Objets connectés : comment motiver les consommateurs ? – Partie 3 : Motiver au partage des données

J’aborde maintenant le 3ème et dernier article de cette série consacrée à la nécessité de motiver les utilisateurs des objets connectés. Après la motivation à acheter, puis la motivation à utiliser au quotidien, cet article aborde la nécessité de motiver les utilisateurs à partager leurs données.

Que peut-on partager ?

Les objets connectés et les services qui leurs sont associés produisent une multitude de données concernant leurs utilisateurs. Toutes ne sont évidemment pas partageables, et encore moins avec n’importe qui !

Les données d’authentification (identifiants et mots de passe) sont évidemment les moins partageables et celles qu’il faut absolument protéger, car elles suscitent une forte convoitise de la part des pirates d’une part, et parce que leur piratage est celui qui peut avoir les conséquences les plus dommageables pour l’utilisateur (perte totale des données, privation de l’accès, vol des données, publication des données, altération des données, etc.).

Les données d’identité (nom, prénom, age, sexe, etc.) sont plus ou moins partageables selon les cas. Il revient bien évidemment à l’utilisateur d’en décider de la publicité. Mais dans certains cas, ou pour certains utilisateurs, et vis-à-vis de certains destinataires, il n’est pas forcément gênant, et il est même parfois utile, de les partager. C’est le grand combat des marques et des entreprises de collecter le maximum d’informations sur leurs utilisateurs. C’est le jeu du chat et de la souris.

Les données d’activité, enfin, peuvent être plus ou moins partageables selon les cas. Là encore, il doit revenir à l’utilisateur de décider s’il accepte de diffuser ces données et à qui. Mais il y a là un enjeu très fort pour les marques impliquées par les objets connectés car du recueil de ces informations peut dépendre une grande partie de leur business model. J’y reviendrai.

Comment peuvent être partagées ces données ?

Elles peuvent être partagées de manière nominative (elles sont explicitement associées à leur utilisateur d’origine) ou anonyme (elles sont dissociées de leur utilisateur d’origine). L’anonymisation peut être réversible ou irréversible.

Elles peuvent être partagées à l’unité par un acte délibéré de l’utilisateur, ou par lots à l’initiative de l’utilisateur, ou encore de manière automatique en flux temps-réel si l’utilisateur a donné son accord initialement pour un tel partage.

Enfin, il est important pour un utilisateur de vérifier la situation par défaut : est-ce la publicité, ce qui requiert ensuite de l’utilisateur des actions de restriction de celle-ci ? Ou est-ce la confidentialité, ce qui requiert ensuite des actions délibérées de partage ?

Avec qui partager ces données ?

Plusieurs destinataires possibles peuvent être identifiés :

  • L’utilisateur ou le propriétaire de l’objet
  • Le fabricant de l’objet
  • Le fournisseur du service
  • L’hébergeur des données
  • Des tiers qui achètent ou recueillent les données « anonymisées » pour les analyser
  • Des destinataires particuliers avec qui l’utilisateur choisit de partager ses données (proches, médecin, assureur, employeur…)
  • Tout le monde : données publiques

Dans tous les cas, il faut pouvoir vérifier la manière dont les données sont échangées (voir point précédent) : anonymes ou nominatives ? automatiquement, par lot ou à l’unité ?

L’enjeu est ici celui de la confiance dans chacun des destinataires possibles :

  • Envers le fabricant et le fournisseur de service : ne vont-ils utiliser que les données que l’utilisateur a accepté de partager et de la manière dont il a accepté de le faire ?
  • Envers le fabricant, le fournisseur et les destinataires particuliers : vont-ils faire l’usage des données que le destinataire a accepté de faire ? Cela peut vouloir dire : ne pas diffuser à leur tour ces données en dehors de l’accord de l’utilisateur, respect de l’anonymisation si elle est demandée, ne pas exploiter commercialement ces données en dehors d’un accord spécifique en ce sens, etc.

Pourquoi ce partage est-il important pour les fabricants et les fournisseurs du service ?

Dans les points précédents, nous avons utilisé le point de vue de l’utilisateur qui cherche à garder la maîtrise de ses données. Abordons maintenant le point de vue du fabricant de l’objet et du fournisseur de service. Pour ces deux acteurs, le partage de l’information par les utilisateurs est fondamentale. C’est même parfois au coeur du business model du service fourni. Et ceci de plusieurs manières possibles :

Dans le cas du partage sur les médias sociaux, il est important car il contribue au succès du service en rendant visible son usage et en suscitant chez les destinataires des messages l’envie de l’utiliser à leur tour. C’est le bon vieux mécanisme du buzz, du marketing viral. Ce partage est également une source de valeur pour des acteurs tiers tels que les sites de médias sociaux (Facebook en tête), qui en tirent l’opportunité de business lucratifs (publicité, analyse de données…) puisque les données sont ici nominatives.

Dans le cas du partage entre utilisateurs au sein du service, c’est le gage de l’émulation entre eux, ce qui peut avoir de nombreuses répercussions positives : progression des utilisateurs dans l’atteinte de leurs objectifs, gage de succès du service en termes de nombre d’utilisateurs, gage de succès du service en termes de fréquence d’usage par les utilisateurs… Les vêtements connectés Tracky proposent ainsi un système de compétition et de challenges entre amis ou sportifs.

De nombreux business model reposent évidemment sur l’acceptation a minima de l’utilisation de données anonymisées par le fabricant et/ou le fournisseur du service. Cela est nécessaire lorsqu’un service doit par exemple établir une moyenne des données de plusieurs utilisateurs afin de positionner chaque utilisateur par rapport à cette moyenne.

Le cas du fabricant français Withings est intéressant à étudier dans ce contexte. D’une part, l’entreprise affirme le plus clairement possible qu’elle se veut irréprochable sur la protection des données personnelles. Elle publie pour cela un document expliquant de manière très détaillée et pédagogique sa politique de confidentialité et les actions mises en oeuvre pour la servir (pdf). On y découvre notamment dans quelles conditions les données sont collectées par Withings et ce qu’elle en fait. Withings explique que l’utilisateur a la maîtrise totale de l’utilisation de ses données : « Nous avons conçu et développé un tableau de bord qui indique de manière simple avec qui vous avez partagé vos données. Nous avons mis cet outil en place afin de vous permettre de maîtriser et interrompre le partage de vos données avec nos partenaires ou avec d’autres utilisateurs. » Car Withings réaffirme également l’intérêt de partager ces données, tout en affirmant qu’elles ne les vend jamais : « Nous nous engageons à ne jamais vendre vos données personnelles sans votre accord. Chez Withings, nous sommes persuadés que les données peuvent aussi servir l’intérêt collectif. Nous pouvons être amenés à réaliser des statistiques et des analyses au moyen de données préalablement anonymisées et agrégées. Ceci permettant de protéger votre vie privée. » Et effectivement, Withings communique beaucoup autour d’études qu’ils réalisent à partir de données utilisateurs anonymisées : « Nous offrons au grand public, sur le portail du « Withings Health Institute » des analyses conduites à partir de données anonymisées. » L’entreprise a ainsi réalisé une étude sur les habitudes de sommeil, une autre sur l’impact de l’activité physique sur le sommeil et un livre blanc de la santé connectée. Elle publie également un Observatoire de l’activité physique en France, ainsi que de nombreuses micro-études sur son blog, Health boosters. En 2014, à l’occasion des élections municipale, Withings avait fait parler d’elle en publiant une étude sur l’obésité intitulée Surcharge municipale. Bref, Withings incarne à merveille ce positionnement qui consiste, d’un côté, à vouloir tout faire pour préserver la confidentialité des données personnelles et de l’autre à exploiter au maximum les données personnelles anonymisées. On le retrouve notamment exprimé dans cette interview.

Enfin, de nombreux business model reposent explicitement sur la collecte de données éparses et le partage à des tiers. C’est le cas de Santé, HealthKit et ResearchKit, les services de santé connectée d’Apple. L’application Santé est destinée à collecter dans une même application les données issues des différents appareils connectés d’un même utilisateur. HealthKit est le programme pour développeur destiné à permettre cette collecte. ResearchKit est le programme de mise à disposition des chercheurs des données médicales de certains patients. A travers ces deux programmes, bien que la marque à la pomme se disculpe d’en faire commerce, elle bâtit un écosystème d’usages autour des données de santé.

C’est évidemment parce que l’analyse de toutes ces données connectées est une source de business majeur que le partage des données par les utilisateurs est fondamental pour les entreprises.

Pourquoi ce partage est-il un défi pour les fabricants et fournisseurs de services ?

Parce que les utilisateurs ne font pas confiance aux acteurs concernés pour garantir le respect de leurs engagements dans la protection des données personnelles. Selon l’étude menée par l’IFOP pour l’Atelier BNP Paribas fin 2013 (pdf), le 3ème frein à l’achat des objets connectés de santé serait la peur de l’utilisation inadéquate des données (par des tiers non autorisés, comme l’Etat, les assurances, les groupes… (24% des sondés) !

La question de la confiance a pris une importance croissante dans notre économie de plus en plus numérique. Les articles se multiplient sur ce sujet sur lequel je reviendrai plus longuement dans de prochains articles. En voici quelques uns :

Je précise également que La Poste et TNS Sofres publient le Baromètre de la confiance en France.

A noter enfin que le 19 mai prochain, l’ACSEL organise une conférence intitulée Objets connectés, enjeux et confiance.

Quel est l’intérêt de ce partage pour les utilisateurs ?

C’est un gage de réussite dans les changements qu’ils recherchent en utilisant les objets connectés. Les études semblent effectivement montrer que le partage social des données issues de l’usage des objets connecté est efficace pour le succès du changement recherché par les utilisateurs. C’est par exemple ce qui semble ressortir de l’étude MySantéMobile, comme le précise le médecin qui a suivi l’étude, interrogé par 20 MinutesLes volontaires ayant partagé leurs données ont plus marché que les autres. Dès le départ, on constate un écart qui s’agrandit au fil du temps. «Ils étaient volontaires donc c’est encourageant, mais ça ne veut pas dire que cet effet positif est applicable pour tout le monde », estime le médecin. A la fin de l’étude, la différence est de 2.500 pas par jour entre ceux qui partagent et les autres.”

Comment créer les conditions de la confiance ?

Ce sujet est très complexe et je l’aborderai dans de prochains articles. Disons, pour faire vite ici, qu’on peut retrouver :

Proposez des connections Wi-Fi via les médias sociaux pour mieux vous connecter à vos clients !

A l’occasion de CES 2014, Netgear a annoncé un accord avec Facebook pour proposer un mode de connection publique à internet sur leurs routeurs Wi-Fi via une page Facebook d’entreprise. Un dispositif simple pour permettre aux entreprises et aux services locaux de se connecter à leurs clients via les médias sociaux, tout en leur proposant un service utile !

Netgear a indiqué que ce dispositif serait disponible dans un premier temps sur sa gamme de modems routeurs double bande 802.11ac, puis serait étendu ultérieurement à d’autres modems.

Stratégie de service “phygital”

Proposer une connection Wi-Fi dans un magasin, un restaurant, une agence ou un lieu d’accueil du public est un vrai service rendu aux clients et usagers par l’entreprise ou l’organisation qui la propose. Parfois, c’est même une stratégie marketing assumée, comme chez Starbucks, l’un des exemples les plus célèbres de cette démarche, qui a donc aussi (voire surtout) pour but d’attirer ainsi les clients ! Mais il n’est pas toujours facile pour les petits commerces, TPE et PME de proposer un tel service, notamment en raison des coûts. Tout ce qui vient alors rentabiliser l’investissement est donc le bienvenu.

Social média marketing

C’est sans doute là l’intérêt des offres de social connection Wi-Fi telle que celle de Netgear : pour que le client accède au Wi-Fi, il doit liker la page Facebook de l’entreprise. A partir de ce moment là, l’entreprise a quant à elle un accès direct à ce client au-delà de sa visite sur le lieu de sa connection.

Un moyen idéal pour les entreprises et les organisations de renforcer leur lien avec leurs clients et usagers sur les médias sociaux, en complément des visites de ces derniers sur les lieux de connections.

Permission marketing

Si le service me paraît intéressant, je trouve que l’entreprise serait encore mieux avisée de proposer deux modes de connections possibles : un premier mode via les médias sociaux et un second plus classique par clé Wi-Fi par exemple. Or, c’est justement ce que propose la solution de Netgear : “L’entreprise a toujours la possibilité d’offrir le choix à ses clients de se connecter sans devoir passer par Facebook, avec un code payant ou gratuit fourni par l’entreprise”, lit-on dans cet article de l’Atelier BNP Paribas.

Avec un tel choix, le visiteur ne se sent pas piégé ni contraint. Et s’il choisit une connection sociale, celle-ci vaut comme un véritable opt-in, un véritable accord d’engagement auprès de la marque qui pourra sans doute miser plus sur ce client que sur d’autres qui auraient uniquement “liké” la page Facebook pour utiliser le service et non par engagement auprès de la marque.

wiMAN avant Netgear

Si Netgear a fait parler de lui lors du CES 2014, ce n’est cependant pas la première société à proposer ce service. La société italienne wiMAN propose un service identique depuis quelque temps déjà, et non seulement via Facebook mais via plusieurs connecteurs sociaux (Facebook Connect, Twitter, Foursquare).

Le routeur Wi-Fi de wiMAN.

Le routeur Wi-Fi de wiMAN.

Bouclez la boucle avec Fliike !

Pour compléter le dispositif, il pourrait être marrant pour l’entreprise ou l’organisation de proposer sur le lieu de visite le compteur de fans Fliike, de Smiirl, qui pourrait servir de catalyseur ludique à la connection !

Fliike, le compteur physique de fans Facebook, de Smiirl.

Fliike, le compteur physique de fans Facebook, de Smiirl.

Finalement, le “Sophygital” (social + physique + digital !) a de beau jours devant lui !

Marques de luxe : dans le secret des ateliers et les coulisses des défilés (Visites privées au temps du digital : épisode 3).

Après avoir parlé de Google et de Facebook, je vais changer radicalement de secteur pour parler… des marques de luxe ! Comment se dévoilent-elles en image alors qu’une partie de leur aura tient à leur secret ?

Dans un article très intéressant publié en décembre 2012 et intitulé Les marques de Luxe et la présence du passé, Jean-Michel Bertrand explique que la référence au passé des marques de luxe est une manière pour elles de se distinguer comme “hors du commun” et donc d’affirmer leur caractère luxueux :

“Une forme de distance ou d’écart est consubstantielle à la notion de luxe, de telle sorte que sa disparition mettrait en péril la notion elle-même (…) Cette différenciation est la résultante d’un processus de « sacralisation », c’est-à-dire dans un premier temps, comme l’indique l’étymologie latine du mot « sacer », de « séparation » ou de mise à l’écart. (…) Pour nombre de marques, notamment françaises, la référence au passé est l’un des paramètres permettant de créer prestige et distance.” Et plus loin il précise : “Si la référence au passé et à un patrimoine que l’on peut recycler sous forme de capital constitue le sol sur lequel se construisent les identités de bien des marques, ce n’est nullement par « ringardise », passéisme ou manque d’imagination et de « contemporanéité. » Le passé est d’abord ce par quoi nombre d’entre elles se donnent et se voient reconnaître une noblesse, un prestige tout en affirmant une compétence d’origine et donc une légitimité indiscutable.”

Ainsi, le storytelling des maisons de luxe puise-t-il sans cesse dans le passé pour faire émerger les marques de “sacralisation” et une “compétence d’origine”. C’est en grande partie l’axe qui sous-tend la manière dont les marques de luxe dévoilent en vidéo ou en photo leur savoir-faire et les lieux de ce savoir-faire. La plupart d’entre elles aiment effectivement montrer les ateliers où sont fabriqués les produits, surtout s’il s’agit d’ateliers anciens, au charme sans pareil, où se perpétuent des “gestes ancestraux” qui marquent toute la noblesse de ce savoir-faire. Et même au temps du digital, la démarche persiste… tout en empruntant les nouveaux canaux numériques.

Il y a deux ans, en septembre 2011, le blog Web & Luxe avait rédigé un article qui faisait un remarquable tour d’horizon du sujet. Intitulé Quand les marques de luxe veulent faire savoir leur savoir faire, il expliquait le phénomène et passait en revue un certain nombre d’initiatives.

En les parcourant, on peut distinguer plusieurs stratégies des marques pour valoriser leur savoir-faire et les lieux de ces savoir-faire :

Si l’on regarde ce que les marques dévoilent et valorisent :

  • certaines dévoilent et valorisent le travail des artisans dans la confection des produits
  • d’autres dévoilent le travail des créateurs
  • d’autres encore dévoilent le travail des artisans ou des créateurs qui interviennent sur les lieux prestigieux de la marque, comme le fait Burberry avec la restauration de son Flagship, au 121, Regent Street, à Londres
  • certaines marques de haute-couture nous emmènent dans les coulisses de leurs défilés
  • etc.

Si l’on regarde de quelle manière elles le font :

  • certaines proposent des reportages photos ou des contenus vidéos sur leur(s) plateforme(s) éditoriale(s), sociale(s) ou institutionnelle(s), voire sur un mini-site dédié, comme le très beau site dédié au film “Les mains d’Hermès”.
  • d’autres organisent des événements de type “portes ouvertes” ou “visites d’ateliers”, selon leur propre calendrier ou à l’occasion d’événements tel que les Journées du patrimoine. C’est ce que fait le Groupe Louis Vuitton avec Les journées particulières.
  • d’autres encore mettent cette approche au coeur d’une campagne publicitaire…
  • etc.

Passons en revue quelques exemples…

Commençons avec la maison d’orfèvrerie Christofle, qui propose sur sa chaîne Youtube plusieurs films témoignant du savoir-faire de ses artisans.

Une version courte de cette vidéo est également accessible sur le site web de la marque.

Pour en savoir plus sur la stratégie digitale de Christofle, on peut consulter cet article de Web & luxe : Christofle s’invite à la table du digital.

Hermès possède également sa chaîne Youtube, dans laquelle on trouve des vidéos montrant le travail d’une couturière sur un carré, celui d’un sellier ou encore celui d’un gantier. Ces vidéos prises en plongée me rappellent le travail photographique de Lucie & Simon sur la maison Hermès, que j’ai déjà évoqué dans cet article et qu’on retrouve ici ou encore sur la page Pinterest de la marque. Mais Hermès a également fait réaliser un film remarquable de 46 mn intitulé “Les mains d’Hermès”, qu’il présente dans un mini-site dédié comme dans un écrin digital.

La marque anglaise Burberry a évidemment elle aussi sa chaîne Youtube. Mais à la différence des autres marques, on n’y trouve pas de vidéo sur le travail des artisans sur les “produits” de la marque. On y trouve par contre, comme je l’ai dit plus haut, une vidéo qui retrace le travail des artisans qui ont contribué à la restauration de leur Flagship, au 121, Regent Street, à Londres :

Le blog Chanel News est l’occasion pour la marque de haute-couture de dévoiler les coulisses de sa maison. La rubrique Savoir-faire rassemble des vidéos sur le travail dans les ateliers. La rubrique Making of dévoile en vidéos, photos et articles les coulisses des défilés, des séances de prises de vue ou le tournage des campagnes de publicité. Et le blog possède encore bien d’autres rubriques pour découvrir plus avant les coulisses de la marque.

Gucci de son côté, communique en vidéo sur son site internet pour montrer la fabrication d’un mocassin ou d’un sac.

L’horloger Jaeger-Lecoultre propose une chaîne YouTube élaborée qui comporte une page Our crafts avec plusieurs vidéos. Il dispose également d’un compte sur Pinterest dans lequel il propose plusieurs tableaux intitulés Métiers rares et qui comportent photos et vidéos. Il dispose même d’un compte Instagram qui présente lui aussi photos et vidéos. Enfin le site internet de la marque comporte une rubrique également dédiée aux métiers de fabrication des montres.

On pourrait ainsi poursuivre très longtemps cet inventaire. Si vous le souhaitez, vous trouverez de nombreux autres exemples dans l’article de Web & luxe cité plus haut ainsi que dans de multiples autres articles du même blog.

Mais si tous ces exemples représentent la référence au passé, les marques de luxe se dévoilent aussi, à l’opposé, dans une extrême contemporanéité à laquelle le digital contribue fortement. C’est ce que précisait également Jean-Michel Bertrand dans l’article cité au début de ce billet :

“La référence au passé n’exclut nullement, par ailleurs, que les marques selon leur « ADN » (c’est-à-dire, en réalité, leur identité et leur programme) puissent subtilement jouer entre distance et proximité, aura et glamour, tout en introduisant dans leur communication, grâce notamment à internet, une dose plus ou moins prononcée de culture jeune ou branchée.”

Dans le dévoilement de soi des marques de luxe, il y a donc un mouvement de balancier entre la référence au passé et l’extrême contemporanéité représentée notamment par le digital. J’en veux pour preuve les quelques exemples suivants.

C’est le cas de la marque Oscar de la Renta qui se dévoile sur les médias sociaux via sa responsable de la communication, Ericka Bearman, qui raconte ses déambulations dans les ateliers et dans tous les événements de la marque sur son compte Twitter @OscarPRGirl (près de 250 000 followers), son blog Tumblr, sa page Pinterest (>70 000 abonnés), son compte Instagram (>230 000 followers) ou sa page Facebook (> 630 000 fans). Sur tous ces canaux, Ericka Bearman parle d’ailleurs autant d’elle à titre personnel que de la marque. C’est là un positionnement tout à fait original qu’elle assume complètement :

« Les réseaux sociaux, c’est pas sérieux. Ça doit être fun, c’est ce qu’on aime dans le monde de la mode. Et puis, les gens ont envie de parler avec une personne, pas avec une marque. Aujourd’hui, les gens connaissent la musique que j’aime, le type de yoga que je pratique. Tout ça donne davantage de personnalité à la marque, de choses auxquelles les gens peuvent s’identifier. » (source)

Elle s’est également fait remarqué par son usage des micro-vidéos, que ce soit Vine, Instagram ou Viddy qui lui permettent de montrer l’envers du décor. Voir par exemple la micro-vidéo Vine ci-dessous, publiée quelques jours avant la Fashion Week de New-York, en février 2013 :

Autre exemple avec la créatrice Diane Von Furstenberg, et son usage des Google Glass lors de la Fashion week de septembre 2012 à New York. Elle a porté les lunettes et les a fait porter par ses mannequins afin de réaliser le film ci-dessous qui dévoile les coulisses de la préparation du défilé :

Au-delà des marques de luxe, le monde de la mode dans son ensemble s’est d’ailleurs lancé dans une course aux innovations technologiques à l’occasion de chaque Fashion Week. Dans ce registre, Burberry (pour le luxe) et Topshop (pour le prêt-à-porter) sont sans doute les marques les plus actives et les plus innovantes.

La première s’illustre notamment à travers la retransmission en live-streaming de ses défilés et de leurs coulisses, ou encore la diffusion de photos via Twitter quelques minutes avant le défilé.

La seconde s’est associée avec Google lors de la Fashion Week de février 2013, pour mettre en oeuvre un extraordinaire dispositif interactif qui, pendant plusieurs jours, plongeait les internautes au coeur de la préparation du défilé. L’opération comprenait notamment la diffusion de vidéos des mannequins et des personnels de la marque préparant le défilé, la tenue de vidéo-chats Google Hanghout avec le directeur de création et des personnels de son équipe, ou encore avec des célébrités se rendant au défilé. Si vous voulez en savoir plus sur ce dispositif, je vous invite à lire cet article : How Google and Topshop co-created the london Fashion week most interactive show.

Voilà qui clôt ce tour d’horizon. Pour résumer et mieux comprendre les enjeux de ce mouvement de balancier qu’opère le marketing des marques de luxe entre tradition et innovation, vous pouvez lire cet article éclairant consacré à Burberry et à son directeur de création, Christopher Bailey : In the trenches with Burberry’s Christopher Bailey.

Comment améliorer la gestion des flux d’information ?

En matière de management de l’information, la gestion des flux d’informations est l’une des principales problématiques auxquelles se trouvent confrontés les knowledge workers d’aujourd’hui. Certes, ça n’est pas la seule : on peut aussi citer la gestion du stockage, la recherche de l’information, la gestion des tâches, etc. Nous aurons l’occasion de revenir sur tous ces sujets. Mais j’aimerais consacrer cet article à la question de la gestion des flux d’information. 

Cette question est de plus en plus importante au fur et à mesure que le volume des informations produites par l’humanité croît de manière exponentielle, comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous. C’est le fameux Big Data.

La croissance exponentielle des informations (Source : IDC)

La croissance exponentielle des informations (Source : IDC)

Je pense également que le problème se pose d’autant plus pour les knowledge workers que s’accroît le volume de messages et d’informations courtes, promus par les médias sociaux, voire simplement de données issues du big data analytics et de l’internet des objets.

Face à cette situation, la question de la gestion des flux d’informations par les knowledge workers se pose sous des angles variés, notamment les suivants :

    • gestion de la quantité d’informations entrantes (le volume d’informations à traiter sur un laps de temps donné ne cesse de croître)

    • gestion de l’urgence de traitement, c’est-à-dire de lecture et/ou de réponse-réaction
    • gestion de la priorité entre les traitements
    • gestion de l’interprétation
    • gestion de la classification

gestion de l’hétérogénéité des données et informations, aussi bien au niveau des sources (provenance) que des formats.

Quelles solutions sont possibles ? D’un côté, on peut trouver des solutions dans les comportements individuels et collectifs. De l’autre, des solutions peuvent être apportées par le traitement informatique et logiciel des informations.

C’est cette seconde piste que je vais étudier dans cet article.

Concernant cette piste, il faut noter que les problèmes et les solutions ne sont pas les mêmes selon que l’on utilise un smartphone, une tablette ou un ordinateur desktop. Le type d’appareil et l’usage qu’il implique sont donc particulièrement impactants.

Pour autant, je ne ferai pas de distinction sur ce plan dans ce premier article sur le sujet. J’y reviendrai ultérieurement. Je vais pour l’instant prendre le problème et ses solutions possibles dans leur globalité. Comme il serait d’ailleurs trop long de rentrer dans le détail de chacune des pistes, je me contenterai d’une très courte présentation de chacune d’elles.

Quelles solutions sont donc possibles pour nous aider à mieux gérer les flux entrants d’informations ? Qu’elles sont les pistes de travail pour améliorer cette situation ?

1. Gérer la multiplication des sources

 
La première piste de travail consiste à nous aider à gérer la multiplication, et donc l’hétérogénéité, des sources et des formats.
 
Pour cela, il faut mettre en place des systèmes d’aggrégation des flux qui proposent une interface centralisée de consultation. C’est la logique des portails, des hubs, des dashboards et autres aggrégateurs…
 
Travaillent en ce sens :

2. Gérer le nombre et la fréquence des informations entrantes

 
Pour gérer le nombre et la fréquence des informations entrantes, et donc lutter contre la surcharge cognitive, il faut :

  • multiplier les fonctionnalités de tri, de filtre et de priorisation en amont (via algorithmes ou paramètres personnalisés ou délégation humaine d’expertise et de filtre),
  • ainsi que celles de tri, de filtre et de manipulation rapide en aval (archivage, classification, destruction, réponses automatisées…).
  1. Travaillent dans le sens de l’optimisation en amont :
    1. des apps ou devices qui fonctionnent comme des assistants intelligents tels que Google Now, Winston (résumé oral des news), Google Glass
    2. des systèmes (apps, surcouche d’OS ou OS) d’écran d’accueil intelligent tels que tels que Chameleon, l’interface Métro de Windows 8 et Windows Phone 8, l’interface Blink Feed du HTC One, la fonctionnalité BlackBerry Hub du BB Z10
    3. des apps de tri, filtre ou résumé : iWitness, Percolate, Summly
    4. des apps de curation, qui misent sur les filtres humains en amont (les curateurs), telles que scoop.it, storify, spunge, newsana, Delve
    5. des “apperating system” ou homescreens sélectifs tel que Facebook Home
  1. Travaillent dans le sens de l’optimisation en amont et/ou en aval :
    1. des apps d’optimisation de la gestion des mails, telles que .Mail, Cloze, Mailbox, Fluent, AOL Alto, SaneBox, Boomerang, Checker Plus
    2. des apps d’optimisation de l’agenda telles que BBZ10 Remember, Tempo, Sunrise
    3. des apps d’optimisation des tâches telle que Any.DO
    4. des apps qui mèlent gestion des mails et gestion des tâches, telle que Taskbox
    5. des apps d’analytics et datavisualisation telles que Panic Status Dashboard, Geckoboard, Cyfe, Leftronic
    6. des apps de gestion des contacts : Write that name, Rapportive

Voilà ! Autant dire que les initiatives ne manquent pas ! Reste à savoir lesquelles sont les plus efficaces en fonction des situations de chacun. Mais ça, y’a qu’à demander pour étudier la question… ;-)) !!! D’ailleurs, je vais essayer, dans les semaines (et mois !!) qui viennent, de revenir plus en détail sur telles ou telles de ces pistes de travail dans de prochains articles.
 
Au passage, si vous avez des suggestions à me faire sur ce panorama, n’hésitez pas !!!