Objets connectés : comment motiver les consommateurs ? – Partie 2 : Motiver à l’usage

Une fois l’utilisateur en possession d’un objet connecté (cf. articles précédents (ici et ) sur les stratégies pour motiver à l’achat), il ne faut pas croire que son usage régulier et prolongé aille de soi. Comme je l’indiquais dans le premier article de cette série, certaines études ont constaté qu’un tiers des utilisateurs abandonnait l’usage de leur objet au bout de six mois. Il y a donc un vrai défi pour les fabricants et les marques à motiver les utilisateurs à utiliser leurs objets au quotidien. Comment relever ce défi ? Voici quelques pistes.

Avant de commencer, j’aimerai compléter les chiffres déjà cités, en évoquant une étude récente de l’Université de Pennsylvanie, qui a constaté que “plus de la moitié des utilisateurs de bracelets connectés et de capteurs d’activité étudiés avaient rapidement abandonné leur accessoire. Deux tiers d’entre eux ayant même cessé de l’utiliser dans les six mois suivant leur achat.” (source)

C’est ce défi de la poursuite de l’usage au quotidien qu’il faut relever. Je pense notamment à 6 leviers pour y parvenir :

  1. Travailler sur l’utilité de l’objet
  2. Travailler sur les performances et l’intelligence de l’objet
  3. Mettre en oeuvre des stratégies de motivation
  4. Mettre en oeuvre des stratégies de maintien à l’esprit
  5. Travailler sur l’utilisabilité des objets
  6. Intégrer l’objet dans un écosystème d’autres objets et applications

1) L’utilité

Évidemment, dans ce contexte, le premier enjeu est celui de l’utilité. J’ai déjà abordé ce point dans le premier article de cette série. La réponse à cette question est cependant très délicate pour deux raisons. Tout d’abord, l’estimation de l’utilité est très personnelle. Un même objet sera très utile à l’un et non à l’autre pour des raisons qui tiennent à la personne et non à l’objet. La question de l’utilité se pose également pour de nombreux objets connectés dans la mesure où ils ne sont pas produits en réponse à une demande explicite des utilisateurs qui auraient formulé un problème précis et important à résoudre. Au lieu de cela, ils sont mis sur le marché dans un contexte d’innovation qui doit rencontrer un marché. Lorsque Apple a sorti le premier iPhone, personne n’avait demandé à disposer d’un tel smartphone. Quelques années plus tard, les smartphones sont devenus l’un des objets les plus intimes et les plus importants pour bon nombre d’habitants de cette planète.

Devenir aussi utile qu’un smartphone, tel est le défi des objets connectés. Il est certain que tous n’y parviendront pas. Il faut dire que nul ne connaît de recette magique pour y parvenir. Il existe cependant des bonnes pratiques, qui méritent d’être mises en oeuvre pour mettre toutes les chances de son côté pour y parvenir.

La plus importante est certainement de concevoir l’objet selon une démarche qui mette l’utilisateur, ses besoins, ses attentes et ses contraintes au centre des choix de conception.

Utiliser cette démarche ne garantit cependant pas le résultat. L’objet créé au terme du processus de conception-fabrication peut finalement répondre plus ou moins bien au besoin identifié initialement.

Michel Volle décrit bien ce type de glissement possible : “Ceux des produits nouveaux qui réussissent sont ceux qui révèlent un besoin qu’ils satisfont : le besoin du téléphone mobile ne se manifestait pas avant qu’il ne fût offert. Comme dans toute dialectique, la technique et l’usage s’entrelacent ainsi intimement. Lors de la phase initiale de design l’intuition des techniciens anticipe les dimensions économiques et psychosociales de l’usage du produit. Puis leur attention est accaparée par les difficultés que présentent sa réalisation physique et l’ingénierie de sa production : il peut arriver alors, l’expérience le montre, qu’ils fassent des choix contraires à leur intuition initiale car ils l’ont oubliée. La programmation d’un logiciel passe elle aussi par ces deux étapes.” (Eléments de théorie « iconomique » (pdf), p28)

Le décalage entre la promesse et l’efficacité

Si un objet n’est finalement pas à la hauteur de l’intention d’utilité initiale visée par les concepteurs, ou de celle annoncée par le discours marketing, le consommateur peut considérer que l’objet n’est pas efficace pour atteindre l’objectif vendu à travers la promesse.

Côté utilisateur, l’efficacité peut se juger selon deux axes :

  • Positionnement horizontal (quali) : Est-ce que l’utilité constatée correspond à l’utilité annoncée ?
    • Si ça n’est pas le cas, l’utilisateur va être déçu, peut se sentir frustré, voire floué. Il peut même accuser le fabricant de l’objet de l’avoir “roulé”.
  • Performance verticale (quanti) : Est-ce que le niveau d’efficacité constaté correspond au niveau d’efficacité annoncé ?

Si ces deux éléments ne sont pas vérifiés à l’usage, l’utilisateur sera fortement incité à délaisser son objet, qui ne lui apporte aucun vrai bénéfice dans sa vie.

L’efficacité implique également que les bénéfices soient supérieurs aux contraintes. Sur ce point, on peut aussi utiliser le modèle de de Kano.

2) Performances et intelligence de l’objet

L’efficacité par la performances de mesure

Selon l’étude de l’Université de Pennsylvanie citée plus haut, parmi les raisons qui peuvent expliquer la désaffection fréquente des objets par leurs utilisateurs se trouvent le manque de fiabilité du suivi et le manque d’efficacité des méthodes d’analyse des données. J’ai déjà parlé de ces freins dans mes articles sur l’achat des objets connectés par les consommateurs. Améliorer ce point est également essentiel pour favoriser l’utilisation dans la durée de ces objets. J’ai créé une page consacrée à cette question de la mesure dans mon dossier sur la manière dont les objets connectés créent de la valeur. J’y listerai progressivement toutes les stratégies que j’identifie à ce sujet. Je vous invite à vous y reporter régulièrement.

L’intelligence de l’objet et celle du service global auquel l’objet est associé

L’intelligence peut être mise en oeuvre dans l’objet lui-même par le fabricant ou dans le service global par la marque. L’usine digitale citait récemment le cabinet GfK selon qui “connectivité ne rime pas nécessairement avec intelligence. Les produits intelligents (smart), capables d’analyser l’information qu’ils collectent, restent rares : 0,3 % en 2013. Un chiffre qui devrait franchir les 60 % en 2020 selon GFK.” J’ai également créé une page consacrée au traitement des données et une autre aux services dans lesquels les objets s’inscrivent dans mon dossier sur la manière dont les objets connectés créent de la valeur. J’y listerai progressivement toutes les stratégies que j’identifie à ce sujet. Je vous invite à vous y reporter régulièrement.

3) Les stratégies de motivation

L’efficacité du coaching pour motiver à l’usage

Là encore, j’ai créé une page dédiée aux stratégies de motivation dans mon dossier sur la manière dont les objets connectés créent de la valeur. J’y listerai progressivement toutes les stratégies que j’identifie à ce sujet. Je vous invite à vous y reporter régulièrement.

La motivation par la gamification

L’aspect ludique est l’une des caractéristiques du numérique qui suscite le plus d’attraction chez les utilisateurs pour acheter puis pour utiliser (Sur la « ludogénéité » du digital, voir Stéphane Vial, La structure de la révolution numérique (pdf), p253). C’est ce qui explique le succès non seulement des jeux vidéos, mais aussi de la gamification dans une très grande variété d’applications numériques (e-learning, e-commerce, web-marketing…). La gamification est donc un facteur clé de motivation des utilisateurs d’objets connectés.

Une variante de la gamification est le fait de fixer un challenge, un défi, ou de s’engager dans une compétition (forme de jeu). Ce challenge peut être :

  • individuel (seul vis-à-vis de soi, se fixer des défis à soi-même)
  • collectif (via partage avec les autres). Ex : “Le projet Tracky atteint une dimension sociale avec son système de compétition entre amis et d’échange entre les sportifs.” (https://www.aruco.com/2015/02/tracky/)

Ce levier sera donc très fort pour motiver au partage d’information. Je l’ai traité dans la même page que celle dédiée aux stratégies de motivation dans mon dossier sur la manière dont les objets connectés créent de la valeur. J’y listerai progressivement toutes les stratégies que j’identifie à ce sujet. Je vous invite à vous y reporter régulièrement.

La motivation sociale par le dévouement, la générosité, la solidarité…

En 2013-2014, l’étude My Santé Mobile a analysé les résultats d’un coach électronique sur la santé. Selon le Dr Nicolas Postel-Vinay, médecin à l’Hôpital Européen Georges Pompidou et fondateur du site automesure.com, cité par 20 minutes “Les volontaires ayant partagé leurs données ont aussi plus marché que les autres. Dès le départ, on constate un écart qui s’agrandit au fil du temps. «Ils étaient volontaires donc c’est encourageant, mais ça ne veut pas dire que cet effet positif est applicable pour tout le monde », estime le médecin. A la fin de l’étude, la différence est de 2.500 pas par jour entre ceux qui partagent et les autres.”

La motivation par les rappels

A titre d’illustration du rôle des rappels, je citerai ici une journaliste de 20 minutes qui a testé Hydro : “Les rappels, la clé du succès – Très vite, je découvre les rappels. Cette fonctionnalité d’Hydro vous envoie une notification Push sur votre smartphone pour vous rappelez qu’il faut se désaltérer. Au départ, le petit message «Buvez de l’eau et prenez soin de vous» me fait rigoler mais je me rends vite compte qu’il me force à boire quelques gorgées à chaque fois. En plus, c’est vous qui décidez les heures et les jours de rappels. Ce petit message sans bruit a été très pratique pour mon cas légèrement désespéré. Au bout d’une semaine, je suis passée de 400 petits millilitres à 1L d’eau par jour, tout de même!”

La motivation par les gains supplémentaires ajoutés par une marque dans le cadre d’un service plus global

Ce point a fait l’objet du précédent article de cette série.

La micro-motivation à l’usage : le persuasive design, le nudge

Sur ce point sur lequel je reviendrai plus longuement plus tard, je vous invite à lire cet article d’InternetActu : Le nudge est-il l’avenir des objets connectés ?

4) Les stratégies de maintien à l’esprit

Dans mon dossier sur la manière dont les objets connectés créent de la valeur, ce point est traité dans la page dédiée aux stratégies de motivation.

5) L’utilisabilité

En dehors des stratégies de motivation, un certain nombre de facteurs tiennent à ce qu’on appelle l’utilisabilité, c’est-à-dire le fait que l’objet dispose des caractéristiques et des fonctionnalités qui le rendent facilement utilisable au quotidien.

La grande difficulté de l’utilisabilité c’est qu’elle repose sur une multitude de caractéristiques. En voici quelques unes à titre d’illustration sans valeur d’exhaustivité :

L’autonomie

Une étude récente de l’université de Pennsylvanie a montré que l’autonomie est un facteur clé d’adoption : “Une fois l’objet acheté, l’utilisateur doit alors le porter et ne pas oublier de le recharger régulièrement. Or, l’autonomie constitue l’un des domaines où les capteurs d’activité peuvent encore le plus progresser.” (source)

La montre Withings Activité Pop, par exemple, a une autonomie de 8 mois, contre 5 jours pour le tracker Pulse, pourtant de la même marque !

Le bracelet Garmin Vivofit a quant à lui une autonomie d’un an !

La résistance à l’eau

Mine de rien, c’est aussi une caractéristique qui compte, notamment pour les wearables devices, pour ne pas être contraint de les enlever trop souvent. Ainsi, nous dit le site Aruco, “la montre Activité Pop est entièrement résistante à l’eau, ce qui permet un suivi de votre activité lors de la natation par exemple,” ce qui n’est pas le cas du tracker Pulse.

De son côté, le bracelet Garmin Vivofit est étanche jusqu’à 50 mètres.

Le site 20 minutes s’est posé la question dans cet article : Peut-on se baigner avec son Fitbit, Jawbone, Withings ?

La discrétion

Continuons avec les mêmes objets : “La montre Activité Pop sait rapidement se faire oublier tant elle est discrète”, nous dit Aruco. De son côté, le bracelet de Garmin, toujours allumé, fait office de montre.

La solidité

Voilà un aspect qui n’a pas épargné la montre Withings Activité Pop, qui a eu des soucis de cadran.

La simplicité d’usage

Il faut miser aussi bien sur la simplicité à comprendre comment faire, que sur la simplicité à faire concrètement.

L’article d’Aruco sur l’Activité Pop aborde aussi ce thème de la simplicité d’utilisation : “Première chose appréciable avec la montre Activité PoP : le fait de ne rien avoir à faire. En effet, il suffit de porter la montre et de vivre. Nul besoin de la brancher le soir ou d’appuyer sur des boutons. Un réel plus comparé aux autres bracelets connectés disponibles sur le marché. En effet, de nombreux bracelets connectés nécessitent une action de la part de l’utilisateur pour déclencher le mode sommeil. De même, il faudra penser à l’éteindre une fois que vous serez réveillé. Ici, aucune de ces actions n’est demandée car tout est automatisé ce qui est fortement appréciable. Encore une fois, il suffit de vivre avec sa montre. Nul besoin donc d’interagir avec elle.”

Autre approche du même thème : Permettre une capture automatique des données est plus simple et plus pratique que d’obliger à la saisie manuelle des données, qui est fastidieuse et qui peut lasser. C’est un facteur clé pour permettre l’usage dans la durée. C’est l’un des avantages que le site Objet connecté accorde au capteur BiteBite : “Beaucoup d’objets vous aident à manger sainement. Mais la plupart du temps, il faut entrer soi-même les données à chaque repas, ce qui peut être fastidieux (ex. : Larklife : http://www.objetconnecte.net/larklife-votre-vie-votre-poignet/).  Alors, pour garder la motivation et prendre soin de sa ligne, il y a BiteBite, un capteur à installer dans l’oreille.(…) Grâce à BiteBite, tout est automatiquement enregistré. Vous n’avez plus rien à entrer manuellement. (…) BiteBite est un petit capteur très léger de 85 grammes qui se niche dans votre oreille. (…) Comment fonctionne-t-il ? 1) vous prononcez à voix haute ce que vous mangez. 2) L’appareil reconnaît ce que vous dites. 3) L’appareil enregistre ensuite le son que vous faites quand vous mangez. 4) Le son est envoyé sur votre smartphone. 5) BiteBite analyse où, quand et comment vous mangez. 6) Vous obtenez des recommandations individuelles. 7) Vous avez des retours ou des conseils directement via haut-parleur ou sur votre smartphone. (…) Par exemple, BiteBite saura vous prévenir si vous mâchez trop vite et combien de fois au cours d’un repas.”

On retrouve une autre trace de l’importance de cette simplicité dans ce propos d’Alexis Normand, responsable du développement de Withings : “Cette simplicité de la mesure de la balance Smart Body Analyzer est la condition d’un suivi durable. 90% des utilisateurs Withings continuent d’utiliser leur balance après un an.”

A l’inverse, voici ce que le site 20 minutes dit du capteur Hapitracks :

  • “L’utilisateur doit définir lui-même, sur une échelle de 1 à 10, son état émotionnel à l’instant T. Le problème c’est que plus on se sent bien, plus cela demande d’appuyer de (très) longues secondes sur son bipper. De quoi en perdre son sourire. Au-delà de ces menus soucis d’ergonomie…”
  • “Les allergiques aux câbles regretteront également l’absence de synchronisation Bluetooth. Afin d’analyser ses données, il faudra nécessairement passer par l’USB. Ce détail n’est pas négligeable. Si l’on ne prend pas l’habitude de le synchroniser régulièrement, et en dépit d’une mémoire de plus de 10 jours (et d’une batterie de 15), l’appareil perd nettement en utilité. C’est d’autant plus dommage que l’application mobile (iOS uniquement) permet d’enregistrer ses moments de bonheur, photo ou vidéo à l’appui. A l’ère de l’internet des objets, il aurait été bienvenu de connecter le Hapitrack au smartphone. Tant pis. »

Voilà pour quelques exemples illustrant l’importance de l’utilisabilité.

6) L’intégration dans un écosystème de plusieurs objets connectés

Plus un objet est intégré dans un écosystèmes d’objets qui fonctionnent ensemble, plus il augmente ses chances d’être utilisé dans la durée. C’est ce qui ressort de cet avis du site Objet connecté sur le HugOne : “Le HugOne est compatible avec d’autres objets connectés comme l’ampoule intelligente Philips Hue et le thermostat connecté de Nest. Ainsi vous serez capable de gérer la température de la maison et la luminosité directement de votre smartphone. Vous pourrez également configurer la Hue pour qu’elle accompagne votre sommeil avec une lumière apaisante ou qu’elle vousréveille le matin. Le Nest pourra chauffer de lui même votre chambre à la température idéale lorsque vous vous couchez.”

Ou dans cet extrait du même site sur le matelas connecté Luna : “Le Luna s’intègre parfaitement dans un univers connecté. Il peut entre autres collecter les informations de vos autres applications afin de déterminer quel type de journée vous prépare le mieux à une bonne nuit de sommeil. En d’autres termes si vous utilisez une application pour gérer votre activité sportive ou votre régime alimentaire, ces informations pourront être combinées avec celles récupérées par le Luna pour déterminer des journées types, et leur influence sur votre sommeil. (…) En plus des applications sur votre mobile, le Luna peut se connecter à vos autres appareils intelligents (serrure connectée smartlock, lampes, thermostat…). Par exemple, lorsque vous vous couchez, votre smartphone peut automatiquement verrouiller la serrure de votre appartement, éteindre les lumières et régler le thermostat. Et lorsque vous sortez du lit, il peut mettre en route la machine à café.”

Voilà qui clôt cet article. Le prochain sera consacré à la motivation au partage de données

Objets connectés : comment motiver les utilisateurs ? – Partie 1.bis Motiver à l’achat

Avant de passer à la partie 2 sur la motivation à l’usage, j’aimerai compléter mon article précédent sur la motivation à l’achat, en évoquant les analyses d’Yvon Moysan sur ce sujet.

Yvon Moysan est consultant, fondateur du cabinet Saint Germain Consulting. Il est également « Lecturer Digital Marketing à l’IESEG School of Management ». C’est un spécialiste du digital dans l’assurance. Dans un article récent de La revue du digital,  il comparait les bénéfices de deux stratégies d’assureurs en termes d’offre associée à des objets connectés : « Dans l’assurance santé, il semble qu’il vaille mieux proposer des avantages commerciaux au client dont le comportement est responsable plutôt que de réduire le tarif de sa prime si on veut le séduire.”

L’assureur américain Aetna, par exemple, a proposé à ses clients de bénéficier d’une tarification avantageuse s’ils exercent une activité physique avec un bracelet connecté dont ils partageraient les données avec l’assureur. Or, précise Yvon Moysan, « ce modèle n’a pas su convaincre un nombre suffisant d’assurés pour atteindre l’équilibre. Les consommateurs n’étaient pas prêts, le marché n’était pas assez mature ». Peut-être n’est-ce donc pas une fin de non recevoir définitive, mais l’offre peine en tous cas à séduire actuellement.

Et Yvon Moysan de préciser qu’à l’inverse, “l’assureur sud-africain Discovery encourage ses assurés à avoir une activité régulière en leur offrant des avantages commerciaux tels que des réductions tarifaires sur des compagnies aériennes, des hôtels, des abonnements presse, sur de la location de voitures, auxquelles le client accède en fonction de son nombre de points Vitality. » Ces points sont obtenus en partie en mesurant son activité physique avec un traqueur d’activité. Selon Yvon Moysan, « cette offre est un tel succès que Discovery multiplie les partenariats avec les assureurs étrangers et notamment Generali ».

En conclusion, le type d’avantages qu’une entreprise associe à l’usage par ses clients d’objets connectés dans le cadre de leur produit d’assurance influence donc l’achat de ces objets connectés et la souscription à l’offre.

Je profite de cet article pour préciser qu’Yvon Moysan prépare actuellement une thèse sur ce sujet, intitulée Modifications des comportements du consommateur suite à l’usage des objets connectés. Cette thèse est préparée sous la direction de Christophe Bénavent, qui travaille lui aussi sur ces questions depuis longtemps. On trouvera une interview récente de lui dans Atlantico où il s’exprime sur les technologies persuasivesLes technologies pour nous persuader à notre insu en plein boom (nous afons les moyens de vous faire penser…).

Je reviendrai sur ces travaux dans quelque temps.

Objets connectés : comment motiver les utilisateurs ? Partie 1 : Motiver à l’achat

Si la promesse des objets connectés semble immense sur le papier, tant pour les entreprises que pour les particuliers, voire même pour les pouvoirs publics (voir cette enquête sur les bénéfices pour la santé publique), leur usage ne semble cependant pas aller de soi (ni l’achat par les particuliers) en raison de multiples freins qui subsistent encore, qu’ils soient concrets ou psychologiques. Pour ceux qui croient dans l’opportunité des objets connectés, ou qui veulent l’expérimenter, il est donc important de mettre en place les bons leviers pour motiver les consommateurs à acheter, puis à utiliser de manière régulière, et enfin à partager l’information. C’est le sujet que je vous propose d’aborder dans cet article qui sera découpé en 3 parties : motiver à l’achat, motiver à l’usage, motiver au partage de l’information.

1. Motiver à l’achat

Si je commence par cette question, ça n’est pas parce qu’elle est la plus importante à mes yeux, mais seulement parce qu’elle se pose en premier d’un point de vue chronologique.  Je pense en effet que l’achat direct n’est qu’un des nombreux canaux qui vont amener les consommateurs à utiliser des objets connectés. En grande partie, ils en utiliseront parce qu’on les leur aura prescrits, prêtés, donnés, mis à disposition, etc. comme je le précisais déjà dans un précédent article. J’aurai l’occasion de revenir sur ce sujet qui mérite qu’on s’y arrête. Mais dans l’immédiat, voyons comment on peut malgré tout essayer de convaincre les consommateurs d’acheter des objets connectés. J’ai déjà abordé dans un précédent article la question des freins à l’achat des objets connectés par les particuliers. Je voudrais maintenant détailler quelques leviers possibles pour contourner ces freins.

L’utilité

L’un des premiers freins souvent évoqué dans les enquêtes est le manque d’utilité ressenti des objets connectés. Le bureau d’étude Jackdaw le souligne : “les fonctionnalités proposées [par la plupart des objets connectés] ne sont pas assez utiles” (source).

Plusieurs études semblent confirmer cette opinion. Le défi de l’utilité se retrouve en effet dans les chiffres de durée d’utilisation. Or, selon GfK, “un tiers des utilisateurs d’objets connectés les abandonneraient dans les 6 mois”(source). On retrouve la même donnée dans l’étude Inside Wearables réalisée par Endeavour Partners en janvier puis juillet 2014 : “après six mois d’utilisation, un tiers des américains ont remisé leurs bracelets connectés dans un tiroir”.

Selon la deuxième édition de l’Observatoire des Objets Connectés réalisé par Harris Interactive et l’EBG, “le principal enjeu en matière de développement des objets connectés reste sans doute de convaincre sur les bénéfices liés à ces objets : 64% des Français estiment que les objets connectés constituent des gadgets et seuls 42% pensent qu’ils permettront d’améliorer notre quotidien.

Selon moi, la réponse à ce frein de la perception a priori d’un manque d’utilité ne repose pas tant dans une sophistication croissante et toujours plus complexe des objets que dans la construction d’un service qui réponde vraiment aux besoins et aux attentes des consommateurs, qui résolve vraiment certains de leurs problèmes, qui apporte réellement un bénéfice ou alors qui propose une expérience réellement emballante ! Plus facile à dire qu’à faire me direz-vous ! C’est certain !

Mais on retrouve sans doute aujourd’hui trop de promesses dont le champ de réalisation paraît trop lointain (“pour une meilleure santé”, “pour….”, etc.), trop de promesses pas assez concrètes (ai-je réellement besoin d’une cafetière connectée pour faire du bon café ?) ou au contraire trop de promesses trop triviales (ai-je vraiment besoin de mettre des couches connectées à bébé pour savoir qu’il faut le changer ?), etc.

Le double écueil de cela c’est que lorsque la promesse du discours publicitaire est forte, il faut qu’elle se vérifie à l’usage, ce qui n’est pas évident; tandis que lorsqu’elle est trop triviale, il faut percevoir le réel intérêt qu’il y a à malgré tout utiliser l’objet. Bref, il y a sans doute là encore du travail pour le marketing et le discours d’influence…

L’autre enjeu de cette question de l’utilité, c’est aussi celle de la conception de l’objet (par le fabricant) ou du service dans lequel il s’insère (par la marque). Il faut évidemment utiliser ici une approche réellement orientée utilisateur, une approche de design thinking ou de design de services. Là aussi plus facile à dire qu’à faire…

Je terminerai en disant que l’utilité ne tient pas non plus uniquement dans l’objet mais dans l’écosystème d’usage(s) ou de service(s) dans lequel il s’inscrit. Exactement comme l’écosystème qu’Apple a su contruire entre iTunes et les devices (iPod/iPhone) ou entre ces derniers et la place de marché d’applications.

Quant à savoir quel usage les consommateurs veulent-ils faire des objets connectés, cela dépend vraiment des enquêtes :

La perception de l’usage que veulent en faire les consommateurs me paraît donc loin d’être claire.

La fiabilité technique

Selon l’étude menée par l’IFOP pour l’Atelier BNP Paribas fin 2013 (pdf), le principal frein à l’achat des objets connectés de santé serait le manque de conviction des consommateurs dans l’efficacité de la mesure (50% des sondés) ! Ce point est très intéressant car il soulève plusieurs problèmes. D’une part, évidemment, les capteurs doivent fournir des données les plus précises possibles. Mais le problème vient aussi souvent des scénarios d’usages dans lesquels on inscrit les capteurs et les objets connectés. Je veux dire par là qu’on mobilise des capteurs dans des scénarios complexes où la mesure finale restituée à l’utilisateur est le fruit non pas de la mesure directe du capteur mais de calculs plus ou moins complexes. Par exemple, un smartphone dans un véhicule permet-il d’analyser le comportement de conduite aussi précisément que les capteurs embarqués dans le véhicule ? La tâche est donc non seulement du côté des fabricants en termes de performance de mesure des capteurs, mais aussi du côté des fournisseurs de services pour qu’ils utilisent les capteurs dans des scénarios simples, fiables et le plus direct possibles.

Le prix

Selon le baromêtre Syntec Numérique BVA, 49% des sondés estiment que ces technologies sont encore trop chères. Selon la deuxième édition de l’Observatoire des Objets Connectés réalisé par Harris Interactive et l’EBG, le prix reste un frein perçu pour 63% des Français.

La perception du juste prix dépend évidemment des autres facteurs : le prix d’achat acceptable sera d’autant plus bas que les objets paraîtront inutiles ou peu fiables. C’est donc en travaillant sur ces autres freins que celui du prix sera réduit.

De manière plus radicale, la question se pose de savoir dans quelle mesure les objets connectés doivent être achetés par leurs utilisateurs. Comme je ne cesse de le répéter, les cas où nous n’achèterons pas ces objets sont sans doute amenés à être très nombreux, sans doute plus qu’on ne le croît de prime abord.

La facilité d’usage

Selon l’étude menée par l’IFOP pour l’Atelier BNP Paribas fin 2013 (pdf), le 5ème frein à l’achat des objets connectés de santé serait la peur des utilisateurs d’avoir des difficultés à s’en servir (12% des sondés) ! Selon le baromêtre Syntec Numérique BVA, 15% des sondés estiment que ces technologies sont encore trop compliquées à utiliser.

La réponse à cette crainte tient dans le travail d’ergonomie et de design de l’expérience utilisateur (UX design) des objets. On peut d’ailleurs constater que les fabricants qui obtiennent aujourd’hui les succès les plus marquants sont justement ceux dont l’expérience utilisateur est la plus simple et la plus probante. Or, ce sont aujourd’hui des marques BtoC.

Cette exigence ne doit pas être oubliée par les fabricants qui œuvreront dans les filières où les objets seront fournis aux utilisateurs par des tiers !

La peur du manque de confidentialité des données

Selon la deuxième édition de l’Observatoire des Objets Connectés réalisée par Harris Interactive et l’EBG, les craintes liées à la sécurité des données personnelles constituent toujours un frein au développement des objets connectés pour une grande majorité de Français (68%). La CNIL s’est évidemment emparée de cette question. Mais il reste beaucoup de travail à faire par les fabricants et les organismes publics pour proposer les outils technologiques et réglementaires qui mettent les consommateurs en confiance.

La peur de perdre sa liberté

Cet argument est assez peu débattu, mais il apparaît pourtant comme l’un des principaux freins à l’achat des objets connectés dans l’étude menée par l’IFOP pour l’Atelier BNP Paribas fin 2013 (pdf). Selon ce sondage :

  • le 2ème frein à l’achat des objets connectés de santé serait l’impression par les utilisateurs de subir une intrusion dans leur quotidien (29% des sondés) !
  • le 4ème frein serait la peur des utilisateurs de subir un contrôle constant (par eux ou par autrui) pouvant devenir une source d’inquiétude (19% des sondés) !
  • le 6ème frein serait la peur de la dépendance (comme pour les smartphones) (10% des sondés) !

Dans la même étude, quand on demande aux gens s’ils perçoivent cette connectivité comme un progrès ou comme un danger pour leur vie privée, une majorité d’entre eux (59%) dit la percevoir “comme un risque de ne plus avoir la main sur sa santé”.

Selon la deuxième édition de l’Observatoire des Objets Connectés réalisé par Harris Interactive et l’EBG, le risque de dépendance est un point sensible pour une majorité de Français (65%).

Finalement, tous ces freins sont donc relatifs à l’impression de perdre sa liberté. La question est celle de l’aliénation technologique : ai-je besoin de ces outils technologiques pour mieux me connaître ? Est-ce que ces outils de mesure ne m’emprisonnent pas plus qu’ils ne me rendent autonome ?

Finalement…

Au-delà du discours marketing à construire et rendre plus mature, il reste donc beaucoup de travail à faire pour doter les objets connectés des caractéristiques qui leur manquent aujourd’hui aux yeux des consommateurs pour augmenter leur inclination à les acheter.

Les consommateurs sont-ils prêts à acheter des objets connectés ? Partie 6 : Conclusion

Pour conclure cette série d’articles sur la disposition des consommateurs à acheter des objets connectés, revenons au sondage qui était le point de départ de ma réflexion. On peut maintenant l’analyser avec un peu de recul.

Tout d’abord, le chiffre du rapport de Baird (85% des personnes interrogées disent ne pas vouloir acheter de bracelet connecté) est présenté comme négatif, mais cela laisse quand même 15% d’intention d’achat sur cette seule catégorie des bracelets connectés. Quand on compare aux autres catégories d’objets connectés, ou à d’autres produits, ça reste tout à fait correct pour un marché encore jeune.

On peut aussi arguer que ce qui est valable pour les bracelets ne l’est peut-être pas pour les autres catégories.

Les articles précédents ont montré que d’une étude à l’autre les chiffres sont des plus différents. Ce qui amène à être prudent avec chaque étude prise en particulier.

NB : Franchement, quand on regarde les résultats des sondages sur les intentions d’achat des consommateurs (voir article 3 de cette série), les chiffres sont tellement disparates qu’on se demande quel crédit accorder à ce type d’enquête !!!.

Même si c’est un marché de niche sur chaque catégorie, l’ensemble peut constituer un marché plus grand, composé d’une multitude de marchés de niches. Ce marché plus grand peut intéresser des fabricants qui peuvent être assez facilement présents sur plusieurs catégories.

C’est un marché jeune, qui évolue au fur et à mesure qu’évoluent les caractéristiques des objets. La définition des catégories évolue elle-même parfois au fur et à mesure qu’évoluent les caractéristiques des objets. Et finalement, les intentions des consommateurs peuvent évoluer fortement en fonction de ces évolutions des objets.

Ce n’est pas tant une multitude de marchés de produits que des marchés d’écosystèmes dans lesquels il faut maîtriser l’écosystème des usages, des services et des technologies.

La connection des objets, qui en fait aujourd’hui un élément différenciant, va progressivement devenir une commodité. Demain, on achètera des objets connectés même si ça n’est pas pour cette raison qu’on les aura achetés. On achètera “des objets qui par ailleurs sont connectés” plus que “des objets connectés” en tant que tels.

Il n’en reste pas moins que subsistent aujourd’hui des freins à l’achat et à l’usage plus massif de ces objets. J’en ai listé certains dans l’article 4 de cette série. C’est en grande partie en fonction de la réponse des fabricants et des marques à ces freins que la propension des particuliers à acheter et à utiliser ces objets pourra augmenter.

La question n’est pas seulement l’intention d’achat mais aussi, voire surtout, l’intention d’usage, c’est-à-dire la satisfaction à l’usage et le maintien de l’usage dans la durée.

Nous utiliserons demain des objets que nous n’aurons pas achetés mais qui nous aurons été fournis par des tiers. Il y a là tout un pan du développement des objets connectés à étudier. On passe ainsi d’un modèle BtoC à un modèle BtoB ou BtoBtoC.

Dans cette perspective, alors que les fabricants sont astreints à des résultats immédiats, les marques travaillent elles sur le plus long terme pour mettre en place le bon service avec les bons objets, en partenariat avec les fabricants, les agences digitales et les ESN. Un long terme qui se prépare cependant dès aujourd’hui, sous peine de rater le coche demain lorsque le marché sera plus mature !

Les consommateurs sont-ils prêts à acheter des objets connectés ? Partie 5 : Le rôle des prescripteurs et des tiers de confiance

Même si les consommateurs semblent avoir un avis globalement positif sur les objets connectés, ils manifestent également certaines inquiétudes, ou tout au moins émettent parfois des doutes sur l’utilité ou la pertinence de ces derniers. Mais pour mieux saisir les perspectives d’évolution des objets connectés, il faut comprendre que les consommateurs ne sont pas seuls avec leurs doutes face à ces objets : d’autres acteurs sont là, qui pourraient les conseiller ou qui veulent les leur faire adopter.

Les professionnels de santé

L’étude menée fin 2013 par l’IFOP pour l’Atelier BNP Paribas (pdf) sur le rôle des objets connectés dans la santé est particulièrement intéressante sur ce plan. Elle révèle que 61% des possesseurs d’objets connectés sont prêts à partager leurs données, et que ce chiffre se décompose en : 29% avec leur médecin ou le corps médical, 16% avec leurs proches et quand même 16% avec d’autres utilisateurs. On y lit également que 57% des sondés accepteraient de rendre accessibles au corps médical leurs données personnelles sur leur activité physique. Et quand on les interroge sur l’acteur qui doit être en charge de leurs données personnelles en cas de partage, les professionnels de santé arrivent en tête avec 63%, avant les utilisateurs eux-mêmes (42%) !

On retrouve un chiffre similaire dans un rapport de DMD Santé publié fin 2014, selon lequel 58% des personnes âgées seraient prêtes à utiliser des objets connectés liés à la santé si leur médecin le leur recommande (source).

Il y a donc une confiance très forte des consommateurs dans l’utilisation que les professionnels de santé peuvent faire de ces données et la recommandation qu’il peuvent faire de l’usage d’objets connectés. Le médecin étant par définition celui en qui on remet sa santé, son corps, son intimité physique, étant également par définition le principal pourvoyeur d’informations sur notre santé, qu’il accède aujourd’hui à ces données via des objets connectés plutôt que via une prise de sang ou son stéthoscope ne change rien à la confiance qu’on lui fait au titre de son rôle de médecin qui oeuvre pour la santé de ses malades.

C’est ce que montre également l’étude de The Links, pour qui “la santé est le premier univers dont les français attendent de nouveaux services connectés, quitte à partager leurs données pour s’assurer une meilleure santé” . Les sondés plébiscitent ainsi “le médecin connecté” à 47% et “l’hôpital connecté” à 40%.

Comme le souligne Le Monde, ayant ce rôle de tiers de confiance fort, le corps médical pourrait donc jouer un rôle important pour crédibiliser ces objets connectés. Encore faut-il qu’il soit convaincu, lui même de l’efficacité de ces appareils…”

Le Monde semble en douter puisqu’il précise : “D’après le docteur Nicolas Postel-Vinay, président de la plateforme Automesure.com, ce sont plutôt les patients qui vont faire évoluer le corps médical.”

Pourtant, on trouve des études qui montrent des médecins plutôt réceptifs. C’est le cas du baromètre réalisé par Odoxa pour la MNH et la branche santé d’Orange Healthcare. Il révèle que 81% des médecins interrogés estiment que « la santé connectée est une opportunité pour la qualité de soins », tandis que 93% de ces mêmes praticiens considèrent que ces objets contribuent à la prévention des risques de santé comme l’obésité, le diabète ou l’hypertension. La moitié d’entre eux pense cependant également qu’ils constituent une « menace » pour le secret médical, certainement en raison des risques sur les données personnelles, et un tiers de cet échantillon note qu’ils menacent le libre choix des patients.

Quoi qu’il en soit, le corps médical, en raison de la confiance que lui accordent les patients, est dans une position de prescripteur potentiel fort des objets connectés. Nul doute qu’ils seront vivement courtisés par les fabricants. On voit d’ailleurs déjà poindre des études en ce sens, telle celle du cabinet Soreon Research, selon laquelle les objets connectés « mettables » pourraient sauver la vie de près d’1,3 million de personnes d’ici à 2020, notamment via les objets utilisés dans l’enceinte même des hôpitaux pour surveiller l’état de santé des malades !

Sécurité sociale, mutuelles, assurances

Revenons au baromètre Odoxa – MNH – Orange Healthcare. Ce dernier révèle une autre information très intéressante : “Les français et plus encore les patients sont une large majorité à estimer que les objets connectés devraient « être pris en charge par la sécurité sociale » ou au moins « par l’assurance complémentaire santé ». Les médecins eux sont nettement plus partagés à ce sujet, considérant « seulement » à 53% que la complémentaire santé devrait les rembourser et à 43% par l’Assurance maladie.” (source)

On voit apparaître ici de nouveaux acteurs : la Sécurité Sociale d’un côté, les mutuelles et assureurs de l’autre, et un nouveau rôle que nous n’avions pas encore envisagé : la prise en charge financière des objets connectés par des tiers. C’est là un changement majeur qui modifie complètement la question initiale de cette série d’articles : dans la mesure (c’est le cas de le dire) où le coût des objets connectés n’est plus pris en charge par les consommateurs mais par un tiers, la question n’est donc plus de savoir si les consommateurs sont prêts à acheter, mais s’ils sont prêts à utiliser !

On retrouve cette même idée dans l’enquête de The Links dans laquelle “78% des sondés trouvent l’idée d’une mutuelle connectée légitime” et “64% sont attirés par un programme spécifique”. Ils se montrent malgré tout très partagés sur la question du partage des données à ces acteurs.

C’est en effet ce qui ressort également de la troisième édition de l’Observatoire de l’innovation l’Argus de l’assurance-Kurt Salmon-Opinion Way consacrée aux objets connectés. Les assurés se montrent très réticents à partager leurs données de santé avec leur assureur (19% plutôt ou tout à fait prêts). Les chiffres sont plus élevés pour l’assurance auto (29%) ou habitation (28%).

Les assurés sont-ils prêts à partager leurs données avec leur assureur ?

Les assurés sont-ils prêts à partager leurs données avec leur assureur ?

Ils sont par contre 67% à être d’accord pour partager ces données de santé avec leur médecin (voir paragraphe précédent). Aucun acteur ne se dégage vraiment pour les données de conduite auto, tandis que la police et les fournisseurs d’alarme sont les principaux tiers de confiance pour les données liées à l’habitation.

Avec qui les assurés sont-ils prêts à partager leurs données ?

Avec qui les assurés sont-ils prêts à partager leurs données ?

Malgré ce déficit de confiance, les assureurs ne ménagent pas leurs efforts pour la regagner. Si l’on en croit le site web Aruco : Les entreprises d’assurance ont compris ce potentiel. D’après une enquête de la SMA, 74% des assurances prévoient d’investir dans l’internet des objets d’ici 2016 et 7% investiront significativement. Ce sont ces entreprises qu’il faudra surveiller et qui s’avèreront être les vrais innovateurs en terme d’offres pour le grand public.”

Il faut dire que les assurances ne sont pas des entreprises comme les autres face aux objets connectés. Elles ont avec ces derniers des similarités et des conjonctions d’intérêts particulièrement fortes :

  • L’offre d’assurance rencontre trois des principaux domaines de déploiement des objets connectés : la santé, l’habitation et l’automobile.
  • La promesse des objets connectés résonne à l’oreille des assureurs : nous rendre la vie plus sûre, plus saine, plus sereine.
  • Enfin, la matière première des uns et des autres est la même : les données, qu’elles soient comportementales, physiologiques, d’activité…

On voit d’ailleurs poindre aujourd’hui les prémisses des nouveaux services que les assureurs pourraient proposer :

Entreprises, employeurs

Ces exemples nous amènent à une autre catégorie de prescripteurs : les entreprises, notamment en tant qu’employeurs. Dans l’étude intitulée The Wearable Future, que j’ai déjà citée dans l’article 2 de cette série, PwC indique que “les Américains seraient plus enclins à adopter de nouveaux « wearables » dans leur quotidien si le coût lié à l’achat de ce nouvel accessoire était pris en charge par un tiers, par exemple leur employeur. Ainsi,72 % des sondés sont intéressés pour adopter une montre connectée si leur employeur la leur offre, alors qu’ils ne sont plus que 42 % à en désirer une s’il faut la payer 100 dollars.”  La proportion est encore plus forte au sein de la génération Y qui « se dit deux fois plus à même d’être intéressée pour porter une montre intelligente, un bracelet connecté ou des lunettes intelligentes si une entreprise paie pour cet appareil, qu’il s’agisse d’une marque, d’un distributeur, ou bien de l’assurance santé. » 50% d’entre eux expliquent même « qu’ils sont plus enclins à utiliser un « wearable » dès lors que son utilisation est rétribuée« .

Pour les américains, les entreprises sont amenées à jouer un rôle dans l'adoption des objets connectés.

Pour les américains, les entreprises sont amenées à jouer un rôle dans l’adoption des objets connectés.

Selon PwC, cette tendance se vérifie particulièrement dans le domaine de la santé, pour lequel « 70% des consommateurs américains sondés expliquent qu’ils seraient prêts à utiliser des «wearables» proposés par leur employeur, fournissant anonymement des données personnelles, dès lors qu’ils profiteraient en contrepartie de réductions sur leur prime d’assurance ». Et par ailleurs, « les organismes payeurs aussi considèrent les « wearables » comme un atout, car ils permettent un accès aux patients à distance, améliorant ainsi les soins tout en réduisant les coûts. »

Pour illustrer ce propos, on peut citer l’exemple de la société américaine Appirio qui “a réussi à renégocier ses frais d’assurance maladie et obtenu une diminution de 5% de ses frais de santé en offrant des objets connectés de quantified self à ses employés”. Selon Aruco, Chris Barbin, fondateur d’Appirio aurait déclaré “que même s’il constatait que les capteurs d’activités, smartwatch, bracelets connectés, etc. étaient encore considérés comme des gadgets par la plupart des gens, il était parvenu à leur trouver un usage particulièrement bénéfique pour sa société. (…) L’objectif d’Appirio était clairement de réduire la facture médicale en prouvant aux mutuelles de santé complémentaires que les membres de son équipe pratiquaient une activité physique régulière et étaient donc en bonne santé. Et l’opération a fonctionné : rapidement, Appirio a annoncé avoir réussi à renégocier ses frais d’assurance maladie et obtenu une diminution de ces derniers d’environ 5%. Une somme rondelette” évaluée à 280 000 dollars par Appirio (source). Aruco précise toutefois que “parmi le millier d’employés, seulement 40% se sont montrés intéressés par l’initiative et seulement 100 personnes ont accepté de partager leurs données de santé afin de permettre à leur société de faire des économies”. Parallèlement, Appirio a lancé un programme de bien-être, baptisé CloudFit dans lequel les salariés peuvent suivre des séances vidéo de coaching santé via Google Hanghout. Et toujours selon Aruco, “Appirio a profité de ce vaste test parmi ses employés pour développer une sorte de réseau social permettant de mettre en concurrence les utilisateurs sous forme de jeu et de collecter facilement les données pour les analyser en masse”.

Assez spécifique au marché américain de l’assurance santé, cet exemple pourraient cependant devenir des plus pertinents en France dans le cadre de l’ANI (Accord National Interprofessionnel) qui va obliger toutes les entreprises à proposer une couverture santé à leurs employés à partir du 1er janvier 2016. Cet accord pourrait conduire les employeurs à mettre en place des politiques plus engagées de prévention santé.

Tout cela pourrait conduire à un dispositif gagnant-gagnant, comme l’évoque encore Aruco en commentant toujours l’initiative d’Appirio : “En moyenne, 70% des consommateurs américains interrogés ont expliqué qu’ils accepteraient d’utiliser les objets connectés proposés par leur employeur à condition de bénéficier en contrepartie de réductions sur leur primes d’assurances santé. De leur coté, les organismes payeurs voient aussi les objets connectés d’un bon oeil car ils permettent d’avoir accès aux patients à distance. Cela a pour conséquence principale d’améliorer les soins tout en réduisant les coûts généraux liés à la prise en charge.”

Le géant pétrolier BP a lui aussi mis en place un dispositif similaire, toujours avec Fitbit (Voir aussi cet article).

État et collectivités

L’Etat, les services publics et les collectivités peuvent également jouer un rôle en ce sens. Je pense par exemple à la décision de la Commission Européenne d’obliger les constructeurs automobiles à installer dans les véhicules vendus dans l’Union Européenne un système d’appel d’urgence automatique en cas d’accident. Appelé eCall, ce dispositif sera obligatoire à compter du 31 mars 2018. C’est certes un “objet connecté” rudimentaire puisqu’il est destiné non pas à gérer des données en masse ni en flux à destination du conducteur ou du constructeur, mais à déclencher des actions déterminées (appeler le 112 + envoyer les données de géolocalisation) lorsque les capteurs ont détecté un choc lié à un accident, mais il est symptomatique selon moi du rôle que peuvent jouer les pouvoirs publics dans ce domaine. Certains constructeurs ont d’ailleurs déjà anticipé la mesure. Et cela me fait également penser au système Allianz Helpbox, mis en place par Allianz en Suisse. C’est un dispositif très similaire à eCall, qui aurait sa place dans la liste d’initiatives d’assureurs citées plus haut.

On peut aussi évoquer à ce sujet l’obligation qui est faite d’installer un détecteur de fumée dans les habitations à compter du 8 mars 2015. Certains pourraient en profiter pour acheter un détecteur connecté fabriqué par Nest, Netatmo ou d’autres !

Les collectivités ont également un rôle important dans le déploiement des objets connectés dans l’environnement public. Les projets de villes intelligentes, par exemple, se multiplient. Certes les particuliers ne seront peut-être pas les utilisateurs directs de ces objets, mais ils pourraient se familiariser avec leur présence. Il est d’ailleurs probable que cela se fasse parfois dans la douleur, comme c’est le cas avec la récente grève des éboueurs de Marseille, qui protestaient notamment contre l’utilisation des données de géolocalisation des bennes à ordure pour effectuer le suivi de leur temps de travail.

Industriels et marques non digitales

En dehors des pure players des objets connectés, les marques traditionnelles d’objets de la maison ou d’appareils de notre vie quotidienne (électronémager, high-tech, jeux…) se mettent elles aussi à connecter leurs produits habituels :

Dans cette logique, comme je l’ai déjà indiqué à la fin de l’article 2 de cette série, la connectivité des objets et appareils du quotidien va devenir une commodité qui ne sera plus la raison pour laquelle nous achetons lesdits objets et appareils. Le fait qu’ils soient connectés passera presque inaperçu.

C’est le cas également dans l’automobile : les constructeurs auto transforment petit à petit les véhicules dans la perspective de les rendre connectés et de permettre aux automobilistes d’utiliser les fonctionnalités que pourra permettre la connectivité. Mais on n’achètera sans doute pas plus de voitures qu’avant pour cela. Simplement, les voitures seront désormais connectées. L’équipement connecté et les services associés pourront par contre être très différents d’une voiture à l’autre.

Des stratégies BtoC aux stratégies BtoB / BtoBtoC

Le rôle naissant de ces différents acteurs (prescripteurs ou tiers de confiance) va faire évoluer les business models liés aux objets connectés. A tel point que les stratégies BtoC ne seront peut être pas la priorité des fabricants ou de tout autre acteur intervenant sur ce marché. On le voit déjà poindre à travers les évolutions de positionnement de certains, comme c’est le cas de Sen.se, tel que le rapporte Aruco.

Voici près d’un an, Forbes avait déjà évoqué ce positionnement BtoBtoC de certains fabricants d’objets connectés. L’auteur de l’article avait même proposé un nouveau concept, le « Quantified Other », par opposition au Quantified Self !

Quoi qu’il en soit, il y a fort à parier que nous utiliserons de plus en plus, à l’avenir, des objets connectés que nous n’avons pas achetés, mais qui font parti d’une offre liée à un autre service. Il s’agira parfois pour la société qui propose ce service de tout simplement monnayer nos données à d’autres, comme aujourd’hui Google ou Facebook monnaient notre présence et notre activité sur le web pour vendre de la publicité aux entreprises, ou comme le modèle publicitaire de la télévision monnaie l’audience.

On passe ainsi d’un modèle de paiement des objets par les particuliers (dans lequel la question de départ de cette série d’article se pose) à d’autres modèles, tels que la rémunération aux utilisateurs des données qu’ils ont générées ou la monétisation globale des données à des tiers en contrepartie de l’usage gratuit des objets par les particuliers, voire la rétribution de l’usage. Dans ces derniers cas, la question qui se pose est plutôt celle évoquée au début du présent article : les consommateurs sont-ils prêts à utiliser les objets connectés ?

Pour illustrer la réflexion des entreprises en ce sens, on peut citer Frédéric Lassara, responsable stratégie de la division véhicule connecté de PSA, qui décrit ainsi la recherche d’un nouveau business model par le constructeur auto : « Les clients ne sont pas prêts à payer pour de la connectivité, mais ils le feront pour des services. » Il assure que le groupe est bien décidé à investir ce nouveau marché : « Nous allons initier une logique de vente de services, comme sur un smartphone, où nous gagnerons quelques centimes à chaque transaction. C’est une petite révolution dans l’automobile. » (source)

Enfin, je rappelle ce chiffre de l’étude de PwC cité plus haut, qui montre que les plus jeunes sont beaucoup plus décomplexés vis-à-vis de leurs données personnelles, notamment vis-à-vis de leur monétisation, puisque “la moitié d’entre eux se déclare plus enclin à utiliser un « wearable » dès lors que son utilisation est rétribuée de manière pécuniaire ou via des cadeaux, bons de réduction, etc.”

A nouveaux consommateurs, nouvelles entreprises, nouveaux produits et nouveaux business models !