Grand angle sur les coulisses des marques… en vidéo 360°

J’ai déjà consacré plusieurs articles de ce blog à la manière dont les marques peuvent utiliser la vidéo pour présenter leurs coulisses. Vous pouvez notamment vous référer à la série “Dans les coulisses des entreprises : visites privées au temps du digital”. L’un des articles de cette série était consacré à l’usage de la vidéo par les marques de luxe. Un autre à l’usage de la vidéo dans le design des sites web. Et plus récemment, je me suis intéressé à l’usage des vidéos 360° par les marques pour nous faire découvrir leurs coulisses. Je citais notamment le dispositif Dior Eyes. Mais je n’avais pas d’autres exemples sous la main. Or, j’ai découvert depuis que d’autres marques de luxe avaient déjà utilisé ce procédé, en particulier Louis Vuiton et Van Cleef & Arpels. Je vous emmènerai ensuite à Sidney, pour y découvrir l’université de la ville en vidéo 360°.

Louis Vuitton : des défilés aux ateliers

Commençons tout d’abord par le défilé de la collection Automne-Hiver 2010 de Louis Vuitton. Lors de cet événement, l’agence Ogilvy One a photographié les mannequins à 360° avec une multitude d’appareils photos disposés en cercle, qui se déclenchaient simultanément. 8 heures après le défilé, les vidéos montées à partir des photos étaient visibles sur la page Facebook de la marque et des animations étaient accessibles sur son application mobile. Les internautes pouvaient sélectionner les mannequins, lancer les vidéos ou les animations, et ainsi visionner les modèles sous tous les angles.

Dans ce cas précis, il ne s’agissait donc pas de vidéos panoramiques 360° comme celles dont je parle dans mes récents articles et qui sont utilisées dans les casques de réalité virtuelle. Les vidéos panoramiques placent la caméra ― et donc ensuite le spectateur― au centre d’une scène qui se déroule autour d’eux. Mais dans le cas présent, les prises de vue se font tout autour des mannequins, qui deviennent visibles à 360°, exactement comme on photographie certains produits pour permettre leur visualisation à 360° dans un site e-commerce ou une oeuvre d’art sur le site web d’un musée. On parle ici d’un shooting photo en mode “spin”. Il peut ensuite être diffusé sous forme de vidéo ou d’animation interactive. Dans ce dispositif, les mannequins restent statiques car ils n’ont pas été filmés mais photographiés. La vidéo ci-dessous explique très bien le dispositif.

 

Après cet essai initial, le premier véritable usage de vidéos panoramiques 360° par Louis Vuitton a eu lieu dès l’année suivante, lors de la Fashion Week 2011. Le défilé, ainsi que plusieurs moments clés de l’événement (les coulisses, la préparation, etc.), ont été filmés en vidéo immersive 360° pour être ensuite consultables pendant plusieurs semaines sur le site dédié à l’événement. Bien que le site soit aujourd’hui fermé, vous pouvez vous faire une petite idée de ce que ça donnait à travers les photos ci-dessous.

 

Pour son deuxième usage de la vidéo 360°, Louis Vuitton a changé de registre puisqu’elle a utilisé cette technologie dans l’une des séquences de son mini-site dédié à faire découvrir le siège social de la marque, en plein Paris. Le site a été mis en ligne au printemps 2015. La vidéo nous plonge, de manière très intime et discrète à la fois, au coeur d’un atelier où des personnels de la marque s’activent.

Plongeon au coeur d'un atelier de Louis Vuitton en vidéo 360°

Plongeon au coeur d’un atelier de Louis Vuitton en vidéo 360°

Dommage qu’il n’y ait qu’une seule vidéo 360° dans ce mini-site et qu’elle ne soit pas interactive, contrairement à ce qu’avait fait Van Cleef & Arpels quelques années plus tôt.

Van Cleef & Arpels

Car Louis Vuitton n’est effectivement pas le premier à utiliser ce procédé de la vidéo 360° pour présenter ses ateliers. Depuis 2012, en effet, le joaillier Van Cleef & Arpels propose sur son site web une Visite virtuelle des Ateliers (voir la rubrique de ce nom sur la page d’accueil du site web de la marque), qui plus est, plus élaborée que celle de Louis Vuitton ! Elle se compose en effet de plusieurs vidéos qui nous permettent de découvrir de manière séquencée plusieurs pièces des Ateliers correspondant chacune à un métier différent et à une étape du cycle de création d’un bijou. Autre élément de complexité : la vidéo est interactive et permet de visionner d’autres médias (textes, photos, vidéos). Le format de la vidéo, moins sphérique et de taille réduite, ainsi que sa structure très découpée, la rendent cependant moins immersive et contemplative que celle de Louis Vuitton, mais beaucoup plus pédagogique.

La Visite Virtuelle des Ateliers Van Cleef & Arpels

La Visite Virtuelle des Ateliers Van Cleef & Arpels

L’Université de Sidney

Quittons le domaine du luxe pour découvrir l’usage qui, selon moi, conjugue le meilleur des deux exemples précédents, à savoir l’aspect immersif de la vidéo de Louis Vuitton et l’aspect pédagogique et interactif de celle de Van Cleef & Arpels. Il s’agit du site web de l’Université de Sidney. Plusieurs vidéos 360° s’enchaînent en plein écran pour nous montrer différents lieux du campus. Et elles sont rendues interactives dès lors qu’on les met en mode “pause”. Comme le dit un responsable de l’agence digitale qui a réalisé le site web : « Choisir son université est un choix important qui va marquer le reste de votre vie. Nous avons voulu que l’expérience permette aux utilisateurs de prendre le temps de considérer les facteurs sociaux et culturels de ce choix, mais aussi délivrer de l’information factuelle de manière plus engageante (source). » Le résultat est un bel exemple de ce que peut donner ce type de dispositif.

L'université de Sidney s'offre à la découverte en vidéo 360° plein écran et interactive.

L’université de Sidney s’offre à la découverte en vidéo 360° plein écran et interactive.

De la vidéo 360° faite pour le web et non pour les casques de réalité virtuelle

Ces trois exemples montrent également que les marques expérimentent aujourd’hui la vidéo 360° pour un usage web sur ordinateur et non pas pour les casques de réalité virtuelle. Elles n’attendent pas que ces derniers soient plus répandus : elles se lancent dès aujourd’hui dans l’expérimentation de ce nouveau format pour le web seul.

Recrutement digital : des vidéos innovantes pour faire découvrir les coulisses des entreprises (Visites privées au temps du digital : épisode 6/6)

Dans les précédents articles de cette série, j’ai essentiellement parlé de situations où l’entreprise montrait ses coulisses avec un objectif de communication institutionnelle, pour créer une plus grande proximité entre la marque et ses cibles. Mais il existe aussi une situation qui se prête particulièrement bien à ce même dévoilement, voire qui le nécessite presque : c’est la communication de recrutement.

Pour commencer, petit rappel : l’article consacré à Facebook évoquait en partie cette question de la communication de recrutement. Venons en maintenant à quelques exemples récents que je trouve originaux et inspirants.

Le premier nous vient de la Marine nationale et de sa nouvelle campagne etremarin.fr.

Etremarin.fr (Source de l'image)

Etremarin.fr (Source de l’image)

La communication de recrutement est un classique des armées. Cette campagne illustre cependant particulièrement bien le propos de cette série d’articles puisqu’elle repose sur une série d’une centaine de films de 30” qui proposent une plongée (!) dans le quotidien des marins en mode “caméra embarquée”. Derrière ce terme, il faut voir la volonté du réalisateur et de l’annonceur de filmer au plus prêt du vécu des marins, même dans les moments délicats. Le format court de chaque film est évidemment influencé par le web mais correspond aussi à certains formats télévisés. Les films seront d’ailleurs également diffusés sur NRJ12.

etremarin.fr

etremarin.fr  (source)

Dans la vidéo ci-dessous, vous pourrez découvrir une présentation de la campagne :

Une dizaine de films sont visibles par ailleurs sur la chaîne YouTube de l’agence Havas Worldwide Paris, qui a réalisé la campagne.

Pour en savoir plus sur cette campagne, vous pouvez lire cet article : Caméra embarquée, la nouvelle campagne de brand content de la marine nationale.

L’autre dispositif dont je voulais parler est l’extraordinaire campagne Isobar Explorer en Pologne. Pour faciliter la découverte de l’agence et de ses personnels, Isobar Pologne a créé un robot équipé d’une webcam et d’un écran, capable de se déplacer dans l’agence et d’organiser des vidéos-chats entre un internaute connecté au site et un salarié de l’agence.

Isobar Explorer

Isobar Explorer

Pour pouvoir piloter l’Isobar Explorer, les candidats devaient s’inscrire auparavant sur le site web. L’opération a duré 3 jours en août 2013. Près de 7700 personnes se sont inscrites et plus de 345 candidatures ont été envoyées aux recruteurs.

 

Ce dispositif est vraiment intéressant à plus d’un titre :

  • Tout d’abord, c’est son originalité qui saute aux yeux, et pas seulement en termes de dispositif de recrutement ! Quelle innovation !

  • Il représente ensuite une façon de filmer en live très intéressante.

  • Enfin, par rapport à mon article sur les vidéos innovantes pour montrer un lieu, c’est clairement une nouvelle catégorie : vidéo immersive embarquée en live + robot + tchat/vidéoconf.

Voilà. Cet article met fin à cette série consacrée aux différentes approches qu’utilisent les entreprises pour nous dévoiler leurs coulisses en vidéo…

Quand John Deere imagine l’avenir digital de l’agriculture

On connaît les vidéos d’anticipation de Microsoft concernant l’avenir du digital. Initiée en 2009 par la branche Office de la firme de Redmond, la série Productivity Future Vision a donné lieu à deux vidéos à ce jour. La première date de 2009 :

 

La seconde date d’il y a tout juste un an (oct. 2011) :

 

Ces deux premières vidéos sont aujourd’hui déclinées sectoriellement.

D’autres sociétés se sont également prêtées à ce petit jeu. Parmi elles, Corning Inc., spécialiste du verre et de la céramique, s’est fait remarquée avec la série A day made of glass, qui, elle aussi, a donné lieu à deux vidéos à ce jour.

La première date de février 2011 :

 

La seconde date de février 2012 :

 

Dans le cas de Microsoft, éditeur de logiciels, ou de Corning, fabriquant de matériaux supportant les technologies digitales, une telle initiative ne surprend pas complètement. Elle est au service de leur stratégie d’innovation et de leur communication corporate, qui visent à asseoir ou à créer une image de société innovante. C’est allier à la fois la R&D et le brand content.

Mais on s’attend sans doute moins à voir une société telle que John Deere, le géant des machines agricoles, se prêter elle aussi au jeu de l’anticipation des dispositifs digitaux. C’est pourtant bien John Deere qui a produit la vidéo ci-dessous, intitulée Farm forward :

 

Certains ne verront sans doute dans cette vidéo qu’une douce élucubration sur un avenir qui n’est pas prêt d’arriver, ou en tous cas pas sous cette forme. J’entends d’ici certains d’entre vous railler sur le grand écart qui peut exister entre cette vidéo et ce que beaucoup d’agriculteurs vivent aujourd’hui. C’est oublier un peu trop vite qu’une telle vidéo n’a surtout pas pour but d’être réaliste, en tout cas pas au sens des réalités du moment où elle est faite. Elle a au contraire pour but de projeter dans une vision “idéale”, lointaine, mais pour autant incarnée dans des scénarios business compréhensibles aujourd’hui.

Personnellement, je trouve tout à fait intéressant qu’une société telle que John Deere se prête à ce jeu. Je ne connais ni la situation économique de John Deere ni les circonstances qui ont conduit à réaliser ce film, mais mon avis a priori sur la question est qu’une entreprise qui se soucie ainsi de la manière dont peut évoluer le métier de ses cibles à moyen et long terme (et donc le sien par voie de conséquence), sur une problématique qui plus est connexe à son coeur de métier (ici : le digital vs la mécanique) est une entreprise qui “pense bien” (dans une optique “user centric” et “customer centric”) et qui met donc toutes les chances de son côté pour ne pas rater les révolutions à venir.

Cette vidéo de John Deere n’est d’ailleurs pas sortie de nulle part puisque l’entreprise dispose d’un programme dédié explicitement à l’innovation informatique : John Deere FarmSight.

A titre d’innovation, John Deere a d’ailleurs déjà expérimenté la réalité augmentée.

Finalement, on aimerait voir plus d’entreprises a priori éloignées des nouvelles technologies fonctionner de la sorte. Je pense que toute entreprise quelle qu’elle soit doit aujourd’hui doit se poser la question : quel avenir me réserve les nouvelles technologies et les innovations digitales ? Quels bénéfices puis-je en tirer ? Comment mon métier et mon marché risquent-ils d’être impactés ?

Dans la continuité de cette réflexion, je vous invite à consulter l’un des derniers articles de Fred Cavazza intitulé Personne n’est à l’abri, qui montre à quel point les nouvelles technologies et le digital peuvent aujourd’hui rebattre les cartes dans n’importe quel métier ou marché. Cela impose selon moi à toute entreprise l’impératif d’un certain regard tourné vers “ce que l’avenir nous réserve”, avec cette idée qu’il vaut mieux créer et innover que subir.

Enfin, pour terminer, cette vidéo m’inspire une dernière remarque. On a tendance à oublier à quel point le métier d’agriculteur est fortement lié à toute sortes d’informations, souvent issues de l’interprétation ou de l’analyse des phénomènes naturels (la météo, l’intensité de sécheresse du sol, le degré de maturité des cultures, l’état des animaux…), jusqu’à des données plus économiques (le cours des denrées alimentaires, les taux de rendement, etc.). Tout ceci donne d’ailleurs lieu à une informatisation certaine de l’activité agricole depuis plusieurs années. Finalement, si on y réfléchit bien, l’agriculteur devient lui aussi un “knowledge worker” comme tant d’autres, et l’informatique ubiquitaire pourrait bien remplir une place plus importante qu’on ne l’imagine dans son activité future !

Alors, finalement, vous la trouvez si “décalée” que ça la vision d’anticipation de Farm Forward ? Et vous, dans votre métier, comment anticipez vous votre avenir digital ?