Des vidéos innovantes pour la promotion touristique (2/2)

Après avoir parlé dans le précédent billet de vidéos qui innovent en utilisant des technologies nouvelles, je vais évoquer dans cet article des vidéos qui innovent dans leur style ou leur contenu en vertu d’effets créatifs utilisés par leurs auteurs. Ces vidéos peuvent donner aux villes, sites, monuments ou entreprises qui les utiliseraient une vision d’eux esthétique, pédagogique ou ludique selon les cas.

1. Des vidéos en timelapse : sortez les mouchoirs…

La technique de réalisation de vidéos par timelapse photography ou photographie d’accéléré est utilisée depuis de nombreuses années. Mais elle bénéficie d’un véritable effet de mode depuis quelque temps. Les réalisateurs ne cessent en effet de produire des films tous plus originaux, forts ou esthétiques les uns que les autres. Je pense que ce style est donc loin d’être épuisé s’il est réalisé avec talent. Dans le cas contraire, évidemment, ça peut vite relever d’un systématisme très ennuyeux ! En voici quelques exemples ci-dessous, où l’on voit que l’objectif est quand même assez souvent de jouer sur la corde sensible pour entendre la foule s’écrier “c’est beau !”.

New-york

Nouvelle-Zélande

Disneyland

One day in Brazil

Et si vous en voulez encore d’autres :

2. Quand d’autres effets s’ajoutent au timelapse : ça devient plus ludique…

Pour rendre la chose plus ludique, on peut mixer la technique du timelapse avec d’autres effets tel que la vue en tilt shift, qui permet de créer des effets de miniaturisation de ce qui est filmé. C’est ce que l’on peut voir dans l’exemple ci-dessous, The Lion City (2012) où l’on voit Singapour filmé en Timelapse + Tilt Shift.

Autre effet intéressant : dans l’exemple ci-dessous, Mirror City, l’auteur a utilisé un effet de miroir ou de kaléidoscope, en plus du timelapse :

Dans tous les exemples précédents, le timelapse est utilisé pour montrer des paysages, urbains ou non, mais des paysages, dans lesquels les individus ne sont que des éléments du décor. Dans l’exemple ci-dessous au contraire, la vidéo repose non seulement sur un effet de timelapse mais aussi et surtout sur une composition en stop-motion qui donne le rôle central à un personnage dont on suit les pérégrinations dans divers sites du Pérou et de Bolivie :

La vidéo a été réalisée par Piotr Wancerz, de la société Timelapse Media, qui a également réalisé la vidéo ci-dessous, qui repose cette fois-ci sur un effet de zoom-dézoom infini avec des effets de transition à la Michel Gondry :

La première vidéo de Piotr Wancerz citée ci-dessus, Peru & Bolivia, me fait penser à cette vidéo plus ancienne, intitulée Move, qui n’utilise pas d’effet de timelapse mais repose sur la succession de plans très courts avec un personnage central dont le mouvement est continu entre les plans.

Cette vidéo a été commandée par la filiale australienne de la société STA Travel, une agence de voyage spécialisée pour étudiants. Ce film est donc fait explicitement pour promouvoir les lieux et le voyage.

Sans doute certains verront-ils aussi dans cette tendance une lointaine filiation avec la série Where the Hell is Matt?

Bref, on pourrait comme ça marier les effets à l’infini…

En tous cas, si vous êtes fans de timelapse, vous pouvez en regarder jusqu’à plus soif dans la chaîne Slow-Motion & Timelapse de Vimeo.

3. Des vidéos avec des infographies animées : la pédagogie décontractée…

Si les infographies en images fixes connaissent une grande popularité sur le web, leurs cousines vidéo ne manquent pas d’atouts non plus. De la même manière que les infographies fixes sont utilisées pour expliquer et/ou donner des informations, souvent chiffrées, de manière graphique, agréable et pédagogique à la fois, les infographies animées peuvent être utilisées dans la même perspective et notamment au service de la présentation d’une ville, d’un territoire ou d’un bâtiment, comme on peut le voir dans l’exemple ci-dessous qui a été réalisé pour faire la promotion de la Corée du Sud :

4. Quand la vidéo est un tour de force : là, ça devient sportif… mais on applaudit !

Certaines vidéos sont marquantes non seulement parce qu’elles représentent un vrai tour de force dans leur réalisation (comme Move ou Peru & Bolivia) mais aussi parce qu’elles filment un tour de force qui se déroule sous leurs yeux (et aussi parce que ça peut devenir un vrai tour de force en termes de réalisation que de filmer les tours de force dont je vais parler ci-après ! …vous suivez ?) ! Je pense notamment à ces vidéos de machines de Rube Goldberg, comme par exemple l’incroyable vidéo de Red Bull, The Athlete Machine ou encore The Tuna Melt, un must de la vidéo de dominos :

Vous vous demandez où je veux en venir ? Et bien, cette vidéo de dominos me paraît tout à fait inspirante pour des visites de locaux. Vous ne trouvez pas ?

Voyons réfléchissez : Pourquoi ne feriez-vous pas visiter votre musée, votre entreprise ou votre château avec un tel dispositif ? ça vous paraît incongru ? C’est pourtant bien ce qu’a fait la Bibliothèque de Seattle, qui a réalisé un joli coup de pub en organisant et en filmant la plus longue chute de dominos-livres du monde :

Cette vidéo a été vue près de 480 000 fois sur YouTube et a eu de très belles retombées médias.

On a d’ailleurs déjà vu des performances artistiques de chute de dominos associés à la mise en valeur d’un site, comme dans cette installation pour le festival Nord Magnetic.

Bref, pour pouvoir valoriser de manière innovante un site, un territoire, un monument ou des locaux d’entreprise, la vidéo ne manque pas d’atouts et nous étonnera certainement encore pendant longtemps. Qu’en pensez-vous ? En tous cas, si vous connaissez d’autres exemples similaires, n’hésitez pas à les indiquer en commentaire.

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Les interfaces de l’entreprise digitale

Dans deux précédents articles (ici et ), j’ai évoqué ce qui constituait pour moi les 4 dimensions clés de l’entreprise 2.0, à savoir :

  • le socle technologies+devices
  • les services que les technologies+devices permettent de construire
  • les usages que les services permettent
  • le management qui fixe le cadre de l’usage des services et technologies+devices

 
Ces dimensions sont celles à prendre en considération si l’on veut conduire à bien une transformation 2.0 de l’entreprise, ce qu’on appelle aussi tantôt la transformation digitale de l’entreprise, tantôt le Social Business Design de l’entreprise. Bref, ces 4 dimensions doivent constituer les streams de votre projet de transformation.

Dans ce contexte, quelles actions doivent être menées pour conduire cette transformation ? Sur ce plan, je serai classique en proposant une organisation des actions selon les quatre grandes étapes clés que sont : la stratégie > la conception > la réalisation > l’animation-accompagnement.
 
J’aurai l’occasion de revenir en détail prochainement sur chacune de ces étapes. Mais dans cet article, je voudrai souligner ce qui est selon moi un facteur clé de succès de cette approche globale, à savoir : le besoin de penser chacun de ces niveaux en termes de design consistant à produire, finalement ou à titre de moyen, une ou plusieurs interfaces utilisateurs.

Je crois effectivement que chacun de ces 4 leviers a besoin d’interfaces utilisateurs pour produire ses effets sur les individus et au niveau de l’entreprise.

L’interface des services et applications

Pour certains leviers, l’interface utilisateur paraît assez évidente dans la mesure où ces leviers sont par nature visuels et préhensibles physiquement. C’est par exemple le cas avec les services ou applications. C’est d’ailleurs justement à eux que j’emprunte cette notion d’interface utilisateur. Il s’agit en fait d’une dimension constitutive des services digitaux : la fameuse interface homme-machine (IHM), ou encore interface digitale. Sans elle, pas de service utilisable, donc pas d’usage !

L’interface des technologies & appareils

Pour la couche des technologies & appareils, si ces derniers (les appreils) sont en eux-mêmes une interface évidente (ordinateurs, écrans, smartphones, câbles…), c’est déjà moins évident avec les technologies. Vous me direz qu’il n’y a rien de plus matériel qu’un serveur, des câbles, un routeur Wi-Fi, etc. Certes, mais il existe aussi toute une part de technologie complètement immatérielle, et non des moindres, à savoir le code, les programmes, l’architecture et l’urbanisation du système d’information, etc. Et bien, c’est là où je pense qu’il faut travailler à matérialiser, à rendre visuelle et perceptible cette part de ce levier.

Là encore, vous allez me dire : quel est l’intérêt de rendre visuel et perceptible ce levier ? Est-ce que ça ne doit pas au contraire être le plus caché possible pour l’utilisateur ? Sans doute, certes, au sens où l’utilisateur doit être déchargé au maximum des manipulations et des contraintes techniques qui peuvent peser sur les services qu’il utilise. Mais pour autant, il me paraît particulièrement important de l’aider à comprendre pourquoi telle ou telle contrainte IT subsiste, et si elle sera levée ou pas, et quand, et comment faire en attendant, etc. Bref, même en matière d’IT d’entreprise, il me paraît particulièrement utile et important d’être pédagogique et de pratiquer une communication ouverte et de confiance avec les utilisateurs, plutôt qu’une communication de la chappe de plomb ou de la boîte noire. Nous verrons tout à l’heure comment cela peut se matérialiser.

Les deux autres leviers que sont les usages et le management sont sans doute ceux pour lesquels la notion d’interface paraît la moins évidente, la plus exotique. Quelle peut être l’interface du management ? ou l’interface des usages ?

L’interface du management

Et bien, selon moi, il est très utile et important de matérialiser au maximum les décisions prises par le management et la Direction de l’entreprise, les impulsions qu’il souhaite communiquer, la stratégie que l’entreprise poursuit, l’organisation qui est mise en place, etc. Plusieurs types de documents peuvent remplir cette fonction : chartes, messages clés, codes de bonnes conduites, organigramme, règlement intérieur, entretiens annuels, contrat de travail, fiche de poste, etc. Et de nombreux canaux peuvent être utilisés pour les diffuser : événements internes, affiches, écrans muraux, intranet, etc. Certains de ces canaux sont justement des services, au sens de l’un des 4 leviers dont je parle ici. Sur ce plan, je suis particulièrement en phase avec cet article de Cecil Dijoux sur le management visuel ou encore avec Dave Gray, promoteur du visual thinking, des culture maps et des pratiques consistant à créer des interfaces de management. A ce sujet, je vous invite à regarder cette présentation éclairante qu’il a faite sur ce thème lors de Lift2013.

L’interface du management c’est aussi l’interface des données de gestion de l’entreprise. Sur ce point, encore faut-il que l’entreprise ait pris la décision de communiquer ou de rendre accessibles ces données. C’est en tout cas ce que fait la société Techné depuis plusieurs années. Son exemple me paraît particulièrement intéressant et inspirant. Ensuite, se pose la question (non détaillée dans l’article ci-dessus pour le cas de Techné) de la manière dont ces données sont communiquées. Personnellement, je suis un fervent partisan des solutions de dashboard et de datavisualisation telles que Panic Status Dashboard, Geckoboard, Cyfe ou Leftronic, qui selon moi rendent la BI accessible à tout un chacun dans l’entreprise. La plupart d’entre elles permettent notamment l’affichage aussi bien sur desktop que sur mobile ou encore sur affichage digital mural, dont je suis un grand fan !

La solution "Status Dashboard" de Panic permet un affichage mural élégant et efficace de toutes sortes de données de gestion de l'entreprise.

La solution « Status Dashboard » de Panic permet un affichage mural élégant et efficace de toutes sortes de données de gestion de l’entreprise.

L’interface des usages

Parfait. Et pour les usages ? Et bien, c’est la même chose : il faut essayer au maximum de les rendre visuels, voire matériels, à travers trois axes en particulier :

  • Utiliser des usages et des pratiques “visuels” : les pratiques agiles en sont un bon exemple.
  • Créer des documents visuels qui expliquent et influencent les usages (c’est à dire qui incitent aux bons usages et dissuadent des autres) : au-delà des classiques supports de formation et des chartes, je pense qu’il y a matière à innover en utilisant des infographies, dont on voit le succès sur le web, en mettant sous forme illustrée des mantras, comme l’a récemment rappelé Oscar Berg, ou encore en mettant en oeuvre des mécanismes et des interfaces de gamification.
  • Proposer des dispositifs qui montrent les données mesurées des usages : cela consiste souvent à mixer l’analytique avec des solutions de dashboard ou de datavisualisation comme celles que nous avons vues ci-dessus. Récemment, je suis tombé sur cette application de datavisualisation créée par Sennep pour l’intranet de Kantar, dont je connais très peu de choses mais qui paraît correspondre exactement à ce que je décris ici.

Et l’interface des individus ?

Dans ma grille à 4 niveaux, les individus ne sont pas représentés. Pourtant, ils constituent évidemment la clé de voûte de toute la pyramide. J’ai déjà abordé à plusieurs reprises la question de l’interface visuelle des individus à mettre en oeuvre notamment dans un intranet ou un réseau social via des annuaires très visuels. J’ajouterai juste aujourd’hui à cet article précédent l’exemple récent de Jostle, qui propose une mosaïque de portraits qui me plaît beaucoup.

L'annuaire très visuel de Jostle.

L’annuaire très visuel de Jostle.

Finalement, pour résumer, je pense que chaque levier gagne à être envisagé comme un matériau à “designer” de manière visuelle et la plus matérielle possible en vue d’un usage par l’utilisateur. Par qui ce travail doit-il être fait ? Par des designers justement, des concepteurs.

Des designers pour chacune de ces interfaces

Les designers des services sont tout trouvés : ce sont les designers digitaux (consultants, ergonomes, UX designers, creative designers…). Leur métier consiste justement à penser en fonction des utilisateurs finaux, donc en termes d’interface.

Les designers des appareils existent également, nul besoin de les réinventer. Eux aussi pensent éminemment de manière user centric, donc en terme d’interface.

Côté technologie, les intervenants existent également : développeurs, architectes, urbanistes, administrateurs… Mais la différence principale vient du fait que leur travail n’a pas nécessairement été pensé jusqu’à présent comme destiné à être utilisé, communiqué, vu, perçu, compris par les utilisateurs finaux. Je pense que cela doit évoluer et que l’ensemble de ces acteurs doit chercher à communiquer leur travail aux utilisateurs finaux, qui ne sont pas seulement utilisateurs d’un service ou d’un appareil, mais aussi d’une technologie. Il est donc utile selon moi qu’ils se fassent aider pour cela par des designers professionnels, qu’il s’agisse de designers digitaux ou non.

C’est la même chose avec le management. Les managers existent évidemment, mais conçoivent-ils leur travail comme celui d’un designer ? Pensent-ils toujours qu’une décision qui a été prise, qu’une stratégie, qu’une culture d’entreprise, doit s’incarner visuellement pour être perçue, comprise, appropriée et produire ses effets ? En partie, c’est certain, et de plus en plus. Mais il me semble qu’il existe encore une marge de progression énorme. Et de ce point de vue, ils peuvent se faire aider par des gens comme Dave Gray, cité ci-dessus, et sa pratique du design d’information au service de l’entreprise.

Le champ le plus vierge aujourd’hui reste selon moi celui des usages. En partie parce qu’il s’agit déjà en lui-même d’un champ nouveau dans les entreprises. Qui se préoccupe en effet des usages ? Certes, il existe parfois des process, qui peuvent même être très contraignants. Mais ils représentent justement une vision très mécanique, voire “castratrice” des usages. Il y a aussi la formation. Mais le cadre trop formel dans lequel elle est encore aujourd’hui trop souvent dispensée ne correspond plus à la mutation des usages de travail d’aujourd’hui. Tout reste donc à inventer dans le registre du design des usages en entreprise, et les rôles dédiés à cela n’existent pas encore. J’aurai l’occasion d’y revenir…