Déambulations numériques

Bon, ce n’est pas parce que les vacances sont désormais un lointain souvenir et que l’automne a déjà largement pointé le bout de son nez (en tous cas en termes de climat), qu’il faut se morfondre et oublier toute velléité de balades touristiques ! Sans même se limiter aux Journées du patrimoine qui ont lieu ce week-end, il y a parfois beaucoup à découvrir à côté de chez soi sans qu’on le sache. Justement, je me suis dit que c’était le moment idéal pour consacrer une série d’articles à un sujet qui m’est cher : la manière dont le numérique nous aide à arpenter le réel, ses rues, ses routes, ses chemins, que ce soit en ville ou à la campagne…

Dans cette série, je ne m’intéresserai pas trop à l’optimisation des trajets, que ce soit en termes de coût, de durée, d’économie d’énergie (non pas que ce ne soit pas important, mais j’y reviendrai ultérieurement). Je vais plutôt m’intéresser à la valeur ajoutée que le digital donne à la visite d’un lieu, à la manière dont il nous met en route, dont il renouvelle et enrichit l’expérience touristique d’un lieu, même quand il n’y a rien à voir a priori. Je prendrai donc assez souvent le contre-pied des visites virtuelles, ces visites à distance dont je parle souvent dans ce blog, car il s’agira la plupart du temps d’aller sur place, de sortir de chez soi, d’être à la merci d’une zone grise où notre téléphone ne capte plus le réseau !!! La plupart du temps… mais pas systématiquement !!! Il faut que ça reste déroutant !!!

Petite précision avant de vous donner le programme : plutôt que de faire des articles, j’ai choisi pour cette série de faire des pages et de les mettre dans la section dédiée de ce blog. Comme le veut le principe de cette section, ces pages sont donc des « work in progress ». Elles sont même parfois publiées alors qu’elles sont encore un peu foutraques, mais j’ai l’intention de les mettre à jour régulièrement pour qu’elles deviennent de plus en plus riches progressivement. N’hésitez pas à allez les voir régulièrement !

En attendant, voici le programme (vous pourrez le retrouver également ici – Bonne lecture !) :

  1. Déambulation sur les traces de Michel Gondry, qui a plus d’un tour dans son sac…
  2. Déambulation sur les lieux de films
  3. Déambulation au son des chansons ou sur les traces des romans et autres oeuvres d’art
  4. Balades sonores : laissez les guides vous murmurer à l’oreille
  5. Déambulations sur les traces de l’histoire
  6. Partez dans l’inconnu : laissez faire l’appli…
  7. Jeux de pistes et chasses au trésor
  8. Les guides participatifs ou liés aux données d’usage
  9. Déambulez au gré de messages géolocalisés

De plus en plus de robots de téléprésence dans les musées

Voici un an, j’avais consacré un article à l’usage, naissant à l’époque, des robots de téléprésence dans les musées. Depuis, la pratique semble s’être répandue et j’aimerai revenir sur quelques exemples dont j’ai entendu parlé au cours de cette année.

Une nuit au musée… sans y être

Le plus retentissant est sans doute l’expérience After Dark proposée par la Tate Gallery de Londres. Pendant 5 jours, ou plutôt 5 nuits, du 13 au 17 Août 2014, le musée a proposé aux internautes de prendre les commandes à distance, depuis chez eux, d’un robot de téléprésence qu’ils pouvaient déplacer dans le musée désert et obscur, les lumières étant éteintes et les visiteurs partis.

L'expérience After Dark, à la Tate Galery

L’expérience After Dark, à la Tate Gallery de Londres

L’expérience a mobilisé 4 robots, pilotables via un site web dédié et dotés de projecteurs qui permettaient aux visiteurs d’éclairer les oeuvres. J’imagine que l’expérience devait être déroutante et fascinante. Se promener de nuit dans les couloirs déserts du musée revient à braver un interdit. Le projet a été conçu et organisé par le studio The Workers. Les robots ont été conçus par l’agence britannique de technologie spaciale, RAL Space. Ce projet a reçu le IK Prize 2014.

Visiter un musée malgré son handicap

En juillet 2014, le magazine Slate évoquait le cas de Henry Evans, un américain tétraplégique passionné d’art, qui a pu visiter à distance, grâce à un robot Beam, le National Museum of Australia à Canberra, le De Young Museum à San Francisco et le Computer History Museum à Mountain View, en Californie. Si Henry Evans est aujourd’hui l’un des rares handicapés à pouvoir utiliser ce robot dans ce contexte, il milite ardemment pour ne plus l’être très longtemps et faire en sorte qu’un maximum de personnes handicapées puisse bénéficier comme lui de cette technologie : “D’ici cinq ans, j’aimerais que les musées du monde entier puissent expérimenter cette technologie et qu’elle soit omniprésente dans 10 ans. Ce serait la prochaine grande démocratisation de la culture », explique-t-il.

Norio à Oiron

La France n’est pas en reste sur ce sujet, loin de là ! En effet, depuis fin 2013 déjà, le Château d’Oiron (Deux-Sèvres) permet aux handicapés moteurs qui ne peuvent pas monter au premier étage du musée de le visiter virtuellement grâce à un robot de téléprésence nommé Norio. Ce dernier a été conçu par la société française Droïds Company. Il peut être piloté par les personnes handicapées depuis une salle du rez-de-chaussée.

La Nuit des musées 2014 et ses robots Beam

L’une des expériences les plus significatives de l’année a eu lieu le 17 mai lors de la Nuit européenne des musées. A cette occasion, la Cité des Sciences de la Villette, le Grand Palais à Paris et le musée gallo-romain de Fourvière ont permis à des publics qui n’avaient pas la possibilité de se rendre dans ces lieux de s’y promener virtuellement via des robots de téléprésence. L’expérience était réservée à des publics choisis : les enfants hospitalisés de l’Institut d’Hématologie et d’Oncologie Pédiatrique de Lyon (IHOP), les visiteurs de la médiathèque de Givors et les visiteurs de la Cité des sciences et de l’industrie à Paris.

Un robot Beam dans les allées du musée gallo-romain de Fourvière.

Un robot Beam dans les allées du musée gallo-romain de Fourvière.

L’opération s’est déroulée à l’initiative de la société lyonnaise AwaBot, dirigée par Bruno Bonnel, l’ancien fondateur d’Infogrames et Infonie, aujourd’hui très impliqué dans l’univers des robots, notamment via sa société Robopolis ou le fond d’investissement Robolution Capital. Bruno Bonnel est également président du syndicat de la robotique. Awabot distribue en France les robots Beam, fabriqués par Suitable Technologies. Ce sont ces robots qui ont été utilisés lors de la Nuit des musées.

Pour en savoir plus sur l’expérience conduite au musée gallo-romain de Fourvière, vous pouvez lire cet article et visionner la vidéo qui s’y trouve.

Deux musées d’Autun testent la téléprésence

L’activisme de Bruno Bonnel et d’Awabot est sans doute à l’origine de plusieurs autres projets qui se sont déroulés en région lyonnaise récemment. En fin d’année 2014, on apprenait par exemple que le musée Rolin d’Autun avait décidé de faire l’acquisition d’un robot de téléprésence pour permettre la visite à distance de ses collections. Et en ce début d’année 2015, c’est cette fois-ci le musée d’histoire naturelle d’Autun qui teste la visite à distance via un robot de téléprésence.

L'interface de pilotage du robot Beam, lors d'une visite du Musée d'Histoire Naturelle d'Autun.

L’interface de pilotage du robot Beam, lors d’une visite du Musée d’Histoire Naturelle d’Autun.

L’inauguration du musée des Confluences

Mais l’événement qui a fait le plus parler de lui s’est déroulé lors de l’inauguration du musée des Confluences, à Lyon. Le jour de son inauguration officielle, le vendredi 19 décembre, c’est-à-dire la veille de l’ouverture au public, le musée et la société Awabot ont organisé une visite virtuelle via des robots de téléprésence pour 12 chanceux qui avaient été les premiers à s’inscrire sur la page Facebook du musée lors de l’annonce de cette opération.

Le musée des Confluences et Awabot ont organisé une visite via des robots de téléprésence.

Le musée des Confluences et Awabot ont organisé une visite du musée via des robots de téléprésence.

On peut lire un retour d’expérience de cette visite dans ce billet.

Une internaute visite le musée des Confluences grâce aux robots de téléprésence BeamPro d'Awabot.

Une internaute visite le musée des Confluences grâce aux robots de téléprésence BeamPro d’Awabot (source).

Versailles en direct

Si l’année 2014 a marqué une étape dans l’usage des robots de téléprésence dans le contexte muséal, j’ai découvert en rédigeant cet article que le Château de Versailles avait joué les pionniers en 2007 avec l’aide d’Orange. L’opérateur avait proposé à ses abonnés à la fibre optique de piloter un robot à distance pour visiter des salles du château interdites aux visiteurs. Selon le site CLIC France, grâce auquel j’ai découvert cette expérience, « le robot se déplaçait sur une trajectoire déterminée et traversait quatre pièces dans les salles Chimay du Château de Versailles. A la demande des internautes visiteurs, le robot pouvait s’arrêter devant onze points prédéfinis, accompagnés d’un commentaire audio. L’expérimentation a duré quelques mois et a abouti à la création de visites scolaires en visioconférence. Un service qui existe encore sous le nom « Versailles en direct ». »

Le robot d'Orange à Versailles, en 2007.

Le robot d’Orange à Versailles, en 2007.

 

Conclusion

Enfin, pour tous ceux que ces sujets intéressent, je vous invite à lire les billets ci-dessous, issus du même blog. Ils proposent une vision passionnante et érudite sur ce sujet :

Pour finir, je voudrais dire que ce que je trouve intéressant dans cette tendance et ces initiatives, c’est qu’elles témoignent d’une vraie volonté de rendre possibles des choses qui auparavant ne l’étaient pas, de permettre en l’occurrence à certaines personnes de vivre des expériences qu’elles ne pouvaient pas vivre auparavant. C’est sans doute un des plus beaux usages que l’on peut faire de la technologie. Une technologie aujourd’hui complètement au point pour permettre ces expériences. Des expériences qui sont donc finalement plus des expérimentations d’usages que des expérimentations technologiques.

Interfaces immersives et murs d’écrans dans les musées et expositions

Créer un sentiment d’immersion est l’une des propriétés des images depuis qu’elles existent. C’est peut-être déjà ce que ressentaient/recherchaient les hommes préhistoriques dans les grottes qu’ils peignaient. Aujourd’hui, parce qu’elles sont calculées, électro-lumineuses, animées et interactives, les images numériques renforcent encore plus cet effet. Stéphane Vial l’a très bien montré dans sa thèse sur La structure de la révolution numérique (voir pp 276-277). Mais il montre aussi que le design de ces images, c’est-à-dire les choix effectués par les designers, a une influence considérable sur l’effet d’immersion. Parmi ces choix, la taille et la disposition de l’écran importent évidemment beaucoup. Or, les progrès technologiques en la matière permettent chaque jour d’exploiter un peu plus ces possibilités. C’est ce que l’on constate notamment dans les musées, où quelques dispositifs récents de murs d’images montrent que les designers cherchent à exploiter l’impact des images numériques géantes.

Le Liquid Galaxy du musée océanographique de Monaco

Commençons par le Musée océanographique de Monaco. C’est l’un des premiers établissements européens à utiliser le Liquid Galaxy, ce simulateur créé par Google voici quelques années pourtant, qui permet de découvrir les contenus de Google Earth en situation d’immersion. Le dispositif est composé d’écrans verticaux de grande dimension disposés en arc de cercle autour d’une console de commande afin de reproduire une vision panoramique. Le musée de Monaco l’utilise pour visualiser les contenus de Google Earth dédiés aux océans.

Le simulateur Liquid Galaxy, de Google, au Musée océanographique de Monaco (source).

Le simulateur Liquid Galaxy, de Google, au Musée océanographique de Monaco (source).

L’effet d’immersion est ici renforcé par la technologie 360° de Google Earth, par la taille et la disposition des écrans, et également par le milieu marin qui est représenté.

Une fresque digitale géante pour une exposition sur les requins.

Le musée océanographique de Monaco innove également à l’occasion d’une “exposition sensation” sur les requins. Cette exposition veut faire sensation au propre comme au figuré : “C’est à travers une nouvelle expérience de visite que le public est invité à vivre une véritable aventure pour dépasser ses préjugés et découvrir la vraie nature de ces seigneurs des mers” (source).

La fresque digitale géante de l'exposition Requins

La fresque digitale géante de l’exposition Requins

Pour servir la vocation “sensorielle” de cette expo, le musée a commandé la réalisation d’une fresque digitale géante : “Sur 20 mètres de long par 3 mètres de hauteur, [cet écran géant] dévoile les caractéristiques d’une dizaine d’espèces. Comme dans un aquarium imaginaire, les animaux, représentés dans leur taille réelle, nagent face aux visiteurs qui les animent au moyen d’un tapis interactif. Par une pression sur des repères indiqués au sol, l’esquisse d’un requin se colore et s’anime pour révéler ses caractéristiques biologiques et comportementales” (source). On peut découvrir le mur en action dans la vidéo ci-dessous :

On peut s’étonner d’autant de moyens mis en oeuvre pour une exposition temporaire. Il faut savoir que l’exposition dure quand même deux ans, ce qui permet des investissements plus importants que la plupart des expositions souvent plus courtes.

La fresque a été conçue et réalisée par l’agence Réciproque, spécialisée en scénographie digitale, et par Labeyrie & Associés.

Le mur des collections du Cleveland Museum of Art

Depuis janvier 2013, le Cleveland Museum of Art permet à ses visiteurs de découvrir l’étendue de ses collections sur un mur multi-touch de 12 m de long et 1,5 m de haut (le plus grand des Etats-Unis). Installé dans un espace digital appelé Galery One, parmi une multitude d’autres installations numériques, le mur permet de visionner et de naviguer parmi plus de 3500 objets et peintures exposés dans le musée (sur 45 000 que possède le musée au total). On peut faire une recherche par période, par thème, par type d’oeuvres, par matériaux ou par techniques. Des bornes placées au pied du mur permettent d’y déposer des tablettes tactiles qui se connectent alors au mur. Le visiteur sélectionne les oeuvres qui l’intéressent sur le mur. Elles sont alors “sélectionnées” dans la tablette. Le visiteur peut ensuite commencer sa visite en emmenant la tablette : elle va le guider dans le musée à partir des oeuvres qu’il a sélectionné sur le mur.

Le mur de collections du Cleveland Museum of

Le mur de collections du Cleveland Museum of Art

Galery One propose également un second mur multitouch appelé “Line & shape” où les visiteurs, notamment les enfants, peuvent tracer des lignes à la main pour relier les oeuvres entre elles.

Tous ces dispositifs numériques ont été conçus par l’agence Local projects, dont je vous reparlerai prochainement car elle réalise des choses formidables. Elle a d’ailleurs réalisé la scénographie digitale du musée du 11 septembre à New-York.

En tous cas, j’avoue que l’ensemble du dispositif interactif proposé par ce musée est particulièrement impressionnant et enthousiasmant. Dans la vidéo ci-dessous, on découvre notamment des bornes ludiques qui proposent une approche participative des oeuvres que je trouve géniale. Le mur des collections est visible à 1’13’’ :

 

L’écran géant utilise la technologie d’affichage MicroTile rétro-éclairée par des LED de Christie et la solution de gestion de l’interactivité multitouch ShadowSense, de Baanto.

Pour en savoir plus, vous pouvez :

Le navigateur interactif géant du Musée Victoria de Melbourne

Je termine cet article par un projet qui n’est pas encore installé mais qui a déjà été dévoilé : celui du dispositif mARchive, un navigateur interactif géant développé par le Centre de recherche iCinema de l’Université NSW de Sidney pour le musée Victoria de Melbourne. Il s’agit d’un écran cylindrique de 12 m de diamètre et 4 m de haut, dans lequel le visiteur pénètre avec des lunettes 3D. Muni d’une tablette, il peut naviguer parmi plusieurs centaines de milliers de documents (photos, cartes, objets…) ! Il faut dire qu’il y a de quoi puisque le musée en posséderai apparemment plus de 17 millions, acquis depuis plus de 150 ans !

Le futur navigateur interactif du musée Victoria

Le futur navigateur interactif du musée Victoria

L’image est créée par 12 vidéoprojecteurs stéréoscopiques associés à système audio surround.

La sensation d’immersion est vraiment poussée à son maximum, comme on peut le voir dans cette vidéo, ou bien dans celle-ci :

Pour en savoir plus sur ce dispositif :

Danse avec les drones

La technologie peut parfois être au service de l’émotion et de la poésie. C’est ce que nous prouvent plusieurs compagnies ou sociétés qui intègrent dans leurs spectacles robots et autres drones…

Le Cirque du Soleil, avec l’ETH Zurich

Voici quelques jours, le Cirque du Soleil a produit et diffusé un court film de 5mn, une fiction pleine de poésie mettant en scène des abats-jours volants dans un atelier d’artisan.


La compagnie canadienne a également diffusé au même moment le making-off du film. Une seconde vidéo très intéressante pour comprendre comment la première a été réalisée, pour découvrir quelles étaient les intentions des auteurs et pour se laisser rêver à de futurs projets dans la même lignée de cette première idée lumineuse !

Cette vidéo sous forme de performance poétique est bien à l’image du Cirque du Soleil, même s’il ne s’agit aucunement de cirque dans ce cas. On pourrait d’ailleurs se demander dans quelle mesure elle n’augure pas d’une future utilisation de drones dans le cadre même des spectacles de la compagnie. Nous verrons bien…

Quoiqu’il en soit, ce projet a été réalisé par C:Lab, The creative laboratory (?) du Cirque du Soleil, avec le concours de l’école polytechnique fédérale de Zurich (ETH Zürich) et Verity Studios, une spin-off de l’ETH. Apparemment, la vidéo a été tournée en 3 jours et montée sans effets spéciaux.

L’ETH Zurich travaille depuis plusieurs années avec les drones. Ils ont développé un dispositif appelé Flying Machine Arena, conçu des algorithmes de pilotage des drones et fait de nombreuses démonstrations publiques, dont une intervention aux conférences TED.

Cette vidéo illustre à merveille la spécificité des drones en tant que machines volantes de petite taille pilotées par l’homme et/ou par un ordinateur. Nous n’avons pas l’habitude de voir de tels objets voler ainsi autour de nous. Leur capacité à nous émerveiller est très forte à cause de cela. Leurs mouvements sont également tels qu’on peut très facilement se prendre à leur trouver un caractère vivant. C’est encore plus facile lorsqu’ils se cachent sous un déguisement ou sous un autre objet, comme dans le film. Ils donnent alors l’illusion que l’objet en question est vivant ou qu’il vole comme par magie. Et la chorégraphie qui se joue entre eux et le personnage est le point d’orgue du film. Elle donne l’illusion d’une interaction entre l’homme et la machine. C’est en cela que le film ressemble à un spectacle de magie. Mais l’interaction est en fait jouée par des ordinateurs qui pilotent les drones. Car, comme l’explique cet article “les algorithmes contrôlent les drones et leur donnent des mouvements extrêmement précis qu’il serait impossible de réaliser avec un pilote humain”. Ainsi donc, la magie de l’illusion du vivant se cache en réalité dans les algorithmes de pilotage des drones !

Pour en savoir plus, lire l’interview des créateurs du spectacle à l’ETH Zurich.

Kmel Robotics

La compagnie Kmel Robotics excelle elle aussi dans l’art de faire danser les drones. Elle en avait fait la démonstration dans cette publicité pour Lexus :

Vous trouverez également sur ce lien 3 vidéos de making of du film.

Puis dans cette autre vidéo :

 

Mais la société a également un talent fou pour transformer les drones en musiciens comme on peut le voir dans cette vidéo stupéfiante :

 

Voici une performance à ranger au rang de celles dont j’ai déjà parlé dans cet article (§ 4 sur les vidéos de style « Machines de Rube Goldberg »).

Là encore, comme avec l’ETH Zurich, les drones sont pilotés par ordinateur. La performance a d’ailleurs été réalisée avec le soutien d’Intel et Lockheed Martin. Comme l’explique Daniel Mellinger, co-fondateur de Kmel Robotics dans cette interview à la BBC relatée dans cet article :  « Nous avons pré-programmé un ensemble de six drones pour qu’ils planent au dessus des instruments, qu’ils les grattent ou qu’ils les frappent, sans aucune interaction humaine autre que le simple fait d’appuyer sur le bouton « play » pour lancer le spectacle. Le logiciel commande les drones au rythme d’environ 100 instructions par seconde. »

Ce qui est intéressant dans cette vidéo, c’est le contraste entre la technologique déployée pour faire voler les drones et le côté bricolé et brute des instruments. Je crois que la magie vient de là dans cette vidéo, comme elle vient, dans les vidéos de mon précédent article déjà cité, de l’alliance entre la préparation titanesque qu’on imagine nécessaire et le côté bricolé et brut des moyens mis en scène. Il y a le même décalage dans les deux cas.

Puy du Fou, avec Koert Vermeulen & Act Lighting Design.

Plus près de nous, c’est le Puy du Fou qui vient de dévoiler qu’il allait utiliser des drones dans sa cinéscénie. L’idée a été proposée par l’éclairagiste néerlandais Koert Vermeulen qui a conçu et mis en œuvre  cette partie du spectacle avec sa société et Act Lighting Design. Je vous invite au passage à jeter un œil aux réalisations souvent impressionnantes de cette société spécialisée dans l’éclairage et pas vraiment dans les drones.

Là encore, la magie vient de la technologie, comme nous le révèle cet article du site Humanoïdes. Mais on y sent aussi toute l’ambition business du projet, comme dans cet autre article du Figaro, puisque l’un et l’autre, et comme le Parc de Vendée lui-même le rappelle, il fait la course contre la montre et la course au spectaculaire avec des concurrents tels que Disney, qui serait lui-aussi en train de préparer des spectacles de drones pour ses parcs d’attraction. Affaire à suivre, mais l’engouement semble général.

Ascending Technologies

En 2012, cette compagnie avait réalisé une chorégraphie de 49 drones en plein air au festival autrichien Ars Electronica FutureLab (source) :

Eleven Play

Au début de cette année, Eleven Play, une compagnie japonaise de danse contemporaine avait mis en scène un spectacle avec 3 danseuses et 3 drones, filmé par l’artiste Daito Manabe :

Dans cette chorégraphie, les drones finissent par éclipser les danseuses et toute la fin du spectable est un ballet entre les drones, des images technologiques projetées et des lasers. Vision pessimiste de notre rapport aux machines ?

Falkor Systems, avec la compagnie Barkin Selissen Project

Encore plus tôt, en 2013, la société de robotique new-yorkaise Falkor Systems avait présenté la vidéo ci-dessous, où l’on voit un drone se substituer par intervalles, comme dans une vision, à un danseur réel, pour suivre les mouvements d’une danseuse.

Cette vidéo avait pour but de démontrer les capacités des drones à pouvoir suivre et assister les individus. Falkor Systems souhaiterait effectivement que les drones deviennent nos assistants personnels. La pièce s’intitule “Pet Drone Pas de Deux”. Elle a été mise au point avec la compagnie Barkin Selissen Project. Le drone utilise le système de reconnaissance d’image OpenCV et le système de pilotage de drone « ardrone_autonomy » de l’Université Simon Fraser.

Blanca Li & Nao

Je terminerai en délaissant les airs pour le sol et en rappelant le travail qu’a mené la compagnie de Blanca Li avec le robot Nao, qu’elle a intégré dans l’une de ses chorégraphies intitulée Robot :

Pour en savoir plus :

Ce qui nous ramène enfin à la chorégraphie de 20 Naos réalisée par Aldebaran Robotics à l’expo de Shangai 2010 :

 

 

L’innovation digitale en Pays de la Loire

Bon, je continue à faire le chauvin pour vous parler cette fois-ci d’une initiative que je viens de découvrir : les Plateformes Régionales d’Innovation (PRI), mises en place par le Conseil Régional des Pays de la Loire. Une initiative qui fait la part belle au digital !

J’ai déjà eu l’occasion à plusieurs reprises (notamment dans mon précédent article, mais encore plus dans un billet plus ancien) de vous parler des actions digitales initiées par l’Abbaye de Fontevraud. Or, j’ai découvert récemment que celle-ci venait de lancer le centre iDev : innovation et Design d’expérience de visite. Et en consultant son site web, j’ai découvert que l’iDev était en fait l’une des 22 Plateformes Régionales d’Innovation (PRI) mises en place depuis 2009 par l’Agence régionale d’innovation de la Région Pays de la Loire. Sur le site d’information dédié (Territoires d’innovation), les PRI sont définies comme « des centres de ressources dédiés à l’innovation, ouverts aux entreprises. Leur spécificité repose sur la mutualisation des compétences et des moyens apportés par des acteurs de la formation, de la recherche, du transfert de technologie et des entreprises qui se sont réunis pour favoriser sur leur territoire la diffusion de technologies émergentes (la mise en forme des matériaux avancés, le design, l’emballage, le contrôle non-destructif …) » (source).

Parmi les 22 PRI, on trouve notamment :

  • La Cantine numérique, l’instance nantaise du réseau national des Cantines, ces lieux d’échanges et de coworking autour du digital. La Cantine de Nantes a ouvert en 2011. Elle est portée par l’association Atlantic 2.0, le réseau des professionnels du web et de l’innovation numérique en Pays de la Loire, organisateur notamment du Web2Day, l’un des principaux événements consacré au digital en France.
  • La PRI ATRIUM, dédiée aux objets et solutions communicants (Internet des objets, réseaux de capteurs, réseaux filaires et sans fils…) et située près d’Angers.
  • Proxinnov, dédiée à la robotique, située à La Roche-sur-Yon.
  • Design’in, qui regroupe des professionnels du design et du design de services pour aider les entreprises à innover par le design et l’approche centrée utilisateur.
  • et enfin iDev, dont le but est d’aider non seulement les musées mais également les entreprises et toutes les organisations intéressées pour développer des expériences innovantes de visites et d’expositions, repensées notamment par le digital. Vous pouvez vous faire une idée de ses champs d’intervention dans la vidéo ci-dessous :

 

 

L’Agence régionale d’innovation de la Région Pays de la Loire accompagne également des organismes tels que Clarté, l’association lavaloise dédiée à la réalité virtuelle (Je vous rappelle que Laval est un lieu important de la réalité virtuelle en France et dans le monde avec l’événement Laval Virtual)

Elle organise également des événements, notamment la Journée Régionale de l’innovation, qui se tient à Nantes, ainsi que ses déclinaisons locales, les Journées Territoires Innovation, dont la prochaine, nommée Inov’dia, se déroule le 7 octobre prochain, près de Laval, sur le site étonnant d’Echologia. Au programme de cette journée, on trouve notamment une série d’ateliers dédiés aux tendances numériques dans le patrimoine et le tourisme. Or, cette série d’atelier est justement animée en partie par Clarté et iDev !

Puisque je parle de Laval, j’en profite pour dire qu’Inov’dia est co-organisée par Laval Mayenne Technopole, la dynamique agence départementale d’innovation, qui organise notamment le concours-programme de création d’entreprise Idénergie, et qui a lancé Neoshop, une boutique dédiée aux produits innovants créés par des start-ups !

A ce sujet, je voulais préciser que l’un des projets très intéressant de l’iDev est de créer un showroom de démonstration de dispositifs innovants pouvant intervenir dans les visites et expositions.

Voilà pour ce rapide tour d’horizon d’initiatives plutôt intéressantes, vous ne trouvez pas ?

 

Apprendre et se cultiver à distance via des robots

Après m’être attaché à l’usage des robots de téléprésence pour la collaboration, puis à la manière dont les marques pouvaient les utiliser pour leurs campagnes marketing, je voudrais aujourd’hui évoquer l’usage qui peut en être fait pour répondre à des objectifs culturels ou pédagogiques. Des usages qui rejoignent d’ailleurs parfois des problématiques médicales…

Commençons avec un exemple qui relève de l’usage pédagogique en réponse à une problématique médicale. Lyndon Baty est un jeune texan atteint d’une maladie immunitaire qui l’empêche de côtoyer d’autres personnes en public. Pour lui permettre malgré tout de suivre ses études et de vivre une vie la plus sociale possible, il utilise le robot de téléprésence VGo (que j’ai déjà présenté dans cet article). Il peut ainsi assister aux cours depuis chez lui, tout en pouvant poser des questions, répondre à celles qui lui sont posées ou bien discuter à distance avec les enseignants ou avec ses camarades.

Lyndon en classe... via son robot de téléprésence.

Lyndon Baty en classe… via son robot de téléprésence.

De nombreux articles et reportages ont été consacrés à ce jeune homme et à son histoire. Vous pouvez notamment lire celui-ci : Lyndon Baty and the robot that saved him et consulter les vidéos ci-dessous :

Passons maintenant à des usages qui mêlent objectifs culturels et pédagogiques.

Certaines institutions culturelles, en effet, testent les robots de téléprésence. C’est notamment le cas du National Museum of Australia, qui propose des visites guidées à distance, via deux robots de téléprésence nommés Chesster et Kasparov, l’un noir et l’autre blanc, évidemment !

Chesster, à gauche, et Kasparov, à droite; les deux robots du National Museum of Australia.

Chesster, à gauche, et Kasparov, à droite; les deux robots du National Museum of Australia.

Ces visites sont collectives : elles sont pour l’instant réservées aux étudiants et devraient prochainement s’ouvrir à d’autres publics. Elles se déroulent en présence d’un éducateur du musée qui guide les étudiants. Ceux-ci peuvent contrôler ce qu’ils veulent regarder, consulter des contenus numériques sur leur écran et interagir avec l’éducateur en répondant à ses questions.

Le robot Kasparov n’est d’ailleurs pas avare en exploits puisqu’il s’agit sans doute de l’un des premiers robots au monde à Tweeter ! Vous pouvez en effet le suivre sur son compte @Kasparbot !

Les débuts de tweetos de Kasparov le robot !

Les débuts de tweetos de Kasparov le robot !

Ce projet étonnant est le fruit de la collaboration entre le musée et l’agence nationale scientifique australienne (CSIRO). Il a obtenu le Prix de l’innovation aux ANZIA Awards 2013 (Australian & New-Zealand Internet Awards).

En France, la 12ème Biennale de Lyon, qui s’est tenue du 12 septembre 2013 au 15 janvier 2014, a organisé, les 14 et 15 décembre derniers, des visites à distance avec des robots de téléprésence VGo. Comme l’indique le site du SYROBO (Syndicat de la Robotique de Service Professionnel et Personnel), partenaire de l’événement, ces visites à distance créent paradoxalement une intimité inédite entre les visiteurs virtuels et les oeuvres :

Cette téléprésence  robotisée est une nouvelle manière d’avoir accès aux messages artistiques.  La relation à l’œuvre, analysée spontanément comme distanciée, est en fait plus intime. Le visiteur, pilote du robot, peut en effet jouer avec les zooms et les angles de prise de vue, écouter lescommentaires de l’environnement ou revenir visiter l’exposition à différentes heures du jour ou de la nuit, développant ainsi un rapport de proximité avec une installation et une lecture privilégiée. Ce don d’ubiquité apporté par le robot est aussi une nouvelle manière de participer physiquement à une manifestation car le visiteur incarné peut interagir avec les autres, recueillir ou donner des avis…

En France, il faut également citer le projet RobAIR (quel nom ! tout un programme !), qui a pour objectif de développer des robots de service open-source à coût réduit, et notamment des robots de téléprésence. RobAIR est un projet mené conjointement par des étudiants et des élèves ingénieurs de Polytech Grenoble, de l’Ensimag et du Pôle Supérieur de Design de Villefontaine. Certains d’entre eux ont notamment travaillé sur l’usage de RobAIR pour les visites virtuelles de musée, à travers le projet RobAIR@museum :

Ce que pourrait être RobAIR.

RobAIR@museum

Les interfaces de pilotages et de visionnage de RobAIR@museum.

Les interfaces de pilotages et de visionnage de RobAIR@museum.

Le pilotage de RobAIR depuis une tablette.

Le pilotage de RobAIR depuis une tablette.

Zoom et navigation dans les oeuvres depuis la tablette de pilotage de RobAIR.

Zoom et navigation dans les oeuvres depuis la tablette de pilotage de RobAIR.

Ce type de projets et d’usages des robots de téléprésence sera sans doute amené à se développer énormément dans les années à venir. Et je ne m’en plaindrai pas, tant je trouve qu’il y a là matière à vivre de formidables expériences ! Vous ne trouvez pas ?