L’innovation digitale en Pays de la Loire

Bon, je continue à faire le chauvin pour vous parler cette fois-ci d’une initiative que je viens de découvrir : les Plateformes Régionales d’Innovation (PRI), mises en place par le Conseil Régional des Pays de la Loire. Une initiative qui fait la part belle au digital !

J’ai déjà eu l’occasion à plusieurs reprises (notamment dans mon précédent article, mais encore plus dans un billet plus ancien) de vous parler des actions digitales initiées par l’Abbaye de Fontevraud. Or, j’ai découvert récemment que celle-ci venait de lancer le centre iDev : innovation et Design d’expérience de visite. Et en consultant son site web, j’ai découvert que l’iDev était en fait l’une des 22 Plateformes Régionales d’Innovation (PRI) mises en place depuis 2009 par l’Agence régionale d’innovation de la Région Pays de la Loire. Sur le site d’information dédié (Territoires d’innovation), les PRI sont définies comme « des centres de ressources dédiés à l’innovation, ouverts aux entreprises. Leur spécificité repose sur la mutualisation des compétences et des moyens apportés par des acteurs de la formation, de la recherche, du transfert de technologie et des entreprises qui se sont réunis pour favoriser sur leur territoire la diffusion de technologies émergentes (la mise en forme des matériaux avancés, le design, l’emballage, le contrôle non-destructif …) » (source).

Parmi les 22 PRI, on trouve notamment :

  • La Cantine numérique, l’instance nantaise du réseau national des Cantines, ces lieux d’échanges et de coworking autour du digital. La Cantine de Nantes a ouvert en 2011. Elle est portée par l’association Atlantic 2.0, le réseau des professionnels du web et de l’innovation numérique en Pays de la Loire, organisateur notamment du Web2Day, l’un des principaux événements consacré au digital en France.
  • La PRI ATRIUM, dédiée aux objets et solutions communicants (Internet des objets, réseaux de capteurs, réseaux filaires et sans fils…) et située près d’Angers.
  • Proxinnov, dédiée à la robotique, située à La Roche-sur-Yon.
  • Design’in, qui regroupe des professionnels du design et du design de services pour aider les entreprises à innover par le design et l’approche centrée utilisateur.
  • et enfin iDev, dont le but est d’aider non seulement les musées mais également les entreprises et toutes les organisations intéressées pour développer des expériences innovantes de visites et d’expositions, repensées notamment par le digital. Vous pouvez vous faire une idée de ses champs d’intervention dans la vidéo ci-dessous :

 

 

L’Agence régionale d’innovation de la Région Pays de la Loire accompagne également des organismes tels que Clarté, l’association lavaloise dédiée à la réalité virtuelle (Je vous rappelle que Laval est un lieu important de la réalité virtuelle en France et dans le monde avec l’événement Laval Virtual)

Elle organise également des événements, notamment la Journée Régionale de l’innovation, qui se tient à Nantes, ainsi que ses déclinaisons locales, les Journées Territoires Innovation, dont la prochaine, nommée Inov’dia, se déroule le 7 octobre prochain, près de Laval, sur le site étonnant d’Echologia. Au programme de cette journée, on trouve notamment une série d’ateliers dédiés aux tendances numériques dans le patrimoine et le tourisme. Or, cette série d’atelier est justement animée en partie par Clarté et iDev !

Puisque je parle de Laval, j’en profite pour dire qu’Inov’dia est co-organisée par Laval Mayenne Technopole, la dynamique agence départementale d’innovation, qui organise notamment le concours-programme de création d’entreprise Idénergie, et qui a lancé Neoshop, une boutique dédiée aux produits innovants créés par des start-ups !

A ce sujet, je voulais préciser que l’un des projets très intéressant de l’iDev est de créer un showroom de démonstration de dispositifs innovants pouvant intervenir dans les visites et expositions.

Voilà pour ce rapide tour d’horizon d’initiatives plutôt intéressantes, vous ne trouvez pas ?

 

Luxe monacal, design et digital pour un hôtel-restaurant à Fontevraud

Patrimoine religieux, luxe monacal et design inspiré, le tout doté d’une touche de digital, tel est le cocktail étonnant que nous propose l’abbaye de Fontevraud, près de Saumur (Maine-et-Loire), où viennent d’ouvrir un hôtel et un restaurant assez époustouflants…

Lisez leurs noms : Fontevraud \ L’hôtel et Fontevraud \ Le restaurant. Ils sonnent comme un manifeste de modernité nue, de sobriété sophistiquée. Au point qu’on ne sait dire s’ils sont artificiellement recherchés ou d’une confondante pauvreté. Ils sont en tous cas à l’image de l’aménagement et de la décoration du lieu, qui mêle dans un même geste lignes futuristes et inspiration monastique.

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Une vue du restaurant

Il faut dire que le lieu n’en est pas à sa première mutation. L’hôtel et le restaurant occupent le Prieuré Saint-Lazare, qui est l’un des 4 couvents de la cité monastique de Fontevraud. Datant du XIIème siècle, il a été tour à tour : lieu d’accueil pour lépreux, maison de convalescence pour religieuses, infirmerie de la prison de Fontevraud, puis hôtel de 1980 jusqu’en 2011. Fermé depuis pour travaux, il a donc ouvert au printemps, paré de ses nouveaux habits, et toujours consacré à l’accueil et à l’hospitalité. Si ça vous intéresse, le projet est très bien expliqué dans le dossier de presse.

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L’entrée du restaurant, dans le cloître

Dans cet aménagement, j’admire l’alliance du moderne et de l’ancien, la force des courbes et des volumes, les matières et les couleurs. C’est beau et sobre comme du Apple. Un travail vraiment remarquable qui a été conçu par Patrick Jouin et Sanjit Manku, de l’agence Jouin Manku. Je ne connaissais pas ces créateurs et j’ai découvert à cette occasion qu’ils ont de nombreuses réalisations à leur actif, comme par exemple la décoration du restaurant le Jules Verne de la Tour Eiffel, celle du bar du Plaza Athénée et bien d’autres lieux encore que je vous invite à découvrir sur leur site web.

Quant à Fontevraud, pour découvrir l’hôtel et le restaurant sous toutes leurs coutures, je vous invite ardemment à consulter les articles ci-dessous, ils regorgent de magnifiques photos :

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Déjeuner dans le cloître, avec vue sur le jardin intérieur, ça vous dit ?

Tout ça c’est bien beau, mais si je vous parle de ce lieu dans ce blog, c’est aussi parce qu’il possède une touche de digital que je trouve très intéressante. J’ai déjà consacré un article à Fontevraud. C’est un lieu de création culturelle qui fait la part belle au digital (voir à ce sujet la dernière installation en date : Le livre d’Aliénor) et qui l’exploite également dans sa communication. C’est certainement cette inclination qui est à l’origine de l’usage du digital dans l’aménagement de l’hôtel-restaurant comme dans sa communication.

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Des tables tactiles dans l’iBar.

Commençons par l’aménagement. Dans l’ancienne chapelle du Prieuré a été aménagé un iBar : c’est un bar à bulles où vous pouvez déguster les vins mousseux du Saumurois tout en consultant sur des tablettes ou des tables tactiles des applications ludiques ou documentaires consacrées à l’abbaye. Pour en savoir plus sur cet aménagement, je vous invite à lire l’interview de sa responsable.

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L’iBar est installé dans l’ancienne chapelle du Prieuré.

Apparemment, les hôtes de l’hôtel se voient également remettre des tablettes tactiles pendant leur séjour, qu’ils peuvent utiliser comme guide pour la visite de l’abbaye.

Passons maintenant à l’usage du digital dans la communication de l’hôtel et du restaurant. La première chose intéressante est une visite vidéo du lieu tournée avec un drone. J’ai déjà eu l’occasion (ici, ici et ) d’aborder la question des moyens originaux qui pouvaient être employés pour faire des vidéos de promotion des lieux, notamment touristiques, et en particulier les vidéos tournées avec des drones. Fontevraud nous en fournit là un bel exemple.

On peut dire aussi un mot du site web, assez beau, mais un rien simpliste ou minimaliste en termes de contenus. Dommage !

Je voulais en tous cas vous faire partager ce coup de coeur, teinté d’un peu de chauvinisme je vous l’accorde, mais de temps en temps ça ne fait pas de mal !

Pendant que j’y suis dans le chauvinisme, le mobilier designé par Jouin et Manku a été fabriqué par une entreprise locale, CAA agencement, que je ne connaissais pas non plus, mais qui a, elle aussi, de belles références à son actif.

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Puisque je vous dis qu’on dirait du Apple (pour la perspective, hein ? Voir ici)

Le site web de l’hôtel : http://www.hotel-fontevraud.com

 

 

 

Balade créative à Nantes et Fontevraud en compagnie de C2C et Francis Cutter

Les récentes (ou pas si lointaines…) Victoires de la musique ont consacré le groupe de DJ nantais C2C, qui l’a emporté dans 4 catégories. Pour qui, comme moi, voudrait faire preuve de chauvinisme régional (pas tout à fait local…), ce succès contribue entre autre à souligner la richesse et le dynamisme de la scène musicale nantaise, récompensée également cette année à travers Dominique A. Certains, tels Métro ou Ouest-France, l’ont d’ailleurs souligné.

J’y reviendrai peut-être bientôt. Mais pour l’instant, la motivation première de ce billet tient plutôt dans le film pour lequel C2C a été primé dans la catégorie Meilleur vidéo-clip :

Je trouve ce clip passionnant à plus d’un titre.

Glissement des plans

Parlons tout d’abord de sa conception. Il repose sur un montage de l’image assez proche de celui de la musique : découpages en multiples morceaux, scratch, mixages des morceaux d’image, apparitions, disparitions, déformations, recompositions, glissements… L’image est vraiment redondante par rapport à la musique, un peu trop presque au début, puis de manière de plus en plus intéressante et riche.

Ce qui est intéressant également, c’est la composition de l’espace dans lequel jouent les musiciens. C’est un espace très géométrique, une perspective, accentuée par le “carrelage” au sol. Les personnages y apparaissent et y disparaissent à des emplacements réguliers. Et le décor autour peut glisser et bouger lui aussi au rythme de la musique.

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La composition géométrique de l’espace dans Fuya

Cette construction de l’image par une dé-construction de l’espace, on la retrouve quasi à l’identique dans un précédent film du co-réalisateur du clip, Francis Cutter, de son vrai nom Vincent Nguyen. Il s’agit d’un film intitulé Bienvenue à Fontevraud, réalisé pour promouvoir l’abbaye de Fontevraud.

Ce film reprend le principe des plans horizontaux et verticaux issus de la vision de l’espace à travers la perspective.

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La représentation classique de la perspective

Dans Bienvenue à Fontevraud, les plans glissent autour d’un personnage central, de telle sorte que celui-ci change de lieu par simple changement du décor, comme au théâtre. C’est un procédé à la fois poétique et efficace pour faire passer le message d’une invitation à la visite, comme c’est le cas de cette vidéo. Mais dans le clip Fuya, qui lui est postérieur, ce glissement des plans est utilisé sans changement du décor, pour accentuer plutôt l’effet de voyage intérieur de la musique. C’est une variation que je trouve vraiment très intéressante.

Zoom sur Francis Cutter (découverte)

Si vous voulez découvrir plus de vidéos de Francis Cutter aka Vincent Nguyen, ancien étudiant de l’ENSAD, je vous invite à consulter son site web ou sa page Vimeo.

Puisque je parle de lui, un détail m’interpelle chez Francis Cutter : son pseudonyme, qui est aussi, parfois, pour brouiller les pistes, un dédoublement d’identité. A maintes reprises en effet, ses réalisations sont signées “Francis Cutter & Vincent Nguyen” comme s’il s’agissait de 2 personnes différentes. Le site web de l’abbaye de Fontevraud lui-même indique : “Vincent Nguyen et Francis Cutter, anciens étudiants de l’ENSAD”. Et on retrouve cette même distinction jusque sur le site web de Francis Cutter qui mentionne pour certaines de ses vidéos : “Directors: Francis Cutter & Vincent Nguyen”. L’explication (si tant est qu’elle soit vraie), on la trouve sur le site web des Victoires de la musique, qui évoque “le jeune artiste numérique Vietnamo-Japonais Francis Cutter (parce qu’il est le petit-fils de l’inventeur du cutter Yoshio Okada !)” (c’est moi qui ajoute le lien) !! Alors là, évidemment, qu’éprouver d’autre sinon du bonheur devant le potentiel de rêverie que recèle cette anecdote ? Personnellement, je trouve que Vincent Nguyen s’est construit le pseudonyme parfait, tant son travail est marqué par les cuts en tous genre : cuts des plans de films, cuts à l’intérieur des images, découpage des personnages d’animation… Finalement, son usage des “cutters virtuels” du cinéma d’animation et du motion design est un bel hommage rendu à son aïeul, non ?

Zoom sur Fontevraud (chauvinisme local)

Mais revenons au clip de Fuya. Je m’en voudrais de ne pas insister sur le 3ème grand acteur de cette vidéo, à savoir l’abbaye de Fontevraud elle-même, où a été tournée le film.

Pourquoi a-t-il été tourné là ? Sans doute parce que Vincent Nguyen y avait précédemment séjourné pour une résidence d’artiste à l’occasion de laquelle il a justement réalisé Bienvenue à Fontevraud, le film dont j’ai parlé plus haut, et qui utilisait déjà le même procédé graphique que Fuya.

Ça n’est pas donc pas un hasard si l’abbaye de Fontevraud se retrouve à la fois décor et héroïne de ces films. Cela l’est d’autant moins que l’abbaye n’est pas seulement un monument historique que l’on visite, mais aussi, voire surtout, un lieu vivant dédié aux débats d’idées, à la création artistique et au développement durable. Ce projet est né par opposition aux deux premières “vies” de Fontevraud : celle de la cité monastique médiévale et celle de la cité pénitentiaire, toutes deux marquées du sceau – très différent certes – de la vie à huis clos. A l’inverse, le projet de cité contemporaine se veut celui d’une “cité ouverte sur son territoire et sur le monde”. La promotion de la création concerne surtout les arts plastiques, le cinéma d’animation, la musique et le spectacle. Le site propose ainsi une galerie d’arts graphiques, des installations d’art contemporain, des résidences d’artistes en musique et en cinéma d’animation (dont a bénéficié Vincent Nguyen), des concerts, des festivals, des expositions, des rencontres…

Fontevraud est pour moi l’exemple même du lieu patrimonial vivant tourné vers la création, notamment visuelle et numérique. Pour insister sur le digital, qui est le thème de ce blog, Fontevraud est le parfait exemple de la manière dont la création et le numérique peuvent et doivent tantôt s’appuyer sur le patrimoine pour s’en inspirer (Cf. le travail de Francis Cutter), tantôt se l’approprier pour lui donner une nouvelle vie, un nouveau souffle.

Fuya n’est donc pas un hasard : c’est la partie émergée d’une multitude d’autres réalisations et initiatives plus souterraines, mais toutes plus réussies les unes que les autres… au point que je ne résiste pas à vous citer mes préférées :

Commençons par le film de promotion de l’abbaye, intitulé Vivez l’expérience Fontevraud, dont j’aime beaucoup la construction en 2 volets :

L’abbaye propose également un jeu de piste sur iPad pour ses jeunes visiteurs :

Elle propose également d’une application pour smartphone.

En 2010, elle a accueilli une installation numérique sur table tactile intitulée L’expérience Fontevraud (déjà le concept d’expérience !) :

 

Elle participe enfin à la création de Liberty Guide, un système d’audio-guide numérique :

Pour l’accompagner dans tous ces projets, Fontevraud choisit souvent des agences digitales nantaises : Cent millions de Pixels, MGDesign ou Mazedia

Coup 2 Cross & clap de fin

Pour finir, revenons à C2C. Eux aussi aiment travailler avec des agences nantaises. Pour la célèbre pochette de Tetra, ils ont travaillé avec LVL Studio, dont je trouve le travail formidable et que je voulais citer ici, à partir des travaux photographiques de Wang Chien-Yang (…qui, lui, n’a rien de nantais !) (Lire cet article pour en savoir plus sur la petite histoire de cette pochette).

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La pochette de Tetra

Et même sans Francis Cutter, ils réalisent toujours d’aussi bon clips (!), où l’imaginaire de l’image est servi par la technique du motion design, comme l’imaginaire de la musique est servi par leur technique de “turntablism”…