A la découverte des nouveaux formats de contenus visuels

On pourrait croire, à voir le temps qui s’est écoulé entre mon précédent article et celui-ci, que je n’ai pas fait grand chose sur ce blog ces derniers mois. Et pourtant, je n’ai pas chômé ! Simplement, ça ne se passait pas au niveau des articles, mais dans la rubrique Inventaires. Je me suis effectivement lancé dans un projet un peu fou (en tous cas pour moi) : décrire et raconter comment évoluent les formats de contenus visuels ! Mon idée initiale était la suivante : Poussé par l’innovation technologique, le numérique conduit à une incroyable diversification des formats de contenus visuels : vidéo 360°, photographie 2.0, micro-vidéo, photographie éphémère, vidéo sociale en live, photographie sphérique, etc. De nombreux blogs et sites web relatent au quotidien les nouveautés qui émergent dans ce domaine. Mais je n’en connais pas qui organisent tout cela dans une vision cohérente et la plus globale possible. D’où l’idée de ces pages intitulées Les formats de contenus visuels.

Elles sont organisées pour l’instant en 4 rubriques qui correspondent à 4 grandes catégories de formats de contenus :

  • Les photographies
  • Les vidéos
  • Au croisement de la photo et de la vidéo
  • Les images graphiques

On constate que 3 de ces catégories sont des formats qui existaient avant le numérique. Ils définissent en effet des modes de représentation visuelle qui persistent encore aujourd’hui. Mais le numérique les transforme de l’intérieur, d’où le nombre de formats différents auxquels chacun d’eux donne lieu. Il les transforme aussi de l’extérieur, brouillant parfois les frontières entre eux. D’où la 4ème catégorie, qui rassemble les expressions de la mixité entre la photographie et la vidéo.

L’idée de ces pages, c’est de décrire les nouveaux formats qui émergent, ainsi que l’incroyable créativité dont font preuve les marques, les artistes ou chacun de ceux qui s’en emparent, au service d’une multitude d’usages, classiques renouvelés ou inédits.

A mon humble niveau, je me dis que celà peut aider à inspirer des créateurs. Je connais effectivement peu de sites qui parlent de ces contenus sous le prisme du format visuel. Et pourtant, ce prisme révèle selon moi un vrai réservoir de créativité !

Le but de ces pages, c’est aussi de décrire les différents types d’expérience utilisateur auxquels ces différents formats donnent lieu. Et plus tard, si j’ai le temps, ou au gré des formats, d’évoquer la question des best practices en matière de design de ces formats.

Si ces formats évoluent tant aujourd’hui, c’est en raison de l’innovation technologique qui les porte. Qu’elle provienne des GAFA ou d’autres entreprises technologiques, l’innovation technologique est telle aujourd’hui que les créateurs croulent sous les nouveaux formats et les possibilités qui s’offrent à eux. Ils doivent plutôt gérer le trop plein que le trop peu. Mon objectif, à travers ces pages, est d’ailleurs aussi de mettre en avant les créateurs qui s’emparent de ces nouveaux formats, qu’ils s’agissent d’artistes, de marques ou d’anonymes talentueux.

Enfin, dernier point : en parallèle de ces pages sur les formats de contenus, j’ai aussi l’intention de rédiger des pages sur quelques technologies clés, qui ne sont pas tant des formats de contenus, selon moi, que des technologies de dispositifs visuels dans lesquels les formats de contenus viennent « se loger ». Ces technologies, ce sont la réalité virtuelle, la réalité augmentée, les projections d’images, les écrans digitaux, les hologrammes…

Voilà, je terminerai juste en disant que le principe même de ces pages est qu’elles sont sans cesse en évolution. C’est un work in progress, une sorte de wiki individuel. D’ailleurs, nombre de pages déjà prévues et annoncées dans le sommaire ne sont pas encore publiées. ça va venir… Je précise également que je suis loin d’être un spécialiste de chacun de ces formats. J’espère donc ne pas faire trop d’erreurs. Je fais de mon mieux pour que ce ne soit pas le cas, mais n’hésitez pas à me faire signe si vous en trouvez une !!!

Et maintenant, il ne me reste plus qu’à vous rappeler le lien vers la page d’accueil de cette rubrique : Les formats de contenus visuels. Bonne lecture !

 

De l’écran extérieur à l’écran intérieur pour faciliter les dépassements

J’aimerai compléter mon billet d’hier, sur le Samsung Safety Truck, par les remarques que m’inspire un article sur le même sujet que j’ai lu juste après.

Il s’agit d’un article du site Clubic intitulé “Safety Truck : un semi-remorque « transparent » avec un mur d’écrans Samsung”. J’aimerai réagir à 3 passages de l’article.

Un smartphone épais de 15m !

Clubic indique : “En pratique, le défi consiste à mettre en œuvre des écrans d’extérieur assez lumineux pour être visibles en plein soleil, ainsi qu’une transmission sans fil infaillible avec la caméra frontale, située à 15 mètres.”

Le premier point soulevé ici concerne l’ergonomie d’un tel dispositif : en effet, que ce soit en plein soleil, comme l’indique Clubic, ou dans d’autres circonstances, il risque d’être très difficile d’assurer la visibilité d’un tel écran dans toutes les circonstances climatiques et horaires. La variation des conditions de visibilité risque même d’être un problème en soit.

Mais on pourrait aussi soulever des problèmes de faisabilité en ce qui concerne l’accrochage de l’écran, sa solidité pour qu’il ne se détériore pas ou ne soit pas cassé par le premier vandale venu, etc. Bref, les impasses sont multiples…

Je passe sur la transmission sans fil… Par contre, je m’arrête un instant sur la distance de 15 m. C’est une différence fondamentale avec les smartphones dans le cas de la réalité augmentée. Dans ce cas du smartphone, la caméra est juste de l’autre côté de l’écran, à quelques millimètres de lui. Ils ne sont séparés que par l’épaisseur du smartphone. Ce qui contribue sans doute à notre illusion et à l’association que nous faisons sans gène entre l’image de l’écran et la réalité qu’elle cache et montre à la fois. Dans le cas du camion, c’est une toute autre paire de manches. Arrive-t-on vraiment à associer facilement une telle image à une réalité qui se trouve si loin de nous et dont on n’a aucun élément de contexte parce que le camion nous bouche toute la vue ? ça me paraît difficile.

Un « design désintéressé » est-il possible ?

Clubic indique ensuite : “Le Samsung Safety Truck est fonctionnel, mais il n’est probablement pas viable sur le plan économique. L’équipement est onéreux, contraignant sur le plan logistique, et sans retour sur investissement direct pour les transporteurs, ce qui, même si des vies sont en jeu, est un critère déterminant dans notre marché.”

Au-delà des données qui me manquent ici pour discuter sérieusement l’argument économique, la dernière remarque mérite qu’on s’y arrête. Sans doute les transporteurs regardent-ils le ROI de leurs investissements, mais n’y a-t-il pour autant aucune place pour un “design désintéressé ou altruiste”, comme je l’ai appelé la dernière fois ? Les vies humaines ne compteraient donc pour rien ? Même l’impact d’image ne serait pas suffisant ? ça serait à désespérer !

En tous cas, au-delà de ce cas précis, la question de la possibilité économique d’un “design désintéressé” me paraît bigrement intéressante ! A creuser.

Faire passer le flux vidéo via la communication véhicule-à-véhicule

Dernière citation de Clubic : “D’autant qu’une solution plus crédible a des chances d’émerger dans un futur proche : la communication véhicule-à-véhicule, qui permettrait par exemple aux voitures qui le suivent d’avoir dans leur habitacle le flux vidéo provenant du camion, ou plus simplement un voyant coloré indiquant si la voie est libre ou non.”

Voilà pour le coup quelque chose de diablement intéressant ! Et certainement bien plus crédible en effet que la piste de l’écran extérieur proposée par Samsung. La communication véhicule-à-véhicule est en effet amenée à se développer. Et l’idée d’une image vidéo ou d’un signal dans le véhicule qui suit me paraît résoudre la plupart des impasses ergonomiques de l’écran extérieur sur le camion. Je pense même aussi que cette option changerait complètement la donne par rapport à la question du “design désintéressé” car la technologie est ici partagée entre les deux véhicules, chacun pouvant être à tour de rôle celui qui diffuse ou celui qui reçoit.

 

Samsung rend les camions « transparents » pour faciliter les dépassements

Doubler un véhicule est une manoeuvre dangereuse qui occasionne de nombreux accidents de la route. Doubler un camion est encore plus dangereux car la visibilité est plus réduite et le véhicule plus long et plus large. Pour contrer cette difficulté, Samsung et l’agence Leo Burnett ont eu une idée originale : installer à l’arrière du camion un écran qui diffuse ce que filme une caméra située à l’avant afin d’indiquer aux véhicules qui suivent si la voie est libre ou pas pour doubler.

J’avoue que je reste dubitatif sur l’impact réel d’un tel dispositif. Tel qu’il est présenté dans la vidéo ci-dessous, il me semble tout autant susceptible de créer des accidents par la distraction et le mauvais jugement que d’en éviter !

 

Mais il faut y voir avant tout un coup de pub de la part de Samsung, qui se fait d’ailleurs aider pour l’occasion par une agence de publicité plutôt que par une agence de design. Sur ce plan, l’opération est parfaitement réussie : elle met en avant la capacité d’innovation de la marque au service de la sécurité. Peu importe l’efficacité opérationnelle, ici, c’est l’effet d’image qui compte. Une image d’ailleurs d’autant meilleure que la sécurité en question n’est pas tant celle des poids lourds eux-mêmes que celle des automobilistes qui les côtoient. C’est donc un dispositif au service des autres : porté par certains utilisateurs au bénéfice d’autres utilisateurs. Le magazine Core77 parle à ce sujet de “design désintéressé”. On pourrait dire aussi “altruiste”. Core77 fait remarquer que c’est assez rare dans le design automobile, où la majorité des dispositifs de sécurité sont d’abord pensés pour la sécurité des occupants du véhicule. Outre que cela me paraît quand même assez normal, je pense que les dispositifs altruistes de ce type ne sont en réalité pas aussi rares que ça. Mais bon, je suis d’accord pour dire que c’est là un axe de travail tout à fait intéressant, qui pourrait donner lieu à de belles innovations.

“Une idée qui, plutôt que de changer la vie des gens, la sauve !” (Samsung)

Dans sa communication sur le dispositif, la marque laisse d’ailleurs entendre qu’elle ne considère pas ce dernier comme une simple opération de communication, mais bien comme un dispositif opérationnel utile, qui a vocation à être déployé : “Actuellement, le prototype n’est plus en circulation, mais la technologie fonctionne et c’est une idée qui pourrait sauver de nombreuses vies. La prochaine étape consiste à effectuer les tests requis pour se conformer aux protocoles nationaux existants afin d’obtenir les permis et les approbations nécessaires. Pour cela, Samsung travaille en collaboration avec les ONG de sécurité routière et les gouvernements.”

Le dispositif du Samsung Safety Truck

Le dispositif du Samsung Safety Truck

Le même type d’image que la réalité augmentée, pour une sécurité augmentée

Au-delà d’une analyse de l’effet de communication et de l’effet opérationnel, ce qui m’a intéressé dans cette campagne, c’est le type d’usage des écrans sur lequel elle repose. Le mécanisme utilisé ici est celui que j’ai déjà décrit dans plusieurs articles sur la transparence des images, dont notamment celui-ci et celui-ci. Dans le premier article, on pourrait évoquer le cas de figure n°7 (“Superposition d’une image d’écran à la réalité dans une image”) à la différence prêt qu’on n’est pas « dans une image » mais « dans la vraie vie ». Dans le deuxième article, on pourrait évoquer le cas de la réalité augmentée, où l’image à l’écran est captée par une caméra située de l’autre côté de l’appareil et restitue donc sur l’écran ce qui se trouve réellement derrière l’écran. Dans le cas présent, le camion remplace le smartphone occultant.

Ce contexte d’application de ce type d’image aux véhicules me fait penser à la campagne de Mercedes qui avait rendu un véhicule transparent en utilisant exactement le même principe : la voiture est recouverte d’un écran qui diffuse sur chaque face du véhicule ce qu’une caméra filme sur la face opposée.

 

J’avais décrit le mécanisme de ce dispositif à travers le schéma ci-dessous :

Schéma des plans de transparence du dispositif imaginé par Mercedes dans sa campagne Invisible !

Schéma des plans de transparence du dispositif imaginé par Mercedes dans sa campagne Invisible !

Ce mécanisme était utilisé par Mercedes pour promouvoir le côté écologique d’un de ses véhicules en jouant sur l’image selon laquelle il n’avait pas d’impact sur l’environnement et donc paraissait transparent. Avec Samsung, il ne s’agit pas d’écologie mais de sécurité. Il ne s’agit pas non plus d’un effet de communication (une simple campagne de pub) mais d’un effet opérationnel (un dispositif utile). Enfin, il ne s’agit pas tant pour le camion de complètement disparaître que de ménager une fenêtre de visibilité sur ce qu’il est censé cacher autrement, à savoir ce qu’il y a devant lui. Avec ce dispositif, il n’obstrue plus la vue : il montre.

Une illustration supplémentaire de la multiplication des écrans et des caméras dans et autour des véhicules

De la même manière, alors que j’avais analysé dans une récente série d’articles la présence toujours plus grande des écrans à l’intérieur des véhicules, il se pourrait bien que l’on ait affaire également au développement de la présence d’écrans à l’extérieur des véhicules. C’est déjà ce que j’avais évoqué dans cet article à propos du concept Willie bus (voir ci-dessous). Ce cas n’étant en réalité qu’un cas particulier de la multiplication des écrans sur tout type de surface.

 

Il se pourrait bien aussi que l’on assiste à une multiplication de la présence des caméras dans et hors des véhicules. J’y reviendrai dans un prochain article. Ce cas n’étant finalement qu’un cas particulier de la multiplication des capteurs à l’extérieur et à l’intérieur des véhicules. Là aussi, je consacrerai sans doute un article à chacun de ces deux cas de figure.

Une opportunité pour les assureurs ?

Enfin, j’aimerai finir en attirant l’attention sur l’intérêt de ce genre de dispositif pour les assureurs, soit à titre d’effet de communication, soit à titre d’effet opérationnel (à creuser certes, mais il y a un potentiel certain). L’une des principales raisons de la multiplication de tous ces capteurs, caméras et écrans dans et à l’extérieur des véhicules étant bien évidemment la sécurité et la volonté de diminuer les risques (de collision, de dommage aux véhicules, etc.). Là aussi, je reviendrai sans doute sur ce point dans un prochain article.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

 

Interfaces immersives et murs d’écrans dans les musées et expositions

Créer un sentiment d’immersion est l’une des propriétés des images depuis qu’elles existent. C’est peut-être déjà ce que ressentaient/recherchaient les hommes préhistoriques dans les grottes qu’ils peignaient. Aujourd’hui, parce qu’elles sont calculées, électro-lumineuses, animées et interactives, les images numériques renforcent encore plus cet effet. Stéphane Vial l’a très bien montré dans sa thèse sur La structure de la révolution numérique (voir pp 276-277). Mais il montre aussi que le design de ces images, c’est-à-dire les choix effectués par les designers, a une influence considérable sur l’effet d’immersion. Parmi ces choix, la taille et la disposition de l’écran importent évidemment beaucoup. Or, les progrès technologiques en la matière permettent chaque jour d’exploiter un peu plus ces possibilités. C’est ce que l’on constate notamment dans les musées, où quelques dispositifs récents de murs d’images montrent que les designers cherchent à exploiter l’impact des images numériques géantes.

Le Liquid Galaxy du musée océanographique de Monaco

Commençons par le Musée océanographique de Monaco. C’est l’un des premiers établissements européens à utiliser le Liquid Galaxy, ce simulateur créé par Google voici quelques années pourtant, qui permet de découvrir les contenus de Google Earth en situation d’immersion. Le dispositif est composé d’écrans verticaux de grande dimension disposés en arc de cercle autour d’une console de commande afin de reproduire une vision panoramique. Le musée de Monaco l’utilise pour visualiser les contenus de Google Earth dédiés aux océans.

Le simulateur Liquid Galaxy, de Google, au Musée océanographique de Monaco (source).

Le simulateur Liquid Galaxy, de Google, au Musée océanographique de Monaco (source).

L’effet d’immersion est ici renforcé par la technologie 360° de Google Earth, par la taille et la disposition des écrans, et également par le milieu marin qui est représenté.

Une fresque digitale géante pour une exposition sur les requins.

Le musée océanographique de Monaco innove également à l’occasion d’une “exposition sensation” sur les requins. Cette exposition veut faire sensation au propre comme au figuré : “C’est à travers une nouvelle expérience de visite que le public est invité à vivre une véritable aventure pour dépasser ses préjugés et découvrir la vraie nature de ces seigneurs des mers” (source).

La fresque digitale géante de l'exposition Requins

La fresque digitale géante de l’exposition Requins

Pour servir la vocation “sensorielle” de cette expo, le musée a commandé la réalisation d’une fresque digitale géante : “Sur 20 mètres de long par 3 mètres de hauteur, [cet écran géant] dévoile les caractéristiques d’une dizaine d’espèces. Comme dans un aquarium imaginaire, les animaux, représentés dans leur taille réelle, nagent face aux visiteurs qui les animent au moyen d’un tapis interactif. Par une pression sur des repères indiqués au sol, l’esquisse d’un requin se colore et s’anime pour révéler ses caractéristiques biologiques et comportementales” (source). On peut découvrir le mur en action dans la vidéo ci-dessous :

On peut s’étonner d’autant de moyens mis en oeuvre pour une exposition temporaire. Il faut savoir que l’exposition dure quand même deux ans, ce qui permet des investissements plus importants que la plupart des expositions souvent plus courtes.

La fresque a été conçue et réalisée par l’agence Réciproque, spécialisée en scénographie digitale, et par Labeyrie & Associés.

Le mur des collections du Cleveland Museum of Art

Depuis janvier 2013, le Cleveland Museum of Art permet à ses visiteurs de découvrir l’étendue de ses collections sur un mur multi-touch de 12 m de long et 1,5 m de haut (le plus grand des Etats-Unis). Installé dans un espace digital appelé Galery One, parmi une multitude d’autres installations numériques, le mur permet de visionner et de naviguer parmi plus de 3500 objets et peintures exposés dans le musée (sur 45 000 que possède le musée au total). On peut faire une recherche par période, par thème, par type d’oeuvres, par matériaux ou par techniques. Des bornes placées au pied du mur permettent d’y déposer des tablettes tactiles qui se connectent alors au mur. Le visiteur sélectionne les oeuvres qui l’intéressent sur le mur. Elles sont alors “sélectionnées” dans la tablette. Le visiteur peut ensuite commencer sa visite en emmenant la tablette : elle va le guider dans le musée à partir des oeuvres qu’il a sélectionné sur le mur.

Le mur de collections du Cleveland Museum of

Le mur de collections du Cleveland Museum of Art

Galery One propose également un second mur multitouch appelé “Line & shape” où les visiteurs, notamment les enfants, peuvent tracer des lignes à la main pour relier les oeuvres entre elles.

Tous ces dispositifs numériques ont été conçus par l’agence Local projects, dont je vous reparlerai prochainement car elle réalise des choses formidables. Elle a d’ailleurs réalisé la scénographie digitale du musée du 11 septembre à New-York.

En tous cas, j’avoue que l’ensemble du dispositif interactif proposé par ce musée est particulièrement impressionnant et enthousiasmant. Dans la vidéo ci-dessous, on découvre notamment des bornes ludiques qui proposent une approche participative des oeuvres que je trouve géniale. Le mur des collections est visible à 1’13’’ :

 

L’écran géant utilise la technologie d’affichage MicroTile rétro-éclairée par des LED de Christie et la solution de gestion de l’interactivité multitouch ShadowSense, de Baanto.

Pour en savoir plus, vous pouvez :

Le navigateur interactif géant du Musée Victoria de Melbourne

Je termine cet article par un projet qui n’est pas encore installé mais qui a déjà été dévoilé : celui du dispositif mARchive, un navigateur interactif géant développé par le Centre de recherche iCinema de l’Université NSW de Sidney pour le musée Victoria de Melbourne. Il s’agit d’un écran cylindrique de 12 m de diamètre et 4 m de haut, dans lequel le visiteur pénètre avec des lunettes 3D. Muni d’une tablette, il peut naviguer parmi plusieurs centaines de milliers de documents (photos, cartes, objets…) ! Il faut dire qu’il y a de quoi puisque le musée en posséderai apparemment plus de 17 millions, acquis depuis plus de 150 ans !

Le futur navigateur interactif du musée Victoria

Le futur navigateur interactif du musée Victoria

L’image est créée par 12 vidéoprojecteurs stéréoscopiques associés à système audio surround.

La sensation d’immersion est vraiment poussée à son maximum, comme on peut le voir dans cette vidéo, ou bien dans celle-ci :

Pour en savoir plus sur ce dispositif :

Plus d’écrans dans les véhicules peut-il signifier plus de sécurité dans la conduite ? (3/3)

(Suite du précédent article)

4. Comment sécuriser l’usage des écrans dans le véhicule ? Comment concilier toujours plus d’écrans avec plus de sécurité ?

Au-delà de l’usage des SMS avec les smartphones, il est important de rendre le plus sûr possible l’usage de tous les écrans dans les véhicules. Comment faire ? L’équation paraît impossible tant la multiplication des écrans dans les véhicules paraît aller dans le sens opposé à la concentration de l’attention du conducteur sur sa conduite. Plusieurs pistes sont cependant explorées par les constructeurs ou d’autres acteurs.

L’une d’entre elles consiste à considérer que l’écran n’est qu’une partie du dispositif, et que les interactions doivent aussi utiliser d’autres canaux. Le plus souvent l’écran est utilisé pour l’affichage d’informations, et parfois aussi pour l’interaction quand il est tactile (saisie, navigation, validation…). Cette piste consiste donc à s’intéresser aux autres interfaces d’interactions (saisie vocale, diffusion sonore, détection de mouvement, etc.)

Concernant les commandes vocales, on pense bien évidemment à l’intégration de Siri dans les véhicules via CarPlay, le système embarqué connecté d’Apple. Mais il faut rappeler, comme nous l’avons vu au début de cet article, que les interactions vocales dans les véhicules ne sont guères plus sûres que les interactions tactiles. Quand Apple vante les mérites de CarPlay, il dit que c’est la manière « la plus intelligente, la plus sûre et la plus ludique d’utiliser l’iPhone en voiture », il ne dit pas que c’est la manière « la plus intelligente, la plus sûre” de conduire.  Pour voir CarPlay en action dans une Volvo, voir cette vidéo.

Concernant les commandes par détection de mouvement, on peut en voir un exemple au milieu de cette vidéo (à 1’30” environ) du concept de cockpit futuriste James 2025, imaginé par Audi et Volkswagen.

Une autre piste consiste à déporter les interactions de l’écran le moins sûr (par exemple celui du smartphone), vers le plus sûr (souvent le tableau de bord). Il faut pour cela que le tableau de bord soit numérique, évidemment, mais on trouve des exemples de ce mode de fonctionnement chez Mini, qui peut ainsi intégrer des applications telle que Glympse, ou sur le tableau de bord de la prochaine version de l’Audi TT, qui peut afficher les données habituelles de conduite ou la carte pour la navigation ou encore les données de loisir (radio, musique).

Le tableau de bord numérique de la Mini permet d'afficher les informations d'une application issue de votre smartphone, telle que Glympse.

Le tableau de bord numérique de la Mini permet d’afficher les informations d’une application issue de votre smartphone, telle que Glympse.

Sur ce point, il est intéressant de noter que les spécialistes identifient 3 niveaux de tâches dans la conduite, correspondant à différents éléments du véhicule :

  • Les tâches primaires :
    • Se diriger, accélérer / freiner, changer de vitesse concernent le pare-brise, le volant, les pédales et le levier de vitesse.
    • Parmi ces éléments, le pare-brise est normalement le seul qui focalise l’attention visuelle.
  • Les tâches secondaires :
    • Sur le tableau de bord : vitesse, jauge de carburant, niveau huile, etc.
    • Autour du volant : phares, clignotants, essuie-glace, etc.
  • Les tâches tertiaires :
    • La console centrale avec les fonctions de divertissement, de climatisation, etc…
Les 3 niveaux de tâches d'un conducteur.

Les 3 niveaux de tâches d’un conducteur (source)

Or, c’est souvent cette console centrale qui est aujourd’hui surchargée par les écrans et les fonctionnalités, focalisant ainsi de plus en plus l’attention du conducteur alors que ça n’est que la zone des tâches tertiaires.

Le gigantesque écran digital de la Tesla model S n'accapare-t-il pas trop l'attention ?

Le gigantesque écran digital de la Tesla model S n’accapare-t-il pas trop l’attention ?

Pour améliorer cette situation, il y a plusieurs scénarios possibles :

  • déporter les interactions de la console vers le tableau de bord (scénario a) ou vers le pare-brise (scénario b)
  • alléger au maximum la charge cognitive et l’effort d’attention lié à l’usage des écrans de la console centrale (scénario c)

Nous avons vu le scénario (a) avec les exemples de Glympse sur la Mini et de l’Audi TT.

Voyons le scénario (c) avant de passer au scénario (b).

L’une des pistes consiste ici à développer des interfaces tactiles les plus ergonomiques et intuitives possibles, pour limiter la perturbation de l’attention de l’utilisateur.

Récemment, le designer Matthaus Krenn a proposé un concept d’interface particulièrement séduisant de ce point de vue. Son challenge consistait à réduire le plus possible l’attention requise par la manipulation d’un écran de contrôle sur la console centrale. Son prototype est expliqué sur son site web et dans cet article. Et vous pouvez le découvrir en vidéo ci-dessous :

D’autres imaginent des fonctionnalités qui disparaissent ou apparaissent suivant qu’elles sont utiles ou pas, à tel ou tel moment. C’est le cas du concept James 2025, d’Audi et Volkswagen, déjà évoqué il y a quelques instants (Voir la vidéo).

Voyons maintenant le scénario (b) :

L’affichage tête-haute, c’est-à-dire sur le pare-brise, est on ne peut plus à la mode depuis quelques années. Son côté futuriste déjà bien exploré par de nombreux films y est sans doute pour beaucoup. Tout le monde y va donc de sa proposition en la matière, des plus simples et malines, voire gadget et pas toujours sérieuses, aux plus technologiques et intégrées :

  • Commençons par l’application Hudway, qui fonctionne en mettant simplement votre smartphone au bas de votre pare-brise sur le tableau de bord. Est-ce réellement efficace ?
  • De manière assez similaire, Garmin propose un appareil portable qui projette les informations de direction sur le pare-brise (lire ici).
  • Pioneer propose un écran de projection transparent qui s’intercale entre le pare-brise et le conducteur (voir la vidéo).
  • Navdy est un système mixte entre les 3 précédents puisqu’il se compose d’un socle où l’on pose un smartphone et d’un écran transparent qui reflète l’image du smartphone et donne l’impression qu’elle flotte en avant du pare-brise.
  • Peugeot propose un système fixe similaire sur les modèles 3008 et 5008 (voir la vidéo).
  • BMW propose aussi son propre système (voir sur son site web).
  • Audi avait présenté un prototype au CES 2012, qui mélangeait HUD et commande par reconnaissance des mouvements (voir la vidéo)
  • Etc.

Outre la faisabilité technique, l’affiche tête-haute pose la grande question de l’ergonomie des écrans transparents, et tout particulièrement dans le cadre de leur usage pour la conduite. Sur sujet, je vous invite à lire les textes suivants :

Je me permets de rappeler au passage que j’ai déjà consacré de nombreux articles à l’imaginaire des écrans transparents, dans ce blog, il y a plus d’un an, mais je ne me suis pas étendu sur l’aspect ergonomique de leur conception. J’espère pouvoir y revenir bientôt.

Ce long article touche maintenant à sa fin. Pour terminer, j’aimerai m’attarder sur un véhicule sorti récemment et qui me paraît symptomatique de tout ce qui vient d’être dit dans cet article.  Il s’agit du SUV XC90 de Volvo.

Avant de commencer, il faut noter tout d’abord que Volvo s’est engagé dans un vaste programme mettant la sécurité au coeur de ses préoccupations puisqu’il annonce “plus aucun mort dans un véhicule Volvo d’ici 2020” !!!

Le SUV XC90, par son position haut de gamme rassemble les dernières avancées de la marque en la matière, conjuguée avec une foi farouche dans les nouvelles technologies et l’envie de les mettre au service d’une nouvelle expérience de conduite.

L'expérience de conduite du XC90

L’expérience de conduite du XC90

Le défi posé par l’habitacle de la XC90 est résumé dans cette citation de Thomas M. Müller, vice-président Electricité / Electronique & E-propulsion de Volvo : « Au fur et à mesure que les voitures deviennent de plus en plus connectées à Internet et sont en mesure d’offrir un plus large éventail de fonctions et de services de divertissement, la manière dont le conducteur interagit avec ces systèmes devient de plus en plus importante. Il est essentiel que ces services soient conçus de façon à ne pas réduire les niveaux de sécurité et d’une manière qui est facile à comprendre et optimisée pour la tâche de conduite ».

Quelles solutions Volvo a-t-il utilisé pour relever ce défi ? Et bien, il a misé sur une grande partie des axes évoqués dans cet article, et que résume assez bien l’extrait suivant issu du site web de la marque :

“Sur la console centrale, l’écran tactile remplace les traditionnels boutons de commandes par un panneau de commande élégant [scénario (c) cité ci-dessus]. Ce panneau central interagit avec un tableau de bord numérique adaptatif situé face au conducteur [scénario (a) cité ci-dessus], tandis que l’information essentielle est projetée sur l’affichage tête haute dans la partie inférieure du pare-brise [scénario (b) cité ci-dessus]. L’interface utilisateur comprend également des commandes pouce sur le volant et ce qui se fait de mieux en termes de commande vocale actuellement [scénario évoqué au début du §4]. ”

Le tableau de bord digital du XC90 affiche les informations pratiques ou de navigation issue de la console centrale.

Le tableau de bord digital du XC90 affiche les informations pratiques ou de navigation issue de la console centrale.

Pour faciliter l’utilisation de l’écran tactile, celui-ci a été doté d’une cellule infrarouge qui permet d’activer les contacts sans qu’il soit nécessaire d’exercer une forte pression sur la dalle et qui lui permet de fonctionner même avec des gants (ce qui peut être utile en Suède !!) !

Voilà pour ce survol de la question de l’ergonomie des écrans pour préserver la sécurité de la conduite. Évidemment, d’ici quelques années, la voiture autonome changera inévitablement la donne dans ce domaine. Mais nous n’en sommes pas encore là et le problème des écrans reste posé.

Plus d’écrans dans les véhicules peut-il signifier plus de sécurité dans la conduite ? (2/3)

(Suite du précédent article)

3. Comment lutter contre l’usage des SMS au volant ?

L’un des exemples les plus répandus de la manipulation manuelle des écrans est l’usage des SMS au volant. Le caractère dangereux d’une telle pratique est identifié et documenté depuis longtemps. Une étude d’AT&T publié dans USA Today en avril 2013 indiquait que 49% des adultes et 43% des jeunes interrogés reconnaissaient qu’il leur arrivait d’envoyer des SMS en conduisant. 98% des adultes interrogés indiquaient qu’ils savaient pourtant pertinemment que c’était dangereux. Et quant aux motifs d’une telle pratique, 43% de tous les interrogés disent que c’est par habitude, 22% parce qu’ils veulent restés connectés et 18% pour être plus productifs.

Devant ce constat, les pouvoirs publics ont légiféré, beaucoup interdisant l’usage du téléphone au volant. Mais cela ne suffisant pas, de nombreuses campagnes de sensibilisation ont été lancées, par les pouvoirs publics ou par des entreprises telles que les constructeurs automobiles ou les opérateurs de téléphonie mobile. Certaines de ces campagnes sont de vrais coups de poing, comme souvent en matière de prévention pour la sécurité routière :

On peut aussi citer cette campagne d’affichage roumaine.

Campagne d'affichage de la police de Bucarest.

Campagne d’affichage de la police de Bucarest.

Des initiatives pédagogiques ou de véritables programmes d’action-prévention ont également été lancés :

Les fabricants de leurs côté imaginent des dispositifs pour sécuriser l’usage des smartphones dans les véhicules :

  • Le designer américain Joey Cofone a imaginé un “Car mode” disponible sur iPhone pour empêcher d’utiliser les sms en voiture (plus d’infos).
  • AT&T, dont je parlais plus haut, a créé les applications AT&T Drive Mode et Safely Go, qui bloquent les applications messages et e-mails des téléphones.
  • L’assureur Esure a créé l’application DriveOFF, qui, de manière très intéressante, détecte quand vous conduisez et bloque alors les applications qui pourraient vous distraire. Voir cette vidéo.
  • L’application Textbuster fonctionne de manière assez similaire, ainsi que l’application Eyes on the Road,  de Samsung. Pour plus d’infos sur cette dernière et voir la vidéo : lire cet article.
  • Même chose pour l’application Drivescribe, qui propose en plus d’aider à une conduite plus sûre.
  • Cellcontrol propose une application encore plus poussée, qui utilise un boitier connecté au véhicule, avec des versions destinées aux professionnels.
  • Enfin, ORIGOSafe propose un mécanisme encore plus complexe puisqu’il inclut une console dans lequel le téléphone doit absolument être installé lorsque vous êtes dans votre véhicule sinon celui-ci ne démarre pas. Voir la vidéo.
Le boitier ORIGO, dans lequel vous devez mettre votre téléphone.

Le boitier ORIGO, dans lequel vous devez mettre votre téléphone pour que la voiture démarre.

D’autres applications telles que Textndrive et drivesafe.ly proposent de vocaliser les messages entrants et d’utiliser un mode speech-to-text. Ce qui est gênant ici, c’est que, comme on l’a vu plus haut, les activités de commande vocale sont elles aussi très perturbatrices, donc le bénéfice de leur usage est moindre, voire nul.

Voilà pour le cas des SMS au volant. Dans le prochain article, nous verrons comment aborder les problèmes créés par tous les autres écrans dans le véhicule.