Pourquoi des écrans et des interfaces transparents ? Pour le spectacle et la contextualisation de l’information !

Pourquoi utiliser des écrans transparents ? Pourquoi créer des interfaces transparentes ? J’ai consacré de nombreux articles récents à expliquer que nous ressentions une fascination pour ce type d’écrans qui nous plongeaient dans certaines capacités fascinantes de maîtrise de notre environnement. J’aimerai compléter cette explication en identifiant aujourd’hui ce qui apparaît selon moi comme les deux grands bénéfices de ces écrans et interfaces en termes d’usage : l’aspect spectaculaire d’un côté et la contextualisation de l’information de l’autre.

Le premier point qui me paraît intéressant, c’est que les écrans transparents sont de formidables vecteurs de spectacle. Quelqu’un qui utilise un écran transparent, surtout quand il est tactile, c’est tout de suite un spectacle !

La parfaite illustration de cette caractéristique, c’est l’usage qu’en font les fabricants de tables de mixage de DJ.

Prenez la description de la console transparente QNQ sur son site internet :

QNQ est une console multitouch de 47 pouces qui modifie profondément la relation entre le DJ et son public. L’apparence visuelle époustouflante de QNQ attire le regard du public et permet au DJ de partager avec son audience l’expérience d ‘”être un DJ” . Elle crée un spectacle intime et interactif, où le public arrive à regarder et sentir tout ce que touche le DJ.

L’appareil peut également être un moyen amusant et interactif pour les marques de faire connaître leurs produits et de toucher directement un public engagé.

Le site QNQ possède d’ailleurs des photos qui restituent bien cette capacité de la console à créer une expérience spectaculaire. Sur l’une d’elle on peut d’ailleurs lire “Looks matter”.

La console tactile transparente QNQ

La console tactile transparente QNQ

La console en action :

Même argumentaire exalté sur le site de Smithson Martin à propos de leur console transparente Emulator Dual View Screen :

C’est l’expérience la plus révolutionnaire de ces 30 dernières années pour les artistes de scène ! DVS Emulator est le premier système de contrôle MIDI réellement multitouch qui permet à la foule, grâce à un écran tactile transparent géant, de voir exactement ce que fait l’artiste.

L’art du DJ intègre désormais les jeux de lumières des clubs, c’est un nouveau niveau de performance !

Emulator peut également être utilisé comme un pupitre multitouch ou un outil de présentation pour des réunions ou des conférences. Il rend les événements d’entreprise plus interactifs car le pupitre est transparent ce qui permet au public de voir à travers tout en regardant le présentateur. L’attention du public est accrue et les présentateurs se sentent soutenus par cette nouvelle technologie !

Je crois que ça se passe de commentaires !!! Par contre, si vous voulez des images, on en trouve sur le site de l’agence d’événementiel A-BLOK, qui organise des soirées avec ce type de matériel :

Vous trouverez une multitudes d’autres vidéos sur YouTube si vous le souhaitez.

Avec ces pupitres interactifs transarents, A-BLOK organise aussi des performances de digital live painting :

Là aussi, si ça vous intéresse, d’autres vidéos de digital live painting sont visionnables sur YouTube.

Enfin, elle propose également ce matériel pour des séminaires et conférences :

A-BLOK_Pupitre_Interactif_Ormes2-809x539

Le pupitre transparent utilisé lors d’une conférence

Une autre illustration flagrante du côté spectaculaire des écrans transparents, c’est la fameuse démo d’un dispositif multitouch par Jeff Han lors d’un TED talks en 2006. Le pupitre était transparent, ce qui accentuait l’aspect spectaculaire de la démo :

Passons maintenant des écrans aux interfaces transparentes. Même sans écran, ces dernières ont elles aussi des capacités surprenantes à créer du spectacle. L’une des meilleurs illustrations de cette caractéristique me paraît être la fameuse vidéo de Hans Rosling où il explique en 4mn le progrès des différents pays du monde au cours des 200 dernières années :

Dans cette vidéo, le dispositif de transparence (appelez ça réalité augmentée, motion design ou ce que vous voulez, peu importe…) n’apporte rien à l’information en soi. Hans Rosling aurait tout aussi bien pu faire la même démonstration avec un dispositif plus classique, comme il l’a fait par exemple lors d’un TED Talks. Par contre, cela donne une dimension éminemment spectaculaire à la vidéo et à la démonstration. Et je ne veux pas seulement parler de l’effet Whaouh que peut déclencher, la première fois qu’on le voit, ce qui peut apparaître ici comme une innovation et qu’on ne ressent plus quelque temps après. Je veux parler de la fascination que crée la superposition du speaker et des données, l’aspect lumineux des signes graphiques que l’on retrouve souvent dans les interfaces transparentes et finalement la danse que composent ensemble l’animation des données et les mouvements du speaker !

Pour être précis, je n’oublie pas que le succès de cette vidéo tient autant au fond qu’à la forme, c’est-à-dire à la performance de l’analyse des données et à leur explication aussi synthétique et pédagogique en 4 mn !

Quoi qu’il en soit, cette dimension spectaculaire des interfaces et des écrans transparents me semble être également une explication au succès de l’utilisation des (pseudo-)hologrammes dans les spectacles et les défilés de mode, dont j’ai déjà eu l’occasion de parler dans un précédent article.

Enfin, puisque j’en suis à évoquer des sujets que j’ai déjà abordés, cette capacité à créer du spectacle est également, selon moi, ce qui fait que les publicités et les films de science fiction raffolent autant des écrans et des interfaces transparentes. Certes, il y a la fascination pour la transparence en soi et ce qu’elle signifie, comme je l’ai déjà expliqué dans ces précédents articles, mais s’ajoute aussi à cela selon moi le côté spectaculaire des images ainsi créées, comme je l’ai d’ailleurs déjà souligné à la fin de ce même article. C’est particulièrement vrai selon moi dans le film Iron Man, notamment dans la scène où il manipule un plan de ville sur une interface hologrammique :

Dans cet extrait, comme pour la vidéo de Hans Rosling, on est fasciné par la danse que composent à l’écran les mouvements de l’interface et ceux de l’acteur, accentués par les mouvements de caméras. C’est une vraie chorégraphie des corps et des signes rendue possible par la transparence !

Voilà pour la capacité des écrans et interfaces transparentes à créer du spectacle.

L’autre point que je voulais aborder est leur capacité à contextualiser l’information.

Le premier exemple auquel je pense est la réalité augmentée. Son principe même repose sur la superposition des signes à une image de la réalité. Qu’on soit donc dans une transparence réelle ou simulée, la réalité augmentée n’est possible que par la transparence. Or, à quoi sert ici la transparence ? A superposer l’information à ce que l’on voit en un lieu donné et dans une direction donnée. Et dans cette situation, “ce que l’on voit en un lieu donné et dans une direction donnée” nous est donné par le contexte, nous le subissons, nous l’explorons, tandis que l’information nous est fournie par un appareil et un système d’information, qui disposent de caractéristiques qui mettent en relation cette information avec l’environnement réel, qui relient donc le virtuel au réel, le sémiotique au réel.

réalité_augmentée

La transparence est une caractéristique clé de la réalité augmentée

Dans le cas des réfrigérateurs à porte transparente dont j’ai déjà parlé, l’intérêt de la transparence est notamment de pouvoir mettre l’information en contexte avec ce qui se trouve à l’intérieur du réfrigérateur, comme on peut le voir sur cette vidéo :

Mais la transparence n’agit pas seulement dans la mise en relation de l’information issue d’un appareil avec l’environnement de cet appareil et de son utilisateur : elle peut aussi être utilisée pour contextualiser l’information au sein d’une interface, sur un même écran, comme l’explique cet article de Mashable, à propos de l’interface graphique d’iOS 7, le nouvel OS de l’iPhone :

Le nouveau design plat, qui abandonne la vieille esthétique skeuomorphique d’iOS, est une véritable merveille. Jony Ive s’est surpassé en créant des couches de conception translucides de telle sorte que lorsque votre clavier s’affiche à l’écran, vous pouvez toujours avoir une idée de ce qu’il y a en dessous

D’ailleurs, on peut lire le même argument sur le site d’Apple :

Des couches fonctionnelles distinctes contribuent à donner de la profondeur et à instaurer de l’ordre et de la hiérarchie. L’effet de transparence permet d’avoir une meilleure perception du contexte.

A défaut d’avoir encore le nouvel iOS sur votre iPhone, vous pouvez avoir un aperçu de ce que ça donne sur cette page d’Apple qui propose des animations de certaines fonctionnalités de l’OS.

Un aperçu d'iOS7

Un aperçu d’iOS7 où les couches inférieures apparaissent de manière floue à travers la couche supérieure

Plutôt que de transparence, il s’agit en fait d’un aspect translucide des différents calques : la transparence est très floutée. On voit cet aspect à l’oeuvre sur les menus du bas lors du défilement des contenus ou lors de l’affichage du clavier, par exemple pour l’app Messages.

Il existe également sur certaines apps des effets de transparence légèrement différents, voire inattendus, mais diablement intéressants. C’est le cas notamment de l’app Météo, qu’Apple a délibérément mise en avant dans sa communication autour du nouveau design de l’OS. Dans cette app, des animations se jouent en image de fond, sous les textes d’information, qui sont donc sur une couche totalement transparente en dehors de la présence graphique des signes.

Une animation est présente sur cette page du site d’Apple qui permet de visionner cet effet.

Les différents effets graphiques de l'app Météo d'iOS7

Les différents effets graphiques de l’app Météo d’iOS7

Ici, l’information n’est pas vraiment mise en contexte, elle est illustrée. Une image (un signe visuel cherchant à ressembler à une réalité tangible) s’ajoute à des signes linguistiques (textes) et iconiques (symboles graphiques liés par une ressemblance à ce qu’ils représentent). Cette illustration n’apporte aucune information supplémentaire, si ce n’est montrer ce qu’est de la pluie à quelqu’un qui n’en aurait jamais vu !! En fait, elle est totalement redondante par rapport au texte et aux symboles. Elle se contente juste d’ajouter de l’immersion à l’information.

Apple va cependant plus loin dans son interprétation de cette animation. Sur la même page que celle citée tout à l’heure on peut lire :

Les interactions sont dynamiques, les animations cinématographiques, et l’ensemble prend vie de façon inattendue, quoique parfaitement naturelle. Ouvrez, par exemple, l’app Météo et vous comprendrez tout de suite. La grêle s’abat sur le texte, tandis que la brume le recouvre partiellement. Les orages s’annoncent par des nuages et des éclairs. Maintenant, consulter la météo en ligne, c’est un peu comme regarder par la fenêtre. (c’est moi qui souligne) (source)

Cette dernière phrase mérite le détour : pour Apple, en proposant des animations en fond d’écran, l’app Météo permet de voir sur son écran ce que l’on peut voir au même moment autour de soi. C’est donc une sorte de transparence par métaphore ! “C’est un peu comme regarder par la fenêtre !”

Il est quand même étonnant, alors qu’Apple revendique l’abandon du skeuomorphisme dans iOS7, qu’il mette ainsi en avant dans une app du même OS des signes qui fonctionnent eux aussi par ressemblance avec la réalité matérielle. Chassez le naturel, il revient au galop !

Voilà en tous cas qui clôt cet article. Je terminerai juste en rappelant que dans un article récent, j’avais proposé une méthode d’analyse des plans des interfaces. Je trouve que le propos de la seconde partie de cet article sur la contextualisation de l’information par la transparence se prête particulièrement bien à une analyse par couches des interfaces concernées. J’aurai donc l’occasion d’y revenir dans de prochains articles. Alors à bientôt !

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Des écrans qui jouent à être transparents

Dans mon précédent article, j’ai essayé de catégoriser différents types de juxtapositions ou superpositions d’images dans une autre image. Le point de départ de cette réflexion était un exemple de la catégorie que j’ai appelée “Superposition d’une image d’écran à la réalité dans une image” (Voir mon board Pinterest associé). Cette catégorie pourrait elle-même être subdivisée en plusieurs sous-catégories, notamment si l’on veut bien prendre en considération 2 usages différents des écrans, et plus particulièrement des écrans d’appareils mobiles qui sont essentiellement ceux qui donnent lieu à ce genre de superposition :

  • usage des écrans comme appareils de visée (pour prise de photo ou réalité augmentée)

  • usage des écrans comme appareils de visionnage ou d’affichage (de film, de photos, de documents, de pages web…)

Et voici ce que je disais dans mon article sur la différence entre ces deux usages :

  • “dans le premier cas d’usage, la visée digitale crée une sensation de “transparence” du smartphone qui est selon moi quelque chose d’assez inédit dans l’histoire des appareils de visée dans la mesure où les précédents (lunettes, téléscopes, appareils photo, caméras…) exigeaient le plus souvent de coller l’oeil à l’oeilleton de visée, ce qui annulait l’impression de “transparence” de l’appareil. Ici, l’appareil est regardé à distance et s’efface comme une vitre devant l’image vue “à travers”. Je reviendrai dans un prochain article sur ce que m’inspire cette impression de transparence.

  • à l’inverse, lorsque le smartphone est utilisé comme appareil d’affichage, point de transparence possible ! Ici, clairement, l’image fait écran à la vue de la réalité. Et c’est justement sur cela que jouent les publicités SFR pour créer les effets de juxtaposition que j’ai soulignés au début de cet article. Or, ces effets ne sont possibles qu’au prix de la petite “tricherie” gestuelle que j’ai également évoquée. De ce fait, si on veut bien considérer qu’on a là un exemple de superposition d’image d’écran à la vue de la réalité (l’image affichée par le smartphone se superpose à la vue de la réalité qui se trouve derrière), il y a fort à parier que l’on trouvera peu d’exemples de ce type d’images en vertu du fait qu’elle est liée ici à une petite “tricherie” (mais je ne demande qu’à être démenti, hein ?).”

Ce qui m’intéresse ici, c’est la sensation de transparence. J’indiquais dans le premier paragraphe ce ce précédent article que j’en reparlerai : c’est justement ce que je suis en train de faire. Pour en dire quoi ? Ceci : la transparence, les appareils de visée l’utilisent comme condition de possibilité. Mais ils en sont prisonniers par la même occasion; ils ne peuvent s’en libérer, sans quoi ils ne fonctionnent plus. A l’inverse, dans l’usage des écrans pour le visionnage ou l’affichage, la transparence n’est pas possible, mais par contre on peut s’amuser à la singer, à créer l’illusion de transparence !

C’est exactement ce à quoi ce sont amusés les auteurs des photos ci-dessous :

Or, que remarque-t-on dans ces photos si on les compare à celles de la Box de SFR qui étaient le point de départ de mon précédent article ? Dans celles-ci, les personnes tiennent leur tablette devant leur visage, alors que dans les pubs SFR on voyait une main tendue qui tenait un smartphone tourné vers ce que voyait la personne. Un hasard ? Pas complètement, car pour que l’on s’amuse à créer l’illusion de transparence, il ne faut pas que l’on soit dans une situation où l’on pourrait croire que la transparence est “réelle”. Or, dans le cas des gestuelles des pubs SFR, on est justement dans cette situation (Cf. mon propos sur la “tricherie” de la gestuelle dans ces images). Et justement, l’effet que cherchent à créer les images SFR est celui d’une superposition décalée, qui explicitement ne se prend pas pour une transparence (on ne peut pas croire que le personnage dans le bus soit un extra-terrestre…), même si elle joue sur l’idée de transparence derrière la notion de superposition (… mais on se laisse surprendre ou on s’amuse à le penser !). Alors que les images ci-dessus, elles, jouent explicitement sur l’illusion de transparence (on se demande longtemps ce qu’on voit) au-delà même de ce qui normalement devrait faire écran à la réalité, être un écran à la réalité ! Mais si le trouble persiste, c’est justement que les tablettes sont des appareils qui peuvent remplir les deux fonctions : visée ou visionnage, transparence ou écran. Elles jouent donc sur cette ambiguïté pour qu’on se demande ici à laquelle on a affaire.

Concrètement, comment produisent-elles ce résultat ? Dans ces exemples, l’écran reproduit la vue de ce qu’il cache, ou presque… à quelques détails près, car c’est souvent une image différente (avec un léger ou moins léger changement par rapport à ce que révélerait la vue par transparence de l’appareil). Et c’est ce changement, qui se veut presque toujours assez évident, qui rend l’image si évidemment compréhensible, intéressante, drôle, émouvante ou surprenante.

Variations sur la superposition des images à l’ère du smartphone

Comme moi, vous avez peut-être remarqué, il y a quelques semaines, les affiches de la campagne publicitaire pour la box SFR.

On y voit notamment les deux visuels ci-dessous (sortis ici du contexte de l’affiche) :

La box SFR - Publicité

La box de SFR – 1er visuel

 

La Box de SFR - Publicité

La Box de SFR – Visuel 2

 

Dans le contexte des affiches, ça donnait ça :

La Box de SFR - Les affiches

La Box de SFR – Les affiches

 

Dans les deux cas, le visuel reprend le principe de superposition dont j’ai parlé récemment dans une série d’articles (voir 1, 2, 3). La superposition dont il est question ici n’est pas de l’ordre de la re-photographie (voir articles pré-cités) mais plutôt de l’ordre de la superposition créative (voir article 2). Dans les deux cas en effet, l’image du smartphone révèle une toute autre réalité que celle qui serait vue de nos propres yeux si le smartphone ne faisait pas écran. Ces images reprennent le principe très simple et maintes fois utilisé qui consiste à utiliser une image pour faire écran à la réalité, c’est-à-dire la cacher momentanément, et créer dans le même temps une illusion d’optique susceptible de provoquer à son tour toutes sortes d’effets de sens chez le spectateur : humour, révélation d’une réalité que l’on ne saurait voir autrement, fantastique, peur, poésie, etc. Ici, dans le premier cas, on est clairement dans l’humour; dans le second, on est plus proche du collage poétique.

Pour autant, dans les deux cas, ce qui est compliqué à comprendre pour le spectateur, c’est le lien entre l’image et ce qu’elle vend. Dans le premier cas, l’image vend la capacité de regarder des films sur son smartphone via la box SFR. Dans le second cas, elle vend le service Home by SFR, qui fonctionne lui aussi via la box SFR, et qui permet notamment de visionner via une webcam ce qui se passe chez soi. Dans les deux cas, l’image superpose donc ce que l’on voit sur son smartphone à une vue de la réalité qui est devant nos yeux, de telle sorte que la superposition crée une coïncidence drôle dans le premier cas et étonnante-poétique dans le second.

Lorsque j’ai vu ces affiches pour la première fois, je n’ai pas pu lire le texte sous l’image (pas eu le temps). Or, j’ai tout de suite vu l’effet visuel (et saisi les effets humoristique & poétique), mais a) je l’ai mal interprété, et b) j’étais incapable de dire ce que cette publicité vendait.

a) Je l’ai mal interprétée parce que ce que j’y ai vu en premier, c’est un détournement des superpositions d’images de la réalité augmentée, alors que ce n’est pas le cas, dans aucune des deux images. Je me suis sans doute laissé avoir par la gestuelle associée à chacun des téléphones, à savoir le fait de le tenir vertical, face à son visage, le bras demi tendu devant soit. Cette gestuelle est liée à l’usage du téléphone en tant qu’appareil de visée, à travers lequel on regarde. On retrouve cette gestuelle quand on utilise une application de réalité augmentée justement, et également pour prendre une photo (voir mon board Pinterest Gestuelle digitale). Dans les deux cas en effet, on regarde “à travers” le smartphone, via sa caméra et son écran, soit pour “capturer la vue” dans une photo, soit pour superposer les informations de réalité augmentée à la vue de la réalité nue. Or, ce n’est pas du tout ce qui se passe dans les deux images de ces publicités. Au contraire, les écrans des smartphones sont ici utilisés dans leur fonction de visionnage de vidéo : dans le premier, on visionne un film, dans le second, la vidéo live d’une webcam située chez soi. La méprise vient du fait que la gestuelle pour visionner une vidéo n’est normalement pas celle indiquée ici : elle est en fait plus proche de celle qui consiste à tenir un livre que l’on lit, l’écran plutôt incliné, à hauteur du ventre, le regard tourné vers le bas et non pas à l’horizontal devant soi. Je me suis donc fait avoir par cette petite “tricherie”. Mais cette dernière est là pour créer l’effet d’humour et celui d’étonnement que l’ont ressent effectivement à regarder les images.

b) Si cet effet marche, la tricherie nous empêche cependant de percevoir immédiatement le sens de la publicité, en l’occurrence ce qu’elle vend. C’est le texte qui nous l’indique. Et lorsqu’on l’a lu, il nous invite à revisiter l’image à l’aune de ce message. Désormais, c’est plus clair, et l’effet d’humour et celui d’étonnement en sont rehaussés.

Pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça ? Pourquoi est-ce que ça m’a interpellé ?

Pour tout un tas de raisons, que voici :

  • tout d’abord, cet exemple met bien en évidence les deux gestuelles distinctes :

    • de la prise de photo et de la réalité augmentée d’une part, qui utilisent le smartphone comme un appareil de visée;

    • et de la lecture et du visionnage de l’autre, qui utilisent le smartphone comme un appareil d’affichage d’une image ou d’un texte.

  • dans le premier cas d’usage, la visée digitale crée une sensation de “transparence” du smartphone qui est selon moi quelque chose d’assez inédit dans l’histoire des appareils de visée dans la mesure où les précédents (lunettes, téléscopes, appareils photo, caméras…) exigeaient le plus souvent de coller l’oeil à l’oeilleton de visée, ce qui annulait l’impression de “transparence” de l’appareil. Ici, l’appareil est regardé à distance et s’efface comme une vitre devant l’image vue “à travers”. Je reviendrai dans un prochain article sur ce que m’inspire cette impression de transparence.

  • à l’inverse, lorsque le smartphone est utilisé comme appareil d’affichage, point de transparence possible ! Ici, clairement, l’image fait écran à la vue de la réalité. Et c’est justement sur cela que jouent les publicités SFR pour créer les effets de juxtaposition que j’ai soulignés au début de cet article. Or, ces effets ne sont possibles qu’au prix de la petite “tricherie” gestuelle que j’ai également évoquée. De ce fait, si on veut bien considérer qu’on a là un exemple de superposition d’image d’écran à la vue de la réalité (l’image affichée par le smartphone se superpose à la vue de la réalité qui se trouve derrière), il y a fort à parier que l’on trouvera peu d’exemples de ce type d’images en vertu du fait qu’elle est liée ici à une petite “tricherie” (mais je ne demande qu’à être démenti, hein ?).

Si j’en suis arrivé à cette dernière remarque, c’est justement que cette publicité de SFR, après les articles que j’ai consacré à la re-photographie, m’a conduit à essayer de classer les images de superpositions et de juxtapositions en différentes catégories. Pour rendre le classement vivant, j’ai créé des boards dans Pinterest où vous pourrez retrouver les visuels que j’ai collectés jusqu’à présent. Vous êtes les bienvenus pour m’en signaler d’autres !

Voici les catégories, avec leur description + le lien vers le board Pinterest + quelques images dans le corps de cet article à titre de teaser ! Enjoy !

1 ) Superposition d’objets dans une image

  • dans une image un objet se superpose à un autre, créant ainsi une illusion d’optique ou un effet humoristique ou poétique

  • Voir mon board Pinterest

Superposition oeil pou oeil

Superposition des yeux des poissons à ceux de la jeune femme.

 

2) Superposition d’une image à la réalité dans une image

  • idem que la catégorie 1, mais ici l’objet qui se superpose à l’autre est lui-même une image. C’est donc une image qui cache la réalité et lui substitue une autre vue, créant cependant exactement les mêmes effets : humour, poésie, etc.

  • Voir mon board Pinterest

Femme à tête de livre

Femme à tête de livre

 

Femme dans un magazine

Femme (se) regardant dans un magazine ?

 

3) Utilisation d’un objet voilant (objet écran) comme image ou support d’image

  • un objet ou une surface plane normalement neutre, et qui, éventuellement, cache naturellement un autre objet, est ici utilisé comme support d’image, pour créer les mêmes effets que dans les catégories 1et 2.

  • Voir mon Board Pinterest

  • La célèbre campagne d’Evian utilise des tee-shirt comme support d’une image de bébé, ce qui créée une illusion avec la tête de ceux qui les portent :

Les tee-shirt evian avec bébés.

Les tee-shirt evian avec bébés.

 

  • Même principe dans la campagne ci-dessous qui utilise des serviettes de bain pour y placer des visuels… suggestifs !

Serviette avec imprimé... suggestif !

Serviette avec imprimé… suggestif !

 

  • Le site jobsintown.de a utilisé le même principe avec des machines du quotidien où sont placées des images qui dévoilent un intérieur inattendu mais à la signification explicite !

La superposition d'image selon jobsintown.de

La superposition d’image selon jobsintown.de

 

La superposition d'image selon jobsintown.de

Autre superposition d’image selon jobsintown.de

 

  • Et l’artisan ci-dessous quant à lui, s’est bien amusé dans la décoration de sa voiture :
Artisan voiture décorée

Artisan voiture décorée

 

  • Autre utilisation judicieuse du même principe dans les deux exemples ci-dessous :

Montre poignée au poignet

Montre poignée au poignet

 

Voir le nez à travers le gobelet

Voir le nez à travers le gobelet

4) Juxtaposition d’objets dans une image

  • dans une image, la juxtaposition d’objets crée les mêmes effets que la superposition dans les axes 1 à 3

Une grue soulève la lune

Une grue soulève la lune

 

Un parachutiste se pose sur la lune

Un parachutiste se pose sur la lune

 

Un enfant regarde une soucoupe volante

Un enfant regarde une soucoupe volante

 

5) Mixte de juxtaposition et de superposition :

Chien lecteur

Chien lecteur

 

  • Les images ci-dessous sont un florilège à elles toutes seules de superpositions et de juxtapositions. Le jeu consiste à les découvrir toutes !

Le club

J’hésite à parler de juxtapositions et de superpositions dans cette image… ;-))

 

Le Club 2

Même série que la précédente

7) Superposition d’image d’écran à la réalité dans une image

  • idem que l’axe 2 mais les images sont des écrans

  • C’est justement la catégorie des visuels de la publicité SFR

  • Voir mon board Pinterest. J’ai trouvé peu d’images de cette catégorie. J’ai fourni une tentative d’explication ci-dessus.

Voilà ! D’autres catégories s’ajouteront peut-être plus tard… Nous verrons. En tous cas, vous êtes les bienvenus pour compléter les catégories ci-dessus avec vos trouvailles !