Ces lunettes qui nous font porter un nouveau regard sur le monde… (3/3)

Episode 3 : Lunettes de réalité virtuelle : “Je est un autre” et “La vraie vie est ailleurs”

Les lunettes de réalité virtuelle sont celles qui nous coupent le plus de la réalité qui nous entoure directement. L’univers qu’elle nous font voir est exclusif : il s’impose à la place de l’environnement naturel. Plus qu’une paire de lunettes, c’est effectivement un masque que l’on met sur son visage, un masque qui ne nous laisse plus rien voir de la réalité naturelle, laquelle devient alors la réalité extérieure. Nous sommes alors plongés dans la réalité virtuelle. La sensation d’immersion est ainsi produite par le dispositif matériel lui-même (le masque fermé) en plus de l’image. A partir de là, l’endroit où l’on se trouve importe peu d’un point de vue micro. Il importe plus d’un point de vue macro puisque je peux ainsi me transporter à l’autre bout de la planète (j’y reviendrai).

L’univers dans lequel je suis immergé peut être naturel, artificiel, fantastique, abstrait, historique, dans l’infiniment grand ou dans l’infiniment petit, etc. Il n’y a de limite que celle de l’imagination des designers.

Ce faisant, le dispositif introduit un étonnant rapport au corps en dissociant la vue des autres sensations telles que le toucher et la kinesthésie (le mouvement). La sensation de mouvement est retranscrite dans l’image affichée de telle sorte que lorsqu’on bouge la tête, l’image bouge à proportion pour donner l’illusion que c’est ce que l’on voit réellement. Le toucher est également préservé, mais on peut jouer de l’illusion de ce qui est touché en affichant autre chose que ce qui est réellement touché ou que ce qui touche (on peut afficher une autre image de notre corps).

Les lunettes de réalité virtuelle nous permettent donc de nous plonger dans le corps d’un autre.

C’est ce qu’a souligné Yoshida Shuhei, le président de Sony Computer Entertainment, lors de la présentation des lunettes de réalité virtuelle de la marque, lorsqu’il a déclaré après les avoir testées sur un jeu de la franchise God of War : « Quand j’ai regardé vers le bas, j’ai vu que mon corps était celui de Kratos. C’était une expérience jouissive. »  (source).

C’est également ce qui a donné lieu à cette étonnante expérience intitulée The machine to be another, imaginée par le collectif BeAnotherLab, dont le projet est de faire réfléchir sur l’identité et l’altérité en créant des expériences interactives avec des casques de réalité virtuelle où les participants se retrouvent plongés dans le corps d’un autre. L’une des plus médiatisées a été la troublante expérience Gender Swap :

 

Mais il en existe bien d’autres, que l’on peut visualiser sur le site du collectif ou sur son compte Vimeo.

Si d’un côté, le masque de réalité virtuelle nous plonge en nous même et nous invite à explorer la perception de notre corps, à l’autre extrémité, comme je l’ai dit plus haut, il nous projette loin de notre environnement réel, loin de notre hic et nunc, pour nous “embarquer” dans des lointains de tous types : géographiques, imaginaires, temporels…

On comprend qu’un tel outil soit attirant pour les marques en raison de cette capacité à faire sortir les gens de leur quotidien, à capter complètement leur attention pour que les marques puissent les emmener là où elles ont envie de les emmener : plonger dans l’univers de la marque, plonger dans un pays lointain quand on est une agence de voyages, emmener dans des endroits normalement inaccessibles (coulisses des artistes, des sportifs, etc.)…

Dans ce contexte, on voit apparaître aujourd’hui quelques grandes catégories d’usages marketing :

  • Emmener dans des endroits normalement inaccessibles ou secrets :
    • Pour emporter le spectateur dans l’univers de la marque, la société O2, sponsor de l’équipe d’Angleterre de rugby, a réalisé un spot qui plonge le porteur d’Oculus Rift au cœur d’une mêlée.

 

  • Emmener dans des endroits qui n’existent plus ou qui n’existent pas encore :
    • La Monnaie de Paris, accompagnée par Dassault Systèmes, a présenté ses futurs bâtiments via Oculus Rift :

 

  • Emmener dans des endroits symptomatiques de la marque :
    • En Angleterre, les supermarchés Tesco ont offert la possibilité à leurs clients de visiter un magasin virtuel :

 

  • La marque chinoise de lait infantile Friso a projeté ses clients dans une ferme virtuelle (source).
  • Volvo a fait découvrir l’intérieur du XC90 via Oculus Rift :

 

  • Emmener dans des lieux touristiques ou éloignés, quand c’est impossible d’y aller en vrai, ou pour donner envie d’y aller en vrai, ou pour préparer son voyage :
    • La chaîne hôtelière Marriott a installé deux cabines appelées Téléporteurs à proximité de la mairie de New-York. Elle a alors proposé aux jeunes mariés qui en sortaient de vivre un voyage de noce virtuel dans des lieux de rêve situés partout dans le monde à proximité des plus beaux hôtels de la chaîne. Il suffisait aux participants d’entrer dans les cabines et de se munir d’un casque Oculus Rift pour démarrer l’expérience :
  • Le conseil général du Val d’Oise propose quant à lui des visites virtuelles de sites touristiques du département (lire cet article) :

 

Google Street View avec Google Cardboard

Google Street View avec Google Cardboard

Voilà pour quelques usages marketing. Mais il y a également des usages professionnels qui tirent parti de cette capacité à nous projeter dans un univers inexistant ou éloigné. Cet article des Echos nous apprend par exemple que les entreprises réfléchissent à utiliser des casques de réalité virtuelle pour dispenser des formations ou pour favoriser le travail collaboratif, par exemple en les utilisant pour faire des réunions de travail à distance. Bloomberg travaillerait de son côté à un environnement de trading sur Oculus Rift.

Et puis, il y a bien évidemment les usages BtoC directs que sont les jeux, qui jouent à la fois sur la capacité à nous projeter dans le corps d’un autre et à nous projeter dans un univers qui n’est pas le nôtre. C’est l’idée première d’usage de sa technologie qu’avait le créateur du casque Oculus Rift (voir aussi le projet de jeu Xvirent).

Enfin, jouant sur les deux tableaux de la relation au corps et de la projection dans un environnement lointain, et mobilisant également la dimension d’apprentissage ainsi que l’aspect ludique, il y a ce projet très intéressant d’usage des Oculus Rift pour l’entrainement sportif en intérieur.

Pour finir, je voudrais juste noter qu’il peut apparaître curieux, finalement, que ce soit le site destiné à rapprocher les gens (Facebook) qui achète une marque (Oculus Rift) qui fabrique des lunettes qui nous coupent du monde environnant et des individus à proximité !

C’est sans doute parce que Facebook a fini par vouloir plus nous rapprocher des marques ou rapprocher les marques de nous que par vouloir nous rapprocher les uns des autres ! A moins que ce ne soit par le désir de faire vivre de nouveaux types d’expériences à partager ? La question est de savoir dans quelle mesure ces expériences vécues peuvent créer de la communauté entre leurs utilisateurs ?

Enfin, dernière remarque : j’ai évoqué le fait que les casques de réalité virtuelle nous coupaient complètement de la réalité environnante. Et bien, il existe un casque qui propose une alternative pour voir quand même le monde réel autour de soi à travers le casque : Totem, de la société Vrvana est un casque qui possède 2 caméras qui permettent de passer instantanément de la vue en réalité virtuelle à la vue réelle.

Voilà pour ce tour d’horizon en 3 épisodes des nouveaux types de lunettes qui nous permettent de porter un regard différent sur le monde.

Ces lunettes qui nous font porter un nouveau regard sur le monde… (2/3)

Episode 2 : Les lunettes de réalité augmentée : les capacités

A la différence des lunettes 3D, les lunettes de réalité augmentée sont totalement autonomes de tout écran ou image spéciales. Au contraire, elles ont pour principe de fonctionner sur fond d’image réelle, de ce que l’on voit réellement et naturellement, sans la réalité augmentée, sur fond justement de réalité. Par contre, elles consistent à appliquer sur cette réalité une couche additionnelle d’informations pour en faire une réalité augmentée. Différentes technologies existent pour permettre à l’utilisateur de voir ces informations (images projetées sur la rétine, images projetées sur un verre, prisme, etc.). Peu importe pour notre propos.

Ce qui est intéressant par contre, c’est qu’en les portant, non seulement elles nous permettent de voir une réalité augmentée, mais elles nous transforment également en homme augmenté. L’usage premier de ces lunettes est en effet de doter leur porteur de capacités qu’il n’a pas sans elles. Cela peut se traduire de plusieurs manières :

  • aider les déficients (alzheimer, handicapés, etc.) en palliant leur déficience par une augmentation d’information.
  • aider certains métiers à avoir plus de capacités (automobile, médecine, techniciens…) pour augmenter leur performance professionnelle.
  • aider chacun d’entre nous dans ses activités quotidiennes pour lui fournir des informations utiles en contexte et en mode mains-libres.
  • plonger des individus dans un jeu ou une fiction qui se joue “in situ”.
  • etc.

Dans tous les cas, le principe de ces lunettes, c’est qu’on puisse les porter librement, en tout lieu et à tout moment, dehors notamment. On peut ainsi se retrouver avec ses lunettes dans la rue, parmi une multitude d’autres gens sans lunettes. Cette situation n’est pas sans poser problème : “Je vois que tu me vois différemment, je ne sais pas ce que tu fais, tu me filmes ? ça me gène, je me sens agressé, non respecté, utilisé, etc.” D’où les quelques cas de violence qui se sont produit à l’encontre de porteurs de telles lunettes :

Cette situation montre aussi qu’à la différence des lunettes 3D, que tout le monde porte en même temps, au même endroit, pour voir la même chose, et qui font donc communauté, les lunettes de réalité augmentée font rarement communauté. Elles ont même plutôt tendance à faire scission entre les individus, à les opposer, à les démarquer. Devant mon voisin qui porte ces lunettes, je me demande ce qu’il voit, je suis soit curieux, soit jaloux (impatient de les lui prendre), soit indifférent, voire même, comme on vient de le voir ci-dessus : je suis agressif. Et si je me promène en couple ou en famille, quel sens cela a-t-il que chacun ait sa paire de lunettes si c’est pour que chacun voit des choses différentes et se distraie des autres ? Il suffit ou il est préférable qu’une seule personne porte les lunettes.

Les lunettes de réalité augmentée appellent donc une motivation forte de leur usage, et qui soit comprise par autrui, soit à travers le jeu, une tâche professionnelle bien précise et en cours, ou alors pour palier un handicap.

Une illustration avec ce prototype de casque pour les professionnels du bâtiment :

 

De manière plus drôle que les exemples d’agression, on peut aussi noter que la fonction des lunettes d’augmenter les capacités de ceux qui les portent a évidemment été tournée en dérision avec des parodies qui prennent le contre-pied de cette augmentation pour montrer à l’inverse des individus diminués, qui ratent ce qu’ils entreprennent et à qui il arrive de multiples déboires :

ou

 

Il y a aussi les parodies qui jouent justement sur le décalage (dont j’ai parlé plus haut) qui peut exister entre celui qui utilise les lunettes et celui qui est en face de lui, par exemple, lors d’un entretien d’embauche quel que peut… dévoyé :

 

ou un premier rendez-vous galant :

 

D’autres parodies ici, ici ou .

Ces lunettes qui nous font porter un nouveau regard sur le monde… (1/3)

Jusqu’à une date très récente, nous disposions principalement de deux types de lunettes : des lunettes de protection d’une part (lunettes de soleil, lunettes anti-projections, etc.), et des lunettes de vue d’autre part, qui ont pour objectif de corriger la vue déficiente de certains d’entre nous. Ces dernières nous permettent ainsi de mieux voir notre environnement et donc finalement de mieux nous relier avec celui-ci, ainsi qu’avec les personnes de notre entourage. Elles font en sorte que nous voyions tous la même chose. Mais, ces dernières années, sont apparus de nouveaux types de lunettes dont le but est tout autre : elles nous permettent de voir des choses que ne peuvent pas voir ceux qui ne les portent pas. Certaines, même, nous coupent complètement de notre environnement réel pour nous plonger dans un univers virtuel immersif. Quels changements cela provoque dans notre rapport au monde et aux autres ? C’est ce que je voudrais essayer d’esquisser ici en passant en revue 3 types de lunettes.


Episode 1 : 
Les lunettes 3D : la sensation

Commençons par les lunettes qui nous permettent de voir certains films avec une impression de relief. Elles fonctionnent avec des films et/ou des écrans prévus spécialement pour cela : au cinéma, chez soi devant sa télévision, dans des spectacles dédiés, dans des showrooms, etc.

Cette technologie est destinée à rendre les images et les films plus spectaculaires que lorsqu’ils sont en 2D classique, en créant l’impression de relief, de profondeur. L’objectif est évidemment de créer des sensations fortes, de jouer sur le spectaculaire, l’effet, la sensation plutôt que d’ajouter des informations, ou d’apporter du savoir ou de la connaissance.

Le dispositif nécessite qu’il y ait un écran à regarder. Il ne se superpose donc pas au monde réel. Dans ce genre de dispositif, nous regardons tous dans la même direction, nous ne nous regardons pas les uns les autres.

Les lunettes se portent de manière individuelle mais tous les spectateurs regardent le même film. Ils appartiennent donc à la communauté de ceux qui assistent au même spectacle et qui peuvent ensuite parler de ce qu’ils ont vu en sachant qu’ils ont vu la même chose. Ils ont partagé la même expérience.

Deux spectateurs qui auraient vu le même film, l’un en 2D, l’autre en 3D, peuvent également échanger sur ce qu’ils ont vu : ils ont vu le même film.

Rendez visuel votre réseau social d’entreprise !

S’il est un mérite que beaucoup s’accordent à reconnaître à Pinterest, Instagram & consorts, c’est celui d’avoir montré à quel point les images sont une source de valeur inédite dans l’économie digitale telle qu’elle existe aujourd’hui (à savoir à la fois numérique, en réseau, sociale, mobile… et de plus en plus tactile).

Certes, on savait avant ces réseaux sociaux à quel point nous sommes attirés par les images : le règne de la télévision, par exemple, nous l’a assez montré. Mais dans le contexte digital, Pinterest, notamment, a su révéler à quel point il pouvait être facile d’extraire les images de leur contexte d’usage (par exemple en tant qu’illustration d’un article), sans pour autant en perdre l’intérêt ni la compréhension, et bien au contraire les faire rentrer dans un nouveau cycle d’usages, de contextes, de collections, qui sont autant de contributions à la signification et à la valeur de chaque image. Elles appartiennent à mille collections, à autant de collectionneurs, et à encore plus de significations et de valeurs, à travers tous ceux qui les observent et peuvent se les réapprorier. Une belle chaîne humaine se dessine d’ailleurs à travers elle, tout aussi intéressante.

 

Pinterest

L’interface de Pinterest

 

Pinterest, pour continuer avec lui, a su montrer également comment ces images pouvaient être un des moteurs de l’économie participative, virale et de partage du web, voire de l’économie tout court. Avec une facilité déconcertante, elles peuvent en effet être extraites de leur page web d’origine, posées dans une collection, partagées dans d’autres, likées, commentées, partagées sur d’autres réseaux, envoyées à d’autres personnes, etc. On glose ainsi sur leur capacité à attirer l’attention, à générer du traffic sur les sites e-commerce ou à influencer les ventes. Certains services de commerce en ligne antérieurs à Pinterest comme eBay ou StumbleUpon se sont d’ailleurs refait une beauté en mode Pinterest-like ! Bref, l’image digitale fait son oeuvre…

 

La nouvelle interface de eBay, inspirée de Pinterest

 

Si ce tsunami visuel paraît submerger tout le web, il semble pourtant qu’un village d’irréductibles gaulois résiste à l’invasion : je veux parler des intranets et des réseaux sociaux d’entreprise. Car pour une fois, le second ne me paraît guère logé à meilleure enseigne que le premier. Il suffit en effet de regarder les pages des moteurs de recherche ou des fiches profils de quelques solutions de réseau social pour constater à quel point l’image y est peu mise en avant.

Mais si telle est la situation la plus commune aujourd’hui, je constate toutefois et heureusement… :

  1. qu’il existe quand même d’ores et déjà de belles exceptions
  2. qu’il semble se dégager une tendance à l’évolution dans le sens d’une meilleure exploitation des visuels.

C’est ce que j’aimerai détailler maintenant, en me concentrant sur un usage bien particulier des visuels, à savoir celui des portraits des personnes de l’entreprise, tels qu’on peut les retrouver dans les annuaires, trombinoscopes et autres organigrammes. Mon propos consiste à regretter que dans ces cas précis, il ne soit pas fait un usage plus important des modes de présentation en mosaïque ou Pinterest-like. Et je m’expliquerai sur les bénéfices de tels mode de présentation pour l’entreprise et ses personnels.

Une exception inspirante

Je commencerai donc par m’attarder sur l’une des plus belles exceptions que je connaisse en la matière. Ou plutôt devrais-je dire “que je devine”, car en réalité je n’ai jamais vu l’intranet en question autrement que par des photos qui circulent sur le web. J’espère donc ne pas me tromper sur ce que je devine. Mais si jamais c’était quand même le cas, au moins mon propos aura-t-il servi à expliquer ce que je trouverai formidable en la matière !

Bref, l’exemple que je retiens est celui du réseau social interne d’IDEO, la célèbre agence de design anglaise. Voici la page qui me fascine :

 

La page de l’intranet The Tube, d’IDEO, qui rassemble les portraits des personnes de l’entreprise sur un seul écran.

(NB : J’ai extrait cette image d’une présentation d’IDEO disponible sur SlideShare, d’où les soucis visuels au milieu de l’image).

Ce qui me fascine dans cette page, c’est que sur un seul écran, l’entreprise toute entière se trouve représentée (du moins, c’est ce que je comprends de cette image) ! Imaginez tous les usages possibles d’un tel écran, toutes les fonctionnalités qui peuvent y être implémentées (la liste ci-dessous est une extrapolation de ma part, je ne sais pas exactement ce que permet la version d’IDEO) et les bénéfices qu’on peut en tirer :

  • Tout d’abord, elle donne une représentation visuelle (les photos) et graphique (leur disposition à l’écran) de toute l’entreprise d’un seul tenant. En cela, elle apporte le même bénéfice que celui que je mettais en avant dans le visuel de Dataveyes dont je parlais dans un précédent article.
  • Les visuels permettent de reconnaître les personnes ou d’apprendre à les connaître. Impossible de ne plus pouvoir mettre un nom sur un visage ou l’inverse ! Cela renforce aussi selon moi la capacité à prendre contact avec chacun. Bon, cela pourrait aussi bien fonctionner s’il n’y avait pas la disposition graphique d’un seul tenant. Mais les deux réunies donnent une valeur plus grande encore à l’aspect visuel. Car il est plus facile de passer les photos en revue et de zoomer sur telle ou telle. Sans ce mode graphique d’un seul tenant (avec un système de pagination par exemple), il serait beaucoup plus fastidieux de faire défiler les photos pour identifier le nom d’une personne que vous avez croisée mais que vous ne connaissez pas. Ici, vous pouvez vous permettre plus facilement un passage en revue de toutes les photos. Évidemment, le nombre de photos rend plus ou moins laborieux ce survol, mais je pense quand même qu’il reste jouable jusqu’à un grand nombre de visuels, en tous cas beaucoup plus que dans un système de pagination.
  • Évidemment, ce qui fait la grande différence est ce mode de présentation graphique sous forme de mosaïque. Il permet notamment d’organiser les visuels pour restituer n’importe quel mode de recherche ou de sélection. Dans l’image présentée, les photos ont été regroupées par métier : les designers, les graphistes, les fonctions supports, etc. Il y a aussi des menus déroulants qui permettent de classer par site géographique, par communauté, par discipline, etc. Sur cette base, on peut tout imaginer : des filtres qui éliminent l’affichage des personnes qui ne correspondent pas à la recherche, ou des marqueurs visuels qui différencient les portraits les uns des autres (par exemple les halos de couleur que l’on voit dans l’image), navigation par nuage de mots-clés ou moteur de recherche, etc. Côté critères, on peut imaginer que les visuels jouent un rôle de présentiel : les photos des personnes non connectées ou non présentes au bureau pourraient apparaître grisées. Bref, les possibilités sont infinies.
  • Autre avantage de cette présentation : elle me paraît permettre des possibilités de gamification intéressantes : affichage des badges, mises en avant ponctuelles de tel ou tel portrait, etc.
  • Autre point encore : une telle interface me paraît donner envie d’être consultée, utilisée, manipulée. A l’heure où les entreprises se plaignent du faible taux de visite ou d’utilisation de leur intranet ou même du réseau social interne, voilà sans doute un argument à prendre en compte !
  • Et on imagine facilement comment palier l’affichage d’un grand nombre de photos : par un système de zoom, de défilement vertical ou horizontal, ou par une vue partielle par défaut (centrée sur votre BU ou votre site géographique, à vous de choisir !)…
  • Enfin, dernier point, mais non des moindres : une telle interface me paraît particulièrement compatible avec un environnement mobile et tactile.

Voilà pour l’exception à ce jour. Venons-en maintenant aux évolutions que je perçois via les solutions proposées par les éditeurs et qui me semblent aller dans le sens d’une meilleure exploitation des visuels

Apperian – Epicenter

A la fin de mon analyse de la page d’IDEO, j’évoquais la question du mobile. Et bien, c’est sur ce plan que se focalise la société américaine Apperian, qui propose depuis février 2012 une application de réseau social d’entreprise pour iPad, appelée Epicenter, qui met fortement en avant les portraits des utilisateurs, comme on peut le voir sur la vidéo ci-dessous :

 

 

Comme l’explique Alan Murray, Senior VP Product chez Apperian, dans cet article, Epicenter “leverages the capabilities of the iPad to enable co-workers to visually navigate the organization, not just the org chart”. Naviguer visuellement dans l’organisation, voilà bien tout l’intérêt d’une telle interface !

Pour en savoir plus, vous pouvez aussi lire cet article : Apperian’s Epicenter gives iPad users a social, visually rich corporate directory.

Beezy – Talent finder

Autre acteur qui me paraît aller dans le même sens : la société Beezy, propose un add-on à SharePoint 2010 (que deviendra-t-il avec SharePoint 2013 ?) qui permet là aussi un affichage très visuel des membres du réseau social d’entreprise (la fonctionnalité qui nous intéresse démarre à 3:31) :

 

 

Enfin, si l’on veut bien sortir du contexte des applications d’entreprise, on peut aussi considérer que le nouvel OS de Microsoft, Windows 8, fait un pas dans ce sens via son application Contact / People App, qui est dans la lignée du style mosaïque global de l’interface Metro. Pour autant, la prochaine version de SharePoint à venir, SharePoint 2013, malgré toutes les améliorations qu’elle apporte en termes d’interface, ne reprend pas (à ma connaissance) ce principe de mosaïque des portraits. Cela laisse peut-être la place à Beezy pour proposer son module Talent Finder pour SharePoint 2013 ?

La cerise sur le gâteau : l’affichage mural avec écran tactile

Enfin, à tout seigneur tout honneur : je vais terminer avec ceux avec qui j’ai commencé ! IDEO, puisqu’il s’agit d’eux, va même encore plus loin puisque la société, comme le montre les photos ci-dessous, a mis en place un écran mural tacticle qui reprend le principe de la mosaïque pour afficher les photos des personnes de l’entreprise et également les statuts de ces derniers sur la plateforme sociale interne. La classe non ?

 

L’écran mural tactile de IDEO qui affiche les portraits des personnes de l’entreprise (source : http://www.flickr.com/photos/gordonr/2945956702/)