.

Une superposition film-photographie sur le blog FILMography

Une superposition film-photographie sur le blog FILMography

Reconduction photographique #3 : mixage et recomposition d’images

Après la juxtaposition et la superposition, je voudrai évoquer une troisième pratique qui consiste à réaliser un montage ou un mixage d’un cliché ancien et d’un cliché contemporain.

C’est ce que réalise de manière saisissante (comme on peut le voir sur l’image ci-dessous) la néerlandaise Jo Hedwig Teeuwisse dans sa série Ghosts of history (visible aussi sur Flickr et Facebook)

Un montage de la série Ghosts of history, de Jo Hedwig Teeuwisse

Un montage de la série Ghosts of history, de Jo Hedwig Teeuwisse

Même démarche chez le photographe russe Sergey Larenkov qui fait revivre les fantômes de la seconde guerre mondiale dans plusieurs villes d’Europe.

Georgy Zhukov, commandant de l'Armée Rouge, sur les marches du Reichstag à Berlin, en 1945, & aujourd'hui un musée.

Soldats de l’Armée Rouge, en 1945, sur les marches du Reichstag à Berlin, aujourd’hui un musée.

On retrouve également beaucoup d’images de ce type sur le blog Photimages… d’hier et aujourd’hui, par ailleurs dédié à la reconduction photographique en général. Le(s) auteur(s) du blog ont également un Scoop.it sur le même thème.

Pour que ces montages très saisissants soient réussis, cela impose de prendre le cliché contemporain dans les conditions absolument similaires au cliché ancien. C’est donc un tour de force. Mais si c’est le cas, l’impression que procure l’image finale est souvent particulièrement forte en raison justement de cette imbrication très étroite des deux clichés, donc des deux moments du temps, sur une même image. Ce dispositif est l’exacte traduction dans le domaine de la photographie du film de Philipp Stockton dont je vous parlais dans le premier article de cette série. Et l’impression produite par les images est ici assez similaire à celle que j’avais décrite dans le premier billet à propos de la vidéo de Stockton.

Superposition créative

Pour finir, je m’écarte un peu de mon sujet, mais le détour en vaut la peine. Dans les exemples ci-dessus, en effet, la superposition est celle de deux moments du temps. Mais il existe aussi une pratique qui consiste à superposer une image créative sur une image réaliste. C’est ce que propose, avec beaucoup d’humour et de poésie Ben Heine dans une série intitulée “Pencil vs Camera”.

Une image de la série Pencil vs Camera, de Ben Heine.

Une image de la série Pencil vs Camera, de Ben Heine.

 

Pour le plaisir, une autre image de la série Pencil vs Camera, de Ben Heine.

Pour le plaisir, une autre image de la série Pencil vs Camera, de Ben Heine.

Voilà. J’espère que ça vous a plu ! Dans le prochain billet, je vous parlerai de dispositifs interactifs similaires à travers ceux que permet la réalité augmentée !