Les consommateurs sont-ils prêts à acheter des objets connectés ? Partie 2 : Etat des lieux et prévisions des ventes

Dans le deuxième article de cette série, j’aimerai m’attacher aux chiffres de vente des objets connectés pour savoir s’ils représentent vraiment un marché de niche : Combien s’en est-il déjà vendu ? Quelles sont les prévisions ? Combien représente cette niche ?

Si l’on se réfère aux données globales des institut d’études, on obtient des chiffres impressionnants qui correspondent à tout sauf à une “niche” (voir article 1 de cette série) :

  • En 2009, il y avait près de 2,5 milliards d’objets connectés sur terre selon Gartner.
  • En 2010 : 4 milliards selon l’Idate.
  • En 2013 : 15 milliards selon l’Idate.
  • Les prévisions pour 2020 :
    • Près de 30 milliards d’objets, selon Gartner, dont essentiellement des « choses » plutôt que des PC ou des smartphones. Le marché devrait peser 1 900 milliards de dollars, soit 2% du produit mondial brut.
    • 80 milliards d’objets connectés selon l’Idate
    • D’après IDC, 212 milliards d’objets connectés qui représenteront un marché de 6 460 milliards de dollards, soit plus de 10 % du produit mondial brut !
    • Une étude de Cisco de 2013 prévoit même de son côté que les objets connectés représenteront un marché de 14 400 milliards de dollars !!!

Selon l’Idate, le taux d’équipement d’une famille de quatre personnes dans les pays occidentaux évoluerait comme suit :

  • 2014 : 10 objets
  • 2017 : 25 objets
  • 2022 : 50 objets

Selon une autre source, en 2020, chaque personne détiendrait environ 6,5 objets connectés.

Ces chiffres donnent le vertige. Mais on est là aussi face au principal écueil des chiffres liés aux objets connectés : De quoi parle-t-on ? Que mesurent-ils ? La diversité de ce que regroupe l’appellation “objets connectés” est telle qu’il faut être prudent dans la lecture des chiffres. Regroupent-ils les appareils classiquement reliés à internet que sont les PC, smartphones et tablettes ? Regroupent-ils les équipements urbains connectés ? Les systèmes de détection environnementale connectée ? Les compteurs intelligents ? Tous les objets munis de puces RFID ? On pourrait ainsi multiplier les questions.

La plupart des chiffres cités ci-dessus regroupent l’ensemble de tout ce qui peut être connecté. Cisco prévoit même qu’à l’horizon 2020  99,4 % des objets physiques seront connectés et de nouveaux seront inventés !

Or, tous ces chiffres qui impressionnent sont généralement utilisés à l’appui des discours qui veulent “vendre” les objets connectés. Et l’amalgame est vite fait entre le vaste ensemble de l’internet des objets et chaque catégorie en particulier, telles que les montres ou les bracelets connectés, dont j’ai parlé dans la première partie de cette article.

Si vous vous intéressez plus spécifiquement aux objets connectés achetés ou utilisés par les particuliers – qui ne sont qu’une toute petite partie (pour l’instant) des objets connectés existants – , il faut aller voir les chiffres qui les concernent spécifiquement.

Ces chiffres, quels sont-ils ?

Aux Etats-Unis, selon PwC :

  • 2 millions de montres connectées ont été vendues en 2013 (Cf. chiffre Jackdaw article 1)
  • 3,3 millions de capteurs d’activité (fitness trackers) ont été ont été vendus entre mars 2013 et mars 2014.
  • En 2014, il se serait vendu environ 19 millions d’objets “mettables” (wearable devices) de types : montres, casques et capteurs d’activité.
  • En 2014, 21% des adultes posséderaient un objet connecté.

En France, les chiffres varient beaucoup selon les enquêtes.

On trouve un chiffre beaucoup plus bas dans l’étude Médiamétrie Web Observatoire Q3 2014, puisque seuls 5% des personnes interrogées ont déclaré détenir un objet connecté !

Selon un sondage IFOP pour l’Atelier BNP Paribas (pdf), en France fin 2013, plus de 5 millions de personnes sont équipés d’un objet connecté (hors PC, smartphone…), soit 11% de la population française âgée de plus de 18 ans. Le pourcentage grimpe à 14% chez les 18-24 ans. Et le marché devrait doubler dans les trois prochaines années pour atteindre 11 millions de français équipés d’objets connectés en 2017.

Selon ce sondage, les objets les plus possédés sont les suivants :

  • La balance intelligente : 6% des Français équipés.
  • Les tensiomètres, montres et traqueurs connectés : 2%
  • Autres objets : 1%

Selon le Baromètre Syntec Numérique – BVA publié en février 2014 près d’un quart des interrogés déclare aujourd’hui utiliser des objets connectés, en grande partie pour faciliter leur vie de tous les jours (23%). Ils les adoptent également pour surveiller leur santé (21%), se déplacer (20%), ou se protéger (14%). Les objets au service des performances sportives (bracelets fitness, raquette, chaussures..) arrivent quant à eux au bas de l’échelle puisque seulement 9% d’entre eux déclarent en être équipés.” Le spectre des objets visés par cette étude semble plus large que ceux de PwC et de l’IFOP car les chiffres sont plus élevés et les usages plus larges.

Ceci dit, on trouve un chiffre similaire dans L’Observatoire des objets connectés publié par l’IFOP fin 2014, qui indique que 23% des français posséderaient un objet connecté. Et l’IFOP donne le détail des objets :

Les objets connectés possédés par les français selon l'IFOP (nov. 2014).

Les objets connectés possédés par les français selon l’IFOP (nov. 2014).

 Selon GfK :

    • Sur les 92 millions de produits high-tech vendus en France en 2013, 48 % sont connectés. Ce taux devrait grimper à 57 % en 2014 et dépasser les 85 % à l’horizon 2020. GfK va donc dans le sens du chiffre de Cisco indiqué précédemment.
  • Catégorie 1 : Appareils traditionnellement connectés : smartphones, tablettes, PC :
      • Smartphones :
        • 15,8 millions d’unités vendues en France en 2013.
        • Prévision de 18 millions vendus en France en 2014 (source).
      • PC : 4,8 millions d’unités vendues en France en 2013.
      • Tablettes : 6,2 millions d’unités vendues en France en 2013.
  • Catégorie 2 : “La connectivité se propage maintenant à tous les produits traditionnellement non connectés : imprimantes, téléviseurs, chaînes hi-fi, enceintes, appareils photo, etc.”
    • Il s’en est vendu 14 millions en France en 2013, en hausse de 8 %.
  • Catégorie 3 : “Une nouvelle vague de produits destinés à communiquer avec les tablettes et smartphones arrive : montres, bracelets, balances, etc.” :
    • 2013 : 300 000 ou 390 000 (?) vendus selon GfK, soit un marché de 64 millions d’euros.
    • 2015 : GfK prévoit un chiffre d’affaires de 400 millions d’euros
    • En 2020 : GfK prévoit un chiffre d’affaires de plusieurs milliards d’euros.
  • Montres :
    • 2013 : 35 000 vendues selon GfK (contre 2 millions aux USA selon PwC)
    • 2014 : 150 000 vendues selon GfK
  • Bracelets :
    • 2013 : 30 000 vendus selon GfK (contre 3 millions aux USA selon PwC)
    • 2014 : 200 000 vendus selon GfK

En valeur de marché :

    • D’après une étude menée par Xerfi et résumée dans cet article (que je cite ci-dessous), la valeur du marché des objets connectés en France s’estime à 150 millions d’Euros pour l’année 2013, soit 1,5% des dépenses High-tech des Français (alors que GfK disait que 48% des objets high-tech achetés en France en 2013 étaient connectés !!!).
    • Xerfi estime que le marché des objets connectés pourrait atteindre une valeur de 500 millions d’euros en 2016, ce qui aurait pour conséquence la création d’entreprises et d’emplois.
    • Xerfi divise le marché des objets connectés en deux grands secteurs : la Santé et la Domotique
    • Le segment de la Santé et du Bien-être s’élève, selon Xerfi, à 60 millions d’euros. Xerfi reprend ensuite la distinction en quatre catégories de produits issue d’une étude effectué par l’IFOP :
      • Les balances connectées :
        • Ce marché est le plus ancien mais pas le plus important. Il représente 8 millions d’euros et correspond à 13,3% des parts de marché du segment des objets connectés dédiés à la Santé.
      • Les montres connectées :
        • Ce produit représente une des valeurs sûres des objets connectés avec une part de marché de 46% et un volume de vente de 28 millions d’euros.
      • Les capteurs d’activité :
        • Ils représentent 33% de part de marché (2ème place) pour un chiffre d’affaire de 20 millions d’euros en 2013 en France.
      • Les tensiomètres connectés :
        • C’est le produit le moins répandu avec « seulement » 16% de part de marché. Personnellement, je trouve déjà ça énorme.
    • Pour le segment de la domotique :
    • Selon Xerfi, il s’élève à 90 millions d’euros en 2013.
    • D’après une étude du cabinet Gartner, la maison connectée sera une réalité à l’horizon 2022 (entre 2020 et 2025). Le foyer typique sera alors équipé de 500 objets connectés.

Enfin, si l’on regarde les résultats des achats de Noël, on constate que le marché des objets connectés décolle. C’est en tous cas ce que prétend le site Rue du Commerce, qui a constaté +177% de croissance des ventes de montres connectées entre Noël 2013 et Noël 2014. 

Que faut-il retenir de tous ces chiffres ? Essentiellement la chose suivante : si chaque catégorie prise à part représente encore aujourd’hui, effectivement, un marché de niche, ce dernier semble cependant se développer rapidement dans de nombreuses catégories. Surtout, la notion d’objet connecté va beaucoup évoluer avec une généralisation du phénomène à l’insu des particuliers, indépendamment de leur volonté d’achat : d’ici peu, on achètera certainement des objets connectés même sans intention de les acheter pour cette raison, mais simplement parce qu’ils seront de plus en plus nombreux à être connectés. La connectivité deviendra une commodité.

Décrypter les intentions d’achats des consommateurs, tel sera justement l’objet du troisième article de cette série.

Les consommateurs sont-ils prêts à acheter des objets connectés ? Partie 1 : Un marché de niche ?

Si l’on en croit les plus grands cabinets d’études au monde, les objets connectés sont promis à une expansion d’une incroyable ampleur : il y en aura 30 milliards en 2020 selon Gartner, 80 milliards selon l’Idate, voire même 212 milliards selon IDC ! Au dernier CES de Las Vegas, comme lors des précédentes éditions, ils ont fait un carton ! Et pourtant, voici quelques jours, j’ai été interpellé par un court article paru sur le site web du magazine Fortune intitulé “Who wants a fitness band?”. Cet article a ensuite été relayé par un second de Business Insider, dont le titre est une réponse au premier : “Almost Nobody Wants To Buy Fitness Trackers”. Une réponse des plus étonnantes au regard des perspectives que je viens d’évoquer ! Tout cela mérite donc qu’on y regarde de plus près…

Les deux articles évoquent un sondage publié dans un rapport du cabinet Baird (rapport dont je n’ai pas trouvé trace sur internet) selon lequel 85% des personnes interrogées disent ne pas vouloir acheter de bracelet connecté !

Le sondage du cabinet Baird.

Le sondage du cabinet Baird.

Fortune commente ainsi ce sondage : “Le principal concurrent de l’Apple Watch n’est pas Fitbit, Jawbone, Garmin ou d’autres. C’est la non-envie de consommation de tels produits.” Et Business Insider commente de son côté : Ce sondage est une très mauvaise nouvelle pour tous les fabricants de bracelets connectés, d’autant plus que les compte-rendus du CES suggèrent que tout un tas de sociétés investissent des millions de dollars dans ce secteur sur lequel personne n’a encore de recul.”

Cette année encore, en effet, le CES de Las Vegas, qui vient de fermer ses portes, a vu déferler une multitude de nouveautés en matière d’objets connectés. Les fabricants seraient-ils inconscients ? Ont-ils tort de se précipiter ainsi sur un créneau qui n’intéresse apparemment pas les consommateurs ? Les chiffres faramineux du futur marché des objets connectés annoncés par certains bureaux d’analyse (Gartner, Idate ou d’autres parlent de 50, 80 voire 212 milliards d’objets connectés dans le monde à l’horizon 2020) ne seraient-ils que des chants des sirènes destinés à nous berner ?

Un constat similaire à celui du cabinet Baird avait déjà été fait l’été dernier par le bureau d’analyses Jackdaw à propos des montres connectées. Le site internet Clubic Pro explique ainsi le point de vue du cabinet : De plus en plus de constructeurs se lancent à l’assaut du tout jeune marché des montres connectées. Après Sony, Samsung ou LG, c’est Motorola, HTC et Apple que l’on attend de voir investir ce segment. Mais si l’on en croit l’étude publiée ce jeudi par Jackdaw, ces derniers devraient y réfléchir à deux fois ! Avec seulement 2 millions de montres vendues en 2013 (selon Strategy Analytics), le gâteau n’est pas très consistant. « Le marché actuel n’a tout simplement pas de place pour de nouveaux fabricants qui suivent le même chemin étroit que les autres » explique Jan Dawson, chercheur chez Jackdaw.”

Le point de vue de Jackdaw face à ces chiffres est donc celui des fabricants de montres connectées. Le bureau d’analyse se demande combien de fabricants vont pouvoir se partager les parts de ce nouveau marché de niche, en suggérant qu’ils sont aujourd’hui trop nombreux à vouloir y prétendre.

Je pense cependant qu’une telle situation est finalement assez classique dans le contexte de l’émergence d’un nouveau marché technologique. De tels marchés attirent souvent toute une cohorte d’acteurs, dont le nombre se réduit ensuite au fur et à mesure que le marché devient mature et se rationalise. Quant à la question de savoir combien d’acteurs pourront se partager ce gâteau, et lesquels tireront leur épingle du jeu, je laisse de telles prévisions aux spécialistes. Ce qui m’intéresse plus, c’est d’essayer d’identifier selon quels critères se fera la sélection. J’y reviendrai dans un prochain article.

Il faut également souligner qu’un marché de niche peut évidemment être très lucratif. C’est même certainement la conviction des acteurs qui s’y précipitent. Car quand on s’appelle Apple, on ne se lance pas dans un nouveau marché par hasard et pour y gagner des broutilles.

On peut aussi noter que si les montres et les bracelets représentent des marchés de niche (et il en va sans doute ainsi de la plupart des autres catégories d’objets connectés prises isolément), l’ensemble de toutes les catégories représente cependant un bien plus énorme gâteau ! Avec tous les objets connectés, nous avons à faire à une multitudes de marchés de niches, sur lesquels un même fabricant peut d’ailleurs se positionner assez facilement !

Enfin, il faut aussi souligner que ces marchés des montres, des bracelets et des autres objets connectés ne sont pas tant des marchés autonomes que des marchés d’écosystèmes :

  • Des écosystèmes de devices reliés entre eux et notamment avec le smartphone (La plupart des montres sont encore pensées aujourd’hui comme une extension au smartphone).
  • Des écosystème de plateformes de services (la domotique, la santé, les loisirs…).

La clé n’est donc pas tant de maîtriser un marché de niche en particulier que de maîtriser un écosystème.

Mais revenons à notre sondage. Personnellement, il m’intéresse non seulement du point de vue des fabricants, mais aussi et surtout du point de vue des marques et des entreprises qui pourraient être tentées par une stratégie intégrant des objets connectés. Or, ce sondage n’est-il pas également une mauvaise nouvelle pour ces marques ? Ne va-t-il pas les inciter à se détourner des objets connectés ?

Je pense au contraire qu’elles auraient tort de faire cela et qu’elles doivent y regarder de plus près avant de se désengager complètement. Pourquoi ? C’est ce que nous verrons dans le deuxième article de cette série. Suspens !  ;-)))

Où il est encore question de l’avenir de l’emploi à l’ère du numérique…

Depuis que j’ai rédigé mon précédent article sur l’emploi dans l’économie numérique, j’ai découvert une multitude de ressources sur le web autour de ce sujet. Je me suis dit que je pouvais les partager avec vous. Voici donc une liste très subjective et incomplète de sites, articles, vidéos, documents, etc. sur ce sujet. Un sujet qui risque de faire couler encore beaucoup d’encre dans les mois et années à venir…

Je commence avec un article de Claude Super intitulé Révolution digitale : nouvelle destruction massive d’emplois ? Il y cite plusieurs sources que j’ai évoquées dans mon article, mais aussi une étude de McKinsey que je ne connaissais pas : Help wanted: The future of work in advanced economies. L’étude est plus large que les seuls effets du numérique sur l’emploi, mais elle aborde spécifiquement ce point dans un chapitre.

Je continue avec une série d’articles très fouillés (comme toujours) d’InternetActu (série tjrs en cours apparemment puisque je n’ai pas trouvé l’article 3/3 !) :

Continuons avec la 7ème édition des Entretiens du nouveau monde industriel qui s’est tenue les 16 et 17 décembre 2013 sur le thème du “nouvel âge de l’automatisation”. De nombreuses interventions ont abordé la question de l’emploi. InternetActu en a fait un résumé dans cet article Travail : l’automatisation en question. On trouve également les captations vidéos des interventions sur le site des ENMI, rubrique “Archive des sessions”.

Larry Page s’est également exprimé sur ce sujet dans cet article du Financial Time. Selon lui, il est évident que les robots et les logiciels vont finir par faire une multitude de tâches mieux que les humains, et donc finalement les remplacer à ces fonctions. Mais selon lui, il faut voir cela de manière positive : il y voit une opportunité de libérer du temps pour que nous vivions mieux. Mais il ne détaille absolument pas le fondement économique de cette nouvelle organisation du temps !

On peut aussi noter cette citation de Bill Gates, en forme de sonnette d’alarme :  « Le remplacement des chauffeurs, serveurs et infirmières par les logiciels progresse. Au fil du temps, la technologie va réduire la demande de jobs, particulièrement dans les métiers moins qualifiés… Dans 20 ans, la demande sur de nombreuses qualifications sera substantiellement plus basse. Je ne pense pas que les gens aient intégré cela dans leur modèle mental » (source).

Bertrand Duperrin, dans son blog, s’est également exprimé à plusieurs reprises sur le sujet :

Puisqu’on parle des livres d’Andrew McAfee et Erik Brynjolfsson, vous pouvez aussi visionnez plusieurs vidéos d’eux :

Are droids taking our jobs?, une première conférence TED d’Andrew McAfee, en 2012 :

 

What will future jobs look like?, une deuxième conférence TED d’Andrew McAfee, en 2013 :

 

Erik Brynjolfsson a également eu droit à sa conférence TED en 2013 : The key to growth? Race with the machines

 

Enfin, vous pouvez les écouter tous les deux réunis dans cette interview à propos du livre The second machine age.

Dans un article récent intitulé Les robots volants feront-ils bientôt l’inventaire ?, L’Atelier BNP Paribas relatait récemment le projet de chercheurs de l’Institut Fraunhofer de Dortmund de construire les drones capables de faire les inventaires dans les entrepôts à la place des humains. Le projet s’intitule InventAIRy.

Quelques semaines plus tôt, L’Atelier BNP Paribas s’était fait l’écho d’une étude conduite par le Boston Consulting Group, The rise of Robotics, dans laquelle le cabinet donnait ses prévisions en termes d’augmentation massive des investissements des entreprises dans la robotique et par voie de conséquence d’accroissement massif du nombre de robots dans les entreprises.

L'augmentation des investissements en matière de robotique

L’augmentation des investissements en matière de robotique

L’étude pointe également sur les tâches de plus en plus variées et élaborées que remplissent les robots (notamment dans cette infographie). On y trouve également cet intéressant tableau des principaux fabricants de robots dans le monde :

Les principaux fabricants de robots dans le monde

Les principaux fabricants de robots dans le monde

Parmi les fabricants de robots, on trouve Amazon, à la suite du rachat de Kiva systems en 2012. Or, l’e-commerçant a justement beaucoup communiqué voici quelques jours autour de ses fameux robots utilisés dans les entrepôts. Voici quelques articles à ce sujet :

Je pense qu’il faut également lire dans la même perspective tous les effets d’annonce d’Amazon sur les drones. C’est la même stratégie d’exploration du monde de la robotique pour mieux en tirer parti.

En comparaison, on sait que le taux de robotisation des entreprises françaises est bien moins élevé qu’il ne l’est en Allemagne ou aux Etats-Unis. Une situation problématique à plus d’un titre, même si on devine les réticences qu’il peut y avoir derrière en termes d’emploi. Pour remédier à cela, la Banque Publique d’Investissement (BPI) avait annoncé en début d’année 2014 le déblocage de 300 millions d’euros de prêts bonifiés destinés à financer l’investissement des entreprises dans la robotique. On peut lire à ce propos l’article de Numérama : La BPI va aider les industries françaises à recruter des robots.

La France, sous-robotisée

La France, sous-robotisée

Dans ce contexte, la Harvard Business Review se demande What Happens to Society When Robots Replace Workers?

Une question diablement intéressante évidemment et sur laquelle je reviendrai (je garde donc de côté plusieurs articles évoquant cette question… hihi !!).

Une question particulièrement cruciale dans notre pays quand on sait que, selon une étude conduite par Commission Européenne et TNS Sofres en 2012 (pdf), les français sont les européens les plus pessimistes sur l’impact social de la robotique, comme nous le rapporte cet article de Numérama : 74 % des Français craignent que les robots détruisent de l’emploi.

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Une perception qui s’ancre profondément dans notre histoire, comme le rappelle Laetitia Strauch, chercheuse à l’Institut de l’entreprise, dans une tribune sur le site Slate, La France contre les robots? Faire entrer le pays dans la troisième révolution industrielle. Elle évoque en effet le texte de Georgre Bernanos La France contre les robots paru en 1947 !! Elle appelle évidemment à un changement de perception complet pour miser sur l’innovation et la créativité plutôt que sur le refus et le sur-place.

 

 

The Paris Tech Guide, pour tout savoir sur… the Paris Tech Scene !

Dans la continuité de mon précédent article, je partage avec vous la présentation ci-dessous de The Family. Elle dresse un panorama bigrement bien fait des principaux acteurs de l’écosystème des start-ups parisiennes, incroyablement dynamique actuellement ! Il n’y a pas vraiment de chiffres qui répondent aux questions de mon précédent articles mais on y trouve (notamment) rassemblées les principales start-ups françaises qui ont réussi. Bonne lecture !

 

Comment se développent les startups françaises ?

Le jour viendra-t-il où on pourra dire, non plus : “Heureux comme Dieu en France !”, mais : “Heureux comme une start-up en France » ? Il faut dire que depuis quelques années, avec l’avènement de l’économie numérique, les startups accaparent l’attention de tous : de l’Etat et des collectivités, qui y voient une aubaine pour résoudre tous les maux économiques (chômage, compétitivité, croissance…), des entreprises installées, qui se demandent si elles doivent en avoir peur ou comment en tirer parti, des investisseurs qui flairent le bon filon, ou bien encore de tous ceux qui veulent se lancer dans l’aventure entrepreneuriale. Les médias s’en mêlent et les articles et sites web se multiplient à leur sujet. Chaque jour, on découvre de nouvelles start-ups fraîchement créées. Les incubateurs se multiplient. Les événements et concours pullulent. Mais que ressort-il de tout cela finalement ? Que deviennent toutes ces start-ups ? Se développent-elles ? Deviennent-elles des « grown ups », comme on dit dans le jargon ? Trouvent-elles leur marché ? Créent-elles de l’activité ?

J’ai essayé de trouver sur internet des réponses à ces questions. J’avoue que c’est loin d’être évident. Voici, question par question, les réponses que j’ai trouvées.

Combien y a-t-il de start-ups en France ?

Autant le dire franchement, je n’ai pas trouvé de réponse officielle, claire ou précise à cette question. Je ne sais pas s’il en existe une, mais dans son Guide des Startups High-Tech en France, édition 2014, Olivier Ezratty écrit :

“La question est souvent posée : combien de startups a-t-on en France ? S’il se créé plusieurs centaines de milliers de TPE en France chaque année, toutes ne sont pas des startups. Sont des startups les TPE innovantes qui se lancent avec un produit susceptible de générer une croissance très rapide avec de fortes économies d’échelle. Les startups doivent le plus souvent faire appel à du financement pour créer leur produit et conquérir des marchés. Sans financement, leur croissance est généralement très lente. Il y avait 4500 TPE labellisées « Jeunes Entreprises Innovantes » selon BpiFrance (en 2013) et en tout, 10 000 entreprises innovantes. Les flux sont importants avec chaque année de nombreux entrants, des sortants par le bas (fermeture), par le milieu (startups qui deviennent des boites de services) ou par le haut (startups qui deviennent des PME ou sont acquises par des grands groupes).

Et le numérique ? Il représente au moins la moitié de ces startups. On a donc en gros 5000 startups dans le numérique en France. Plus ou moins 2000…” 

(Guide des Startups High-Tech en France, Olivier Ezratty, Mars 2014, p34)

« 5000, plus ou moins 2000… », c’est clair, non ? 😦

On devrait peut-être créer une start-up dont le business consisterait justement à compter combien il y a de start-ups en France et comment elles évoluent ??!!

En tous cas, ce qui est intéressant, au passage, dans le propos d’Olivier Ezratty par rapport au sujet de cet article, c’est qu’il rappelle brièvement la définition d’une startup, en l’occurrence une entreprise naissante mais destinée à une croissance rapide et un fort développement. On ne crée pas une startup pour rester 5 salariés et avoir seulement quelques clients en Val d’Oise (ou ailleurs…). On voit plus large… D’où le point de départ de cet article : qu’en est-il du développement de ces startups françaises ? Réussissent-elles ?

Pour ce faire une idée plus précise, on peut aussi changer d’échelle et passer au niveau des villes. Cet article indique par exemple que Paris, qui est clairement l’épicentre de la création de start-ups en France, abriterait 3000 start-ups alors que Londres, pourtant auto-proclamée « capitale européenne du numérique », n’en abriterait que 2000 ! Autre info à mettre dans la balance : le projet d’incubateur de la Halle Freyssinet envisage d’abriter un millier de start-ups (source). On peut aussi comparer avec d’autres pays, par exemple Israël, dont plusieurs sources, dont cet autre article, disent qu’elle possède environ 5000 startups.

Quoi qu’il en soit, pour mieux situer ces chiffres, on peut rappeler qu’il existe en France selon l’INSEE (chiffres 2011) :

  • 3 millions de microentreprises (<10 salariés), soit 95,4% des entreprises et 20% des salariés
  • 138 000 PME (<250 salariés), qui embauchent 28% des salariés
  • 5 000 entreprises de taille intermédiaire (ETI), qui représentent 22% des salariés,
  • et 243 grandes entreprises qui emploient à elles seules 30 % des salariés !
Répartition des chiffres clés (nombre de salariés, CA, etc.) par types d'entreprises en France.

Répartition des chiffres clés (nombre de salariés, CA, etc.) par types d’entreprises en France.

La question que je me pose est donc : dans quelle proportion et à quelle vitesse les startups gravissent ces différents échelons ?

Combien s’en crée-t-il chaque année ?

Concernant cette question, voici ce que j’ai trouvé : Dans son Analyse trimestrielle des deals startups, qui analyse l’évolution des startups en France entre un trimestre et celui correspondant de l’année précédente, le site web MyFrenchStartup, indique (si je comprends bien le chiffre) qu’il y aurait 3400 start-up supplémentaires en France au 1er trim. 2014 par rapport 1er trim. 2013. Est-ce le différentiel entre les deux totaux, incluant donc aussi bien les disparitions de start-up que les créations, ou le nombre de start-ups créées ? Je ne sais pas. En tous cas, le chiffre est de 4200 supplémentaires au 2ème trim. 2014 par rapport au 2ème trim. 2013. Et 4400 au 3ème trimestre 2014 par rapport au 3ème trimestre 2013. On constaterait donc une augmentation du nombre de start-ups en France, et un rythme de création qui lui-même s’accroît.

A moins que ce chiffre ne soit le nombre global de start-ups référencées par MyFrenchStartup ? Ce qui le rapprocherait du chiffre de 5000 cité par Olivier Ezratty ? J’avoue que ça n’est pas très clair…

Pour rappel et complément d’information, le plan de soutien aux start-ups lancé fin 2013 par le gouvernement autour du label « French Tech » et doté d’une enveloppe de 215 millions d’euros prévoyait de soutenir environ 1000 start-ups par an (source).

Comment se développent-elles ?

Dans une interview au Nouvel Observateur de décembre 2013, Fleur Pellerin déclarait : “On a eu dix ans de politique de droite, supposée être pro-entreprises, mais combien de champions technologiques ont émergé en France ? Zéro. Dans le même temps, aux Etats-Unis, une vingtaine de champions mondiaux se sont créés. (…) Ma conviction, c’est qu’il faut que les prochains champions du numérique puissent se créer et se monter en France.”  

Sous couvert de pique politique, ce propos fait le constat d’un manque de développement des start-ups en France ces dernières années. Pourtant, à défaut d’avoir un acteur de la taille des GAFA (mais qui d’autres que les Etats-Unis en a ?), la France a donné le jour à de belles pépites. Le Huffington Post en faisait justement l’inventaire dans un article de février 2014. Citons par exemple :

  • Dailymotion, né en 2005, la même année que YouTube, serait aujourd’hui le 31ème site le plus visité au monde avec 2,5 millions de vidéos visionnées chaque mois et des services en 16 langues.
  • Deezer, lancé en 2007, et dont Orange possède entre 8 et 9%, est l’un des leaders mondiaux de l’écoute de musique en streaming avec 2 millions d’abonnés payants et 20 millions d’inscrits dans 172 pays.
  • Criteo, fondé en 2005, aurait plus de 900 salariés pour un chiffre d’affaire de 444 millions d’euros et un bénéfice net de 1,4 million d’euros. Elle est côtée au NASDAQ depuis octobre 2013.
  • Lancé en 2004, Viadeo est le principal concurrent de LinkedIn avec 50 millions de membres dans le monde.
  • On pourrait aussi parler de Venteprivée.com, de Meetic, de Parrot, de Withings, et de bien d’autres encore…

En réalité, j’ai donc bien peur qu’il y ait eu plus de politique que d’objectivité dans le propos de Fleur Pellerin cité plus haut.

Pour autant, derrière les locomotives que je viens de citer, que deviennent les autres startups ?

Pour s’en faire une idée, on peut consulter le Baromètre de la performance économique et sociale des startups numériques en France, que publient chaque année depuis 3 ans, EY et France Digitale. Pour l’édition de juin 2014, EY a interrogé 116 start-ups sur leurs données 2012-2013.

Qu’y découvre-t-on ? Tout d’abord, que “les start-up numériques française sont en bonne santé”. En effet, selon les auteurs, les start-ups interrogées affichent une hypercroissance avec un chiffre d’affaires total en hausse de 43%. Leur croissance est portée par un fort développement à l’international avec 39% de leur chiffre d’affaires réalisé en dehors de la France en 2013, ce qui représente une augmentation de 100% par rapport à 2012. Par ailleurs, 24% des sociétés ont déjà des « capital-risqueurs » étrangers à leur capital.” Elles seraient également “créatrices d’emplois puisque leurs effectifs ont augmenté de 22% avec 7 566 emplois créés en 2013 contre 6 190 en 2012. 91% des emplois sont des Contrat à Durée Indéterminée (CDI). 50% des effectifs totaux sont portés par les sociétés ayant un chiffre d’affaires inférieur à 50 millions d’euros.”

Côté financement, les résultats sont plus mitigés. EY publie également un Baromètre du capital risque en France. On constate que les montants levés diminuent depuis 3 semestres :  445 M€ levés en 188 opérations au 1er semestre 2014 contre 487 M€ levés en 177 opérations au 2e semestre 2013 et 488 M€ en 211 opérations au 1er semestre 2013.

Avec de telles chiffres, la France se place malgré tout en 3ème position en Europe pour les montants investis (12% du total européen), derrière le Royaume-Uni (27%) et l’Allemagne (19%), et en 2ème position en nombre d’opérations (15%), derrière le Royaume-Uni (25%) mais devant l’Allemagne (13%).

Selon EY, “le secteur du digital (services Internet et logiciels) représente à lui seul 46% du montant total investi et concentre 60% des opérations.”

Ces chiffres vont dans le même sens que ceux de MyFrenchStartup, dans son Analyse trimestrielle des deals startups, déjà citée. L’étude constate en effet une baisse du nombre de levées de fonds : 91 au 3ème trim. 2014 soit -25% par rapport au 3ème trim 2013; 115 au 2ème trim. 2014 soit -20% par rapport au 2ème trim 2013; 101 au 1er trim. 2014 soit -19% par rapport au 1er trim 2013;

Même chose pour les acquisitions : 7 au 3ème trim. 2014 soit -56% par rapport au 3ème trim 2013; 16 au 2ème trim. 2014 soit -16% par rapport au 2ème trim 2013; 13 au 1er trim. 2014 comme au 1er trim 2013;

Les choses sont plus mitigées pour le montant global levé : 194 millions d’euros au 3ème trim. 2014 contre 224 au 3ème trim 2013; 322,2 millions d’euros au 2ème trim. 2014 contre 278,4 millions d’euros au 2ème trim 2013; 164,8 millions d’euros au 1er trim. 2014 contre 183,5 au 1er trim 2013;

Pour compléter ces chiffres avec une vision individuelle sur telle ou telle start-up, on peut se reporter aux Résultats des startups du web français, que publie régulièrement Le Journal du Net. Dans son édition 2014, le site a comparé les résultats 2013-2012 de plus de 80 start-ups réparties en 6 secteurs différents. L’édition 2011 est également accessible.

Autre indicateur, encore plus parlant selon moi : chaque année, Deloitte dresse la liste des 500 startups qui connaissent la croissance la plus rapide sur les 5 dernières années, en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient. En 2014, pour la cinquième année consécutive, les entreprises françaises sont les plus nombreuses dans le classement EMEA avec 86 entreprises (près d’une sur 5) ! Et pour la troisième année de suite, la première est une entreprise française  : Weezevent se classe première avec 43 202% de croissance de son CA sur 5 ans ! En 2013, Ymagis s’était classée première avec 59 096% de croissance de son CA sur 5 ans, Talensoft 7ème, Synox Group 15ème, etc. Et en 2012, Criteo était arrivé premier avec un taux de croissance de plus de 200 000% ! L’entreprise est aujourd’hui cotée au NASDAQ.

Autre indicateur encore : Dans le cadre de son projet Startup Genome, la société Startup Compass a publié en 2012 un rapport intitulé Startup Ecosystem Report (pdf) dans lequel elle classe les 20 villes les plus attractives au monde pour la création et le développement de startups. Paris arrive à la 11ème place, mais se classe 4ème relativement à l’indice de performance qui « évalue la performance et le rendement potentiel des start-ups dans un écosystème donné, en tenant compte de variables telles que le revenu, la croissance de l’emploi, et la croissance potentielle des sociétés dans cet écosystème ». La ville se classe également 9ème sur l’indice de soutien qui « mesure la qualité du réseau de soutien à l’écosystème, y compris la présence de mentorat, de prestataires de services et de sources de financement ». Ces deux classements tendent à penser que les start-ups se développent plutôt mieux à Paris qu’ailleurs et qu’elles y ont un environnement relativement favorable. Ce que le rapport souligne en indiquant que le classement de Paris est lié « en grande partie à sa distribution saine des startups à travers les quatre premières étapes du cycle de vie des start-ups« .

Dernier indicateur : le CES de Las Vegas. Côté startups, on peut crier Cocorico ! En effet, pour sa prochaine édition, début 2015, il y aura dans l’Eureka Park, la section dédiée spécifiquement aux startups, 66 exposants français sur 294 au total, soit presque un quart (source : Le Figaro). La délégation française arrive ainsi en deuxième position derrière les Etats-Unis et leur 160 startups, mais devant les 16 stands israéliens et les 7 exposants britanniques. Il en va par contre tout autrement si l’on considère le salon dans sa totalité : sur les 3561 exposants, 1604 sont américains, 1006 chinois et il y a seulement 106 français. Et le Figaro de préciser : “La France fait en revanche bonne figure parmi les délégations européennes: il n’y a que 40 exposants allemands et 34 britanniques.”

Vue sous cet angle, Fleur Pellerin a donc raison ! Mais pourquoi cette situation ?

Selon Laurent Halfon, analyste chez Deloitte, interrogé par L’Expansion : « On se rend compte que les entreprises qui réussissent le mieux sont celles qui se sont basées sur des niches technologiques, comme c’est le cas pour Criteo ou Ymagis. Ainsi que celles qui se tournent le plus rapidement vers l’international »

De son côté, le consultant Xavier Dalloz déplore dans Les Echos : « En France, côté techno, on est presque l’égal des Américains et on sait créer des start-up innovantes. Mais on a du mal à les développer et elles sont souvent rachetées trop tôt pour une bouchée de pain. A nous les coûts – dont la formation – aux autres les profits ! »

Concernant le rachat des startups françaises par des sociétés étrangères, on peut lire Nos start-ups se font racheter, est-ce si grave ?

Certains regrettent aussi qu’elles ne puissent pas entrer en Bourse facilement en France : « On peut regretter que des pépites françaises comme Criteo soient obligées d’aller se faire coter aux Etats-Unis car il n’y a pas d’équivalent d’un Nasdaq en Europe », relevait dans cet article l’Association française des éditeurs de logiciels et solutions internet.

Pour Ludovic Le Moan, PDG de Sigfox : « On a plein de gens compétents, mais on manque d’ambition » (source). Lui, semble en tous cas en avoir pour son entreprise, qui se développe en Espagne, en Grande-Bretagne et nourrit de grandes ambitions mondiales, surtout après avoir recruté Anne Lauvergeon. Sigfox serait d’ailleurs en passe de lever 100 millions d’euros d’investissement après en avoir déjà levé 15 en début d’année !

Le critère des levées de fond peut d’ailleurs être évoqué pour voir si les entreprises se développent. Pour le premier semestre 2014, les plus grosses levées de fond sont les suivantes :

  • 74 millions d’euros pour Sarenza, fondée en 2005, 150 millions d’euros de CA en 2013, 200 salariés dans 26 pays.
  • 73 millions d’euros pour Blablacar, qui revendique 8 millions de membres dans 12 pays.
  • 23,5 millions d’euros pour Withings, 80 salariés.

Concernant le CES de Las Vegas, Les Echos prolongent la pensée du PDG de Sigfox en précisant : “Nombre des jeunes pousses de l’Eureka Park n’y seraient pas allées sans qu’on leur paye le billet.”

Selon Jean Mizrahi, PDG d’Ymagis, interrogé par L’Expansion : « Il y a de vrais problèmes en France. Une fois franchi le cap des 50 salariés, il devient beaucoup plus compliqué pour un entrepreneur de faire face à toutes ses obligations. Nous prenons aussi en pleine figure un code du travail de 3500 pages, sans oublier un système fiscal coûteux et d’une extrême complexité ». Et L’Expansion de poursuivre : « En d’autres termes, la France brillerait par sa capacité à lancer des projets d’avenir, ambitieux, mais aurait beaucoup plus de difficultés à inscrire ces « success stories » dans la durée. »

C’est aussi ce que constate Philippe Lemoine interrogé dans Libération : “Il existe en France une génération d’entreprises créées par des gens plus jeunes, qui ont intégré l’importance du numérique. L’enjeu c’est qu’elles aient remplacé la moitié du CAC 40 d’ici vingt ans. Aujourd’hui, combien de nos 100 plus grandes entreprises ont moins de 30 ans ? Une : Free. En Europe il y en a 9, contre 63 aux Etats-Unis.

Finalement, ce que précise ici Philippe Lemoine, c’est que cette situation n’est pas propre à la France, mais commune à l’Europe. Or, c’est exactement ce qu’indiquait Henri Seydoux, fondateur et PDG de Parrot, en janvier 2014, dans l’interview ci-dessous, filmée au CES 2014 :

Les exemples de Dassault Systèmes et Gemalto sont intéressants. Celui de Nokia également éclairant.

Je termine là-dessus avec le sentiment de ne pas avoir pu répondre précisément à ma question à ce stade… Je reviendrais donc très certainement sur cette question, très riche et intéressante pour essayer de mieux y répondre. Mais n’hésitez pas à me filer vos sources d’infos sur le sujet si vous en avez ! Merci d’avance ! 🙂

Quels emplois sont menacés par les robots ?

Dans un précédent article consacré à la contribution du numérique à l’économie française, j’évoquais un récent rapport de Roland Berger Consultants sur l’impact du numérique sur l’emploi. Ce rapport pointait du doigt les risques de destruction massive d’emplois (3 millions) si l’Etat et les entreprises ne prennaient pas les mesures adéquates d’adaptation à la révolution numérique. Pour Roland Berger Consultants, c’est par ses capacités sans précédent d’automatisation que le numérique menace le plus l’emploi. Un constat déjà dressé depuis bien longtemps par de nombreux économistes (voir par exemple Michel Volle, Iconomie (pdf), p.53 et suivantes).

Parmi les applications les plus impactantes en matière d’automatisation, Roland Berger Consultants cite de “nouvelles” tendances du numérique tels que le Big Data, les objets connectés ou le Cloud, mais aussi de “vieilles connaissances”, tels que les robots. Il faut dire qu’avec les évolutions récentes des nouvelles technologies, notamment en matière d’intelligence artificielle et de capteurs, les capacités des robots se développent de manière exponentielle.

Quels métiers les robots menacent-ils ?

Selon Roland Berger Consultants, de manière générale, l’automatisation numérique menace en premier lieu les métiers qui reposent sur l’exécution de tâches répétitives. Mais par rapport aux précédentes révolution technologiques, qui avaient impactées les tâches répétitives manuelles, la révolution numérique se distingue en ceci qu’elle menace aussi, désormais, les tâches répétitives intellectuelles :

“Jusqu’ici et lors des vagues d’automatisation précédentes, les métiers du secteur industriel, plutôt peu qualifiés, étaient les plus concernés. (…) Cette tendance se poursuit aujourd’hui, et les métiers « historiquement automatisables », sont de plus en plus menacés. C’est le cas des ouvriers sur les chaînes de production, des monteurs d’appareils électroniques, ou encore des peintres dans les domaines de la construction et de la maintenance.

Mais la vague d’automatisation actuellement portée par la révolution digitale présente un caractère nouveau, et inattendu. Des emplois qualifiés, à fort contenu intellectuel sont maintenant concernés. La frontière qui sépare les métiers automatisables des autres ne recoupe plus la distinction « manuel » / « intellectuel » comme c’était le cas jusqu’ici. Ce qui rend une tâche automatisable à l’heure du digital, c’est avant tout son caractère répétitif, qu’elle soit manuelle ou intellectuelle. Ainsi, des métiers dont l’essentiel des tâches sont répétitives et nécessitent peu de décision, bien que qualifiés, sont déjà concernés par l’automatisation. A l’inverse, les tâches préservées de l’automatisation sont celles qui requièrent de la créativité, du sens artistique, ou de l’intelligence sociale et du contact humain, qu’elles se rapportent à un métier manuel ou intellectuel, peu ou bien qualifié.”

Un constat que dressaient déjà en septembre 2013 Carl Benedikt Frey et Michael A. Osborne. Dans leur étude intitulée “The future of employment: How susceptible are jobs to computerisation?” (pdf), les deux chercheurs de l’université d’Oxford ont passé au crible plus de 700 métiers pour évaluer les risques de “chômage technologique” (selon l’expression de Keynes) encourus par ces derniers.

Ils ont analysé pour cela les tâches répétitives et les tâches non-répétitives, les tâches manuelles et les tâches intellectuelles. Leur constat est le suivant :

1) La délégation des tâches répétitives manuelles aux machines a commencé dès l’apparition de ces dernières, à la Renaissance, pour s’accentuer avec la première révolution industrielle, puis la seconde jusqu’à aujourd’hui, où le mouvement s’accroît encore. Tout au long de cette histoire, les débats ont opposé ceux qui craignaient que les machines ne prennent le travail des ouvriers et ceux qui voyaient dans ce mouvement des opportunités de développement économique. Le débat continue aujourd’hui à propos des robots, qui sont des machines numériques.

2) La délégation des tâches répétitives intellectuelles est plus récente. C’est l’un des effets de l’informatique logicielle mis en avant dans l’étude de Roland Berger Consultants. Frey et Osborne soulignent dans leur étude combien ce mouvement s’accentue sans cesse avec les progrès de l’informatique.

3) Mais ce que montrent très bien Frey et Osborne, et que suggèrent également Roland Berger Consultants, c’est que les progrès de l’informatique en termes de Big Data, de machine learning, d’intelligence artificielle et de capteurs, conduisent à ce qu’elle prenne en charge chaque jour un peu plus des tâches non-répétitives intellectuelles. C’est le cas par exemple de tâches telles que la détection de fraude, les diagnostics médicaux, la recherche documentaire juridique, la production d’informations financières ou encore la génération automatique de résumés de textes. Les progrès en termes de capteurs permettent également de prendre en charge des tâches de surveillance des patients en unité de soins intensifs, de surveillance d’installations ou d’équipements (avions, qualité de l’eau, batteries, conduites d’eau, etc.). Les progrès en matière d’analyse du langage naturel menacent les métiers des call centers. Même certaines tâches de programmation informatiques peuvent être déléguées aux… ordinateurs eux-mêmes ! Au total, selon un rapport de McKinsey en 2013, ce serait prêt de 140 millions d’emplois dans le monde qui pourraient être concernés. Cependant, Frey et Osborne précisent que l’informatique ne supprime pas nécessairement l’intervention humaine là où elle intervient, simplement elle en modifie la nature.

4) Enfin, dernière vague, parallèle à la précédente, et qui nous intéresse plus ici puisque le propos de cet article concerne les robots : la délégation des tâches non-répétitives manuelles est à son tour progressivement prise en charge par la robotique moderne. Frey et Osborne citent par exemple l’usage par General Electric de robots d’entretien d’éoliennes ou encore des robots d’intervention médicale ou d’aide à la chirurgie. Plus classiquement, ils évoquent le rôle des robots dans la logistique (chariots élévateurs, véhicules de manutention…) ou dans les transports avec les progrès des véhicules autonomes. Ils en viennent également à remplacer les machines agricoles. Et ils interviennent également dans les hôpitaux pour la distribution de médicaments ou de nourriture. Dans son étude, Roland Berger Consultants cite par exemple le cas du “robot TUG d’Aethon, qui sait se déplacer dans un environnement non prévisible, [et qui] a permis d’automatiser des tâches non répétitives, telles que la distribution de médicaments ou de repas dans un hôpital, jusqu’ici dévolues aux aides-soignants. 140 hôpitaux en sont déjà équipés aux Etats-Unis.” (p.4)

A la fin de leur étude, Frey et Osborne dressent la liste des 700 métiers qu’ils ont analysé, classés par ordre de susceptibilité d’être affectés par l’informatisation, qu’elle soit logicielle ou robotique. Le site Bloomberg, rapportant l’étude dans un article, en a fait une infographie s’attachant à quelques métiers représentatifs des deux bouts de la chaîne :

Quelques métiers parmi les plus exposés et les moins exposés à l'informatisation de leurs tâches (Source : Bloomberg d'après Frey & Osborne)

Quelques métiers parmi les plus exposés et les moins exposés à l’informatisation de leurs tâches (Source : Bloomberg d’après Frey & Osborne)

Depuis cette étude, j’ai l’impression que se multiplient à l’envie les articles qui s’amusent à lister, photos à l’appui, les métiers explicitement menacés par les robots. C’est d’ailleurs en partie ce qui m’a amené à rédiger cet article, prolongeant ainsi moi-même la tendance ! 

On peut citer par exemple cet article de France TV qui parle des robots qui assistent aux entretiens de recrutement, des voitures autonomes qui menacent les taxis et autres métiers du transport, des robots barmans, réceptionnistes, ouvriers de précision, vigiles, magasiniers ou vendeurs.

Ci-dessous, une vidéo d’Emiew 2, le robot humanoïd qu’Hitachi, son constructeur, présente comme capable de tenir un poste de réceptionniste par ses capacités de déplacement et d’interaction avec les humains :

Dans cet article du JDN on trouve toute une flopée d’autres métiers, tels que pilote d’avion, pompier, gardien de prison, maçon, agriculteur, coiffeur, éboueur, chercheur scientifique ou voiturier !

Le robot viticulteur Wall Ye.

Le robot viticulteur Wall Ye

Parmi les métiers cités dans ces articles et dans l’étude des chercheurs d’Oxford, on retrouve notamment les métiers de la vente en magasin. Fred Cavazza a récemment consacré un article à ce sujet : Les robots peuvent-ils réenchanter l’expérience d’achat en magasin ? Il évoque notamment l’usage de Pepper, le robot conçu en France par Aldébaran, en tant que conseiller de vente par Nescafé dans ses boutiques au Japon (voir aussi cet article).

Pepper, le robot d'Aldebaran, conseille les clients des boutiques Nescafé au japon.

Pepper, le robot d’Aldebaran, conseille les clients des boutiques Nescafé au japon.

Comme la question de la place des robots dans les métiers de la vente, du service et de la relation client m’intéresse beaucoup, j’aurai l’occasion d’y revenir. Je vous donne donc rendez-vous pour un prochain article à ce sujet.

Mais continuons notre inventaire. Le site Humanoïdes.fr y va lui aussi de son article sur le sujet : Liste des 10 métiers qui disparaîtront avec la robotique. Même chose sur le site MarketWatch : 10 jobs robots already do better than you.

De son côté, le Journal du Net listait récemment toute une série de tâches que pouvaient remplir les drones, ces robots volants.

Concernant le métier de vigile, on peut lire cet article de Readwrite ou cet autre de MIT Technology Review sur K5, le robot de la société Knightscope :

Je vous laisse aussi découvrir Makr Shakr, le robot barman :

Plusieurs articles se sont même interrogés sur la capacité des robots ou des logiciels à manager les hommes :

Finalement, l’homme sera-t-il voué à l’inactivité totale d’ici quelques années ? Bon, rassurons-nous : d’une part, tout cela risque de prendre du temps, et d’autre part, il semblerait que l’humain ait des capacités qui tiennent d’un certain village gaulois et qui résistent vaillamment à l’envahisseur…

Les capacités que n’ont pas encore les robots

Il resterait en effet quelques métiers épargnés. Ce sont ceux qui mobilisent des capacités que ne possèdent pas encore les robots ou les logiciels. Frey et Osborne distinguent trois capacités en particulier :

  • En premier lieu, dans certaines situations, les capteurs dont disposent les robots n’égalent pas la profondeur et l’étendue de la perception humaine. Ils arrivent à distinguer des formes géométriques clairement apparentes mais ils ne peuvent pas distinguer facilement des objets variés dans un environnement encombré ou mouvant. Il y a cependant des stratégies de contournement. Frey et Osborne expliquent par exemple que le fabricant de robots Kiva Systems, acheté par Amazon en 2012 résout le problème de la navigation des robots dans les entrepôts en installant des codes-barres au sol qui indiquent aux robots leur localisation. Ces difficultés de perception ont des conséquences dans les tâches de manipulation d’objets irréguliers et dans la capacité à rectifier une erreur, par exemple, si le robot a fait tomber un objet.
  • Robots et logiciels sont également limités aujourd’hui dans leurs capacités de créativité intellectuelle, artistique ou psychologique.
  • Enfin, robots et logiciels ont des capacités limitées d’intelligence sociale. Ils ne parviennent pas à effectuer des tâches telles que la négociation, la persuasion, le soin ou l’attention à autrui. La recherche progresse pourtant dans le champ de l’informatique affective ou de la robotique sociale. Les robots arrivent par exemple à reproduire certaines interactions sociales humaines, mais ils ne parviennent pas encore réellement à reconnaître les émotions humaines en temps réel et surtout à savoir réagir à ces situations.

Frey et Osborne résument l’impact de ces capacités ou incapacités des logiciels et des robots sur les métiers à travers le schéma suivant :

frey&osborne2

Les métiers épargnés aujourd’hui

Finalement, Frey et Osborne dressent la liste des emplois qu’ils estiment le moins menacés. On y retrouve beaucoup de postes du secteur de la santé ou de la médecine (médecin, psychologue, dentiste, chirurgien…). C’est le cas également des emplois qui touchent à l’humain (responsable des ressources humaines, anthropologue…). Même chose pour la plupart des métiers artistiques, notamment ceux de “création pure” (chorégraphes, directeurs artistiques…), tandis que ceux d’interprétation (musiciens, chanteurs…) peuvent plus facilement être imités ! Parmi les métiers épargnés, l’étude cite également les prêtres ! Voilà une bonne nouvelle pour les fidèles qui peuvent au moins se dire que la robotisation ne va pas s’ajouter à la raréfaction des vocations ! Les enseignants du primaire n’auraient également que 0,4% de risques de voir leur métier informatisé. Même chose avec les métiers liés à la nature (hydrologiste, biologiste, garde forestier). Enfin, tandis que les couseuses sont depuis longtemps remplacées par des machines à coudre, les couturières de mode et de haute-couture semblent quant à elles à l’abri.

Bloomberg a également illustré ce phénomène, par type de capacités :

Les principales capacités encore peu ou pas accessibles aux robots
Les principales capacités, et quelques métiers associés, encore peu ou pas accessibles aux robots

Quelle place restera-t-il pour les humains ?

Certains sont pessimistes, à l’image de cet article de Motherboard : The Rich and Their Robots Are About to Make Half the World’s Jobs Disappear.

Mais tout le monde ne crie pas au feu face à ce phénomène. Certains précisent d’abord qu’au lieu de remplacer des métiers, les robots vont nous accompagner à les exercer. C’est le cas de Raja Chatila, médecin, directeur de l’Institut des systèmes intelligents et de robotique de l’Université Pierre et Marie Curie : Métiers de demain : attendez-vous à travailler avec des robots ! On peut lire aussi cet article optimiste : Les robots, meilleurs amis de l’emploi ?

Je vous invite surtout à lire ce remarquable article du site québéquois Jobboom : Robots, la grande invasion. A l’opposé de son titre, c’est un article plutôt long, qui prend le temps d’exposer toutes les nuances de la situation. Il adresse tous les thèmes exposé dans mon article, et d’autres encore, de manière pédagogique, avec toujours une optique optimiste, mais sans naïveté (il ne cache pas les problèmes et les risques) ni esprit obtus (il donne la parole aux pour et aux contre), de telle sorte que chacun puisse se faire une opinion à la fin.

Personnellement, comme je suis optimiste, j’ai plutôt tendance à me dire que l’issue de la situation tiendra dans notre capacité créative à imaginer les emplois nouveaux de demain, voire le modèle économique qui nous fera vivre aussi bien ou mieux en travaillant différemment. C’est un peu l’esprit de cet article de RSLN Mag, qui m’a permis de découvrir le Dico des métiers du futur, de la prospectiviste Anne-Caroline Paucot, ou la présentation 20 jobs of the future, de l’agence Sparks & Honey.

Et vous, vous êtes plutôt à vous morfondre de voir les robots prendre vos emplois ou à vous réjouir de voir apparaître ou même d’imaginer vous-mêmes de nouveaux métiers ?

Quelle est la contribution du numérique à l’économie française ? (suite et fin)

(lire la 1ère partie de cet article)

3. Quelle est la part du numérique dans l’emploi ?

La contribution du numérique à l’emploi est certainement le chiffre qui suscite le plus de débats, tant il est au cœur d’enjeux politiques et sociaux.

Si je me réfère encore au chiffre mis en avant par le Conseil National du Numérique (CNN) lors du récent lancement de la contribution nationale pour la République numérique, le chiffre qui fait référence est celui du bilan du Plan France Numérique 2012-2020, qui prévoyait, en 2012, que le numérique participerait à la création de 450 000 emplois entre 2010 et 2015. Ce chiffre est identique à celui du rapport de McKinsey en 2011.

Dans son rapport de 2011, McKinsey indiquait en effet qu’en 2009 “la filière internet occupait 1,15 millions d’emplois directs, indirects et induits” et précisait : “En l’espace de 15 ans, Internet a permis la création nette de 700 000 emplois, soit un quart du total des créations nettes d’emplois en France sur cette période.” McKinsey prévoyait qu’internet contribuerait “à la création nette d’environ 450 000 emplois directs et indirects à l’horizon 2015.”

Selon Wikipedia, ces chiffres ont été “contestés par l’association MUNCI qui, en s’appuyant sur des statistiques publiques, affirme que l’économie numérique a créé moins de 300 000 emplois sur cette période. » (wikipedia)

Mais de quoi parlent ces trois sources ? Le CNN parle « du numérique », McKinsey 2011 parle de « la filière internet », tandis que Wikipedia, faisant référence à MUNCI, parle de « l’économie numérique ». Tout cela n’est pas très clair.

Dans son rapport de 2014, Mc Kinsey essaie d’avoir une vision plus précise et indique :

“Nos analyses indiquent que le secteur numérique fournit – soit de manière directe, soit de manière indirecte ou induite – entre 1,5 et 2 millions d’emplois en France, soit plus de 6 % du total de l’emploi salarié. Plus précisément :

  • Les secteurs coeurs du numérique emploient directement 880 000 personnes. Ces emplois représentent 3,3 % du total de l’emploi salarié en France. La programmation informatique, le conseil et les activités informatiques associées en constituent la plus grande part (40 %), suivis par les télécommunications (20 %).
  • A cet ensemble s’ajoutent entre 700 000 et 1 million d’emplois indirects et induits, soit 2,9 % à 4,4 % de l’emploi salarié. Les emplois indirects sont ceux générés par les activités numériques dans des secteurs qui fournissent des biens ou services consommés par les entreprises du secteur. La logistique en constitue un bon exemple, qui voit son activité tirée par le e-commerce. Les emplois induits existent quant à eux grâce à l’activité économique engendrée par les employés du secteur numérique via leurs salaires. Nous estimons que ces effets indirects et induits correspondent à un multiplicateur compris entre 1,8 et 2,2 pour chaque emploi direct du numérique.

Au final, la part des emplois du numérique dans le total de l’emploi est inférieure au poids du numérique dans le PIB total. Autrement dit, le secteur numérique est moins intensif en emplois que la moyenne des autres secteurs. Cela traduit le fait que les emplois du numérique affichent une productivité moyenne plus élevée.”

Pourtant, toujours selon McKinsey, le numérique serait malgré tout “un « secteur » une fois et demi plus pourvoyeur d’emplois que l’agro-alimentaire par exemple.”

Quoi qu’il en soit, le dernier point du long paragraphe précédent soulève une vraie question : le numérique crée-t-il vraiment des emplois, non seulement en lui-même, mais également dans la société dans son ensemble ?

Les opinions se déchirent sur le sujet.

a) Commençons par les optimistes. Ils ont souvent une approche sectorielle et/ou à court terme.

Courant 2014, alors que les chiffres du chômage ne cessent de s’aggraver, le magazine de Microsoft Regard sur le numérique consacre plusieurs articles à la question :

    • 23 juin : Innovantes, créatrices d’emploi : les start-ups françaises en ont sous le pied.
      • Cet article cite une étude de EY et France Digitale auprès de 116 start-ups qui auraient créé 1376 emplois en un an, dont 90% de CDI.
    • 29 juillet : Les métiers du numérique, meilleur vivier pour lutter contre le chômage
      • Cet article en cite un autre de Capital qui rappelle que « 100 000 postes sont créés chaque année en Europe dans le secteur du numérique ». Il indique également que “selon la Commission Européenne, 900 000 postes seront à pourvoir en 2015 dans ce secteur dans l’ensemble de l’Union”, tandis que “le Syntec numérique en prévoit quant à lui 38 000 d’ici à 2018” en France.
    • 21 août : Chômage : le numérique à la rescousse ?
      • Cet article indique que “le secteur du numérique recrute massivement : le Syntec Numérique, qui représente plus 1 250 entreprises du monde du numérique, émet chaque année 20 000 à 30 000 offres d’emploi, dont 10 000 en création nette. Un chiffre d’autant plus intéressant que 93% de ces offres concernent des CDI.”

Plus récemment, Frenchweb citait également le Syntec Numérique, selon qui les éditeurs de logiciels auraient créé 10 000 emplois en 2012 et 2013, pour un nombre total de 107 437 emplois actifs.

Début Août 2014, dans un rapport sur l’impact économique de l’App Store, Apple indiquait de son côté que son magasin d’applications mobile aurait contribué à créer directement 500 000 emplois en Europe depuis sa création en 2008 (source).

En début d’année, RTL s’était alliée avec Syntec Numérique pour organiser une journée de l’emploi. Dans un article écrit pour présenter l’événement et intitulé Le numérique, un secteur créateur d’emploi, on peut lire que “le numérique pourrait créer 35.000 emplois en France d’ici à 2018” et que “34 000 recrutements sont attendus en France en 2014”.

Dans un article intitulé Étude : comment le numérique crée de l’emploi en Europe le site RégionsJob évoque l’enquête « High-Technology Employment in the European Union » publiée en décembre 2013, par Maarten Goos, Ian Hathaway, Jozef Konings et Marieke Vandeweyer de l’Université catholique de Louvain en Belgique. Il précise :

“Entre l’an 2000 et 2011, l’emploi numérique a progressé partout en Europe. Les emplois du secteur ont augmenté de 20% sur la période, contre 8% pour l’ensemble des emplois. (…) la France n’est pas à la traîne : 3,2 millions d’emplois sont directement concernés, soit 12,4% de l’ensemble des postes en activité. Entre 2000 et 2011, l’emploi numérique a progressé de 25%, un chiffre à comparer avec les 12% de croissance globale de l’emploi en France sur la période. “

Pendant ce temps, le site Cafeine.tv prépare quant à lui une émission autour de la question Le Cloud peut-il aider à renverser la courbe du chômage ?

Or, justement, le 13 octobre on apprenait que la Commission européenne venait de signer un partenariat public-privé (PPP) avec un consortium d’industriels dans le but d’injecter 2,5 milliards d’euros dans les technologies du Cloud et du Big Data pour « permettre aux fournisseurs européens de conquérir jusqu’à 30% du marché mondial de la donnée » et “déboucher sur la création de 100 000 nouveaux emplois d’ici à 2020”.

Quels que soit le détail de ces chiffres, ils défendent tous la même idée : les entreprises du secteur numérique (c’est-à-dire les Sociétés de service numérique (ex-SSII), les éditeurs informatiques, les pure-players du e-commerce, les startups technologiques, les société de conseil informatique, etc.) créent de l’emploi. A titre personnel, étant donné le contexte de développement du numérique dans les affaires et dans la société, je serai tenté de dire : « Encore heureux ! C’est le moins qu’on puisse en attendre ! » Pourtant, plusieurs paramètres peuvent inquiéter :

  • En premier lieu, la remarque faite par McKinsey et déjà citée plus haut : « La part des emplois du numérique dans le total de l’emploi est inférieure au poids du numérique dans le PIB total. Autrement dit, le secteur numérique est moins intensif en emplois que la moyenne des autres secteurs. Cela traduit le fait que les emplois du numérique affichent une productivité moyenne plus élevée. »
  • En second lieu, on trouve également des sources qui indiquent des chiffres négatifs en matière de création d’emploi dans le secteur numérique, comme nous allons le voir tout de suite !

b) A côté de ces voix optimistes ou volontaristes, d’autres plus discordantes se font entendre. Elles ont souvent une vision plus globale et à plus long terme.

C’est le cas d’Olivier Ezratty, qui l’année dernière a consacré à cette question un billet de blog très détaillé intitulé Les faux-semblants de l’emploi dans le numérique. Olivier Ezratty considère que l’étude de McKinsey de 2011 a été “commanditée par Google France” (En tous cas, Google a “soutenu” cette étude, comme le document l’indique p4) et qu’elle a servi ensuite une “campagne de communication” visant à promouvoir l’emploi dans le numérique. Il note, en se réjouissant du résultat mais en regrettant la manière (c’est ce qu’on devine), que “l’étude a été reprise à l’envie” ensuite, et que “la campagne de communication a bien fonctionné puisqu’elle a servi à justifier tout un tas d’actions plutôt bien vues pour accompagner les entreprises du secteur et notamment les startups.”

Pour autant, Olivier Ezratty rappelle que l’association MUNCI a critiqué ces chiffres en fournissant des estimations moitié moindre. Il cite plusieurs autres sources allant dans le même sens. A lire son article, on comprend que la difficulté de la question vient de savoir ce que l’on mesure. On le voit notamment lorsqu’il en vient à citer des statistiques de l’INSEE :

“Je suis allé à la source de ces données : la base ALISSE de l’INSEE. Qu’indique-t-elle ? Que sur la période 2008 à 2012, les emplois dans le numérique ont baissé ! –1% dans les télécoms (c’est avant l’effet Free Mobile), –6% dans les services informatiques, –8% dans l’édition de logiciels et –2% dans la publicité, une catégorie qui abrite surement les nombreuses agences de conseil qui intègrent peu ou prou du numérique dans leur valeur ajoutée. Ici, l’effet n’est probablement pas sectoriel mais simplement lié à la crise économique post-Lehman. Mais ces données contredisent les sources du Syntec que sont le BIPE et pôle emploi. C’est probablement lié aux contours flous de certains secteurs du numérique et aux nombreuses manières de segmenter les entreprises dans leurs différents métiers.”

Des chiffres qui se contredisent, d’autres qui sont flous alors même qu’on est ici dans une optique clairement sectorielle : comment peut-on se faire une idée précise dans ces conditions ?

De la querelle des chiffres micro…

Cette querelle des chiffres, on la retrouve parfaitement résumée dans cet article de l’Usine digitale.

.. à une vision plus long terme et macro

En l’absence de données plus sûres et plus précises de la part des organismes nationaux (services publics ou syndicats), la manière la plus intéressante de prendre les choses me semble être d’avoir une vision plus large et à plus long terme, comme celle que l’on retrouve chez plusieurs chercheurs que cite Olivier Ezratty. C’est notamment le cas de Marc Giget, selon qui le numérique détruit d’abord des emplois (sur certains métiers ou secteurs) avant d’en recréer (sur de nouveaux métiers ou secteurs). Marc Giget prolonge en cela les travaux de Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee, deux chercheurs de la MIT Sloan School of Management, que cite également Olivier Ezratty. Il résume ainsi leur pensée :

“Ils expliquent comment les technologies numériques ont créé un solde négatif d’emploi, principalement au détriment des emplois moyennement qualifiés de la classe moyenne. Ne restent que des emplois fortement qualifiés (ceux des industries du numérique) et des emplois faiblement qualifiés (que l’on ne peut pas facilement remplacer par des machines et des logiciels). Et les emplois créés dans la première catégorie (dont les fameux 300 000 de la Silicon Valley) ne suffisent pas du tout à compenser les pertes de millions d’emplois dans la classe moyenne. Des pertes qui ne s’expliqueraient pas seulement pas la délocalisation des usines en Asie mais par l’augmentation de la productivité dans les services liés aux usages du numérique.”

Pour en savoir plus sur les travaux de Brynjolfsson et McAfee :

Ou d’autres similaires :

  • Jaron Lanier, prospectiviste de Microsoft Research, dans son ouvrage “Who Owns the Future”

La dernière pierre à ce lourd édifice a été posée tout récemment par le cabinet Roland Berger Consulting, qui estime, dans son étude Les classes moyennes face à la transformation digitale, que le numérique pourrait supprimer jusqu’à 3 millions d’emplois en France à l’horizon 2025, non seulement dans la production de biens matériels, mais aussi dans les services !

Cette étude très intéressante mérite qu’on s’y arrête un instant.

Premier point : l’étude analyse l’impact de la digitalisation de l’économie sur l’emploi. Son champ d’étude est donc large et non sectoriel. Par « digitalisation de l’économie », Roland Berger Consulting désigne « la révolution digitale, qui a commencé avec l’essor d’Internet dans les années 2000, et qui est aujourd’hui unanimement qualifiée de « troisième révolution industrielle ». L’intérêt de l’étude est notamment de replacer cette « révolution » dans une perspective historique :

« Comme les deux précédentes (celle de la vapeur au XIXe siècle, et celle du moteur à explosion associé à la télétransmission au XXe siècle), elle
constitue une transformation radicale des modes de production, qui a ensuite des effets en cascade sur l’ensemble de l’organisation économique et sociale. A chaque révolution industrielle, les facteurs de production (le capital mobilisé, le travail à accomplir) changent de nature. La révolution digitale se caractérise par une extension sans précédent des possibilités d’automatisation, qui interroge la place de l’homme dans les processus de production, voire de décision.

Les grandes tendances technologiques qui sous-tendent la révolution digitale ouvrent un nouveau cycle de destruction créatrice, dont on voit déjà les prémisses, en France aussi bien que dans les autres économies développées.

Parmi elles, l’informatique avancée permet d’automatiser des tâches que l’on croyait jusqu’à peu préservées, car nécessitant réflexion ou réactivité à l’imprévu. »

Selon Roland Berger Consulting, le critère clé d’impact de la « révolution numérique » sur l’emploi est donc « ses possibilités d’automatisation » qui ouvrent « un nouveau cycle de destruction créatrice ».

Plus précisément, Roland Berger Consulting pointe du doigt « trois grands types d’applications qui auront dans les années à venir un impact important sur le marché de l’emploi à travers les gains de productivité qu’ils génèrent » :

  • L’informatique avancée ou décisionnelle (Big Data, Cloud, machine learning…)
  • Les objets connectés
  • La robotique avancée, qui inclut les drones, les véhicules autonomes, etc.

Roland Berger Consulting rappelle ensuite que « jusqu’ici et lors des vagues d’automatisation précédentes, les métiers du secteur industriel, plutôt peu qualifiés, étaient les plus concernés » par les pertes d’emploi. Il faut bien se rendre compte qu’entre 1980 et 2012, « les gains de productivité ont représenté 64% des réductions d’emplois industriels, soit 1,4 millions d’emplois, loin devant les délocalisations ou le renforcement de la concurrence internationale » !

Or, non seulement « cette tendance se poursuit aujourd’hui, et les métiers « historiquement automatisables » continuent d’être de plus en plus menacés », mais par ailleurs,  « des emplois qualifiés, à fort contenu intellectuel sont maintenant concernés. La frontière qui sépare les métiers automatisables des autres ne recoupe plus la distinction « manuel » / « intellectuel » comme c’était le cas jusqu’ici. Ce qui rend une tâche automatisable à l’heure du digital, c’est avant tout son caractère répétitif, qu’elle soit manuelle ou intellectuelle. Ainsi, des métiers dont l’essentiel des tâches sont répétitives et nécessitent peu de décision, bien que qualifiés, sont déjà concernés par l’automatisation. A l’inverse, les tâches préservées de l’automatisation sont celles qui requièrent de la créativité, du sens artistique, ou de l’intelligence sociale et du contact humain, qu’elles se rapportent à un métier manuel ou intellectuel, peu ou bien qualifié ».

Les métiers susceptibles d'être fortement informatisés et automatisés selon Roland Berger Consulting

Les métiers susceptibles d’être fortement informatisés et automatisés selon Roland Berger Consulting

Sur cette base, le cabinet estime que 42% des emplois français sont potentiellement automatisables d’ici 20 ans ! Il s’empresse cependant de préciser « qu’il s’agit, par cette approche, de mesurer un risque : tout le potentiel d’automatisation ne se réalisera pas » en raison notamment des arbitrages économico-politiques qui auront lieu. D’où finalement le chiffre déjà cité plus haut de 3 millions d’emplois réellement menacés. Mais le cabinet précise là encore « qu’il s’agit là d’une perte « brute » qui ne prend pas en compte l’émergence de nouvelles activités et de nouveaux métiers, non plus que l’effet retour
en lien avec les gains de productivité (qui stimule par ailleurs l’économie, sous certaines conditions) ».

En effet, puisqu’il s’agit d’un processus de destruction créatrice, le numérique ne se limite pas à détruire des emplois : il en crée également, soit en permettant le développement de certains secteurs existants, doit en créant de nouveaux métiers. Dès lors, Roland Berger Consulting précise : « Tout l’enjeu repose donc sur la capacité de l’économie française à produire les nouvelles activités qui se substitueront à celles où les gains de productivité ont réduit le nombre d’emploi, de manière similaire à la substitution de l’industrie par les services au XXème siècle ».

Sur ce point, « quatre grands domaines se développent particulièrement et profitent pleinement de la révolution digitale. Le domaine de l’environnement, celui de la performance des entreprises, de la relation client, et bien sûr des nouvelles technologies elles-mêmes, qui portent ces transformations. Mais les emplois créés ne se substitueront pas aux emplois détruits, ni en termes de compétences requises, ni en termes de positionnement sur la chaîne de valeur, ni même en termes de répartition géographique. C’est pourquoi la transformation digitale est porteuse d’un risque de déstabilisation des grands équilibres économiques, sociaux et géographiques ».

Pour Roland Berger Consulting, ce sont les classes moyennes qui vont le plus subir ces mutations. En effet, contrairement à la précédente vague d’automatisation qui avait détruit des emplois dans l’industrie pour en créer dans le tertiaire, ce qui avait permis le développement des classes moyennes, la révolution numérique va quant à elle en détruire également dans le tertiaire.

Au-delà de la recomposition des emplois en termes de compétences, de positionnement sur la chaîne de valeur ou de répartition géographique, qu’en sera-t-il de la balance finale en termes de volume d’emplois ?

Sur ce point Roland Berger Consulting imagine deux scénario. Le premier est celui d’une réaction inadaptée ou trop faible de l’Etat et des entreprises. C’est le cas par exemple si « le soutien public tend à s’orienter vers les activités déclinantes, ce qui reviendrait à ponctionner les acteurs économiques les plus performants pour soutenir les secteurs matures, en perte de vitesse. (…) Dans ce contexte, les entreprises tendront à adopter des stratégies d’adaptation « par le bas » face au resserrement du pouvoir d’achat des classes moyennes. (…) Dans un tel scénario, les dividendes liés à l’automatisation ne se réalisent pas ». D’où « d’insuffisantes créations d’emplois liés au numérique, qui ne compensent pas les destructions d’emplois. »

Le second scénario est celui qui doit permettre à la France de réussir sa transformation digitale. Selon Roland Berger Consulting, il doit passer par une série de mesures telles que :

  • « Soutien à la R&D et amélioration de la coopération entre recherche publique et privée pour accélérer le rythme de mise sur le marché de l’innovation ».
  • « Renforcement de l’intégration européenne, de manière à accroître l’accès des innovations à un marché suffisant en taille pour en accroître le développement ».
  • Adaptation du système de formation initial, pour ne plus, par exemple, « séparer fortement les métiers techniques et de « back-office » et les métiers de
    contact humain et de relation commerciale ».
  • Renforcement de la mobilité de la main d’oeuvre
  • Investissement dans les infrastructures numériques
  • Soutien à l’investissement des entreprises et montée en gamme du positionnement de celles-ci

Et si on fait tout ça, il se passe quoi ? Selon Roland Berger Consulting : « Nous estimons que l’impact d’un tel scénario est en mesure de compenser les destructions d’emplois liées à la numérisation. On ne propose néanmoins pas de chiffrer ces créations d’emplois dans la mesure où, au-delà des phénomènes technologiques, de nombreuses variables exogènes au sujet rentrent en compte ».

Bon, on était sur le point de se réjouir, mais finalement, tout cela est très très loin d’être gagné… Je reviendrai donc dans de prochains articles sur cette question.