Pourquoi des écrans et des interfaces transparents ? Pour le spectacle et la contextualisation de l’information !

Pourquoi utiliser des écrans transparents ? Pourquoi créer des interfaces transparentes ? J’ai consacré de nombreux articles récents à expliquer que nous ressentions une fascination pour ce type d’écrans qui nous plongeaient dans certaines capacités fascinantes de maîtrise de notre environnement. J’aimerai compléter cette explication en identifiant aujourd’hui ce qui apparaît selon moi comme les deux grands bénéfices de ces écrans et interfaces en termes d’usage : l’aspect spectaculaire d’un côté et la contextualisation de l’information de l’autre.

Le premier point qui me paraît intéressant, c’est que les écrans transparents sont de formidables vecteurs de spectacle. Quelqu’un qui utilise un écran transparent, surtout quand il est tactile, c’est tout de suite un spectacle !

La parfaite illustration de cette caractéristique, c’est l’usage qu’en font les fabricants de tables de mixage de DJ.

Prenez la description de la console transparente QNQ sur son site internet :

QNQ est une console multitouch de 47 pouces qui modifie profondément la relation entre le DJ et son public. L’apparence visuelle époustouflante de QNQ attire le regard du public et permet au DJ de partager avec son audience l’expérience d ‘”être un DJ” . Elle crée un spectacle intime et interactif, où le public arrive à regarder et sentir tout ce que touche le DJ.

L’appareil peut également être un moyen amusant et interactif pour les marques de faire connaître leurs produits et de toucher directement un public engagé.

Le site QNQ possède d’ailleurs des photos qui restituent bien cette capacité de la console à créer une expérience spectaculaire. Sur l’une d’elle on peut d’ailleurs lire “Looks matter”.

La console tactile transparente QNQ

La console tactile transparente QNQ

La console en action :

Même argumentaire exalté sur le site de Smithson Martin à propos de leur console transparente Emulator Dual View Screen :

C’est l’expérience la plus révolutionnaire de ces 30 dernières années pour les artistes de scène ! DVS Emulator est le premier système de contrôle MIDI réellement multitouch qui permet à la foule, grâce à un écran tactile transparent géant, de voir exactement ce que fait l’artiste.

L’art du DJ intègre désormais les jeux de lumières des clubs, c’est un nouveau niveau de performance !

Emulator peut également être utilisé comme un pupitre multitouch ou un outil de présentation pour des réunions ou des conférences. Il rend les événements d’entreprise plus interactifs car le pupitre est transparent ce qui permet au public de voir à travers tout en regardant le présentateur. L’attention du public est accrue et les présentateurs se sentent soutenus par cette nouvelle technologie !

Je crois que ça se passe de commentaires !!! Par contre, si vous voulez des images, on en trouve sur le site de l’agence d’événementiel A-BLOK, qui organise des soirées avec ce type de matériel :

Vous trouverez une multitudes d’autres vidéos sur YouTube si vous le souhaitez.

Avec ces pupitres interactifs transarents, A-BLOK organise aussi des performances de digital live painting :

Là aussi, si ça vous intéresse, d’autres vidéos de digital live painting sont visionnables sur YouTube.

Enfin, elle propose également ce matériel pour des séminaires et conférences :

A-BLOK_Pupitre_Interactif_Ormes2-809x539

Le pupitre transparent utilisé lors d’une conférence

Une autre illustration flagrante du côté spectaculaire des écrans transparents, c’est la fameuse démo d’un dispositif multitouch par Jeff Han lors d’un TED talks en 2006. Le pupitre était transparent, ce qui accentuait l’aspect spectaculaire de la démo :

Passons maintenant des écrans aux interfaces transparentes. Même sans écran, ces dernières ont elles aussi des capacités surprenantes à créer du spectacle. L’une des meilleurs illustrations de cette caractéristique me paraît être la fameuse vidéo de Hans Rosling où il explique en 4mn le progrès des différents pays du monde au cours des 200 dernières années :

Dans cette vidéo, le dispositif de transparence (appelez ça réalité augmentée, motion design ou ce que vous voulez, peu importe…) n’apporte rien à l’information en soi. Hans Rosling aurait tout aussi bien pu faire la même démonstration avec un dispositif plus classique, comme il l’a fait par exemple lors d’un TED Talks. Par contre, cela donne une dimension éminemment spectaculaire à la vidéo et à la démonstration. Et je ne veux pas seulement parler de l’effet Whaouh que peut déclencher, la première fois qu’on le voit, ce qui peut apparaître ici comme une innovation et qu’on ne ressent plus quelque temps après. Je veux parler de la fascination que crée la superposition du speaker et des données, l’aspect lumineux des signes graphiques que l’on retrouve souvent dans les interfaces transparentes et finalement la danse que composent ensemble l’animation des données et les mouvements du speaker !

Pour être précis, je n’oublie pas que le succès de cette vidéo tient autant au fond qu’à la forme, c’est-à-dire à la performance de l’analyse des données et à leur explication aussi synthétique et pédagogique en 4 mn !

Quoi qu’il en soit, cette dimension spectaculaire des interfaces et des écrans transparents me semble être également une explication au succès de l’utilisation des (pseudo-)hologrammes dans les spectacles et les défilés de mode, dont j’ai déjà eu l’occasion de parler dans un précédent article.

Enfin, puisque j’en suis à évoquer des sujets que j’ai déjà abordés, cette capacité à créer du spectacle est également, selon moi, ce qui fait que les publicités et les films de science fiction raffolent autant des écrans et des interfaces transparentes. Certes, il y a la fascination pour la transparence en soi et ce qu’elle signifie, comme je l’ai déjà expliqué dans ces précédents articles, mais s’ajoute aussi à cela selon moi le côté spectaculaire des images ainsi créées, comme je l’ai d’ailleurs déjà souligné à la fin de ce même article. C’est particulièrement vrai selon moi dans le film Iron Man, notamment dans la scène où il manipule un plan de ville sur une interface hologrammique :

Dans cet extrait, comme pour la vidéo de Hans Rosling, on est fasciné par la danse que composent à l’écran les mouvements de l’interface et ceux de l’acteur, accentués par les mouvements de caméras. C’est une vraie chorégraphie des corps et des signes rendue possible par la transparence !

Voilà pour la capacité des écrans et interfaces transparentes à créer du spectacle.

L’autre point que je voulais aborder est leur capacité à contextualiser l’information.

Le premier exemple auquel je pense est la réalité augmentée. Son principe même repose sur la superposition des signes à une image de la réalité. Qu’on soit donc dans une transparence réelle ou simulée, la réalité augmentée n’est possible que par la transparence. Or, à quoi sert ici la transparence ? A superposer l’information à ce que l’on voit en un lieu donné et dans une direction donnée. Et dans cette situation, “ce que l’on voit en un lieu donné et dans une direction donnée” nous est donné par le contexte, nous le subissons, nous l’explorons, tandis que l’information nous est fournie par un appareil et un système d’information, qui disposent de caractéristiques qui mettent en relation cette information avec l’environnement réel, qui relient donc le virtuel au réel, le sémiotique au réel.

réalité_augmentée

La transparence est une caractéristique clé de la réalité augmentée

Dans le cas des réfrigérateurs à porte transparente dont j’ai déjà parlé, l’intérêt de la transparence est notamment de pouvoir mettre l’information en contexte avec ce qui se trouve à l’intérieur du réfrigérateur, comme on peut le voir sur cette vidéo :

Mais la transparence n’agit pas seulement dans la mise en relation de l’information issue d’un appareil avec l’environnement de cet appareil et de son utilisateur : elle peut aussi être utilisée pour contextualiser l’information au sein d’une interface, sur un même écran, comme l’explique cet article de Mashable, à propos de l’interface graphique d’iOS 7, le nouvel OS de l’iPhone :

Le nouveau design plat, qui abandonne la vieille esthétique skeuomorphique d’iOS, est une véritable merveille. Jony Ive s’est surpassé en créant des couches de conception translucides de telle sorte que lorsque votre clavier s’affiche à l’écran, vous pouvez toujours avoir une idée de ce qu’il y a en dessous

D’ailleurs, on peut lire le même argument sur le site d’Apple :

Des couches fonctionnelles distinctes contribuent à donner de la profondeur et à instaurer de l’ordre et de la hiérarchie. L’effet de transparence permet d’avoir une meilleure perception du contexte.

A défaut d’avoir encore le nouvel iOS sur votre iPhone, vous pouvez avoir un aperçu de ce que ça donne sur cette page d’Apple qui propose des animations de certaines fonctionnalités de l’OS.

Un aperçu d'iOS7

Un aperçu d’iOS7 où les couches inférieures apparaissent de manière floue à travers la couche supérieure

Plutôt que de transparence, il s’agit en fait d’un aspect translucide des différents calques : la transparence est très floutée. On voit cet aspect à l’oeuvre sur les menus du bas lors du défilement des contenus ou lors de l’affichage du clavier, par exemple pour l’app Messages.

Il existe également sur certaines apps des effets de transparence légèrement différents, voire inattendus, mais diablement intéressants. C’est le cas notamment de l’app Météo, qu’Apple a délibérément mise en avant dans sa communication autour du nouveau design de l’OS. Dans cette app, des animations se jouent en image de fond, sous les textes d’information, qui sont donc sur une couche totalement transparente en dehors de la présence graphique des signes.

Une animation est présente sur cette page du site d’Apple qui permet de visionner cet effet.

Les différents effets graphiques de l'app Météo d'iOS7

Les différents effets graphiques de l’app Météo d’iOS7

Ici, l’information n’est pas vraiment mise en contexte, elle est illustrée. Une image (un signe visuel cherchant à ressembler à une réalité tangible) s’ajoute à des signes linguistiques (textes) et iconiques (symboles graphiques liés par une ressemblance à ce qu’ils représentent). Cette illustration n’apporte aucune information supplémentaire, si ce n’est montrer ce qu’est de la pluie à quelqu’un qui n’en aurait jamais vu !! En fait, elle est totalement redondante par rapport au texte et aux symboles. Elle se contente juste d’ajouter de l’immersion à l’information.

Apple va cependant plus loin dans son interprétation de cette animation. Sur la même page que celle citée tout à l’heure on peut lire :

Les interactions sont dynamiques, les animations cinématographiques, et l’ensemble prend vie de façon inattendue, quoique parfaitement naturelle. Ouvrez, par exemple, l’app Météo et vous comprendrez tout de suite. La grêle s’abat sur le texte, tandis que la brume le recouvre partiellement. Les orages s’annoncent par des nuages et des éclairs. Maintenant, consulter la météo en ligne, c’est un peu comme regarder par la fenêtre. (c’est moi qui souligne) (source)

Cette dernière phrase mérite le détour : pour Apple, en proposant des animations en fond d’écran, l’app Météo permet de voir sur son écran ce que l’on peut voir au même moment autour de soi. C’est donc une sorte de transparence par métaphore ! “C’est un peu comme regarder par la fenêtre !”

Il est quand même étonnant, alors qu’Apple revendique l’abandon du skeuomorphisme dans iOS7, qu’il mette ainsi en avant dans une app du même OS des signes qui fonctionnent eux aussi par ressemblance avec la réalité matérielle. Chassez le naturel, il revient au galop !

Voilà en tous cas qui clôt cet article. Je terminerai juste en rappelant que dans un article récent, j’avais proposé une méthode d’analyse des plans des interfaces. Je trouve que le propos de la seconde partie de cet article sur la contextualisation de l’information par la transparence se prête particulièrement bien à une analyse par couches des interfaces concernées. J’aurai donc l’occasion d’y revenir dans de prochains articles. Alors à bientôt !

Les interfaces de l’entreprise digitale

Dans deux précédents articles (ici et ), j’ai évoqué ce qui constituait pour moi les 4 dimensions clés de l’entreprise 2.0, à savoir :

  • le socle technologies+devices
  • les services que les technologies+devices permettent de construire
  • les usages que les services permettent
  • le management qui fixe le cadre de l’usage des services et technologies+devices

 
Ces dimensions sont celles à prendre en considération si l’on veut conduire à bien une transformation 2.0 de l’entreprise, ce qu’on appelle aussi tantôt la transformation digitale de l’entreprise, tantôt le Social Business Design de l’entreprise. Bref, ces 4 dimensions doivent constituer les streams de votre projet de transformation.

Dans ce contexte, quelles actions doivent être menées pour conduire cette transformation ? Sur ce plan, je serai classique en proposant une organisation des actions selon les quatre grandes étapes clés que sont : la stratégie > la conception > la réalisation > l’animation-accompagnement.
 
J’aurai l’occasion de revenir en détail prochainement sur chacune de ces étapes. Mais dans cet article, je voudrai souligner ce qui est selon moi un facteur clé de succès de cette approche globale, à savoir : le besoin de penser chacun de ces niveaux en termes de design consistant à produire, finalement ou à titre de moyen, une ou plusieurs interfaces utilisateurs.

Je crois effectivement que chacun de ces 4 leviers a besoin d’interfaces utilisateurs pour produire ses effets sur les individus et au niveau de l’entreprise.

L’interface des services et applications

Pour certains leviers, l’interface utilisateur paraît assez évidente dans la mesure où ces leviers sont par nature visuels et préhensibles physiquement. C’est par exemple le cas avec les services ou applications. C’est d’ailleurs justement à eux que j’emprunte cette notion d’interface utilisateur. Il s’agit en fait d’une dimension constitutive des services digitaux : la fameuse interface homme-machine (IHM), ou encore interface digitale. Sans elle, pas de service utilisable, donc pas d’usage !

L’interface des technologies & appareils

Pour la couche des technologies & appareils, si ces derniers (les appreils) sont en eux-mêmes une interface évidente (ordinateurs, écrans, smartphones, câbles…), c’est déjà moins évident avec les technologies. Vous me direz qu’il n’y a rien de plus matériel qu’un serveur, des câbles, un routeur Wi-Fi, etc. Certes, mais il existe aussi toute une part de technologie complètement immatérielle, et non des moindres, à savoir le code, les programmes, l’architecture et l’urbanisation du système d’information, etc. Et bien, c’est là où je pense qu’il faut travailler à matérialiser, à rendre visuelle et perceptible cette part de ce levier.

Là encore, vous allez me dire : quel est l’intérêt de rendre visuel et perceptible ce levier ? Est-ce que ça ne doit pas au contraire être le plus caché possible pour l’utilisateur ? Sans doute, certes, au sens où l’utilisateur doit être déchargé au maximum des manipulations et des contraintes techniques qui peuvent peser sur les services qu’il utilise. Mais pour autant, il me paraît particulièrement important de l’aider à comprendre pourquoi telle ou telle contrainte IT subsiste, et si elle sera levée ou pas, et quand, et comment faire en attendant, etc. Bref, même en matière d’IT d’entreprise, il me paraît particulièrement utile et important d’être pédagogique et de pratiquer une communication ouverte et de confiance avec les utilisateurs, plutôt qu’une communication de la chappe de plomb ou de la boîte noire. Nous verrons tout à l’heure comment cela peut se matérialiser.

Les deux autres leviers que sont les usages et le management sont sans doute ceux pour lesquels la notion d’interface paraît la moins évidente, la plus exotique. Quelle peut être l’interface du management ? ou l’interface des usages ?

L’interface du management

Et bien, selon moi, il est très utile et important de matérialiser au maximum les décisions prises par le management et la Direction de l’entreprise, les impulsions qu’il souhaite communiquer, la stratégie que l’entreprise poursuit, l’organisation qui est mise en place, etc. Plusieurs types de documents peuvent remplir cette fonction : chartes, messages clés, codes de bonnes conduites, organigramme, règlement intérieur, entretiens annuels, contrat de travail, fiche de poste, etc. Et de nombreux canaux peuvent être utilisés pour les diffuser : événements internes, affiches, écrans muraux, intranet, etc. Certains de ces canaux sont justement des services, au sens de l’un des 4 leviers dont je parle ici. Sur ce plan, je suis particulièrement en phase avec cet article de Cecil Dijoux sur le management visuel ou encore avec Dave Gray, promoteur du visual thinking, des culture maps et des pratiques consistant à créer des interfaces de management. A ce sujet, je vous invite à regarder cette présentation éclairante qu’il a faite sur ce thème lors de Lift2013.

L’interface du management c’est aussi l’interface des données de gestion de l’entreprise. Sur ce point, encore faut-il que l’entreprise ait pris la décision de communiquer ou de rendre accessibles ces données. C’est en tout cas ce que fait la société Techné depuis plusieurs années. Son exemple me paraît particulièrement intéressant et inspirant. Ensuite, se pose la question (non détaillée dans l’article ci-dessus pour le cas de Techné) de la manière dont ces données sont communiquées. Personnellement, je suis un fervent partisan des solutions de dashboard et de datavisualisation telles que Panic Status Dashboard, Geckoboard, Cyfe ou Leftronic, qui selon moi rendent la BI accessible à tout un chacun dans l’entreprise. La plupart d’entre elles permettent notamment l’affichage aussi bien sur desktop que sur mobile ou encore sur affichage digital mural, dont je suis un grand fan !

La solution "Status Dashboard" de Panic permet un affichage mural élégant et efficace de toutes sortes de données de gestion de l'entreprise.

La solution « Status Dashboard » de Panic permet un affichage mural élégant et efficace de toutes sortes de données de gestion de l’entreprise.

L’interface des usages

Parfait. Et pour les usages ? Et bien, c’est la même chose : il faut essayer au maximum de les rendre visuels, voire matériels, à travers trois axes en particulier :

  • Utiliser des usages et des pratiques “visuels” : les pratiques agiles en sont un bon exemple.
  • Créer des documents visuels qui expliquent et influencent les usages (c’est à dire qui incitent aux bons usages et dissuadent des autres) : au-delà des classiques supports de formation et des chartes, je pense qu’il y a matière à innover en utilisant des infographies, dont on voit le succès sur le web, en mettant sous forme illustrée des mantras, comme l’a récemment rappelé Oscar Berg, ou encore en mettant en oeuvre des mécanismes et des interfaces de gamification.
  • Proposer des dispositifs qui montrent les données mesurées des usages : cela consiste souvent à mixer l’analytique avec des solutions de dashboard ou de datavisualisation comme celles que nous avons vues ci-dessus. Récemment, je suis tombé sur cette application de datavisualisation créée par Sennep pour l’intranet de Kantar, dont je connais très peu de choses mais qui paraît correspondre exactement à ce que je décris ici.

Et l’interface des individus ?

Dans ma grille à 4 niveaux, les individus ne sont pas représentés. Pourtant, ils constituent évidemment la clé de voûte de toute la pyramide. J’ai déjà abordé à plusieurs reprises la question de l’interface visuelle des individus à mettre en oeuvre notamment dans un intranet ou un réseau social via des annuaires très visuels. J’ajouterai juste aujourd’hui à cet article précédent l’exemple récent de Jostle, qui propose une mosaïque de portraits qui me plaît beaucoup.

L'annuaire très visuel de Jostle.

L’annuaire très visuel de Jostle.

Finalement, pour résumer, je pense que chaque levier gagne à être envisagé comme un matériau à “designer” de manière visuelle et la plus matérielle possible en vue d’un usage par l’utilisateur. Par qui ce travail doit-il être fait ? Par des designers justement, des concepteurs.

Des designers pour chacune de ces interfaces

Les designers des services sont tout trouvés : ce sont les designers digitaux (consultants, ergonomes, UX designers, creative designers…). Leur métier consiste justement à penser en fonction des utilisateurs finaux, donc en termes d’interface.

Les designers des appareils existent également, nul besoin de les réinventer. Eux aussi pensent éminemment de manière user centric, donc en terme d’interface.

Côté technologie, les intervenants existent également : développeurs, architectes, urbanistes, administrateurs… Mais la différence principale vient du fait que leur travail n’a pas nécessairement été pensé jusqu’à présent comme destiné à être utilisé, communiqué, vu, perçu, compris par les utilisateurs finaux. Je pense que cela doit évoluer et que l’ensemble de ces acteurs doit chercher à communiquer leur travail aux utilisateurs finaux, qui ne sont pas seulement utilisateurs d’un service ou d’un appareil, mais aussi d’une technologie. Il est donc utile selon moi qu’ils se fassent aider pour cela par des designers professionnels, qu’il s’agisse de designers digitaux ou non.

C’est la même chose avec le management. Les managers existent évidemment, mais conçoivent-ils leur travail comme celui d’un designer ? Pensent-ils toujours qu’une décision qui a été prise, qu’une stratégie, qu’une culture d’entreprise, doit s’incarner visuellement pour être perçue, comprise, appropriée et produire ses effets ? En partie, c’est certain, et de plus en plus. Mais il me semble qu’il existe encore une marge de progression énorme. Et de ce point de vue, ils peuvent se faire aider par des gens comme Dave Gray, cité ci-dessus, et sa pratique du design d’information au service de l’entreprise.

Le champ le plus vierge aujourd’hui reste selon moi celui des usages. En partie parce qu’il s’agit déjà en lui-même d’un champ nouveau dans les entreprises. Qui se préoccupe en effet des usages ? Certes, il existe parfois des process, qui peuvent même être très contraignants. Mais ils représentent justement une vision très mécanique, voire “castratrice” des usages. Il y a aussi la formation. Mais le cadre trop formel dans lequel elle est encore aujourd’hui trop souvent dispensée ne correspond plus à la mutation des usages de travail d’aujourd’hui. Tout reste donc à inventer dans le registre du design des usages en entreprise, et les rôles dédiés à cela n’existent pas encore. J’aurai l’occasion d’y revenir…

Vers une information toujours plus contextuelle, selon le lieu et le moment.

La numérisation croissante de nos activités quotidiennes, qu’elles soient privées ou professionnelles, produit toujours plus d’informations. Dans ce contexte, lutter contre la surcharge informationnelle au travail est devenu un vrai serpent de mer pour les entreprises. Heureusement que certains optimistes comme Clay Shirky nous donnent du courage en nous expliquant que “ce n’est pas un problème de surcharge d’information, c’est un défaut de filtre”.

La quête du filtre ! Voilà désormais le nouveau Graal du management de l’information, que ce soit en entreprise ou à titre privé (voir mon précédent article sur les filtres dans les activity streams) ! Et pour l’atteindre, tout le monde s’accroche à une formule magique bien connue depuis des années : “la bonne information, à la bonne personne, au bon moment”. Son décryptage opérationnel, hélas, reste encore aujourd’hui mystérieux ! Mais cela ne décourage pas de nombreux éditeurs de logiciels. Et ils ont bien raison, car les innovations en la matière proposent désormais chaque jour des solutions plus intéressantes les unes que les autres.

Trois d’entre elles ont récemment attiré mon attention. Leur point commun est d’aborder le problème, ou plutôt la solution, par le biais de la contextualisation. Ça n’est évidemment pas le seul angle d’attaque possible de la question. D’autres solutions utilisent par exemple celui de la personnalisation, qu’elle soit implicite ou explicite (nous y reviendrons sans doute dans de prochains articles). Ici, la contextualisation consiste à dire que l’information mise à disposition de l’utilisateur varie suivant le lieu où il se trouve et/ou le moment. Comme on peut s’y attendre, tout cela repose sur l’utilisation d’appareils mobiles, smartphones ou tablettes.

1. Modifier les flux d’information en fonction du moment de la journée

Le premier exemple concerne la contextualisation temporelle. Il nous est fourni par Chameleon, une application Android disponible depuis l’été 2012. Pour l’anecdote, Chameleon est un projet financé par crowdfunding via Kickstarter, une plateforme qui a décidemment le vent en poupe. Il devait recueillir 50 000 dollars de fonds, ce qui a été atteint en quelques semaines. Chameleon n’est pas un produit dédié à l’entreprise ou à un usage professionnel, mais je trouve qu’il s’adapte particulièrement bien à ce contexte. Il mériterait d’ailleurs d’être décliné pour…

Avant d’aborder le point qui nous intéresse, il faut d’abord dire un mot sur l’interface. Chameleon se présente comme un portail avec des widgets affichant différents contenus et services. L’idée derrière l’application est de proposer un design homogène des widgets afin d’optimiser l’expérience utilisateur. Le nombre de widgets disponible est donc volontairement restreint pour l’instant et devrait augmenter progressivement. De ce point de vue, il est intéressant de noter à quel point la mise en oeuvre d’une logique de portail sur une tablette change la donne par rapport à son usage dans un navigateur desktop ! Le nombre restreint de widgets sur chaque page-écran apporte ici une grande lisibilité à ces dernières. Et le choix de passer d’un écran à l’autre par slide plutôt que de scroller verticalement se fait avec une telle fluidité qu’on en oublie presque qu’on change de page. Bref, l’expérience de navigation semble très agréable.

L'interface de Chameleon

L’interface de Chameleon est composée de widgets personnalisables

Mais revenons à notre propos initial : la contextualisation. On notera tout d’abord, que l’application permet de personnaliser l’affichage des widgets et de leur contenu, et ceci de manière très intuitive. C’est une première chose. Mais surtout, et c’est là où je voulais en venir, l’application propose une fonctionnalité très simple, mais que je trouve très maline : elle offre la possibilité à l’utilisateur de “programmer” l‘affichage de différents widgets en fonction du moment de la journée. L’idée derrière est que l’on n’a pas les mêmes besoins d’information le matin chez soi, ou dans les transports, ou pendant sa journée de travail, ou à la pause déjeuner, etc. Ceci est évidemment particulièrement vrai dans le cas d’une application mobile. Mais je pense qu’on pourrait tout à fait trouver des usages pertinents similaires sur les desktop. Je vous invite à consulter la vidéo ci-dessous pour juger par vous-même.

 

2. Se connecter à des flux d’informations locaux au gré de ses déplacements

Venons en maintenant à la contextualisation géographique. C’est l’innovation qu’a annoncé en début d’année, et que devrait lancer prochainement, Tibco sur son application sociale Tibbr (dont la version 4 vient justement d’être lancée). L’application qui m’intéresse s’appelle TibbrGeo. Elle s’appuie sur le mode de fonctionnement de Tibbr, qui propose à ses utilisateurs de créer des flux de données-activités gérés par des tags conçus comme des “sujets”, auxquels les utilisateurs peuvent ensuite s’abonner et lire dans leur Activity stream.

TibbrGeo ajoute à ce mode de fonctionnement le principe de la géolocalisation : les “sujets” correspondent à des lieux. Les lieux sont géotaggués. En fonction de mes déplacements, je vais donc pouvoir accéder au flux d’informations du lieu où je me trouve (geo data hubs). L’idée ici est que je n’ai besoin de ces informations que lorsque je suis dans le contexte de ma présence dans le lieu concerné. Et si je change de lieu, je pourrai me connecter à un autre flux de données, correspondant cette fois-ci au nouveau lieu où je me trouve, etc.

Je pense que ce mode de fonctionnement correspond parfaitement au principe du filtre intelligent qui m’apporte “la bonne information, au bon moment, au bon endroit” et m’assure plus d’efficacité ou de productivité. Je vous invite à regarder la vidéo, aussi explicite qu’inspirante :

 

3. Contextualisation géographique ET temporelle à la fois avec Google Now

Bénéficier des deux modes de contextualisation précédents, c’est ce que semble proposer Google Now, la nouvelle application mobile de Google.

Google Now

Google Now propose des informations qui varient selon le contexte temporel et géographique

Sur la page de présentation de l’application, on peut lire le texte suivant, qui met surtout l’accent sur la contextualisation temporelle, et qui semble un parfait résumé de mon propos sur ce sujet en début d’article :

Google Now gets you just the right information at just the right time.

It tells you today’s weather before you start your day, how much traffic to expect before you leave for work, when the next train will arrive as you’re standing on the platform, or your favorite team’s score while they’re playing. And the best part? All of this happens automatically. Cards appear throughout the day at the moment you need them.

La vidéo ci-dessous, quant à elle, évoque aussi bien la contextualisation temporelle que géographique :

 

Qu’ils aient été imaginés dans un contexte d’entreprise ou privé, les dispositifs ci-dessus, et tous leurs équivalents, me paraissent avoir un intérêt des plus réels pour les entreprises et leurs employés. Qu’en pensez-vous ?

Pour un design graphique de l’information d’entreprise

Face au volume sans cesse plus important des flux d’information et face au règne des données, certaines entreprises répondent en fermant le robinet et en tentant de limiter l’accès des employés à ces informations. D’autres, au contraire, essaient de doter leurs employés des moyens d’exploiter le plus efficacement possible ces données et d’en extraire un maximum de valeur ajoutée.

Face au défi du volume (les fameuses Big Data), une partie de la réponse tient évidemment dans la puissance des nouveaux outils de captation, de stockage, de filtre, de tri, d’analytique… des données. Un autre volet relève de la construction d’interfaces capables de rendre ces données lisibles et facilement navigables, ce qui aide à leur donner du sens, donc à les exploiter, les réutiliser, les manipuler, bref, à agir à partir d’elles. C’est là tout l’enjeu de la datavisualisation.
Mais, pour autant que l’enjeu de la datavisualisation soit évident lorsqu’on a affaire à des données complexes ou volumineuses, il y a selon moi un challenge tout aussi important à relever pour rendre visuelles, attractives, manipulables et plus impactantes beaucoup d’autres données et informations de l’entreprise, et parfois des données très simples. Plutôt que de parler de datavisualisation, on devrait parler ici de design d’information. A cet égard, j’ai découvert récemment une page que je trouve très inspirante.

Une grille synoptique de présentation de vos publications et réalisations

Elle se trouve sur le site de Dataveyes, une société spécialisée dans la datavisualisation. Evidemment, vous ne serez pas étonné que j’ai trouvé cet exemple chez un expert du domaine ! Je vous invite à aller voir la page “Notre histoire” sur leur site web. Elle sert ici la communication corporate externe, mais elle pourrait tout aussi bien fonctionner telle qu’elle en communication interne. Que ne rêverait-on pas de disposer d’une telle page sur un intranet !

La page "Notre Histoire" du site web de Dataveyes

La page « Notre Histoire » du site web de Dataveyes

Pourquoi cette page m’intéresse-t-elle ? Tout d’abord, elle illustre à merveille la conviction que défend cet article, à savoir qu’on a tout à gagner à rendre l’information que l’on diffuse la plus graphique possible. Et quand je parle d’information, a) il ne s’agit pas ici de données complexes, mais bien d’informations assez simples, et b) ces informations sont de types très variés puisqu’on trouve sur la même page : l’agenda des événements, la liste des projets, quelques publications de type “présentations”, des vidéos et des articles.

Une vue d’ensemble des contenus

La première chose que l’on peut noter, c’est que la présentation de ces différents types d’informations sur une même page est non seulement tout à fait cohérente, mais même particulièrement efficace, car non seulement cela évite de naviguer sur autant de pages qu’il y a ici de catégories de contenus (ce qui aurait été le cas avec un mode de présentation classique), d’où une économie de temps en termes de navigation dans les contenus, mais cela procure également un surcroît de lisibilité et donc de sens dans la lecture et l’interprétation de toutes ces informations. Cette page procure en effet à la fois une vision d’ensemble des événements et productions de l’entreprise, ce qui permet d’en prendre pleinement la mesure, et permet également d’accéder dans le détail à chacun d’eux, d’où une navigation efficace.

Pour autant, tout n’est pas parfait dans une telle page. Tout d’abord, la lisibilité de chaque contenu ne se fait pas d’emblée, mais au survol de la souris. Pour la recherche d’un contenu bien précis, c’est gênant. Certes, des correctifs sont possibles facilement, mais on pourrait aussi imaginer que cette page ne soit qu’un mode d’affichage alternatif à un mode plus classique, qui lui, listerait les accroches vers les articles.

Une ligne de temps pour revenir sur le passé ou… se projeter dans le futur

En matière de communication interne, il me paraît très intéressant de noter qu’un tel mode d’affichage peut servir aussi bien la présentation de contenus internes qu’externes. Je veux dire par là qu’on peut y voir un mode d’affichage aussi bien pour les publications de l’intranet (le magazine interne, les blogs, la webtv interne, etc…), que pour une rubrique de veille ou de revue de presse qui collecterait donc des contenus en provenance du web. Dans l’exemple de Dataveyes, la page sert d’ailleurs à donner accès à des contenus extérieurs au site dataveyes.com. Le découpage en plusieurs lignes peut être utilisé pour afficher plusieurs médias, comme dans le cas de dataveyes, ou plusieurs thèmes ou rubriques au sein d’un même média. Bref, le schéma est infiniment maléable selon les besoins.

Le dernier point que j’aimerais noter est la présentation sous forme de ligne de temps. Elle est très intéressante, mais dans le cas précis, je regrette juste qu’il n’y ait pas de datation en haut ou en bas de la grille (elle se fait en mode contextuel dans une bulle qui suit le curseur), ni de marqueur de la date du jour. En l’état actuel, l’expression “vers le futur” est trompeuse puisque la grille ne va justement pas vers le futur du jour de consultation : elle se contente de proposer une vue de ce qui s’est passé. J’aurais trouvé encore plus intéressant qu’elle propose également une vue “vers le futur”, notamment pour la ligne “Agenda des événements”, évidemment. Mais cela pourrait aussi être utile pour la partie “Projets”, pour l’annonce de sortie de nouveaux produits par exemple. Dans un contexte interne notamment, il peut être aussi utile de se projeter dans l’avenir que de pouvoir revenir dans ce qui s’est passé.

Quoi qu’il en soit, voilà une page diablement inspirante, que je vous invite vivement à aller voir et manipuler.

La timeline de vos projets et événements

Le second exemple que j’aimerais évoquer est l’une des fonctionnalités de la nouvelle version d’Office 2013 & SharePoint 2013 de Microsoft. Vous allez me dire : quel rapport ? Et bien il va vous sauter aux yeux en regardant la capture d’écran ci-dessous, puisqu’il s’agit de l’affichage des tâches et jalons d’un projet ou d’un agenda personnel sous forme de ligne de temps (ou timeline).

Ligne de temps dans SharePoint & Office 2013

Les tâches et jalons d’un projet ou d’un agenda personnel affichés sous forme de ligne de temps dans SharePoint & Office 2013

Le fait que Microsoft choisisse d’implémenter cette fonctionnalité dans l’outil phare de la collaboration d’entreprise dans le monde est pour moi significatif du fait que les acteurs majeurs de l’édition des logiciels d’entreprise prennent enfin conscience de l’importance du design d’information dans la conception des outils de travail quotidien des “travailleurs du savoir”. Une telle fonctionnalité n’est en effet plus considérée comme un gadget, mais comme le gage de plus d’efficacité individuelle et collective.

Un dashboard graphique qui résume l’activité de votre réseau social

La sortie récente de la version 4 de Tibbr, le réseau social d’entreprise de Tibco, va dans le même sens puisque l’une de ses nouvelles fonctionnalités est une page intitulée “What’s happening” qui affiche de manière très graphique sous forme de dashboard un certain nombre d’indicateurs clés relatifs à l’activité de la plateforme. La capture d’écran parle d’elle-même :

La page “What’s happening” de Tibbr.

La page “What’s happening” de Tibbr : un Dashboard très graphique.

C’est là selon moi un bel exemple de ce que le design d’information peut apporter de manière très simple à l’expérience utilisateur : clarté, sens, séduction ludique, incitation à la visite et à l’interaction… Et vous, qu’en pensez-vous ? Que pensez-vous de tous ces exemples ? Est-ce là, selon vous, une vraie tendance qui répond à un véritable enjeu ?