Plus d’écrans dans les véhicules peut-il signifier plus de sécurité dans la conduite ? (1/3)

La multiplication des écrans dans les véhicules pose inévitablement la question de la sécurité : comment ne pas distraire le conducteur ? Quelle ergonomie mettre en place pour créer un dispositif qui soit utilisable en toute sécurité, voire qui renforce cette dernière ?

1. Le téléphone au volant tue

Les problèmes de sécurité posés par les écrans dans les véhicules ont été identifiés depuis longtemps maintenant. Dans l’infographie ci-dessous, l’assureur américain Erie insurance, restitue les résultats d’un rapport de police qui indique que 10% des personnes tuées lors d’un accident de la route aux Etats-Unis l’ont été lors d’un accident dû à la distraction d’un ou du conducteur(s). Et parmi ces 10%, 12% sont dûs explicitement à l’usage d’un téléphone portable, et 5% supplémentaires sont dûs à la manipulation d’une fonctionnalité du véhicule ou d’un appareil lié au véhicule (fenêtre, rétroviseur, radio, etc.).

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Les principales sources de distraction causes d’accidents mortels (source).

 

Une autre étude américaine indique qu’en 2011, à chaque instant de la journée, environ 660 000 conducteurs étaient en train de téléphoner avec leur téléphone portable à l’oreille pendant qu’ils conduisaient, soit 5% des 13 millions de conducteurs qui étaient sur la route en moyenne au même instant ! Si on ajoute à cela ceux qui manipulent un appareil électronique sans forcément que ce soit un téléphone porté à l’oreille, cela fait 7% des conducteurs à chaque instant de la journée.

En France, à la même époque, les chiffres étaient similaires si l’on en croit cette étude réalisée par l’Inserm et Ifsttar en 2011, qui indique le chiffre de 6% pour la même mesure. Cette étude indique également que près d’un conducteur sur deux utilise en général son téléphone en conduisant. Or, un tel usage multiplie par 3 le risque d’accident. Et environ un accident corporel de la route sur 10 en France serait lié à l’usage du téléphone au volant.

2. Quelles activités créent le plus de distraction au volant ?

Aux Etats-Unis, une autre étude intéressante de l’Association Américaine des Automobilistes a essayé de mesurer quelles sont les activités qui requièrent le plus d’attention de la part d’un conducteur, et qui sont donc susceptibles de perturber sa conduite. Le graphique ci-dessous classe ces activités sur une échelle de 1 à 5, où 1 représente le niveau de base de distraction d’un conducteur seul au volant qui n’utilise aucun appareil particulier, et 5 le niveau d’attention qui empêche de faire deux tâches en mêmes temps, mesuré par le test d’OSPAN.

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Impact comparé de différentes tâches sur l’attention des conducteurs.

 

Le graphique montre que téléphoner avec un téléphone à l’oreille nécessite plus d’attention que de parler à un passager, mais finalement pas beaucoup plus. Il montre que le kit main-libre ne réduit pas beaucoup la charge d’attention requise. Et surtout, il montre que l’utilisation des dispositifs de dictée (“speech-to-text”) sont quant à eux très consommateurs d’attention ! Pour être précis, il faudrait sans doute faire un distingo entre dicter un e-mail, ce qui est certainement très consommateur d’attention, et utiliser un dispositif de commande vocale, tel que SIRI, qui l’est sans doute un peu moins. Le rapport précise cependant que dans tous les cas, “l’utilisation massive des interactions vocales dans les véhicules pourrait avoir des conséquences inattendues qui nuisent à la sécurité routière”.

L’étude distingue ainsi schématiquement 3 axes de distraction dans les véhicules :

  • Les activités qui mobilisent votre attention sur d’autres tâches que conduire
  • Celles qui détournent vos yeux de la route
  • Celles qui enlèvent vos mains du volant

Sur cette base, l’étude propose 3 niveaux progressifs de distraction au volant, illustrés dans le schéma ci-dessous :

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Les 3 niveaux de distraction pour les conducteurs.

3. Les avertissements des pouvoirs publics font-ils le poids face à l’évolution des devices dans les véhicules ?

Dressant le bilan de cette étude, le président de l’AAA a déclaré : “Il est temps d’envisager de limiter les distractions nouvelles et potentiellement dangereuses qui s’accumulent dans les véhicules, et qui sont notamment liées à l’idée fausse selon laquelle “main-libre” signifie “sans risque”.”

Le décalage est frappant entre cet avertissement et le mouvement d’augmentation massive du nombre et de la diversité des écrans dans les véhicules, comme je l’ai souligné dans mes derniers articles sur le sujet (ici, , , et ) !

Comme le précise l’article de Mashable où j’ai pris l’essentiel des informations précédentes :

“Dans le monde en expansion des systèmes multimédia embarqués, l’aide à la navigation et l’écoute de musique via le smartphone ne sont qu’un début. Désormais, les constructeurs travaillent sur les moyens d’intégrer Siri ou d’autres logiciels de reconnaissance vocale dans les véhicules. Mais l’étude de l’AAA montre que cela va rendre la conduite plus dangereuse. (…) Aujourd’hui, les systèmes d’aide à la navigation sont généralement doté d’un avertissement qui exhorte les automobilistes à entrer leurs informations uniquement lorsque la voiture est à l’arrêt. Mais maintenant que les systèmes de commande vocale ou de synthèse vocale deviennent omniprésents dans les voitures, ils pourraient créer chez les conducteurs un sentiment erroné de sécurité, lié à leur nature de dispositif “mains libres” et leur capacité de reconnaissance vocale. Bientôt, Siri vous aidera à naviguer sur Facebook, à envoyer et à recevoir des tweets et à lire vos e-mais. Or, selon cette étude, l’utilisation généralisée d’une telle technologie se traduirait par plus de morts sur la route.”

On ne peut être plus clair ! Mais il y a pourtant encore pire : à la lecture de ces résultats, on peut en effet légitimement penser que la manipulation manuelle d’écrans (qui n’a pas été étudiée dans le rapport) est sans doute elle aussi très consommatrice d’attention dans la mesure où elle accumule les 3 facteurs clés cités précédemment (détourne l’attention + détourne le regard + détourne les mains).

C’est ce que nous verrons dans la deuxième partie à venir de cet article.

Vers une multiplication des écrans numériques dans l’automobile

Je lisais récemment un article très intéressant (comme toujours) de Frédéric Cavazza intitulé De l’évolution des tableaux de bord des voitures. En lisant cet article, je me suis dit qu’au-delà du tableau de bord, qui est effectivement l’interface classique d’affichage des informations dans une voiture, on constate aujourd’hui une multiplication des écrans dans les véhicules, à l’instar de ce que l’on constate dans tous les autres “lieux” de notre vie quotidienne. Voici ceux auxquels je pense…

1. Le tableau de bord

Comme je viens de le dire, le tableau de bord est le dispositif d’affichage “classique” des informations nécessaires à la conduite. C’est ce que montre bien cette vieille publicité pour les instruments de bord Jaeger, l’une des marques de référence en la matière :

Publicité pour les instruments de bord Jaeger

Publicité pour les instruments de bord Jaeger

Historiquement, et c’est le cas dans la publicité ci-dessus, le tableau de bord est analogique. Mais l’article de Frédéric montre qu’on est en train de passer en ce moment des tableaux de bord analogiques aux tableaux de bord numériques.

Un tableau de bord actuel, majoritairement analogique, mais avec un écran digital pour quelques informations au milieu.

Un tableau de bord récent, majoritairement analogique, mais avec un écran digital pour quelques informations au milieu.

Le “Virtual cockpit” de la future Audi TT est totalement digital, mais curieusement, il singe l’apparence des instruments analogiques avec ses deux jauges latérales ! (source :

Le “Virtual cockpit” de la future Audi TT est totalement digital, mais curieusement, il singe l’apparence des instruments analogiques avec ses deux jauges latérales ! (source)

Cette numérisation progressive du tableau de bord a évidemment beaucoup d’implications, notamment en termes d’ergonomie. J’essaierai d’aborder ces questions dans de prochains articles.

Je voudrais me contenter ici de préciser quelques caractéristiques clés du tableau de bord en tant que dispositif d’affichage d’informations :

  • C’est un dispositif interne au véhicule
  • Il comporte les fonctions de base de l’information nécessaire au conducteur.
  • Il est indispensable, nécessaire (on ne peut pas s’en passer).
  • Il est fixe dans le véhicule.
  • Il a été analogique pendant longtemps avant de devenir digital.
  • Sous sa forme analogique, il est plutôt perçu comme composite, c’est-à-dire composé de plusieurs écrans et voyants, tandis que sous sa forme digitale, il peut sembler composer d’un écran unique.
  • Jusqu’à très récemment et encore souvent aujourd’hui, il n’est pas connecté.
  • Il est le plus souvent face au conducteur ou légèrement décalé jusqu’à être parfois au milieu du véhicule.

2. La console centrale

Autre partie de l’habitacle qui se transforme progressivement en écran digital : la console centrale. Historiquement, c’est l’autoradio qui a montré les premiers écrans digitaux à cet endroit.

Un autoradio avec écran digital

Un autoradio avec écran digital

Puis sont apparus les systèmes multimédia embarqués, qui ont souvent été dotés nativement d’un écran digital.

Système multimédia embarqué Blackberry QNX

Système multimédia embarqué Blackberry QNX

Demain, nous verrons apparaître les consoles centrales 100% digitales, comme c’est déjà le cas sur la Tesla Model S, également évoquée par Fred Cavazza dans son article :

La console centrale 100% digitale de la Tesla Model S

La console centrale 100% digitale de la Tesla Model S

Comme pour le tableau de bord, essayons de lister les caractéristiques clés des écrans de la console centrale :

  • Ils sont internes au véhicule
  • Ils concernent des services complémentaires ou de confort (on peut s’en passer pour conduire).
  • Ils sont généralement fixes dans le véhicule (parfois mobile – détachable).
  • Comme son nom l’indique, la position de la console est centrale dans le véhicule.
  • 1ère apparition d’un écran digital : celui de l’autoradio
    • Mono-fonction (globalement)
    • Initialement non connecté
    • A été analogique avant de devenir digital.
    • Écran unique
  • Aujouord’hui : l’écran du dispositif multimédia
    • Multi-fonctions : radio, navigation, applications diverses…
    • Nativement connecté
    • Dès le début digital
    • Écran unique

3. Système de navigation externe

Avant que les systèmes multimédia embarqués ne se développent, étaient apparus dans les véhicules les systèmes de navigation externes (navigateurs GPS), souvent fixés au tableau de bord ou au pare-brise via un support dédié.

Un navigateur GPS

Un navigateur GPS

Si on se prête pour cet écran au même exercice descriptif que pour les précédents dispositifs, cela donne :

  • Externe au véhicule (au sens où il est apporté par le conducteur)
  • Services complémentaires ou de confort
  • Mono-fonction : navigation
  • Par définition connecté au signal GPS. Mais initialement non connecté à internet. Différents types de connection ont cependant vu le jour : par les ondes FM pour le protocole RDS/TMC (Traffic Message Channel), par internet via carte sim pour certains, connection par Bluetooth à un téléphone mobile pour d’autres…
  • Nativement digital
  • Écran unique
  • Mobile, mais le plus souvent fixé par un support sur le tableau de bord ou le pare-brise, souvent en position centrale.

4. Smartphone ou tablette

Arrivés après les navigateurs GPS dédiés (voir § 3 ci-dessus), les smartphones se sont cependant vite imposés dans les véhicules en raison de leur connection native et des multiples fonctionnalités qu’ils peuvent abriter dans leurs applications : téléphone, navigation, musique, radio, points d’intérêts, etc.

Un smartphone fixé sur la console centrale via un support.

Un smartphone fixé sur la console centrale via un support.

Si les smartphones on trouvé facilement leur place dans les voitures, on voit moins souvent des tablettes. Certains fabricants imaginent cependant des accessoires dédiés pour faciliter leur usage par le conducteur ou le passager :

Ce support pour tablette se fixe sur le porte gobelet !

Ce support pour tablette se fixe sur le porte gobelet !

Analysons ce type d’écran :

  • Externe au véhicule (apporté par le conducteur)
  • Services complémentaires ou de confort
  • Multi-fonctions
  • Nativement connecté
  • Nativement digital
  • Écran unique
  • Mobile, parfois fixé par un support sur le tableau de bord ou le pare-brise, souvent en position centrale.

Les quatre premiers types d’écrans que nous venons de voir sont des dispositifs assez répandus, que vous avez tous certainement rencontrés un jour au l’autre. A partir du prochain, nous entrons dans la catégorie des dispositifs plus novateurs, mais que vous rencontrerez sans doute très prochainement.

5. Affichage tête-haute

L’affichage tête-haute est une vieille lubie des designers et des fabricants automobile, sans parler des conducteurs… S’il est déjà utilisé dans l’aviation, il n’en est cependant qu’à ses débuts dans l’automobile, sans doute pour des raisons d’ergonomie difficiles à régler pour maintenir un niveau de sécurité maximum dans l’usage. Mais il y a fort à parier qu’il va se développer tant il existe aujourd’hui de projets et de technologies variées qui tentent de proposer le meilleur dispositif pour cela. C’est d’ailleurs également le dispositif le plus versatile dans son contenu, ses fonctionnalités et ses usages.

Dispositif tête-haute de BMW

Dispositif tête-haute de BMW

Voici comment on peut analyser ce type d’affichage d’information :

  • Interne ou externe au véhicule
  • Services de base ou de confort
  • Mono ou multi-fonctions
  • Connecté ou non
  • Nativement digital
  • Écran intégré à l’environnement : “flottant” en transparence devant la vue de la route, d’où les questions d’ergonomie difficiles.
  • Fixe ou déplaçable sur l’écran
  • Dispositif encore peu commercialisé

6. Lunettes connectées

Certains ont évidemment imaginé que les lunettes connectées, et notamment les Google Glass, les plus connues, pouvaient être utilisées dans un véhicule pour apporter de l’information au conducteur. Nul besoin de préciser que là aussi la question de l’ergonomie est cruciale pour la préservation de la sécurité. C’est le type même de dispositif qui fait débat sur ce point.

Les Google Glass en voiture

Les Google Glass en voiture

Analyse du dispositif :

  • Externe au véhicule
  • Services de confort ou de base
  • Multi-fonctions
  • Nativement connecté
  • Nativement digital
  • Écran intégré à l’environnement  : “flottant” en transparence devant la vue de la route, d’où les questions d’ergonomie difficiles.
  • Fixe sur l’utilisateur, mais mobile dans le véhicule
  • Dispositif encore peu commercialisé

7. Montre connectée

L’avènement des appareils mettables (wearables devices) aura certainement un impact sur la conduite. Si on se contente d’aborder la question des écrans, comme je le fais dans cet article, on peut évoquer les montres connectées. L’exemple de la montre de Nissan, la Nismo Watch, est très intéressant : voilà un appareil destiné à être porté en permanence sur soi, mais conçu cependant par un constructeur automobile pour afficher non seulement les informations classiques d’une montre, mais aussi tout un ensemble d’informations en provenance du véhicule ainsi que de capteurs biométriques (ex : le rythme cardiaque ou la température du conducteur). L’idée très innovante de Nissan est de réunir ces deux types d’informations pour rendre la conduite plus sûre. Résultat : un écran de plus dans le véhicule !

La montre connectée de Nissan.

La montre connectée de Nissan.

Analyse du dispositif :

  • Externe au véhicule
  • Services de confort (et éventuellement de base)
  • Multi-fonctions
  • Nativement connecté
  • Nativement digital
  • Fixe sur l’utilisateur, mais mobile dans le véhicule

8. Pare-brise écran

Avec ce type d’écran, on entre encore plus dans le prospectif et on s’écarte par ailleurs de la conduite. Mais je le signale quand même car il me paraît symptomatique de la multiplication des écrans dans le véhicule. Il ne s’agit pas d’un dispositif tête-haute mais de rendre le pare-brise momentanément opaque pour le transformer en écran d’ordinateur pour travailler ou se distraire dans sa voiture le temps d’une pause ! Cette innovation est proposée par PSA dans le cadre de son concept Chrysalide. Voici une vidéo explicite :

Cette vidéo est également intéressante en ce qu’elle montre la complémentarité des écrans et devices : le smartphone ou l’ordinateur posés sur le siège passager envoient une info push sur l’écran du système multimédia que peut voir le conducteur; celui-ci s’arrête, décroche l’écran du système multimédia qui devient une tablette; il déclenche l’affichage du fichier sur le pare-brise qui devient un device d’affichage grand format; pendant ce temps la tablette est utilisée comme device de commande tactile. Bel exemple de la complémentarité des écrans !

Analyse du dispositif :

  • Interne au véhicule
  • Services de confort
  • Multi-fonctions
  • Nativement connecté
  • Nativement digital
  • Fixe
  • Au stade de concept aujourd’hui

9. Des écrans pour les passagers

Je ne l’ai pas précisé au début de l’article mais mon idée était de me focaliser sur les écrans utilisés par le conducteur. Il existe cependant bien-sûr beaucoup d’autres écrans possibles dans les véhicules si l’on veut bien compter ceux destinés aux passagers. On peut re-citer les smartphones et tablettes. On peut aussi ajouter les écrans vidéos qui s’installent derrière les appuis-têtes pour les passagers arrière. Et on pourrait aussi citer ces prototypes innovants de vitres interactives dont j’ai déjà parlé dans cet article.

Mais encore une fois ils ne me paraissent pas à considérer de la même manière dans la mesure où ils ne s’adressent pas au conducteur.

Dans de prochains articles, j’évoquerai un certain nombre de questions posées par ces écrans, notamment  :

  • l’ergonomie de ces écrans pour garantir la sécurité de la conduite
  • les interfaces de commande vocales ou gestuelles
  • les interactions automatiques via des capteurs