Recrutement digital : des vidéos innovantes pour faire découvrir les coulisses des entreprises (Visites privées au temps du digital : épisode 6/6)

Dans les précédents articles de cette série, j’ai essentiellement parlé de situations où l’entreprise montrait ses coulisses avec un objectif de communication institutionnelle, pour créer une plus grande proximité entre la marque et ses cibles. Mais il existe aussi une situation qui se prête particulièrement bien à ce même dévoilement, voire qui le nécessite presque : c’est la communication de recrutement.

Pour commencer, petit rappel : l’article consacré à Facebook évoquait en partie cette question de la communication de recrutement. Venons en maintenant à quelques exemples récents que je trouve originaux et inspirants.

Le premier nous vient de la Marine nationale et de sa nouvelle campagne etremarin.fr.

Etremarin.fr (Source de l'image)

Etremarin.fr (Source de l’image)

La communication de recrutement est un classique des armées. Cette campagne illustre cependant particulièrement bien le propos de cette série d’articles puisqu’elle repose sur une série d’une centaine de films de 30” qui proposent une plongée (!) dans le quotidien des marins en mode “caméra embarquée”. Derrière ce terme, il faut voir la volonté du réalisateur et de l’annonceur de filmer au plus prêt du vécu des marins, même dans les moments délicats. Le format court de chaque film est évidemment influencé par le web mais correspond aussi à certains formats télévisés. Les films seront d’ailleurs également diffusés sur NRJ12.

etremarin.fr

etremarin.fr  (source)

Dans la vidéo ci-dessous, vous pourrez découvrir une présentation de la campagne :

Une dizaine de films sont visibles par ailleurs sur la chaîne YouTube de l’agence Havas Worldwide Paris, qui a réalisé la campagne.

Pour en savoir plus sur cette campagne, vous pouvez lire cet article : Caméra embarquée, la nouvelle campagne de brand content de la marine nationale.

L’autre dispositif dont je voulais parler est l’extraordinaire campagne Isobar Explorer en Pologne. Pour faciliter la découverte de l’agence et de ses personnels, Isobar Pologne a créé un robot équipé d’une webcam et d’un écran, capable de se déplacer dans l’agence et d’organiser des vidéos-chats entre un internaute connecté au site et un salarié de l’agence.

Isobar Explorer

Isobar Explorer

Pour pouvoir piloter l’Isobar Explorer, les candidats devaient s’inscrire auparavant sur le site web. L’opération a duré 3 jours en août 2013. Près de 7700 personnes se sont inscrites et plus de 345 candidatures ont été envoyées aux recruteurs.

 

Ce dispositif est vraiment intéressant à plus d’un titre :

  • Tout d’abord, c’est son originalité qui saute aux yeux, et pas seulement en termes de dispositif de recrutement ! Quelle innovation !

  • Il représente ensuite une façon de filmer en live très intéressante.

  • Enfin, par rapport à mon article sur les vidéos innovantes pour montrer un lieu, c’est clairement une nouvelle catégorie : vidéo immersive embarquée en live + robot + tchat/vidéoconf.

Voilà. Cet article met fin à cette série consacrée aux différentes approches qu’utilisent les entreprises pour nous dévoiler leurs coulisses en vidéo…

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Des vidéos innovantes pour la promotion touristique : détournements et crowdsourcing

Comme vous l’avez sans doute remarqué, la plupart des exemples que j’ai retenu dans les deux premiers articles de cette série (1 et 2) sont des réalisations d’amateurs ou des initiatives individuelles et non des commandes institutionnelles. C’est justement le but de ce troisième article : montrer qu’aujourd’hui, les amateurs produisent plus d’images (photos ou vidéos) et plus originales sur n’importe quel lieu que l’institution représentative du lieu ne peut en produire elle-même. Et le désir du public d’aller sur le lieu naît de plus en plus, aujourd’hui, de ces images que des images officielles du lieu.

Face à ce phénomène, les institutions représentatives d’un lieu ont donc tout intérêt à avoir une stratégie de crowdsourcing de contenus, c’est-à-dire qu’elles doivent s’intéresser à la manière d’assurer leur promotion via ces contenus produits par les individus, ou contenus dits UGC (user generated content). Une telle stratégie peut prendre différentes formes. Voici quelques exemples ou suggestions pour vous inspirer :

1. Organisez ou sponsorisez un concours de vidéos

C’est l’idée la plus évidente et la plus répandue. Le concours peut consister à filmer le lieu concerné ou bien être juste organisé par l’organisme responsable du lieu et porter sur un thème associé.

Le premier de ces deux scénarios a été choisi en 2012 par la Commission canadienne du tourisme pour son concours 35 millions de regards. L’organisme a invité les canadiens à poster des photos ou des vidéos clamant l’amour de leur pays. Résultat : plus de 8000 participations, 65 heures d’images reçues, 82 gagnants et finalement une vidéo de 2 min composée d’une sélection des films reçus :

Quelques mois plus tôt, la ville de Savannah, dans le sud des Etats-Unis (Etat de Géorgie) avait organisé un concours similaire où elle demandait au public de réaliser cette fois-ci un clip entier. La vidéo gagnante, You’ve Gotta come to Savannah, est un film humoristique qui passe en revue toutes les raisons de venir visiter la ville.

Un autre exemple sympathique nous est fourni par l’Office Australien du Tourisme et la ville de Sydney dans le cadre de leur partenariat pour promouvoir la ville de Sydney comme destination privilégiée pour passer le réveillon du Nouvel An (et ainsi passer à la nouvelle année avant tout le monde !) A l’occasion du Nouvel An 2012, les deux institutions ont donc invité des personnes qui avaient choisi de venir passer les fêtes à Sydney à raconter leur voyage en vidéo et à le poster via une application iPhone créée par la ville qui permettait de poster des vidéos de 12 secondes seulement. Un avant goût de Vine et Viddy en quelques sorte !! Bref, une vidéo a ensuite été créée très rapidement à partir de ces envois et diffusée sur les médias sociaux avant que le reste du monde n’ait à son tour basculé dans la nouvelle année !

Le second des deux scénarios cités ci-dessus a été choisi par l’hôtel The Cavendish London en début d’année 2013, lorsqu’il a organisé le concours #Valentinevine qui permettait de gagner un séjour dans l’établissement à l’occasion de la Saint Valentin. Le défi pour les participants : réaliser la vidéo Vine la plus romantique possible ! (Pour en savoir plus, lire cet article)

L’Office du tourisme de Norvège s’est lui aussi prêté à cet exercice avec un concours intitulé The scream, à l’occasion du 150ème anniversaire de la naissance d’Edvard Munch, le peintre norvégien du célèbre tableau “Le Cri”. Le concours demandait au public de se filmer en faisant un cri (!) et de partager la vidéo sur le site. Autant dire qu’il y a eu du bon et du moins bon dans les envois. Mais quoi qu’il en soit, les vidéos gagnantes ont été rassemblées dans une seule vidéo visible actuellement sur le site. Et la campagne a même été plébiscitée par les professionnels du tourisme !

Quel que soit le scénario retenu, ce type de démarche fait évidemment penser au film participatif Life in a day initié par Ridley Scott en 2010-2011. Il avait alors demandé au public de filmer leur journée du 24 juillet 2010 et de poster la vidéo sur YouTube. Il a reçu 4500 heures de vidéos en provenance de 192 pays. En montant les meilleures séquences, il a réalisé un film d’une heure trente, qui a été présenté le 27 janvier 2011 au festival de Sundance.

Dans le même registre, on peut aussi citer le projet One day on earth piloté par Kyle Ruddick, qui fonctionne exactement de la même manière mais qui est peut être plus ambitieux encore dans la mesure où il s’est déroulé sur 3 années (1 jour par an, le 10/10/10, le 11/11/11 et le 12/12/12.)

Pour l’anecdote, cette démarche de crowdsourcing video est également celle qu’à choisi,  dans un secteur d’activité différent que le tourisme, la marque de sport Décathlon qui propose à ses fans sur sa page Facebook un concours de vidéo intitulé Nos champions de tous les jours, avec pour objectif final de réaliser une vidéo composée des meilleurs extraits des vidéos postées.

Dans le même registre que les concours, on peut citer le Festival du film de vacances, dont plusieurs institutions touristiques sont sponsors, tel que le Comité Régional du Tourisme Poitou-Charentes, dont j’ai déjà parlé dans le premier article de cette série à propos du film Ile de Ré réalisé avec une caméra GoPro.

2. Créez un site de curation de vidéos de visiteurs

Pour capter une partie de la valeur issue de la multitude de contenus créés par les internautes sur votre ville, votre pays, votre monument, votre entreprise ou votre site, quoi de mieux que de créer un site de curation ou de social-bookmarking dédié ?

Vous pouvez pour cela créer votre propre média et/ou utiliser les sites, applications et réseaux sociaux de vidéos tels que Vine, Instagram, Youtube, Viddy…

C’est ce que fait notamment le voyagiste Marmara qui joue sur les deux tableaux en proposant à la fois une rubrique vidéo participative au sein de son réseau social maison Marmarafit et en relayant ces vidéos ou d’autres sur sa chaîne YouTube.

Le Comité du Tourisme de Nouvelle Zélande ouvre également sa chaîne YouTube aux vidéos de voyageurs à travers la rubrique Traveller’s video ou encore à des organismes partenaires tels que des offices de tourisme locaux ou des médias grand public (la BBC par exemple).

L’Office de Tourisme de Grèce fait la même chose, avec une mise en scène soignée sur sa chaîne YouTube Visit Greece et une présence étendue à des réseaux sociaux tels que Pinterest, qui permet également de partager des vidéos et Instagram, qui permet de partager des micro-vidéos.

A l’image de ces institutions, pour rassembler ces contenus, plusieurs stratégies sont possibles : vous pouvez aller les chercher par vous même (curation), vous pouvez inviter les internautes à les poster sur votre site ou bien vous pouvez aussi proposer un hastag (ou mot-clé) qui vous permettra de rassembler automatiquement tous les médias publiés avec ce hashtag. C’est ce que propose par exemple l’Office de tourisme d’Anjou avec le hashtag #jaimelanjou, qui lui permet de regrouper photos et vidéos publiées avec ce hashtag sur sa page Facebook ou Pinterest ou sur la plateforme Statigr.am.

Tous les formats de vidéos évoqués dans les articles précédents et ci-dessus sont de parfaits boosters de l’activité et de l’audience de votre page Facebook ou Google+, de vos compte Twitter ou Instagram, de votre chaîne YouTube, etc. Pourquoi ne pas les utiliser pour féliciter leur auteur et promouvoir votre site ?

3. Aidez vos visiteurs à se filmer pendant leur visite ou leur présence sur place en mettant des dispositifs de captation vidéo à leur disposition avec fonction de partage social

C’est ce que propose la société Trinum avec ses vidéozones SnapMyRide pour les stations de ski. Il s’agit de zones dédiées où les skieurs peuvent être filmés et partager les vidéos sur les médias sociaux.

Cela me semble assez proche de ce qui se passe dans les magasins connectés où des dispositifs tels que des miroirs digitaux permettent aux clients de se filmer ou photographier pendant leur essayage pour partager le résultat sur les médias sociaux.

Une autre initiative me paraît particulièrement intéressante sur ce point : c’est Znappit, une application pour smartphone qui permet aux participants d’un événement de mettre en commun les vidéos de l’événement qu’ils font avec leur smartphone pour les réunir dans un seul et même film final. Vous pouvez voir ci-dessous un exemple de « znapping » réalisé à l’occasion ou OuiShareFest, une manifestation organisée par OuiShare :

Une telle démarche est d’ailleurs à mettre en relation avec la nouvelle fonctionnalité d’album collaboratif en cours de déploiement sur Facebook.

4. Invitez des artistes en résidence

Les vidéastes professionnels peuvent aussi travailler pour vous non seulement de manière directe dans le cadre d’une commande, mais aussi de manière indirecte. Ainsi, de son passage en résidence à l’Abbaye de Fontevraud, Francis Cuter à non seulement tiré une vidéo de promotion de l’abbaye, mais aussi la source d’inspiration d’autres films, comme par exemple le video-clip du titre Fuya, du groupe C2C, filmé à l’abbaye et primé d’une Victoire de la musique 2013.

5. Mobilisez des artistes pour détourner leurs créations originales dans un style « crowdsourcing »

Pour relancer le tourisme en Islande après l’épisode du volcan Eyjafjallajökull, le Comité du tourisme islandais a lancé la campagne Inspired by iceland, pour laquelle il a détourné le clip original de la chanson Jungle Drum d’Emiliana Torrini en créant, avec le concours de la chanteuse, une version qui se donne l’allure d’un patchwork de vidéos d’amateurs dans le style de Where the hell is Matt?. Je trouve le résultat fort sympathique…

Voilà qui me paraît une belle fin pour cette série d’articles consacrée aux innovations en matière de vidéo pour la promotion touristique. N’hésitez pas à me faire part de vos remarques ou de vos découvertes pour compléter ou amender ce tour d’horizon très subjectif…

Des vidéos innovantes pour la promotion touristique (2/2)

Après avoir parlé dans le précédent billet de vidéos qui innovent en utilisant des technologies nouvelles, je vais évoquer dans cet article des vidéos qui innovent dans leur style ou leur contenu en vertu d’effets créatifs utilisés par leurs auteurs. Ces vidéos peuvent donner aux villes, sites, monuments ou entreprises qui les utiliseraient une vision d’eux esthétique, pédagogique ou ludique selon les cas.

1. Des vidéos en timelapse : sortez les mouchoirs…

La technique de réalisation de vidéos par timelapse photography ou photographie d’accéléré est utilisée depuis de nombreuses années. Mais elle bénéficie d’un véritable effet de mode depuis quelque temps. Les réalisateurs ne cessent en effet de produire des films tous plus originaux, forts ou esthétiques les uns que les autres. Je pense que ce style est donc loin d’être épuisé s’il est réalisé avec talent. Dans le cas contraire, évidemment, ça peut vite relever d’un systématisme très ennuyeux ! En voici quelques exemples ci-dessous, où l’on voit que l’objectif est quand même assez souvent de jouer sur la corde sensible pour entendre la foule s’écrier “c’est beau !”.

New-york

Nouvelle-Zélande

Disneyland

One day in Brazil

Et si vous en voulez encore d’autres :

2. Quand d’autres effets s’ajoutent au timelapse : ça devient plus ludique…

Pour rendre la chose plus ludique, on peut mixer la technique du timelapse avec d’autres effets tel que la vue en tilt shift, qui permet de créer des effets de miniaturisation de ce qui est filmé. C’est ce que l’on peut voir dans l’exemple ci-dessous, The Lion City (2012) où l’on voit Singapour filmé en Timelapse + Tilt Shift.

Autre effet intéressant : dans l’exemple ci-dessous, Mirror City, l’auteur a utilisé un effet de miroir ou de kaléidoscope, en plus du timelapse :

Dans tous les exemples précédents, le timelapse est utilisé pour montrer des paysages, urbains ou non, mais des paysages, dans lesquels les individus ne sont que des éléments du décor. Dans l’exemple ci-dessous au contraire, la vidéo repose non seulement sur un effet de timelapse mais aussi et surtout sur une composition en stop-motion qui donne le rôle central à un personnage dont on suit les pérégrinations dans divers sites du Pérou et de Bolivie :

La vidéo a été réalisée par Piotr Wancerz, de la société Timelapse Media, qui a également réalisé la vidéo ci-dessous, qui repose cette fois-ci sur un effet de zoom-dézoom infini avec des effets de transition à la Michel Gondry :

La première vidéo de Piotr Wancerz citée ci-dessus, Peru & Bolivia, me fait penser à cette vidéo plus ancienne, intitulée Move, qui n’utilise pas d’effet de timelapse mais repose sur la succession de plans très courts avec un personnage central dont le mouvement est continu entre les plans.

Cette vidéo a été commandée par la filiale australienne de la société STA Travel, une agence de voyage spécialisée pour étudiants. Ce film est donc fait explicitement pour promouvoir les lieux et le voyage.

Sans doute certains verront-ils aussi dans cette tendance une lointaine filiation avec la série Where the Hell is Matt?

Bref, on pourrait comme ça marier les effets à l’infini…

En tous cas, si vous êtes fans de timelapse, vous pouvez en regarder jusqu’à plus soif dans la chaîne Slow-Motion & Timelapse de Vimeo.

3. Des vidéos avec des infographies animées : la pédagogie décontractée…

Si les infographies en images fixes connaissent une grande popularité sur le web, leurs cousines vidéo ne manquent pas d’atouts non plus. De la même manière que les infographies fixes sont utilisées pour expliquer et/ou donner des informations, souvent chiffrées, de manière graphique, agréable et pédagogique à la fois, les infographies animées peuvent être utilisées dans la même perspective et notamment au service de la présentation d’une ville, d’un territoire ou d’un bâtiment, comme on peut le voir dans l’exemple ci-dessous qui a été réalisé pour faire la promotion de la Corée du Sud :

4. Quand la vidéo est un tour de force : là, ça devient sportif… mais on applaudit !

Certaines vidéos sont marquantes non seulement parce qu’elles représentent un vrai tour de force dans leur réalisation (comme Move ou Peru & Bolivia) mais aussi parce qu’elles filment un tour de force qui se déroule sous leurs yeux (et aussi parce que ça peut devenir un vrai tour de force en termes de réalisation que de filmer les tours de force dont je vais parler ci-après ! …vous suivez ?) ! Je pense notamment à ces vidéos de machines de Rube Goldberg, comme par exemple l’incroyable vidéo de Red Bull, The Athlete Machine ou encore The Tuna Melt, un must de la vidéo de dominos :

Vous vous demandez où je veux en venir ? Et bien, cette vidéo de dominos me paraît tout à fait inspirante pour des visites de locaux. Vous ne trouvez pas ?

Voyons réfléchissez : Pourquoi ne feriez-vous pas visiter votre musée, votre entreprise ou votre château avec un tel dispositif ? ça vous paraît incongru ? C’est pourtant bien ce qu’a fait la Bibliothèque de Seattle, qui a réalisé un joli coup de pub en organisant et en filmant la plus longue chute de dominos-livres du monde :

Cette vidéo a été vue près de 480 000 fois sur YouTube et a eu de très belles retombées médias.

On a d’ailleurs déjà vu des performances artistiques de chute de dominos associés à la mise en valeur d’un site, comme dans cette installation pour le festival Nord Magnetic.

Bref, pour pouvoir valoriser de manière innovante un site, un territoire, un monument ou des locaux d’entreprise, la vidéo ne manque pas d’atouts et nous étonnera certainement encore pendant longtemps. Qu’en pensez-vous ? En tous cas, si vous connaissez d’autres exemples similaires, n’hésitez pas à les indiquer en commentaire.

Quand n’importe quelle surface devient une interface. Episode 5 : Les surfaces d’affichage et de commande (2/2).

Dans le précédent article, j’ai décrit l’usage de la projection et de la pico-projection dans des dispositifs destinés à transformer n’importe quelle surface en interface d’affichage et de commande. Or, il existe d’autres techniques utilisées pour atteindre le même objectif. C’est ce que nous allons voir dans cet article qui va clore cette série sur les différentes manières de transformer n’importe quelle surface en interface.

1) Ecrans ou films tactiles transparents

La première série de technologies que je veux aborder ici est celle qui consiste à utiliser :

  • soit des écrans tactiles transparents tels que ceux que j’ai déjà décrits dans de précédents articles et notamment celui-ci.

  • soit des films tactiles transparents

L’avantage des écrans et films transparents dans notre contexte tient au fait qu’ils sont invisibles devant une surface opaque. On peut donc les placer sur une telle surface pour rendre celle-ci interactive. D’une certaine manière, cela consiste à poser des écrans sur des surfaces ou à transformer des surfaces en écrans, étant entendu que la technologie ici utilisée est très proche de celle de nos appareils multitouch actuels tels que smartphones et autres tablettes.

Pour prendre conscience des différents types d’usages que l’on peut imaginer à ces technologies, je vous invite à retourner voir les films d’anticipation dont j’ai déjà parlé dans de précédents articles pour y découvrir l’incroyable diversité des surfaces que les fabricants imaginent digitaliser. Vous remarquerez qu’il n’est pas étonnant, puisqu’on parle d’écran transparent, que la société Corning, spécialiste du verre, se glisse parmi les sociétés technologiques qui réfléchissent à ce sujet. Je vous invite donc à regarder leur série A day made of glass.

Passons maintenant en revue un certain nombres d’objets du quotidien que l’on a pu voir dans ces films.

Les miroirs sont l’un des objets que l’on retrouve le plus souvent digitalisés. Il faut dire qu’il s’agit d’un des objets les plus proches de ce qu’est par ailleurs un écran. C’est une surface plane, rigide, posée verticalement au mur, destinée à être regardée en face et qui “produit” une image.

C’est tellement proche d’un écran que certains fabricants proposent dès aujourd’hui des TV mirrors, c’est-à-dire des télévisions cachées dans un miroir ! Voir ici ou .

C’est aussi la raison pour laquelle des fabricants ont assez rapidement proposé d’utiliser un miroir comme écran d’affichage d’informations. C’est le cas du Cybertecture mirror, un miroir interactif mais pas tactile. Il est commandé à distance via une télécommande ou une application mobile et peut ainsi afficher sur sa surface toutes sortes d’informations que l’on affiche habituellement sur un ordinateur ou un device mobile. Il est ou a été ou aurait été commercialisé, je ne sais pas trop. L’un des grands intérêts de ce miroir est selon moi d’avoir été pensé dès le début comme pouvant devenir le coeur du nouvel écosystème digital de la salle de bain. Je veux dire par là qu’il est pensé pour être relié à tous les objets connectés qui envahissent petit à petit notre salle de bain pour nous permettre de mieux piloter notre santé : pèse-personne connecté, brosse à dents connectée, appareils de fitness connectés, etc. Il peut alors afficher toutes les données issues de ces appareils.

Vous trouverez plus d’infos et de photos sur le Cybertecture mirror dans les articles ci-dessous :

Dans la même veine (!), le designer britannique Jon Walmsley a imaginé le concept encore plus avancé du Health Monitoring Mirror, un écran multitouch doté d’un système de reconnaissance faciale, qui permet de suivre l’état de santé des habitants de la maison.

Health monitoring mirror

Le Health monitoring mirror

En 2011 déjà, des étudiants du MIT Media Lab avaient présenté le prototype du Cardiocam mirror, un miroir doté d’une webcam capable de détecter votre rythme cardiaque et d’un écran capable d’afficher l’information.

Ming Zer Poh devant son invention, le Cardiocam Mirror

Ming Zer Poh, du MIT, devant son invention, le Cardiocam Mirror

Et plus récemment, Panasonic a présenté un Smart Mirror pensé initialement pour aider à la rééducation physique des personnes malades ou accidentées.

Le Panasonic Smart Mirror (source)

Le Panasonic Smart Mirror (source)

Mais l’usage médical est loin d’être le seul qu’on prête aux miroirs interactifs. Prenez par exemple l’un des plus anciens concepts de miroirs multitouch dont je me souvienne : celui développé en 2008 par Alpay Kasal de Lit Studios et Sam Ewen d’Interference Inc.. Ses visées sont beaucoup plus ludiques, poétiques et communicantes… Mais c’était les débuts…

Depuis, plusieurs sociétés ont développé des prototypes ou commercialisé des produits :

La société Stocco a commercialisé le Maitre mirror, un miroir qui se connecte à un lecteur mp3.

Le Maitre mirror de Stocco

Le Maitre mirror de Stocco (source)

Interactive interiors commercialise un Multitouch screen mirror qui permet d’afficher des informations, de surfer sur le web ou de jouer des fichiers multimédia.

Enfin, Ox-Home propose aussi bien des mirrors TV que des touchscreen mirrors.

Mais comme les miroirs ne sont pas seulement dans la salle de bain, certains ont imaginé des usages propres aux autres lieux où ils se trouvent, tels que le salon ou le hall d’entrée.

C’est le cas de la société française Joshfire avec son produit sobrement intitulé Le Miroir, dont la particularité est d’être destiné au marché professionnel. Le Miroir peut effectivement héberger et afficher différentes applications à la demande de la société cliente.

C’est aussi le cas du New York Times, qu’on ne s’attend pas à trouver là, mais dont le très actif laboratoire de R&D a imaginé un miroir intelligent appelé Reveal et destiné à prendre soin de vos matins (Eh oui, c’est bien le matin qu’on lit le journal, non ?). Bourré de technologies (lecteur de puces RFID, commande vocale, commande gestuelle par Kinect, reconnaissance faciale…) le Reveal peut afficher de multiples informations personnalisées (vidéos, suivi de santé, agenda, news, traffic routier…).

Par les autres usages des miroirs interactifs qui se développement le plus, on trouve le digital retail. Le sujet est tellement vaste que j’y consacrerai un article prochainement. Patience !

D’ici là, pour faire un tour des usages possibles des miroirs digitaux, je vous invite à lire cet article.

Autre objet que les concepteurs et fabricants se plaisent à digitaliser : le réfrigérateur.

Plusieurs campagnes marketing récentes utilisant des magnets connectés ont d’ailleurs montré à quel point le réfrigérateur était un objet dont le potentiel de digitalisation était fort. Pour mémoire, rappelez-vous le VIP Fridge Magnet imaginé par une filiale de TBWA, pour Red Tomato Pizza, une chaîne de restaurants de Dubai, ou Evian smart drop, de BETC & Joshfire.

Donc, du côté des réfrigérateurs eux-mêmes, In my fridge est un concept imaginé en 2011 par les designers Fabian Kreuzer & Markus Lorenz Schilling. Sa porte est dotée d’un écran tactile interactif qui renseigne sur la quantité d’aliments à l’intérieur et leur date de péremption.

Haier a présenté un prototype de réfrigérateur intelligent à porte transparente.

Samsung de son côté a dévoilé un écran LCD transparent qui peut être utilisé comme porte de réfrigérateur, comme il l’a montré en partenariat avec la marque Absolut Vodka :

L'écran LCD transparent de Samsung utilisé sur un réfrigérateur en partenariat avec Absolut Vodka.

L’écran LCD transparent de Samsung utilisé sur un réfrigérateur en partenariat avec Absolut Vodka.

Autres objets souvent digitalisés : les comptoirs de bar et les tables (tables basses, de restaurant, de salon, etc.).

En tout premier lieu, on pense évidemment à la table Microsoft Surface :

Elle a donné lieu à de multiples utilisations, notamment dans la restauration. Les tables tactiles sont d’ailleurs le coeur du concept du restaurant Touch’in à Paris (lire cet article).

Les tables tactiles du restaurant Touch'in, à Paris.

Les tables tactiles du restaurant Touch’in, à Paris.

Après les tables du restaurant, le comptoir du bar : dès 2006, la société Mindstorm avait proposé iBar, un comptoir tactile assez spectaculaire :

D’autres ont suivi depuis, comme celui de SpinTouch, comme le Valobar de Valo Technology ou encore celui que la société Vi-Tech a développé pour Nespresso :

Bref, comme on peut le voir, tout meuble disposant d’une surface plane et autour duquel se joue une interaction sociale est aujourd’hui susceptible d’être digitalisé pour augmenter l’interaction en question, le spectacle ou tout simplement l’expérience utilisateur.

Dans les exemples que nous venons de voir, la technologie est essentiellement représentée par des écrans tactiles transparents, mais il existe également des films tactiles transparents. Des sociétés telles que Displax, Visual Planet, King Touch ou Prodisplay commercialisent ce genre de films.

La technologie des films tactiles transparents (source)

La technologie des films tactiles transparents (source)

Les films possèdent plusieurs avantages par rapport aux écrans :

  • ils peuvent être utilisés sur des surfaces incurvées

  • ils peuvent être utilisés momentanément

  • ils peuvent être installés sur une partie seulement d’une surface déjà existante

  • etc.

On peut les utiliser sur des vitrines, des façades, des surfaces murales intérieures, des meubles, etc.

Film tactile transparent utilisé sur une partie d'une vitrine

Film tactile transparent utilisé sur une partie d’une vitrine

2) Autres technologies

Si la (pico-)projection ainsi que les écrans et films tactiles transparents sont les deux technologies les plus fréquemment employées, il en existe également d’autres qui permettent de transformer n’importe quelle surface en interface.

Commençons avec un concept de stylo interactif intitulé Activator PC. Assez futuriste par rapport aux possibilités technologiques actuelles, le fonctionnement du stylo consiste à “générer une surface interactive à partir d’une surface plane ou d’un objet sans composant électronique. Puis, en dessinant un appareil ou un dispositif sur ces surfaces anodines, l’utilisateur du stylo délimite des aires de contrôle virtuelles” (source). Le stylo utiliserait même “des particules invisibles dans l’air” ! (idem) Whouah ! ;-))

Le stylo Activator PC

Le stylo Activator PC

Plus d’infos et photos :

Autres technologie : En 2008, une société française, Sensitive object, avait mis au point Reversys, une technologie d’analyse de la propagation des ondes acoustiques dans les matériaux. Elle entendait (!) utiliser cette technologie pour rendre interactive n’importe quelle surface, comme on peut le voir dans cette vidéo :

Depuis, la société a été rachetée par Tyco Electronics et je ne sais pas ce qu’est devenu cette innovation.

Enfin, je terminerai cet article (et toute cette série !) avec Skinput, un prototype de Chris Harrison, un chercheur dont j’ai déjà parlé dans le précédent article. Le principe de Skinput est similaire à celui de Sensitive object, mais il fonctionne en détectant le son et les mouvements produits par votre corps quand vous le touchez (lire cet article) :

Voilà, faire du corps humain une interface, c’est une belle perspective pour clore cette série consacrée aux manières de transformer n’importe quelle surface en interface !!!

En tous cas, n’hésitez pas à me faire part de vos remarques, réflexions, questions ou découvertes si vous en avez ! ça m’intéresse beaucoup !

Quand n’importe quelle surface devient une interface. Episode 5 : Les surfaces d’affichage et de commande (1/2).

Je vais terminer cette série par les projets ou concepts qui consistent à transformer n’importe quelle surface en interface d’affichage et/ou de commande, comme on peut le voir dans les films de prospective des marques. Cette approche, c’est un peu le rêve absolu (ou le cauchemar absolu ?) de la digitalisation de tout notre environnement. Mais la réalité des prototypes et des produits actuels est cependant encore très loin de ce que l’on peut voir dans les films de prospective.

La principale technique en cours d’expérimentation sur ce point est la projection ou pico-projection, couplée à la reconnaissance de mouvement.

On peut voir cette technologie mise en scène dans des concepts tel que le désormais célèbre concept d’iphone avec projection laser de clavier, dont la vidéo a été vue plus de 60 millions de fois sur YouTube ! :

De nombreux prototypes de technologies similaires sont également expérimentés.

L’un des premiers et des plus célèbres est le prototype SixthSense mis au point par Pranav Mistry au sein du laboratoire Fluid Interfaces Group dirigé par Pattie Maes au MIT Media Lab :

On peut aussi citer le WorldKit system, de Chris Harrison :

OmniTouch est un autre prototype développé par Chris Harrison avec l’Université Carnegie Mellon et Microsoft Research. Il utilise un système de projection et une Kinect :

Un autre chercheur, Nikias Elmqvist, a quant à lui développé un système similaire, intitulé Extended Multitouch, qui dispose de capacités de reconnaissance des gestes tactiles très élaborées, comme on peut le lire dans cet article ou le voir dans la vidéo ci-dessous :

Autre prototype étonnant : celui de Natan Linder, un étudiant du MIT Media Lab qui travaille lui aussi dans le Fluid Interfaces Group de Pattie Maes. Son prototype intitulé LuminAR se présente sous la forme d’une lampe de bureau dotée d’une caméra, de capteurs optiques et d’un projecteur couplés à des logiciels de traitement des données et de scanner.

Récemment, Fujitsu a présenté un dispositif similaire encore plus étonnant par ses performances et son usage puisqu’il est destiné à rendre les livres tactiles et interactifs, et à digitaliser les informations qu’ils contiennent :

Fujitsu envisagerait de commercialiser cette technologie en 2014.

D’autres fabriquants ont devancés tous ces créateurs de prototypes puisqu’on peut d’ores et déjà trouver sur le marché des produits qui utilisent la projection couplée à la reconnaissance de mouvement.

La société Celluon par exemple, commercialise le Magic Cube, un clavier projeté qui n’a rien a envier au concept d’iphone cité au début de cet article :

le Magic Cube de Celluon

le Magic Cube de Celluon

 

La société Light Blue Optics va plus loin en proposant un boîtier appelé Light Touch qui non seulement affiche un clavier de commande mais également des contenus (textes ou images) manipulables tactilement :

Ubi interactive, une start-up qui participe au programme Kinect Accelerator de Microsoft, va encore plus loin en proposant un dispositif de projection couplé à Kinect, qui projette sur n’importe quelle surface l’écran d’un ordinateur tournant sous Windows 8 et avec lequel on peut alors interagir de manière tactile et gestuelle sur la surface projetée :

Pour plus d’informations, lire ces deux articles :

La société Perch propose quant à elle un dispositif pour “transformer les surfaces d’étalage où reposent les produits en interfaces dynamiques fournissant de multiples informations et une expérience interactive” (source) :

La technologie est la suivante : un détecteur installé au plafond permet de repérer les mouvements des clients sur et autour de la table ainsi que leurs interactions avec les articles qui y sont exposés. Un projecteur projette le contenu sur la table et autour des objets.

Je terminerai cet article avec un prototype atypique qui permet de rendre interactive la surface d’un liquide ! Le dispositif s’appelle AquaTop Display. Il a été développé dans les laboratoires de l’University of Electro-Communications de Tokyo.

Plus d’infos, photos et vidéos dans ces articles :

D’autres technologies émergent cependant, plus proches de ce que montrent les films de prospective. C’est ce que nous verrons dans le prochain et dernier article de cette série.

Quand n’importe quelle surface devient une interface. Episode 4 : Les surfaces d’affichage connectées à un dispositif de commande à distance.

Après avoir parlé des surfaces réactives aux stimulis extérieurs et des surfaces réactives aux actions et gestes des utilisateurs, je vais parler dans cet article des surfaces que l’on transforme en surfaces d’affichage de messages, d’informations ou d’images, pilotées à distance via une interface de commande spécifique.

C’est le cas des tee-shirts connectés imaginés par le fabricant Cute Circuit et mis en scène par l’agence Work Club pour Ballantine’s. Ces Ballantine’s T-shirt OS comportent (ou comporteraient car je ne suis pas sûr qu’ils aient été réalisés !!) sur leur surface une sorte d’écran souple composé de 1024 LEDs (32 x 32) capable d’afficher les tweets de leur propriétaire, la musique qu’il écoute, ses photos Instagram… etc. à partir d’une application mobile. Le fabricant a même imaginé que les T-shirts comportent une micro-caméra, un microphone, un accéléromètre et des haut-parleurs ! Un vrai arsenal !

Je vous laisse découvrir ci-dessous la vidéo explicative du concept :

Vous pourrez découvrir plus de vidéos de mise en scène des T-shirts sur la page Facebook de Ballantine’s ou sur la page dédiée du site de Cute Circuit.

Vous pouvez également lire sur le sujet les deux articles ci-dessous :

Autre exemple qui rentre dans cette catégorie : le concept-car Toyota Fun Vii que l’on voit dans la vidéo que j’ai présentée dans le premier article de cette série.

Dans la vidéo ci-dessous, on voit bien comment l’affichage sur les parois extérieures de la voiture est piloté à distance par une application mobile :

Mais en réalité, comme le montre le film officiel ci-dessous, le véhicule a été imaginé pour que pratiquement toutes les surfaces intérieures et extérieures soient des écrans capables d’afficher des informations, qu’elles soient pilotées à distances via des applications mobiles ou de manière tactile ou encore via les commandes habituelles du véhicule. Quelle distance de l’imagination à la réalité ? Je vous laisse juge :

Plus d’infos, photos et vidéo dans cet article.

Dans les exemples ci-dessus, la surface est une interface d’affichage avec laquelle l’utilisateur interagit via une interface de commande tiers ou extérieure ou à distance.

Dans certains cas, l’interface de commande peut cependant être associée à la surface d’affichage mais sur une zone limitée dédiée à la commande, et donc finalement assez similaire à une commande extérieure. C’est le cas par exemple dans le dispositif Horizon, de Flynn Talbot, tel qu’il a été présenté à Sydney, en 2009.

Le dispositif Horizon, de Flynn Talbot, présenté à Sydney, en 2009.

Le dispositif Horizon, de Flynn Talbot, présenté à Sydney, en 2009.

Horizon_Sydney_04

Vue détaillée de l’interface de commande du dispositif Horizon, de Flynn Talbot, présenté à Sydney, en 2009.

Mais le dispositif a ensuite été décliné à Londres, la même année, et à Perth, en Australie, en 2010, avec une modalité de commande par interface tactile sur une application mobile ou des bornes.

Le dispositif Horizon, de Flynn Talbot, tel qu'il a ét présenté à Londres, en 2009.

Le dispositif Horizon, de Flynn Talbot, tel qu’il a été présenté à Londres, en 2009.

Cette déclinaison montre que dans ce dispositif l’interface de commande est dans tous les cas pensée comme « extérieure » à l’interface d’affichage, qu’elle le soit effectivement matériellement comme dans les déclinaisons de Londres et Perth, ou qu’elle paraisse plus intégrée à l’écran d’affichage comme dans la version de Sydney.

Un dernier point pose cependant question dans ce dispositif par rapport à mon propos initial : dans quelle mesure s’agit-il encore d’une surface transformée en interface et non pas plutôt d’un simple écran ? Qu’en pensez-vous ?

Quand n’importe quelle surface devient une interface. Episode 3 : Les surfaces réactives à des actions ou à des gestes de l’utilisateur.

Après avoir parlé des surfaces réactives à des stimulis, j’aimerai évoquer dans ce billet une autre catégorie : les surfaces réactives à des actions ou à des gestes de l’utilisateur. Dans ce cas de figure, à l’opposé de la première catégorie, l’utilisateur interagit avec la surface, qui réagit aux actions et gestes de l’utilisateur.

C’est le cas du Moodwall, un mur de 24 m de long situé à Amsterdam dans un passage piétonnier souterrain. Le mur comporte environ 2 500 LEDs recouvertes par une surface translucide. Grâce à un système de détection des mouvements (j’imagine), le mur réagit au passage des piétons en modifiant l’affichage lumineux. L’objectif de l’installation est de modifier positivement l’environnement sinon un tantinet austère ou angoissant d’un tel passage piétonnier souterrain.

Le Moodwall a été réalisé le collectif Urban Alliance qui rassemblait pour l’occasion les sociétés Illuminate Outdoor Media, Studio Klink et Cube.

Par certains aspects, ce mur est très proche du dispositif de la Tour Rogier/Dexia. La notion de “surface” est en effet également ténue (c’est un mur de LEDs) et tient à la vision d’ensemble que l’on peut avoir du dispositif. Elle me paraît cependant bien réelle du point de vue de la perception que peuvent en avoir les passants.

Le principe consistant à recouvrir une surface de LEDs reliées à des détecteurs de mouvements ou de toucher peut ainsi être appliqué à de nombreux supports et surfaces : murs, sols, vitres, plafonds… Voici une liste d’exemples qui n’a aucune prétention d’exhaustivité :

  • Murs réactifs aux mouvements :

    • La célèbre installation de Moment Factory sur le mur du centre d’information culturelle La vitrine, à Montréal, en 2009 :

 

On trouvera de nombreux autres exemples de toutes ces catégories sur le site de la société Vertigo Systems.

En parallèle des dispositifs similaires au Moodwall et autres surfaces de LEDs, je classerai également dans la catégorie de cet article les vitrines réactives au passage des passants :

La question qui se pose ici est cependant de savoir s’il ne s’agit pas plutôt d’un écran que d’une surface qu’on aurait rendue interactive. En effet, pendant la durée de vie du dispositif, la vitrine dont il est question ici ne remplit plus son office de lieu d’exposition : elle est entièrement dévolue à ce nouveau rôle d’affichage d’une image, ce qui est le propre d’un écran. Pour qu’elle redevienne une vitrine, il faut enlever le dispositif interactif, ce qui n’est pas le cas du Moodwall.

En réalité, cette question se pose pour la plupart des exemples de cette catégorie. On est en effet souvent à la limite de l’écran, car comme les surfaces réagissent aux mouvements des personnes, il est fréquent que les dispositifs de ce type soient conçus spécifiquement pour cela, indépendamment de toute surface préexistante, ce qui tend à en faire des écrans plutôt que des surfaces transformées en interfaces.

La spécificité de ces surfaces-écrans est sans doute qu’elles affichent rarement une information, mais plutôt une image, et d’ailleurs souvent une image non figurative. Si elles affichaient une information, il serait difficile de ne pas y voir un écran au sens où je l’ai défini précédemment.

Pour finir en beauté, le dernier dispositif que j’aimerai évoquer dans cet article est le Firewall, une toile de Lycra associée à une Kinect, un projecteur et un diffuseur de musique. L’interaction de commande se fait par contact tactile avec la toile non seulement en 2D mais aussi en 3D, d’où l’usage de la Kinect. L’affichage se fait par projection vidéo sur la toile. Et la bande son diffusée est également réactive à l’interaction de commande de l’utilisateur. Je vous laisse découvrir l’incroyable poésie de la “chose” en image :

La surface est ici à la fois interface d’affichage et de commande. La spécificité de cette commande est d’ailleurs d’être à la fois tactile et gestuelle. Mais finalement, ce qui domine ici, c’est un contact ambiant et gestuel plutôt qu’un acte tactile de commande intentionnée. Je veux dire par là que l’utilisateur ne sait pas qu’elle réaction va produire son geste. C’est une exploration, un geste, une dance, plutôt qu’une succession d’actions opératoires.

Voilà pour aujourd’hui : la suite au prochain épisode !