L’essor des vidéos 360° – 2) Les devices et les services de visionnage se multiplient

Que les dispositifs de capture se développent et se démocratisent est une chose, encore faut-il que les vidéos puissent être lues par le plus grand nombre. Or, c’est ce qui est en train de se passer dans la mesure où l’on assiste à une multiplication des appareils et des services de visionnage pour le plus grand nombre.

a) Visionnage sur le web et le web mobile

Le 25 mars dernier, lors de la conférence F8, Facebook a annoncé qu’il afficherait désormais les vidéos 360° sur le fil d’actualité.

L'axe de développement des contenus dans Facebook selon Marc Zuckerberg, lors de la conférence F8 2015.

L’axe de développement des contenus dans Facebook selon Marc Zuckerberg, lors de la conférence F8 2015.

Comme on peut le voir dans l’image ci-dessus présentée par Marc Zuckerberg lors de la conférence F8, la vidéo immersive, la réalité virtuelle et la réalité augmentée représentent pour Facebook la prochaine étape du développement des contenus dans Facebook… avant quelle future étape ?

Démo de l'intégration de vidéos 360° dans Facebook

Démo de l’intégration de vidéos 360° dans Facebook

A titre de rappel, Facebook aujourd’hui, c’est 1,44 milliards d’utilisateurs actifs, 4,75 milliards de contenus partagés chaque jour, 100 millions de vidéos postées chaque mois et 4 milliards de vues de vidéos par jour !!! De quoi inquiéter sérieusement YouTube !

Et bien, justement, quelques jours plus tôt, le 13 mars dernier, Google avait fait la même annonce pour Youtube : après les vidéos multi-angles, c’est désormais aux vidéos 360° de pouvoir être hébergées et visionnées sur la plateforme. Sur ordinateur, le service fonctionne uniquement sur Chrome et le déplacement dans l’image se fait à la souris. Mais l’expérience de visionnage est plus impressionnante sur mobile où il suffit de tourner l’appareil pour se déplacer dans la vidéo à 360°. Le service est pour l’instant disponible sur Android via l’appli YouTube, prochainement sur iOS.

Évidemment, Google a rendu le service visualisable sur ses lunettes de réalité Google Cardboard, mais aussi sur d’autres modèles, notamment Oculus Rift.

Selon le site 20 minutes, N’importe qui peut mettre en ligne ces vidéos, à condition de disposer d’une des caméras supportées: pour l’instant Ricoh Theta, Kodak SP360, Giroptic 360cam, VSN V.360, ou Bublcam. Les instructions en français sont disponibles ici.”

A titre de mise en bouche, Google a ouvert une playlist de 6 vidéos. Mais beaucoup d’autres sont désormais visibles, comme nous le verrons dans le dernier volet de cette série d’articles.

b) Visionnage sur casques de réalité virtuelle

Si le passage par YouTube et Facebook — qui sont à la fois des services web et mobile ainsi que des réseaux sociaux — est un passage obligé, là où veulent en venir Google et Facebook, c’est vers un type d’appareil en plein développement : les casques de réalité virtuelle !

J’ai consacré un récent article à ces casques et j’y reviendrai certainement bientôt. Si on les associe souvent — en tous cas par leur nom — avec la réalité virtuelle en 3D, je pense que les acteurs de cette filière ont bien compris que la vidéo immersive serait un facteur décisif de développement pour les casques de réalité virtuelle pour deux raisons : d’une part, le grand public pourra plus facilement s’approprier la réalisation de vidéos immersives que celle de mondes virtuels en 3D; de plus, ces vidéos immersives auront plus de sens pour lui, puisqu’à l’instar des photos et des vidéos, elles captureront des moments et des expériences vécues. C’est donc certainement un facteur plus efficace pour faire pénétrer la réalité virtuelle dans le grand public que les univers virtuels 3D qui seront sans doute plus réservés aux geeks, aux gamers et aux usages pros (ce qui représente déjà un marché énorme, j’en conviens !).

Voilà pourquoi, toute la chaîne de production des vidéos 360° va se développer dans la perspective d’un visionnage sur les casques de réalité virtuelle, comme on l’a déjà vu dans la première partie de cet article.

Parmi les acteurs les plus actifs sur ce secteur, citons :

  • Google et son Cardboard, qui représente une approche qu’on pourrait qualifier de “low cost” mais qui convient bien à Google dont le business n’est pas tant ici la fabrication et la vente des devices que le développement de toute la chaîne de production du service, comme on a pu le voir lors de la récente conférence Google I/O avec les annonces de Google Jump (voir précédent article) et du service Expeditionsdestiné à la réalisation et au partage de vidéos 360° entre scolaires ou étudiants, et avec l’information selon laquelle Google aurait déjà distribué plus d’un million de Cardboard !!!
  • Samsung, avec son casque Gear VR et son dispositif de tournage Project Beyond.
  • et Facebook, maison mère d’Oculus Rift

Sur ce plan, les casques avec smartphone (Google Cardboard ou Samsung Gear VR) sont ceux qui drainent l’activité aujourd’hui par rapport aux casques autonomes comme l’Oculus Rift. Déjà sur le marché, et disponibles à prix abordables, ils permettent une pénétration plus importante de la réalité virtuelle dans les foyers.

Et Apple dans tout ça ? Il semblerait que la marque prépare elle aussi son casque de réalité virtuelle. A moins qu’elle ne lorgne vers la réalité augmentée ? Affaire à suivre…

c) Visionnage ambiant

Pendant que les GAFA s’évertuent à développer les casques de réalité virtuelle pour visionner des vidéos immersives, d’autres plus petits et moins illustres, mais non moins intéressants, essaient d’ouvrir de nouveaux horizons. C’est ainsi que la startup française Catopsys a récemment dévoilé un dispositif de visionnage ambiant appelé Immersis. Il prend le contrepied du visionnage par casque puisqu’il ne coupe pas l’utilisateur de son environnement en lui mettant des lunettes devant les yeux, mais au contraire il projette l’image immersive sur l’environnement de l’utilisateur, par exemple la pièce qui l’entoure.

 

Ce type de visionnage propose une alternative collective et familiale au visionnage par casque, qui peut être intéressante dans certains contextes.

Pour info, dans cette vidéo on peut voir une projection via Immersis d’une vidéo filmée avec la caméra 360° de Giroptic, dont j’ai parlé dans la première partie de cet article.

Quoi qu’il en soit, comme on peut le voir, qu’il s’agisse des services ou des appareils, les dispositifs de visionnage des vidéos immersives se développent eux aussi très fortement. Nous verrons dans le prochain volet, comment les sociétés de production et de traitement des vidéos 360° se structurent elles aussi.

Proposez des connections Wi-Fi via les médias sociaux pour mieux vous connecter à vos clients !

A l’occasion de CES 2014, Netgear a annoncé un accord avec Facebook pour proposer un mode de connection publique à internet sur leurs routeurs Wi-Fi via une page Facebook d’entreprise. Un dispositif simple pour permettre aux entreprises et aux services locaux de se connecter à leurs clients via les médias sociaux, tout en leur proposant un service utile !

Netgear a indiqué que ce dispositif serait disponible dans un premier temps sur sa gamme de modems routeurs double bande 802.11ac, puis serait étendu ultérieurement à d’autres modems.

Stratégie de service “phygital”

Proposer une connection Wi-Fi dans un magasin, un restaurant, une agence ou un lieu d’accueil du public est un vrai service rendu aux clients et usagers par l’entreprise ou l’organisation qui la propose. Parfois, c’est même une stratégie marketing assumée, comme chez Starbucks, l’un des exemples les plus célèbres de cette démarche, qui a donc aussi (voire surtout) pour but d’attirer ainsi les clients ! Mais il n’est pas toujours facile pour les petits commerces, TPE et PME de proposer un tel service, notamment en raison des coûts. Tout ce qui vient alors rentabiliser l’investissement est donc le bienvenu.

Social média marketing

C’est sans doute là l’intérêt des offres de social connection Wi-Fi telle que celle de Netgear : pour que le client accède au Wi-Fi, il doit liker la page Facebook de l’entreprise. A partir de ce moment là, l’entreprise a quant à elle un accès direct à ce client au-delà de sa visite sur le lieu de sa connection.

Un moyen idéal pour les entreprises et les organisations de renforcer leur lien avec leurs clients et usagers sur les médias sociaux, en complément des visites de ces derniers sur les lieux de connections.

Permission marketing

Si le service me paraît intéressant, je trouve que l’entreprise serait encore mieux avisée de proposer deux modes de connections possibles : un premier mode via les médias sociaux et un second plus classique par clé Wi-Fi par exemple. Or, c’est justement ce que propose la solution de Netgear : “L’entreprise a toujours la possibilité d’offrir le choix à ses clients de se connecter sans devoir passer par Facebook, avec un code payant ou gratuit fourni par l’entreprise”, lit-on dans cet article de l’Atelier BNP Paribas.

Avec un tel choix, le visiteur ne se sent pas piégé ni contraint. Et s’il choisit une connection sociale, celle-ci vaut comme un véritable opt-in, un véritable accord d’engagement auprès de la marque qui pourra sans doute miser plus sur ce client que sur d’autres qui auraient uniquement “liké” la page Facebook pour utiliser le service et non par engagement auprès de la marque.

wiMAN avant Netgear

Si Netgear a fait parler de lui lors du CES 2014, ce n’est cependant pas la première société à proposer ce service. La société italienne wiMAN propose un service identique depuis quelque temps déjà, et non seulement via Facebook mais via plusieurs connecteurs sociaux (Facebook Connect, Twitter, Foursquare).

Le routeur Wi-Fi de wiMAN.

Le routeur Wi-Fi de wiMAN.

Bouclez la boucle avec Fliike !

Pour compléter le dispositif, il pourrait être marrant pour l’entreprise ou l’organisation de proposer sur le lieu de visite le compteur de fans Fliike, de Smiirl, qui pourrait servir de catalyseur ludique à la connection !

Fliike, le compteur physique de fans Facebook, de Smiirl.

Fliike, le compteur physique de fans Facebook, de Smiirl.

Finalement, le “Sophygital” (social + physique + digital !) a de beau jours devant lui !

Face à face avec Facebook (Visites privées au temps du digital : épisode 2)

La manière dont les entreprises se dévoilent est évidemment lié à leur activité, d’où elles tirent une partie de leur identité. Puisque la mission de Google est de digitaliser le monde et d’organiser l’accès à toutes les informations disponibles, l’entreprise se dévoile de la même manière, à travers ses outils de digitalisation du réel. Chez Facebook, dont l’activité repose sur le dévoilement des individus et de leurs relations, c’est aussi surtout de cette manière, et via les technologies qui permettent cela, que l’entreprise se dévoile.

Le moins que l’on puisse dire, effectivement, c’est que Facebook ne poursuit pas le même rêve que Google de vouloir tout montrer et tout numériser autour d’elle. Je dis bien « autour d’elle » car évidemment, à l’intérieur, Google montre avec parcimonie, juste ce qu’il faut pour valoriser ses technologies tout en gardant ses secrets. Mais Facebook n’a pas les mêmes technologies à valoriser.

Pour comparer, prenons l’exemple des datacenters. Dans le précédent article, j’ai évoqué l’épisode du reportage photo, vidéo et Street View réalisé par Google fin 2012. Ce qui est étonnant, c’est que quelques jours plus tard, le même syndrome de “photogénie” a également touché Facebook, qui a fait réaliser un reportage photographique tout aussi esthétisant et tout aussi muet, du moins tel que nous le transmet Fubiz, car je n’ai pas trouvé la source officielle où ce reportage a été publié.

Ce qui apparaît clairement, c’est que Facebook n’est pas aussi à l’aise que Google dans ce registre de création d’images. Sans doute parce que ses technologies ne visent pas à digitaliser le monde physique. Là où il l’est bien plus en revanche, c’est dans sa capacité à montrer des individus et à les laisser raconter des histoires. Sans doute parce que c’est là où oeuvrent justement ses technologies. Ainsi, à la différence de Google, Facebook essaie de faire vivre ses datacenters et pour cela consacre aux principaux une page Facebook dédiée, où la vie sur place est racontée par les gens qui y vivent. Vous pouvez ainsi suivre la vie quotidienne du datacenter de Prineville, celle du datacenter de Forest City, celle du tout récent datacenter de Lulea, en Suède ou encore celle de celui encore en construction d’Altoona, dans l’Iowa.

La page Facebook du Datacenter de Prineville

La page Facebook du Datacenter de Prineville

Et comme par magie, avec le format des pages Facebook, ces sites et les gens qui y travaillent nous deviennent étrangement proches. Chaque site devient le lieu de nombreuses histoires, retracées en autant de photos. Et les datacenters eux-mêmes sont présentés comme des projets, des défis que Facebook relève ou a relevé. Des défis parfois très techniques, mais que Facebook essaie toujours de relier à une cause commune ou compréhensible, à laquelle on peut adhérer. C’est souvent le thème de l’économie d’énergie qui est soulevé. Car on sait que c’est justement la grande critique qui est faite à ces datacenters. Et c’est donc justement pourquoi leurs propriétaires, tels Google dont je parlais dans le précédent article, ressentent la nécessité de plus de transparence sur ces sujets.

Ainsi, sur la page du datacenter de Prineville, Facebook a publié une visite guidée en vidéo par le responsable de ses datacenters. Sur celle de Forest City, on trouve également une vidéo de présentation du site et du projet. Une vidéo représentative du storytelling avec lequel Facebook entend présenter ces projets. Sur celui de Lulea par contre, Facebook a innové en publiant une vidéo Instagram (un service qui appartient à Facebook). Une page dédiée au datacenter existe d’ailleurs sur Instagram. Elle est cependant bien pauvre en contenus…

Bref, ce que Facebook semble vouloir montrer dans toutes ces pages et tous ces contenus, ce sont des histoires, des individus et des projets. Bref, humaniser son travail et nous le rendre plus proche.

Ainsi en va-t-il d’ailleurs pour tout, chez Facebook : la marque a en effet créé la page Facebook Design pour que le public y découvre et suive le travail de ses équipes de conception, la page Facebook Engineering pour suivre les équipes d’ingénieurs et développeurs, la page Facebook Seattle, pour suivre la vie du bureau de Seattle, etc. etc.

La page Facebook qui permet de suivre la vie du bureau Facebook de Seattle.

La page Facebook qui permet de suivre la vie du bureau Facebook de Seattle.

Bien sûr, la marque laisse aussi les photographes et les médias prendre des clichés de ses locaux (Voyez par exemple ceux visibles sur le site Office snapshots ou ce reportage de Business Insider sur les locaux de Facebook à New-York), mais elle ne communique pas dessus comme le fait Google. Du moins ne les met-elle pas en scène de la même manière. Tout juste laisse-t-elle filtrer des photos de ce moment, assez bluffant il est vrai, où Frank Gehry et Marck Zuckerberg sont réunis autour de la maquette des futurs locaux de l’entreprise, conçus par l’architecte. Mais la scène ne se passe même pas dans les locaux de Facebook. Non, Facebook est beaucoup plus attentif à mettre en avant ses réussites aux classements Glass Door des Best places to work (3ème en 2012 et 1er en 2013), comme on peut le voir dans ces vidéos réalisées par Glass Door… :

… ou dans celles diffusées par Facebook sur sa page Careers ou ailleurs, pour expliquer aux candidats à l’embauche ce que c’est que de travailler chez Facebook…

…ou encore dans celles réalisées avec Make IT in Ireland où les employés du bureau de Dublin présentent leur expérience de travail ou encore ce que représente la méthode créative « The hack » (issue de ce que Mark Zuckerberg, dans sa lettre aux investisseurs avant son entrée en bourse en 2012 avait appelé « The Hacker Way »).

Et si ce n’est pas Facebook lui même qui fait tout cela, ce sont les médias qui s’en emparent. Ainsi, en 2011, la chaîne MTV a réalisé un documentaire en 4 épisodes, intitulé Diary of Facebook.

Une image teaser du documentaire "Diary of Facebook" de MTV

Une image teaser du documentaire « Diary of Facebook » de MTV

Pour la première fois, Facebook ouvrait ses portes aux caméras de télévision. Et Mark Zuckerberg expliquait : « Chez Facebook, on a l’esprit très ouvert. Notre objectif est d’offrir aux utilisateurs la possibilité d’échanger un maximum d’infos avec leurs amis et leurs proches. On passe notre temps à essayer de connecter les gens entre eux, donc… au bureau, on applique le même principe ».

Bon, je ne suis pas sur place pour en juger, mais c’est en tous cas clairement ce focus sur les individus qu’ils mettent en avant dans leur communication… Et d’ailleurs aussi bien en com interne qu’en com externe.

Ils n’hésitent d’ailleurs pas à incarner leur nom à outrance en répétant sans cesse la même figure visuelle de la mosaïque de visages. En com externe, on la retrouve dans la campagne One Billion means, ou encore dans le visuel ci-dessous, destiné à remercier les investisseurs après l’introduction en bourse.

Affiche de remerciement des actionnaires après l'introduction en bourse

Affiche de remerciement des actionnaires après l’introduction en bourse

Mais c’est aussi évident dans la communication interne. J’en veux pour preuve le poster ci-dessous, présent dans les bureaux de Menlo Park et repris dans un couloir du datacenter de Lulea. Ce poster a été réalisé à partir des photos des profils Facebook de tous les employés de la société à la date où le poster a été créé.

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Sources des photos : Catherine HallJeff ChiuSimon Dawson – Susanne Lindholm.

Pour l’anecdote, mais elle me paraît significative, lorsque les salariés de Google UK ont réalisé un poster similaire de leur logo sur un mur de leurs locaux à Londres, ils ne l’ont pas fait avec des photos de portraits de salariés, mais avec des photos de paysages d’Angleterre (Vous pouvez voir une photo de ce poster et une vidéo de sa réalisation sur cette page). Le régime visuel de Google est bien tourné vers notre environnement, tandis que celui de Facebook est tourné vers les individus et leur visage.

Il n’y a donc rien d’étonnant, finalement, à ce Facebook laisse Brandon Stanton, le photographe de l’excellentissime site Humans of New-York, faire quelques photos de ses salariés et les publier sur sa propre page Facebook. C’est dans la droite ligne de toute leur stratégie de dévoilement…