Les consommateurs sont-ils prêts à acheter des objets connectés ? Partie 3 : Les intentions des consommateurs

Face aux chiffres cités dans le précédent article de cette série, difficile de savoir quelle proportion exacte de consommateurs est prête à acheter des objets connectés.

Le chiffre du rapport de Baird cité dans le premier article de cette série (85% des personnes interrogées disent ne pas vouloir acheter de bracelet connecté) est présenté comme négatif par Fortune et Business Insider, mais cela laisse quand même 15% d’intention d’achat sur cette seule catégorie des bracelets connectés, ce que je trouve pas mal pour un marché qui démarre seulement. 15% des adultes américains, ça fait quand même pas mal, non ?

D’ailleurs, certains sondages donnent même des chiffres encore plus modestes !

C’est le cas de l’étude EBG-Harris Interactive d’octobre 2014 qui indique des pourcentages d’intention d’achat allant de 3% à 6% selon les catégories.

Les intentions d'achat des français en matière d'objets connectés selon l'EBG et Harris Interactive (source).

Les intentions d’achat des français en matière d’objets connectés selon l’EBG et Harris Interactive (source).

Présentant cette infographie, le site Zdnet commente : Les objets connectés font la une de la presse IT depuis plusieurs mois, chacun pariant sur une explosion de la demande à court terme (…) Reste la question de la demande : sera-t-elle dans un premier temps issue des technophiles ou du grand public ? En France en tout cas, il ne semble pas que le mass market soit prêt, si on en croît cette étude (…) Harris Interactive et l’ebg montrent que les intentions d’achat stagnent, sauf chez les technophiles.”

De son côté, une étude Deloitte d’octobre 2014 avance le chiffre de 8% pour les montres intelligentes et 9% pour les fitness trackers (intentions d’achat dans l’année). Ce qui n’empêche pas Deloitte d’estimer que les consommateurs commencent à être séduits et que “cet équipement devrait encore croître dans l’année à venir” ! Ni d’estimer dans d’autres rapports de Deloitte US début 2014 (pdf) que le marché des objets connectés « mettables » (wearables devices) est florissant et pourrait générer 3 milliards de dollars en 2014.

Les intentions d'achat des français en matière d'objets connectés selon Deloitte (source).

Les intentions d’achat des français en matière d’objets connectés selon Deloitte (source).

Selon une étude menée par IFOP pour l’Atelier BNP Paribas fin 2013 (pdf), 12% des sondés prétendent vouloir s’équiper d’objets connectés d’ici 2017, ce qui ferait 11 millions de français équipés à cette date. Le chiffre grimpe à 25% chez les cadres.

On trouve aussi des études qui avancent le même chiffre que le sondage de Baird. C’est le cas de l’étude Best of Content / Easypanel de novembre 2014 sur les intentions d’achat des français pour Noël : 15% des sondés par cette étude souhaitaient acheter un objet connecté à Noël. Et pour 44% d’entre eux, il s’agissait d’une montre connectée.

D’autres sondages donnent en revanche des chiffres plus élevés.

C’est le cas de l’Observatoire des objets connectés, publié par l’IFOP en novembre 2014, qui donne des chiffres allant de 8% à 21% selon les catégories.

Les intentions d'achat des français par catégorie d'objets connectés selon l'IFOP.

Les intentions d’achat des français par catégorie d’objets connectés selon l’IFOP.

Selon une étude Havas Média – CSA réalisée fin 2013 les intentions d’achat des français seraient les suivantes :

  • les montres connectées (31 %)
  • les voitures (27 %)
  • les bracelets (27 %)
  • les lunettes connectées à 24 %
  • un réfrigérateur connecté ou un stylo connecté à 23 %
  • des chaussures, vêtements ou pèse-personnes connectés à 22 %
  • puis une brosse à dents connectée à 20 %

Mais j’ai un doute sur ces chiffres : s’agit-il du pourcentage des personnes interrogées ou des personnes qui ont montré un intérêt pour chacune des catégories concernées ? Ce n’est pas la même chose !!!

On trouve des chiffres encore plus élevés dans l’étude Médiamétrie Web Observatoire Q3 2014, selon laquelle 51% des personnes interrogées envisageraient d’acheter un objet connecté.

51% des français envisageraient d'acheter des objets connectés selon Médiamétrie !

51% des français envisageraient d’acheter des objets connectés selon Médiamétrie !

La palme revient à l’étude de l’agence The Links selon laquelle 68% des Français ont l’intention d’acheter un objet connecté, rien que ça !! Parmi eux, 59% le feraient pour équiper leur auto, 56% pour équiper leur maison, 52% pour une utilisation multimédia et 47% pour surveiller leur santé.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les chiffres font le grand écart d’une étude à l’autre ! Il n’est d’ailleurs pas toujours facile de les interpréter : sur quelle base se fondent-ils (français, internautes, geeks…) ? A quelle période de temps font-ils référence (achat à 6 mois, dans l’année, parfois plus) ? Etc.

Changeons donc de perspective et voyons maintenant ce que pensent les consommateurs des objets connectés, indépendamment de leurs intentions d’achat.

Si les chiffres des intentions d’achat ne sont pas toujours très clairs ni fiables, on constate en revanche un intérêt plus franc des français pour les objets connectés. Plus franc, mais pas unanime…

Ainsi, l’étude EBG-Harris Interactive d’octobre 2014 (voir en infographie) révèle des français encore dubitatifs :

  • 64% pensent que les objets connectés sont des gadgets dont on peut se passer.
  • mais 62% pensent malgré tout que les objets connectés vont se généraliser auprès du grand public

On retrouve cette même seconde conviction dans les résultats de l’étude réalisée par l’Institut CSA pour Havas Media France en janvier 2014 : 57% des internautes estiment que les objets connectés seront généralisés dans les cinq prochaines années. Lorsqu’on leur demande pourquoi, 75% répondent qu’il s’agit d’un progrès et 71% pensent que le succès de ces objets est dû au fait qu’ils nous facilitent la vie.

Dans la version 2013 de la même étude, Havas Média & CSA indiquaient que 63% des français étaient favorables au développement des objets connectés.

L’étude Que Choisir réalisée fin 2014 révèle quant à elle des français plus convaincus puisque 54% les trouvent destinés à tous contre 46% qui les trouvent réservés aux technophiles. Et 52% utiles pour la santé tandis que 48% pensent que ce sont des gadgets inutiles.

Le domaine de la santé est sans doute l’un de ceux qui fait le plus l’unanimité, même si l’étude IFOP pour l’Atelier BNP Paribas (pdf) indique que « 62% des Français n’estiment pas que les objets connectés pourraient être considérés comme des soins médicaux à part entière, même dans un avenir indéterminé ». Alors même que 50 % des possesseurs les utilisent principalement pour surveiller ou améliorer leur santé !

Toutefois, de nombreux français semblent convaincus de l’intérêt des objets connectés pour améliorer l’autonomie des personnes dépendantes ou malades. Ainsi, la société DMD Santé a présenté un rapport lors du festival Communication Santé de Deauville, en novembre 2014, dans lequel elle déclare que 58% des personnes âgées seraient prêtes à utiliser des objets connectés liés à la santé si leur médecin le leur recommande (source).

De la même manière, l’enquête de TNS Sofres réalisée fin 2014 pour La Fondation de La Mutuelle Générale montre que les français plébiscitent les technologies connectées pour la prise en charge des personnes en perte d’autonomie puisque 93% des personnes interrogées estiment que ces outils peuvent permettre de mieux prendre en charge et faciliter le quotidien des malades.

Les impacts positifs des technologies connectés pour les malades selon une enquête de TNS pour La Mutuelle Générale

Les impacts positifs des technologies connectés pour les malades selon une enquête de TNS pour La Mutuelle Générale

La Poste, avec OpinionWay, a également publié une étude (pdf), fin 2014, dans laquelle les français plébiscitent les usages des objets connectés en matière de service de proximité, d’habitat et de santé et bien-être :

Un extrait de l'étude La Poste - OpinionWay sur les intérêts des objets connectés selon les français.

Un extrait de l’étude La Poste – OpinionWay sur les intérêts des objets connectés selon les français.

Enfin, selon le Baromètre Syntec Numérique – BVA des objets connectés, “près de 90% des personnes interrogées considèrent le développement des objets connectés comme une véritable avancée”. Et “une grande majorité des personnes interrogées souhaitent qu’ils soient développés en priorité pour la santé (64 %), la sécurité (60 %) et l’amélioration de la vie quotidienne (30 %) ».

Dans son rapport Tech Trends 2014 (pdf), Deloitte rappelle d’ailleurs que « Gartner prévoit que le revenu mondial des terminaux, applications et services liés aux « wearables » dans les domaines du fitness et de la santé va passer de 1,6 milliard de dollars US en 2013 à 5 milliards d’ici 2016 ».

Si l’intérêt des français pour les objets connectés semble donc avéré, ils émettent cependant quelques doutes qui expliquent en grande partie les freins à l’achat ou à l’usage que l’on rencontre encore aujourd’hui. C’est ce que nous verrons dans le prochain article de cette série.

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Les consommateurs sont-ils prêts à acheter des objets connectés ? Partie 2 : Etat des lieux et prévisions des ventes

Dans le deuxième article de cette série, j’aimerai m’attacher aux chiffres de vente des objets connectés pour savoir s’ils représentent vraiment un marché de niche : Combien s’en est-il déjà vendu ? Quelles sont les prévisions ? Combien représente cette niche ?

Si l’on se réfère aux données globales des institut d’études, on obtient des chiffres impressionnants qui correspondent à tout sauf à une “niche” (voir article 1 de cette série) :

  • En 2009, il y avait près de 2,5 milliards d’objets connectés sur terre selon Gartner.
  • En 2010 : 4 milliards selon l’Idate.
  • En 2013 : 15 milliards selon l’Idate.
  • Les prévisions pour 2020 :
    • Près de 30 milliards d’objets, selon Gartner, dont essentiellement des « choses » plutôt que des PC ou des smartphones. Le marché devrait peser 1 900 milliards de dollars, soit 2% du produit mondial brut.
    • 80 milliards d’objets connectés selon l’Idate
    • D’après IDC, 212 milliards d’objets connectés qui représenteront un marché de 6 460 milliards de dollards, soit plus de 10 % du produit mondial brut !
    • Une étude de Cisco de 2013 prévoit même de son côté que les objets connectés représenteront un marché de 14 400 milliards de dollars !!!

Selon l’Idate, le taux d’équipement d’une famille de quatre personnes dans les pays occidentaux évoluerait comme suit :

  • 2014 : 10 objets
  • 2017 : 25 objets
  • 2022 : 50 objets

Selon une autre source, en 2020, chaque personne détiendrait environ 6,5 objets connectés.

Ces chiffres donnent le vertige. Mais on est là aussi face au principal écueil des chiffres liés aux objets connectés : De quoi parle-t-on ? Que mesurent-ils ? La diversité de ce que regroupe l’appellation “objets connectés” est telle qu’il faut être prudent dans la lecture des chiffres. Regroupent-ils les appareils classiquement reliés à internet que sont les PC, smartphones et tablettes ? Regroupent-ils les équipements urbains connectés ? Les systèmes de détection environnementale connectée ? Les compteurs intelligents ? Tous les objets munis de puces RFID ? On pourrait ainsi multiplier les questions.

La plupart des chiffres cités ci-dessus regroupent l’ensemble de tout ce qui peut être connecté. Cisco prévoit même qu’à l’horizon 2020  99,4 % des objets physiques seront connectés et de nouveaux seront inventés !

Or, tous ces chiffres qui impressionnent sont généralement utilisés à l’appui des discours qui veulent “vendre” les objets connectés. Et l’amalgame est vite fait entre le vaste ensemble de l’internet des objets et chaque catégorie en particulier, telles que les montres ou les bracelets connectés, dont j’ai parlé dans la première partie de cette article.

Si vous vous intéressez plus spécifiquement aux objets connectés achetés ou utilisés par les particuliers – qui ne sont qu’une toute petite partie (pour l’instant) des objets connectés existants – , il faut aller voir les chiffres qui les concernent spécifiquement.

Ces chiffres, quels sont-ils ?

Aux Etats-Unis, selon PwC :

  • 2 millions de montres connectées ont été vendues en 2013 (Cf. chiffre Jackdaw article 1)
  • 3,3 millions de capteurs d’activité (fitness trackers) ont été ont été vendus entre mars 2013 et mars 2014.
  • En 2014, il se serait vendu environ 19 millions d’objets “mettables” (wearable devices) de types : montres, casques et capteurs d’activité.
  • En 2014, 21% des adultes posséderaient un objet connecté.

En France, les chiffres varient beaucoup selon les enquêtes.

On trouve un chiffre beaucoup plus bas dans l’étude Médiamétrie Web Observatoire Q3 2014, puisque seuls 5% des personnes interrogées ont déclaré détenir un objet connecté !

Selon un sondage IFOP pour l’Atelier BNP Paribas (pdf), en France fin 2013, plus de 5 millions de personnes sont équipés d’un objet connecté (hors PC, smartphone…), soit 11% de la population française âgée de plus de 18 ans. Le pourcentage grimpe à 14% chez les 18-24 ans. Et le marché devrait doubler dans les trois prochaines années pour atteindre 11 millions de français équipés d’objets connectés en 2017.

Selon ce sondage, les objets les plus possédés sont les suivants :

  • La balance intelligente : 6% des Français équipés.
  • Les tensiomètres, montres et traqueurs connectés : 2%
  • Autres objets : 1%

Selon le Baromètre Syntec Numérique – BVA publié en février 2014 près d’un quart des interrogés déclare aujourd’hui utiliser des objets connectés, en grande partie pour faciliter leur vie de tous les jours (23%). Ils les adoptent également pour surveiller leur santé (21%), se déplacer (20%), ou se protéger (14%). Les objets au service des performances sportives (bracelets fitness, raquette, chaussures..) arrivent quant à eux au bas de l’échelle puisque seulement 9% d’entre eux déclarent en être équipés.” Le spectre des objets visés par cette étude semble plus large que ceux de PwC et de l’IFOP car les chiffres sont plus élevés et les usages plus larges.

Ceci dit, on trouve un chiffre similaire dans L’Observatoire des objets connectés publié par l’IFOP fin 2014, qui indique que 23% des français posséderaient un objet connecté. Et l’IFOP donne le détail des objets :

Les objets connectés possédés par les français selon l'IFOP (nov. 2014).

Les objets connectés possédés par les français selon l’IFOP (nov. 2014).

 Selon GfK :

    • Sur les 92 millions de produits high-tech vendus en France en 2013, 48 % sont connectés. Ce taux devrait grimper à 57 % en 2014 et dépasser les 85 % à l’horizon 2020. GfK va donc dans le sens du chiffre de Cisco indiqué précédemment.
  • Catégorie 1 : Appareils traditionnellement connectés : smartphones, tablettes, PC :
      • Smartphones :
        • 15,8 millions d’unités vendues en France en 2013.
        • Prévision de 18 millions vendus en France en 2014 (source).
      • PC : 4,8 millions d’unités vendues en France en 2013.
      • Tablettes : 6,2 millions d’unités vendues en France en 2013.
  • Catégorie 2 : “La connectivité se propage maintenant à tous les produits traditionnellement non connectés : imprimantes, téléviseurs, chaînes hi-fi, enceintes, appareils photo, etc.”
    • Il s’en est vendu 14 millions en France en 2013, en hausse de 8 %.
  • Catégorie 3 : “Une nouvelle vague de produits destinés à communiquer avec les tablettes et smartphones arrive : montres, bracelets, balances, etc.” :
    • 2013 : 300 000 ou 390 000 (?) vendus selon GfK, soit un marché de 64 millions d’euros.
    • 2015 : GfK prévoit un chiffre d’affaires de 400 millions d’euros
    • En 2020 : GfK prévoit un chiffre d’affaires de plusieurs milliards d’euros.
  • Montres :
    • 2013 : 35 000 vendues selon GfK (contre 2 millions aux USA selon PwC)
    • 2014 : 150 000 vendues selon GfK
  • Bracelets :
    • 2013 : 30 000 vendus selon GfK (contre 3 millions aux USA selon PwC)
    • 2014 : 200 000 vendus selon GfK

En valeur de marché :

    • D’après une étude menée par Xerfi et résumée dans cet article (que je cite ci-dessous), la valeur du marché des objets connectés en France s’estime à 150 millions d’Euros pour l’année 2013, soit 1,5% des dépenses High-tech des Français (alors que GfK disait que 48% des objets high-tech achetés en France en 2013 étaient connectés !!!).
    • Xerfi estime que le marché des objets connectés pourrait atteindre une valeur de 500 millions d’euros en 2016, ce qui aurait pour conséquence la création d’entreprises et d’emplois.
    • Xerfi divise le marché des objets connectés en deux grands secteurs : la Santé et la Domotique
    • Le segment de la Santé et du Bien-être s’élève, selon Xerfi, à 60 millions d’euros. Xerfi reprend ensuite la distinction en quatre catégories de produits issue d’une étude effectué par l’IFOP :
      • Les balances connectées :
        • Ce marché est le plus ancien mais pas le plus important. Il représente 8 millions d’euros et correspond à 13,3% des parts de marché du segment des objets connectés dédiés à la Santé.
      • Les montres connectées :
        • Ce produit représente une des valeurs sûres des objets connectés avec une part de marché de 46% et un volume de vente de 28 millions d’euros.
      • Les capteurs d’activité :
        • Ils représentent 33% de part de marché (2ème place) pour un chiffre d’affaire de 20 millions d’euros en 2013 en France.
      • Les tensiomètres connectés :
        • C’est le produit le moins répandu avec « seulement » 16% de part de marché. Personnellement, je trouve déjà ça énorme.
    • Pour le segment de la domotique :
    • Selon Xerfi, il s’élève à 90 millions d’euros en 2013.
    • D’après une étude du cabinet Gartner, la maison connectée sera une réalité à l’horizon 2022 (entre 2020 et 2025). Le foyer typique sera alors équipé de 500 objets connectés.

Enfin, si l’on regarde les résultats des achats de Noël, on constate que le marché des objets connectés décolle. C’est en tous cas ce que prétend le site Rue du Commerce, qui a constaté +177% de croissance des ventes de montres connectées entre Noël 2013 et Noël 2014. 

Que faut-il retenir de tous ces chiffres ? Essentiellement la chose suivante : si chaque catégorie prise à part représente encore aujourd’hui, effectivement, un marché de niche, ce dernier semble cependant se développer rapidement dans de nombreuses catégories. Surtout, la notion d’objet connecté va beaucoup évoluer avec une généralisation du phénomène à l’insu des particuliers, indépendamment de leur volonté d’achat : d’ici peu, on achètera certainement des objets connectés même sans intention de les acheter pour cette raison, mais simplement parce qu’ils seront de plus en plus nombreux à être connectés. La connectivité deviendra une commodité.

Décrypter les intentions d’achats des consommateurs, tel sera justement l’objet du troisième article de cette série.

Les consommateurs sont-ils prêts à acheter des objets connectés ? Partie 1 : Un marché de niche ?

Si l’on en croit les plus grands cabinets d’études au monde, les objets connectés sont promis à une expansion d’une incroyable ampleur : il y en aura 30 milliards en 2020 selon Gartner, 80 milliards selon l’Idate, voire même 212 milliards selon IDC ! Au dernier CES de Las Vegas, comme lors des précédentes éditions, ils ont fait un carton ! Et pourtant, voici quelques jours, j’ai été interpellé par un court article paru sur le site web du magazine Fortune intitulé “Who wants a fitness band?”. Cet article a ensuite été relayé par un second de Business Insider, dont le titre est une réponse au premier : “Almost Nobody Wants To Buy Fitness Trackers”. Une réponse des plus étonnantes au regard des perspectives que je viens d’évoquer ! Tout cela mérite donc qu’on y regarde de plus près…

Les deux articles évoquent un sondage publié dans un rapport du cabinet Baird (rapport dont je n’ai pas trouvé trace sur internet) selon lequel 85% des personnes interrogées disent ne pas vouloir acheter de bracelet connecté !

Le sondage du cabinet Baird.

Le sondage du cabinet Baird.

Fortune commente ainsi ce sondage : “Le principal concurrent de l’Apple Watch n’est pas Fitbit, Jawbone, Garmin ou d’autres. C’est la non-envie de consommation de tels produits.” Et Business Insider commente de son côté : Ce sondage est une très mauvaise nouvelle pour tous les fabricants de bracelets connectés, d’autant plus que les compte-rendus du CES suggèrent que tout un tas de sociétés investissent des millions de dollars dans ce secteur sur lequel personne n’a encore de recul.”

Cette année encore, en effet, le CES de Las Vegas, qui vient de fermer ses portes, a vu déferler une multitude de nouveautés en matière d’objets connectés. Les fabricants seraient-ils inconscients ? Ont-ils tort de se précipiter ainsi sur un créneau qui n’intéresse apparemment pas les consommateurs ? Les chiffres faramineux du futur marché des objets connectés annoncés par certains bureaux d’analyse (Gartner, Idate ou d’autres parlent de 50, 80 voire 212 milliards d’objets connectés dans le monde à l’horizon 2020) ne seraient-ils que des chants des sirènes destinés à nous berner ?

Un constat similaire à celui du cabinet Baird avait déjà été fait l’été dernier par le bureau d’analyses Jackdaw à propos des montres connectées. Le site internet Clubic Pro explique ainsi le point de vue du cabinet : De plus en plus de constructeurs se lancent à l’assaut du tout jeune marché des montres connectées. Après Sony, Samsung ou LG, c’est Motorola, HTC et Apple que l’on attend de voir investir ce segment. Mais si l’on en croit l’étude publiée ce jeudi par Jackdaw, ces derniers devraient y réfléchir à deux fois ! Avec seulement 2 millions de montres vendues en 2013 (selon Strategy Analytics), le gâteau n’est pas très consistant. « Le marché actuel n’a tout simplement pas de place pour de nouveaux fabricants qui suivent le même chemin étroit que les autres » explique Jan Dawson, chercheur chez Jackdaw.”

Le point de vue de Jackdaw face à ces chiffres est donc celui des fabricants de montres connectées. Le bureau d’analyse se demande combien de fabricants vont pouvoir se partager les parts de ce nouveau marché de niche, en suggérant qu’ils sont aujourd’hui trop nombreux à vouloir y prétendre.

Je pense cependant qu’une telle situation est finalement assez classique dans le contexte de l’émergence d’un nouveau marché technologique. De tels marchés attirent souvent toute une cohorte d’acteurs, dont le nombre se réduit ensuite au fur et à mesure que le marché devient mature et se rationalise. Quant à la question de savoir combien d’acteurs pourront se partager ce gâteau, et lesquels tireront leur épingle du jeu, je laisse de telles prévisions aux spécialistes. Ce qui m’intéresse plus, c’est d’essayer d’identifier selon quels critères se fera la sélection. J’y reviendrai dans un prochain article.

Il faut également souligner qu’un marché de niche peut évidemment être très lucratif. C’est même certainement la conviction des acteurs qui s’y précipitent. Car quand on s’appelle Apple, on ne se lance pas dans un nouveau marché par hasard et pour y gagner des broutilles.

On peut aussi noter que si les montres et les bracelets représentent des marchés de niche (et il en va sans doute ainsi de la plupart des autres catégories d’objets connectés prises isolément), l’ensemble de toutes les catégories représente cependant un bien plus énorme gâteau ! Avec tous les objets connectés, nous avons à faire à une multitudes de marchés de niches, sur lesquels un même fabricant peut d’ailleurs se positionner assez facilement !

Enfin, il faut aussi souligner que ces marchés des montres, des bracelets et des autres objets connectés ne sont pas tant des marchés autonomes que des marchés d’écosystèmes :

  • Des écosystèmes de devices reliés entre eux et notamment avec le smartphone (La plupart des montres sont encore pensées aujourd’hui comme une extension au smartphone).
  • Des écosystème de plateformes de services (la domotique, la santé, les loisirs…).

La clé n’est donc pas tant de maîtriser un marché de niche en particulier que de maîtriser un écosystème.

Mais revenons à notre sondage. Personnellement, il m’intéresse non seulement du point de vue des fabricants, mais aussi et surtout du point de vue des marques et des entreprises qui pourraient être tentées par une stratégie intégrant des objets connectés. Or, ce sondage n’est-il pas également une mauvaise nouvelle pour ces marques ? Ne va-t-il pas les inciter à se détourner des objets connectés ?

Je pense au contraire qu’elles auraient tort de faire cela et qu’elles doivent y regarder de plus près avant de se désengager complètement. Pourquoi ? C’est ce que nous verrons dans le deuxième article de cette série. Suspens !  ;-)))

Pourquoi assureurs et mutuelles devraient s’intéresser de très près à l’internet de demain ? Episode 5 : Exemples d’offres nouvelles.

Comme je l’indiquais dans le précédent article, l’internet de demain, et notamment les objets connectés, peuvent permettre aux assurances et aux mutuelles de faire évoluer leur offre et leur business model. Certaines ont déjà commencé. Aussi, j’aimerai dans cet article passer en revue certains exemples, en les organisant selon les 4 directions clés que j’ai évoquées dans le précédent article.

1. Proposer des offres d’assurance avec tarification ou avantages personnalisés selon l’usage (usage-based insurance)

L’assurance à l’usage (usage-based insurance) repose sur un principe de personnalisation qui consiste à adapter la prime d’assurance à l’usage et au comportement de l’assuré, c’est à dire au risque qu’il représente. Au-delà de la prime elle-même, la personnalisation porte parfois sur l’obtention d’avantages en parallèle.

L’assurance auto a été la première à proposer ce type d’offre sous l’appellation “Pay-as-you-drive”. Le fonctionnement repose sur un boîtier, fixé sur le véhicule, qui transmet les données de comportement de conduite et de consommation au système d’information de l’assureur, lequel adapte ensuite le paiement de la prime au comportement plus ou moins “risqué” du conducteur.

Les offres pay-as-you-drive

Les offres « Pay-as-you-drive » propose une tarification personnalisée selon le kilométrage parcouru.

En France, en vertu des principes de protection de la vie privée, la CNIL limite les données qui peuvent être récupérées par les assureurs. Ceux qui proposent ce service, tels Amaguiz (Groupama) ou IDMacif (Macif), ne prennent donc en compte que le kilométrage parcouru. Aux Etats-Unis en revanche, Progressive et Allstate vont plus loin et prennent en compte également le comportement de conduite (nombre de freinages brusques, vitesse, nombre d’accélérations rapides…).

De ce fait, les assureurs américains peuvent également aller plus loin dans les services digitaux qu’ils proposent de manière complémentaire à l’assurance personnalisée. On touche là le deuxième axe que j’évoquais dans mon précédent article.

2. Proposer des services digitaux complémentaires à l’assurance personnalisée

Dans la continuité de leur offre pay-as-you-drive, Progressive et Allstate proposent en effet des services en ligne d’information et de prévention fondés sur la restitution à l’assuré des données collectées sur son comportement de conduite.

Le programme "Drivewise" d'Allstate

Le programme « Drivewise » d’Allstate

L’objectif de ce dispositif d’accès et de monitoring de l’information consiste à inciter l’assuré à améliorer son comportement de conduite pour le rendre de plus en plus sûr (ou économe en énergie) et ainsi diminuer le risque d’accident. Le principe a donc des vertus pédagogiques en lui-même. Mais on pourrait aussi utilement imaginer inclure des principes de gamification dans un tel dispositif pour le rendre plus incitatif, voire construire explicitement un dispositif pédagogique d’apprentissage à une conduite plus sûre et/ou plus économe, comme le propose Fiat depuis plusieurs années avec son programme eco:Drive, qui permet aux conducteurs équipés du système Blue&Me (développé avec Microsoft) de recueillir toutes leurs données de conduite sur une clé USB et de les analyser via le programme eco:Drive.

Le programme EcoDrive de Fiat

L’interface de monitoring de sa conduite du programme EcoDrive de Fiat.

Aux USA, Aetna a adopté la même approche pédagogique en développant avec la société Mindbloom, un jeu en ligne, Life Game, destiné à aider les assurés à adopter un comportement sain. Sur le sujet, lire “Aetna Hopes Games Will Make People Healthier”.

Après ce détour par le point 2, revenons au 1er point, avec lequel je n’en avais pas fini… ;-)) !!

1 (le retour). Proposer des offres d’assurance avec tarification ou avantages personnalisés selon l’usage (usage-based insurance) (vous vous souvenez ?)

En Angleterre, Motaquote propose également une assurance auto personnalisée, en partenariat avec les systèmes de cartographie et d’assistance à la conduite Tom-Tom.

Mais l’assurance auto n’est pas la seule à proposer des offres personnalisées. Celles-ci existent aussi pour l’assurance santé, comme en témoigne l’assureur sud-africain Discovery. Ce dernier a créé une offre d’assurance santé nommée Vitality, qui permet aux assurés de bénéficier en parallèle d’avantages commerciaux en contrepartie de comportements de prévention, et notamment via l’usage d’objets connectés de fitness tels que Adidas micoach, Polar, Garmin ou Fitbug.

Discovery Vitality

L’offre Vitality de l’assureur sud-africain Discovery

Ici, la personnalisation ne repose pas sur le montant de la prime mais sur l’obtention de bénéfices en parallèle (coupons de réduction, etc.). Le principe qui préside à cette offre est toutefois celui que je défends depuis le début de cette série d’articles : l’internet de demain (ici à travers les objets connectés), ouvre le champ à de nouveaux usages (ici le Quantified Self), porteurs de nouvelles opportunités en termes de marketing, d’offres et de business model, reposant sur les principes suivants :

  • les objets connectés s’inscrivent dans une logique de prévention qui vise à réduire les risques, créant ainsi une opportunité gagnant-gagnant pour les assurés comme pour les assureurs.
  • les objets connectés reposent sur la génération-captation, l’analyse et l’utilisation de données qui peuvent ensuite être utilisées :
    • par les utilisateurs eux-mêmes, afin de réduire leurs risques en “monitorant” ces données et leur comportement de manière préventive
    • par les assureurs, afin d’adapter leur offre : sur le plan tarifaire par l’usage de l’analytique et de l’analyse prédictive, comme sur le plan préventif par l’usage de mécanismes de personnalisation, de gamification et de socialisation.
    • par les acteurs publics, scientifiques et médicaux, qui peuvent exploiter ces données

Pour revenir à notre propos initial, signalons que Discovery propose également une offre similaire pour l’assurance auto. Nommée VitalityDrive, elle repose sur l’usage d’un capteur automobile (DQ Track) qui permet de calculer un Quotient de conduite (Driver Quotient – DQ) lequel permet lui aussi de bénéficier d’avantages.

Enfin, pour clore le sujet des offres personnalisées et montrer à quel point elles peuvent être étendues, je trouve intéressant de noter qu’on les voit également apparaître dans le secteur bancaire, un secteur évidemment proche de celui des assurances. L’exemple en est fourni par Jumiya, une start-up qui propose des conditions de financement liées à l’usage des appareils de mesure de l’activité physique (lire “Jumiya, la banque se préoccupe de votre santé”).

De la même manière que j’évoquais ci-dessus les services pédagogiques qui pourraient être associés aux offres personnalisées, on pourrait également imaginer des services d’alerte et d’assistance associés à ces offres.

Je n’en ai pas repéré pour l’instant, mais il existe cependant dans ce domaine des initiatives qui relèvent selon moi du 3ème axe de développement que j’évoquais précédemment : la création par les assureurs de services digitaux innovants disctincts et autonomes de leur offre d’assurance.

3. Créer et commercialiser un dispositif ou un service digital d’information, de prévention ou de limitation des risques.

C’est ce qu’a fait Allianz en créant Allianz Helpbox, un service d’alerte et d’assistance qui repose sur un boîtier qui déclenche un appel d’urgence en cas d’accident et communique les coordonnées GPS.

Le principe d'Allianz Helpbox

Le principe d’Allianz Helpbox

 

Le boîtier d'Allianz Helpbox

Le boîtier d’Allianz Helpbox

 

Comment fonctionne Allianz Helpbox

Comment fonctionne Allianz Helpbox

On peut aussi mettre dans cette catégorie le site ComparHospit, de Malakoff-Médéric. Utilisant des données publiques OpenData, ce site permet de comparer les établissements hospitaliers pour choisir celui le plus adapté à ses besoins.

4. Proposer des offres d’assurance couplées à l’usage d’un dispositif ou service digital de prévention ou de limitation des risques.

Venons en maintenant à tous les cas où assureurs et mutuelles peuvent s’allier avec des éditeurs de solutions relevant de l’internet de demain pour faire évoluer leur offre.

Un premier exemple nous est fourni en France avec MAAF Assurances qui a initié un partenariat avec la société toulousaine Sigfox pour devenir “le premier assureur à offrir un service de protection de l’habitat des particuliers opéré par des objets communicants”. Il s’agit d’un service d’alerte en cas d’incendie ou d’intrusion connecté au réseau Sigfox. Disponible à compter de janvier 2013, il permettra aux assurés MAAF d’être avertis directement par SMS en cas de détection de mouvements ou de fumées. Selon Laurent Pigelet, directeur marketing et communication de MAAF : “la solution apportée par Sigfox répond à notre volonté de garantir la sécurité de nos sociétaires en toutes circonstances ».

Un autre exemple est fourni par SFR et Europ Assistance qui s’associent autour de l’offre de domotique Home by SFR.

Que l’internet des objets et le Quantified Self puissent être un enjeu pour les assureurs, on le voit notamment à travers le site web de certains éditeurs d’objets connectés, qui proposent parfois explicitement un partenariat avec les assureurs, comme le fait de manière très argumentée Fitbug.

Fitbug et son partenariat assureurs

La page de proposition d’offre de partenariat avec les assureurs de Fitbug.

Ils vont même jusqu’à citer un rapport qui dit que les demandes d’indemnisation d’assurance maladie sont 32% moins élevées chez les utilisateurs de Fitbug que pour les autres (voir illustration ci-dessous) !!!

Statistiques Fitbug

En bon data tracker, Fitbug utilise des arguments chiffrés pour convaincre (voir cartouche de droite) !

Aux Etats-Unis, l’assureur santé Aetna a entièrement redéfini sa mission, sa stratégie et sa communication autour de cette stratégie de fournisseur de solutions (notamment technologiques) de management de la santé. Il a investi dans l’acquisition de sociétés de monitoring des données de santé : iTriage, une plateforme web & mobile d’aide au diagnostic et de mise en relation avec les professionnels de soins; Medicity, et sa solution professionnelle iNexx; et enfin ActiveHealth Management. Au terme de ces acquisitions, il a développé la plateforme CarePass, qui permet aux utilisateurs d’appareils de mesure de santé de réunir l’ensemble de leurs données dans une même plateforme. CarePass fonctionne avec des applications telles que Fitbit, MapMyFitness, BetterLife ou SparkPeople.

La stratégie d'acquisitions technologiques d'Aetna

La stratégie d’acquisitions technologiques d’Aetna

Pour en savoir plus sur la stratégie d’Aetna, lire par exemple : Aetna to launch CarePass for mobile in 2013 et Why Aetna acquired iTriage app maker Healthagen.

Voilà, nous arrivons au terme de cette série.

Avant de la clore définitivement, je vous invite à lire :

Pourquoi assureurs et mutuelles devraient s’intéresser de très près à l’internet de demain ? Episode 4 : L’internet de demain va modifier les offres.

Dans le 4ème article de cette série, j’aimerai expliquer comment l’internet de demain peut modifier l’offre que les assureurs et les mutuelles peuvent proposer à leurs clients ou sociétaires, et finalement comment il peut aller jusqu’à modifier leur business model.

Pour commencer, rappelons que les technologies dont nous parlons ici sont par exemple l’internet des objets, la réalité augmentée, les QRCodes, les puces RFID, la géo-localisation, les connections Bluetooth ou les réseaux bas débits, etc. (voir le 1er article de cette série).

Dans cet article, il sera beaucoup question des objets connectés. Comme je l’avais dit dans le premier article, le sujet est à la mode : la conférence LeWeb’12 Paris, qui a eu lieu en décembre dernier, leur était consacrée; et le récent CES 2013, qui s’est tenu à Las Vegas il y a quelques semaines, a également été marqué par les innovations dans ce domaine, une tendance déjà remarquée ces deux dernières années.

Quels types de services les objets connectés et l’internet de demain permettent-ils ?

Sans prétendre être exhaustif dans la réponse, je vous propose le panorama ci-dessous, dont les catégories, on le verra, ne sont pas anodines pour notre propos :

  • Des services pour retrouver des objets perdus
    • Return My Key est un porte clés doté d’un QRCode qui permet de retrouver ses clés. Lorsque quelqu’un les retrouve, il scanne le QRCode et le propriétaire des clés reçoit alors un e-mail qui dit : “J’ai retrouvé vos clés ! Contactez-moi” et qui contient le numéro de téléphone de la personne qui les a retrouvé. Le bénéfice vient du fait que les coordonnées du propriétaire ne sont pas communiquées, ce qui évite une visite malveillante de celui qui trouve les clés.
    • La société française QR-Bag propose un dispositif similaire (à découvrir dans cette vidéo).
    • Bikn est un dispositif composé de petites balises RFID (qui ressemblent à des porte clés ou à des clés USB) reliées à une application mobile qui permet de les localiser. Mettez ces balises avec vos objets de valeur (clés, portefeuille, sac à main, valises…), le dispositif vous permettra de les localiser si vous les avez perdus.
    • RFID Finder est un dispositif similaire, pour l’instant à l’état de concept (lire RFID Finder : il retrouve les objets perdus pour vous)
    • StickNFind est quant à lui un dispositif composé de pastilles autocollantes connectées à un circuit bluetooth à basse consommation d’énergie et reliées à une application mobile capable de localiser les pastilles dans un rayon de 30 mètres. En collant ces pastilles sur vos objets de valeur, vous pourrez les retrouver avec votre smartphone.

 

 

  • Des services de domotique
    • Lockitron est un verrou connecté sans clé qui fonctionne à l’aide d’une application mobile. Il permet de verrouiller-déverrouiller la porte à distance. Il s’adapte aux portes sans travaux particuliers. Il peut aussi utiliser des technologies sans contact telles que Bluetooth ou NFC pour fonctionner en approchant le smartphone. Il peut aussi alerter quand quelqu’un frappe à la porte ou ouvre et ferme la porte.
    • Smartthings est une plateforme destinée à créer des objets connectés dans la maison. Elle repose sur un boîtier qui contrôle un réseau local pouvant comporter jusqu’à 25 000 capteurs ou objets connectés par habitation. Ceux-ci peuvent ensuite être pilotés à distance via une application mobile. Le dispositif permet d’allumer ou d’éteindre une lampe à distance, de régler un thermostat, d’être alerté quand une porte s’ouvre, etc. C’est également une plateforme ouverte permettant à n’importe quel développeur ou entreprise de créer des objets connectés ou des applications utilisant cette technologie.
    • Belkin Wemo est l’offre de domotique connectée de la société Belkin. Elle se compose actuellement de 2 objets, un interrupteur et un détecteur de mouvements, reliés à internet et pilotables à distance via une application mobile. L’ensemble permet donc d’allumer ou d’éteindre des appareils, de détecter des mouvements à distance, etc.
    • Home est l’offre de domotique connectée de SFR.
    • La société française Myxyty propose également une offre similaire.
    • Nest est un thermostat intelligent qui s’intègre à l’installation électrique d’une habitation pour mieux gérer le chauffage, créer plus de confort et ainsi faire des économies d’énergie. Connecté à internet, il s’adapte aux données météo qui lui sont transmises. Bardé de capteurs, il apprend également quelles sont les habitudes de vie des habitants du logement pour optimiser en permanence ses réglages.

 

  • Des services de mesure des données physiologiques ou de l’activité physique :
    • Azumio est une société qui propose toute une série d’applications dans ce domaine : Heart rate & Cardio Buddy mesurent le rythme cardiaque, Fitness trainer & Fitness Buddy vous aident dans la conduite d’activités de mise en forme, Sleep time assure le suivi de votre sommeil, Stress Doctor et Stress Check aident à gérer votre stress et Glucose Buddy est dédié aux diabétiques.
    • Hapilabs est une société française qui propose à ce jour 3 produits connectés:
      • HAPIfork est une fourchette équipée d’un accéléromètre qui peut mesurer le temps mis pour manger un repas, le nombre d’allers-retours de la fourchette entre votre bouche et l’assiette ainsi que le temps écoulé entre ceux-ci. Connectée, la fourchette envoie ces données sur un site en ligne et une application mobile, qui vous permettent de mieux gérer la manière dont vous manger. L’ensemble part évidemment du principe qu’il est plus sain de manger lentement.
      • HAPItrack est un boîtier que l’on peut porter dans une poche ou clipper à sa ceinture et qui mesure les pas effectués, la distance parcourue et les calories brûlées pendant la journée. Il envoie également des messages pour solliciter votre activité physique. Comme la Hapifork, il est connecté à un site en ligne et une application mobile qui vous permettent de gérer votre activité physique.
      • HAPIwatch est une montre qui mesure votre rythme cardiaque et suit votre sommeil.
      • Les trois objets disposent également d’un bouton sur lequel on peut appuyer pour désigner un “Hapimoment” !
    • La montre Basis, bardée de capteurs, mesure le rythme cardiaque, le nombre de calories brulées dans la journée, la transpiration, le rythme respiratoire et analyse la qualité du sommeil.
    • La société BodyMedia propose un capteur de données physiologiques et de mesure d’activité physique qui peut se porter en montre ou en brassard. Lors du CES 2013, la société a présenté une version “montre de luxe” de son capteur.
    • Jawbone et son bracelet-capteur Up était l’un des précurseurs dans ce domaine. Après avoir arrêté la commercialisation de son bracelet, la société la reprend en 2013.
    • iBGStar est un lecteur de glycémie connecté, créé par Sanofi-Aventis.
    • La société Fitbit propose elle aussi des capteurs de données (Zip et One) et une balance intelligente (Aria), tous connectés.
    • Fitbug, qu’il ne faut pas confondre avec la précédente, propose cependant une offre quasi similaire : capteurs de données et balance intelligente, tous connectés.
    • Dans cette catégorie des capteurs de données physiologiques pendant les exercices (rythme cardiaque, température, transpiration, rythme de respiration…), on peut aussi citer le bracelet Nike+ FuelBand de Nike, le harnais BioHarness de Zéphyr, les montres et capteurs de Garmin, ou encore le capteur iBitz, de la société GeoPalz, qui a la particularité d’avoir une version destinée aux enfants.

 

  • Des services d’assistance médicale
    • La société Medfolio propose une boîte de prise de médicaments connectée pour mieux garantir la bonne prise régulière de ses médicaments (lire cet article).
    • Créé par la société Scanadu, Scout est un capteur connecté qui mesure la température corporelle, le rythme cardiaque, l’oxygénation du sang, la tension, etc. Il facilite la communication de ces données à votre médecin ou aux personnes de votre famille, permettant par exemple de mieux identifier la nécessité d’une consultation médicale.

 

  • Des services de mesure environnementale
    • Node est un peu le couteau suisse des capteurs ! C’est un petit boîtier rond transportable relié à une application mobile via internet, et dans lequel on peut loger différents capteurs : de température, de pression atmosphérique, de lumière ambiante, d’humidité, etc. (lire cet article).
    • Netatmo est une station météo connectée qui mesure le taux d’humidité, la température, la pression barométrique, le confort acoustique mais aussi la concentration de CO² à l’intérieur de la maison et communique la qualité de l’air à l’extérieur via les données de Citeair.

 

Pourquoi ces objets connectés et leurs services associés devraient-ils intéresser assureurs et mutuelles ?

Tout simplement parce qu’ils s’inscrivent dans une logique de prévention, de constitution d’une vie plus sûre et plus saine, parce qu’ils invitent à adopter des comportements eux-mêmes plus sûrs et plus sains, plus prudents, et surtout parce qu’ils attirent l’attention sur cette prévention et la motivent individuellement et collectivement par des mécanismes de gamification et de socialisation de la démarche.

Ils s’inscrivent donc dans une logique gagnant-gagnant entre assureurs et assurés, et ont aussi l’avantage de s’intégrer assez naturellement dans l’une des catégories déjà existantes de l’offre des assurances et des mutuelles : habitation, santé, auto, accidents de la vie, etc.

Certains d’entre vous pourront toutefois se demander ce qu’ils apportent de plus, dans cette perspective, aux traditionnels podomètres, pèse-personnes, stations météo, et autres appareils de domotique…

Selon moi plusieurs choses :

  • tout d’abord, comme je l’ai dit à l’instant, parce qu’ils sont connectés, ils permettent un archivage et une utilisation des données beaucoup plus poussée par les utilisateurs, qui peuvent ainsi gérer et améliorer leur comportement, d’où une efficacité plus grande de la prévention.
  • d’autre part, ils contribuent à une génération de données inédite qui, dans la mesure de ce que permettent les lois d’éthique et de respect de la vie privée, peut être exploitée par de multiples acteurs : les fabricants des objets connectés pour l’amélioration de leurs matériels, les utilisateurs pour l’amélioration de leur comportement, les assureurs et mutuelles pour l’adaptation de leurs offres, les pouvoirs publics pour l’adaptation des politiques et de la régulation, la médecine pour l’amélioration des traitements, la science pour l’amélioration de nos connaissances, etc.

Pour reprendre ce que je disais dans mon premier article, c’est donc par leur capacité à générer, stocker, partager et donner à voir et à exploiter les données que ces objets se révèlent d’un formidable intérêt pour de multiples acteurs.

Dès lors, comment assureurs et mutuelles peuvent-ils tirer profit de ces innovations digitales ?

Tout d’abord, comme je viens de le dire, on peut dresser une correspondance assez facile entre les différents types de services connectés et l’offre des assureurs :

  • Les services pour retrouver les objets perdus peuvent être associés aux assurances sur les biens matériels
  • Les services liés à l’automobile connectée peuvent être associés à l’assurance auto
  • La domotique connectée peut être associée à l’assurance habitation
  • Les services de mesure des données physiologiques et de suivi de l’activité physique peuvent être associés à l’assurance santé
  • etc.

Ensuite, pour chaque catégorie, je pense que l’approche peut se faire selon 4 directions clés :

  • Proposer des offres d’assurance avec tarification ou avantages personnalisés selon l’usage (usage-based insurance)
    • Dans le domaine de l’assurance auto, c’est le principe du pay-as-you-drive, proposé par exemple en France par Amaguiz ou IDMacif, aux Etats-Unis par Progressive et Allstate, en Angleterre par Motaquote, en Afrique du Sud par Discovery…
    • Dans le domaine de l’assurance santé, Discovery propose également un tel système.
  • Proposer des services digitaux complémentaires à l’assurance personnalisée
    • Aux Etats-Unis, Progressive et Allstate proposent des services en ligne d’accès et de monitoring de l’information liée à leur conduite. On peut aussi imaginer des services pédagogiques associés.
    • On peut aussi imaginer des services d’alerte et d’assistance associés à ces offres.
  • Proposer des offres d’assurance couplées à l’usage d’un dispositif digital de prévention ou de limitation des risques
  • Commercialiser un dispositif ou un service digital d’information, de prévention ou de limitation des risques

Si vous le voulez bien, je passerai en revue quelques exemples dans le prochain (et dernier !) épisode de cette série d’articles.

Pourquoi assureurs et mutuelles devraient s’intéresser de très près à l’internet de demain ? (Episode 1 : L’internet de demain ?)

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les assurances et les mutuelles n’ont pas toujours été très à l’aise avec les différentes révolutions digitales, tout au moins dans leur usage marketing. La première vague d’internet, celle du “web 1.0” ou de l’internet de communication, est sans doute celle qu’ils ont su le mieux négocier car elle ne modifiait pas en profondeur leur modèle ni leur mode de relation avec les assurés. Mais dès que l’on aborde la question du e-commerce, du mobile, ou pire, des médias sociaux, c’est une toute autre affaire ! Assureurs et mutuelles avancent dans ces registres à pas comptés.

En sera-t-il toujours ainsi des relations entre ce secteur et les innovations digitales ? Je ne saurai le dire. Mais une chose me paraît évidente : à l’inverse de l’attitude qu’ils ont trop souvent eu jusqu’à présent, les assureurs devraient dès aujourd’hui s’intéresser de très près à l’Internet de demain !

L’Internet de demain, de quoi s’agit-il ?

Tout d’abord, l’internet de demain est déjà un peu l’internet d’aujourd’hui (comme nous le verrons dans la suite de cet article), mais pas encore mature ou seulement en émergence pour l’instant.

Sur le fond de la question, loin de moi l’idée de donner ici une définition “scientifique” ou de faire des prédictions. A travers cette expression d’internet de demain, je voudrai juste désigner un ensemble de nouveautés technologiques et d’usages qui devraient, selon moi, être au coeur de ce que sera internet durant les prochaines années. Ce sont des sujets qui par ailleurs concernent directement mon propos dans cet article.

Je les classerai en 2 catégories :

  • des technologies d’une part, telles que l’internet des objets (IoT), l’analytique des big data, le web prédictif, le M2M, les réseaux sans fil bas débit ou les technologies ubiquitaires (QR Codes, puces RFID, NFC, Bluetooth, geo-localisation…),
  • et des usages d’autre part, tels que le Quantified Self, le “self data management”, l’Open Data, le crowdsourcing ou les communautés privées.

Sans doute l’internet de demain sera-t-il également marqué par d’autres mouvements de fond. Mais je crois en tous cas que les tendances citées ci-dessus seront très importantes. Avec elles, on pourrait dire qu’après l’internet des contenus et de la communication (le web 1.0”), puis l’internet des conversations et de la participation (le web 2.0, les médias sociaux), apparaît l’internet des données. A moins qu’il ne s’agisse de l’internet des actions, le Fabernet, comme l’appelle Henri Verdier, ou bien tout simplement de l’internet des objets (IoT, Internet of Things), voire encore de l’internet of everything (IoE), comme le promeut Cisco ? Côté usages, François Verron parle lui d’internet compagnon. Quant à l’importance des données liée à cette tendance, Fred Cavazza en parle dans un de ses derniers articles.

Enfin, que le sujet soit à la mode et interpelle tout le monde en ce moment, c’est bien ce qu’ont montré la conférence LeWeb’12 Paris, qui était consacré à l’internet des objets, ainsi que le récent CES 2013, qui a également été marqué par la même tendance de fond (Cf. encore le même article de Fred Cavazza ou encore ceux d’Olivier Ezratty).

Bref, nous verrons bien ce qu’il en adviendra… Quoi qu’il en soit, la question que vous vous posez sans doute à cet instant est : Pourquoi diable ces sujets devraient-ils intéresser les assurances et les mutuelles ? C’est ce que j’aimerai expliquer dans cette série d’articles.

Mais pour pouvoir le faire clairement, je crois qu’il peut être utile de préciser dans un premier temps comment fonctionne cet internet des données et quels sont ses impacts en général. Je pense qu’il faut les envisager à 3 niveaux (j’irai vite, en mode liste à puces, sans volonté d’être exhaustif mais plutôt pédagogique) :

Tout d’abord, l’internet de demain modifie la manière dont les données sont et seront générées et captées :

  • Comment sont-elles générés ou captées ?
    • par des capteurs (internet des objets, objets connectés…)
    • par les médias sociaux, qui génèrent des conversations et de l’activité sociale (post, share, like, follow…; textes et photos…)
    • via l’usage des mobiles et des applications mobiles
    • Cf. schéma ci-dessous :
Source : Informatica

Source : Informatica

 

  • Par qui sont-elles générées ou captées ?
    • par les individus eux-mêmes, via leur usage des médias sociaux ou des applications mobiles utilisant des capteurs et permettant le partage social
    • par les entreprises et les collectivités, qui vont installer des capteurs et des plateformes sociales (smart grid, ville 2.0, business analytics…)
  • Quelles conséquences ?
    • multiplication des données (cf. graphique ci-dessous) = BigData = nouveau gisement de données = nouvelles opportunités = mais nécessite des outils adaptés pour le stockage et le traitement
    • plus grande fréquence de mise à jour = impact plus grand du temps réel = nouvelles opportunités = nécessite des outils adaptés pour le traitement
    • hétérogénéité des canaux et des formats = nécessité de convergence & coordination des canaux (sources des données (captation) + stockage des données (bases)) et des formats (normes)
Le digital entraîne une explosion du volume d'informations

Le digital entraîne une explosion du volume d’informations

 

Ensuite, l’internet de demain modifie la manière dont les données sont et seront stockées et partagées :

  • stockées en grande partie dans le cloud
  • partagées :
    • via Open Data, notamment par les collectivités et les services publics
    • via API et ouverture des données, notamment par les entreprises


Enfin, il modifie la manière dont les données sont et seront analysées et interprétées :

  • Comment ?
    • BigData analytics
    • Décisionnel / BI
    • Analyse prédictive
  • Pour en faire quoi ? (j’anticipe sur les articles suivants de cette série consacrée aux assurances)
    • meilleure connaissance des clients
    • meilleure connaissance des phénomènes (analyse des risques)
    • optimisation des offres & promotions en temps réel
    • personnalisation des offres & promotions
    • création de nouvelles offres avec services associés
    • utilisation de nouveaux mécanismes de gamification

Ceci étant dit (et très vite dit, je le reconnais), revenons à notre sujet sectoriel.

Selon moi, cet internet de demain est susceptible d’impacter assurances et mutuelles à trois niveaux au moins (certainement plus en fait, mais je me contenterai de ces trois là pour l’instant !) :

  1. dans leur travail d’analyse et d’évaluation des risques et des dommages (que ce soit ceux qu’ils couvrent ou ceux qu’ils pourraient subir)
  2. dans leur marketing et leur gestion de la relation client
  3. enfin, dans la création et l’adaptation de leur offre

Je consacrerai donc les prochains articles de cette série à ces sujets (suspens ! … ;-)…).