Luxe monacal, design et digital pour un hôtel-restaurant à Fontevraud

Patrimoine religieux, luxe monacal et design inspiré, le tout doté d’une touche de digital, tel est le cocktail étonnant que nous propose l’abbaye de Fontevraud, près de Saumur (Maine-et-Loire), où viennent d’ouvrir un hôtel et un restaurant assez époustouflants…

Lisez leurs noms : Fontevraud \ L’hôtel et Fontevraud \ Le restaurant. Ils sonnent comme un manifeste de modernité nue, de sobriété sophistiquée. Au point qu’on ne sait dire s’ils sont artificiellement recherchés ou d’une confondante pauvreté. Ils sont en tous cas à l’image de l’aménagement et de la décoration du lieu, qui mêle dans un même geste lignes futuristes et inspiration monastique.

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Une vue du restaurant

Il faut dire que le lieu n’en est pas à sa première mutation. L’hôtel et le restaurant occupent le Prieuré Saint-Lazare, qui est l’un des 4 couvents de la cité monastique de Fontevraud. Datant du XIIème siècle, il a été tour à tour : lieu d’accueil pour lépreux, maison de convalescence pour religieuses, infirmerie de la prison de Fontevraud, puis hôtel de 1980 jusqu’en 2011. Fermé depuis pour travaux, il a donc ouvert au printemps, paré de ses nouveaux habits, et toujours consacré à l’accueil et à l’hospitalité. Si ça vous intéresse, le projet est très bien expliqué dans le dossier de presse.

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L’entrée du restaurant, dans le cloître

Dans cet aménagement, j’admire l’alliance du moderne et de l’ancien, la force des courbes et des volumes, les matières et les couleurs. C’est beau et sobre comme du Apple. Un travail vraiment remarquable qui a été conçu par Patrick Jouin et Sanjit Manku, de l’agence Jouin Manku. Je ne connaissais pas ces créateurs et j’ai découvert à cette occasion qu’ils ont de nombreuses réalisations à leur actif, comme par exemple la décoration du restaurant le Jules Verne de la Tour Eiffel, celle du bar du Plaza Athénée et bien d’autres lieux encore que je vous invite à découvrir sur leur site web.

Quant à Fontevraud, pour découvrir l’hôtel et le restaurant sous toutes leurs coutures, je vous invite ardemment à consulter les articles ci-dessous, ils regorgent de magnifiques photos :

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Déjeuner dans le cloître, avec vue sur le jardin intérieur, ça vous dit ?

Tout ça c’est bien beau, mais si je vous parle de ce lieu dans ce blog, c’est aussi parce qu’il possède une touche de digital que je trouve très intéressante. J’ai déjà consacré un article à Fontevraud. C’est un lieu de création culturelle qui fait la part belle au digital (voir à ce sujet la dernière installation en date : Le livre d’Aliénor) et qui l’exploite également dans sa communication. C’est certainement cette inclination qui est à l’origine de l’usage du digital dans l’aménagement de l’hôtel-restaurant comme dans sa communication.

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Des tables tactiles dans l’iBar.

Commençons par l’aménagement. Dans l’ancienne chapelle du Prieuré a été aménagé un iBar : c’est un bar à bulles où vous pouvez déguster les vins mousseux du Saumurois tout en consultant sur des tablettes ou des tables tactiles des applications ludiques ou documentaires consacrées à l’abbaye. Pour en savoir plus sur cet aménagement, je vous invite à lire l’interview de sa responsable.

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L’iBar est installé dans l’ancienne chapelle du Prieuré.

Apparemment, les hôtes de l’hôtel se voient également remettre des tablettes tactiles pendant leur séjour, qu’ils peuvent utiliser comme guide pour la visite de l’abbaye.

Passons maintenant à l’usage du digital dans la communication de l’hôtel et du restaurant. La première chose intéressante est une visite vidéo du lieu tournée avec un drone. J’ai déjà eu l’occasion (ici, ici et ) d’aborder la question des moyens originaux qui pouvaient être employés pour faire des vidéos de promotion des lieux, notamment touristiques, et en particulier les vidéos tournées avec des drones. Fontevraud nous en fournit là un bel exemple.

On peut dire aussi un mot du site web, assez beau, mais un rien simpliste ou minimaliste en termes de contenus. Dommage !

Je voulais en tous cas vous faire partager ce coup de coeur, teinté d’un peu de chauvinisme je vous l’accorde, mais de temps en temps ça ne fait pas de mal !

Pendant que j’y suis dans le chauvinisme, le mobilier designé par Jouin et Manku a été fabriqué par une entreprise locale, CAA agencement, que je ne connaissais pas non plus, mais qui a, elle aussi, de belles références à son actif.

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Puisque je vous dis qu’on dirait du Apple (pour la perspective, hein ? Voir ici)

Le site web de l’hôtel : http://www.hotel-fontevraud.com

 

 

 

Quand la transparence transforme les surfaces en interfaces

J’ai récemment consacré plusieurs articles à l’imaginaire de la transparence qui hante les concepteurs d’appareils digitaux. Dans ces articles, il a surtout été question de smartphones, d’ordinateurs, de télévisions ou de dispositifs immatériels tels que les hologrammes. D’une manière ou d’une autre, il était donc toujours question d’écrans ou d’interfaces, c’est-à-dire de dispositifs par lesquels nous manipulons des signes. Pourtant, le désir de transparence des matériaux existe dans la conception de bien d’autres “objets”, qui ne sont ni des écrans, ni des interfaces. Dans cet article, je voudrais en évoquer deux en particulier. Mais vous verrez que l’on va vite retrouver la question des interfaces… Chassez le naturel…

L’architecture transparente

Le premier domaine est l’architecture. J’en ai parlé dans l’article que j’ai consacré à Apple. La marque à la pomme s’est en effet spécialisée dans l’usage du verre et des matériaux transparents pour la construction aussi bien de ses façades, de ses vitrines ou de son aménagement intérieur (escaliers, balustrades, parois…).

Au-delà d’Apple, il existe une tradition ou un courant architectural qui s’évertue à créer une “architecture de la transparence”.

La pyramide du Louvre

La pyramide du Louvre, de Ieoh Ming Pei. L’Apple store se trouve juste en dessous…

Je ne suis pas spécialiste de ce sujet, mais je vous invite à lire cet article complet et passionnant sur cette question : Architectures de la transparence.

Au Japon, une maison totalement transparente a même été construite.

 

Vous y habiteriez ?

Bon, tout ça c’est très bien, mais on est là face à une transparence passive, celle d’un simple matériau : le verre.

Je trouve en réalité beaucoup plus fascinant et intéressant le bâtiment ci-dessous, construit dans les Dolomites, en Italie, par Martin Mutschlechner et Barbara Lanz de l’agence Stadtlabor, avec Wolfgang Meraner. Il s’agit d’une salle d’escalade dont les parois extérieures sont construites en aluminium percé de minuscules perforations. Ainsi, le bâtiment est opaque le jour, mais il réfléchit l’environnement. Et il est transparent la nuit quand l’éclairage intérieur est mis en place. L’intention des architectes derrière ce mécanisme est fascinante : le bâtiment rapproche les grimpeurs de la nature le jour en leur montrant une image réfléchie des montagnes environnantes, et la nuit venue, il rapproche les passants qui sont dehors avec les grimpeurs qui sont dedans (Plus d’infos dans cet article de Mashable).

 

On a donc ici beaucoup plus qu’une simple transparence de principe : c’est une transparence dynamique, qui permet une perception différente du bâtiment selon les circonstances. “La nature entre à l’intérieur du bâtiment” disent les architectes. Mais le regard des passants aussi, dévoilant ainsi une ancienne intimité. La surface du bâtiment devient presque une interface en réfléchissant une image ou en en laissant passer une autre. Elle laisse ainsi passer des informations pour les spectateurs, elle incite à l’interaction et au rêve.

Peut-être faut-il également ranger dans cette catégorie cette église transparente ?

L'église transparente construite par le studio d’architecte Gijs Van Vaerenbergh

L’église transparente construite par le studio d’architecte Gijs Van Vaerenbergh (plus d’images sur Fubiz)

Ce qui est intéressant par ailleurs, c’est que trop de transparence devient parfois un vrai problème, notamment sur les lieux de travail, et qu’à l’inverse certains designers et ingénieurs cherchent alors à recréer de l’opacité, notamment dans les openspaces, comme c’est le cas avec ce projet fascinant d’une paroi qui s’opacifie en fonction de l’activité intellectuelle de la personne pour faciliter sa concentration (lire cet article pour en savoir plus).

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La paroi qui s’opacifie. MIT. (source)

Le mécanisme de fonctionnement de la paroi qui s'opacifie.

Le mécanisme de fonctionnement de la paroi.

Pour l’anecdote, ce projet prend encore plus de valeur lorsque l’on découvre où il a été conçu, en l’occurrence dans les locaux du MIT, qui représentent à eux seuls, dans leur ancienne comme dans leur nouvelle version, un véritable manifeste de l’architecture de la collaboration… et d’une certaine manière de la transparence. Pour en savoir plus sur ces bâtiments fascinants, je vous invite à lire cet article : MIT Media Lab : Architecture as a living organism.

Une des salles du MIT.

Une des salles du MIT (source).

Les vêtements transparents

Après l’architecture : la mode et l’habillement.

Il y a quelques mois, les Studios Roosegaarde ont créé la sensation en présentant la robe Intimacy 2.0, qui devient transparente lorsque le désir sexuel de la personne qui le porte augmente !

Là aussi, comme avec la salle d’escalade, ce qui est intéressant c’est que la robe réagisse à des stimulis, que la transparence ne soit pas de fait mais dynamique, qu’elle soit le signe de quelque chose qui s’interprète, et qu’elle soit justement la réponse au désir de voir et de laisser voir, de susciter l’interaction.

Là aussi, la robe n’est donc plus seulement une surface, elle devient une interface d’affichage d’une information, en même temps qu’une action en réponse à cette information, une action qui suscite une autre interaction…

Des surfaces aux interfaces

En cherchant à rendre ces surfaces transparentes, leurs concepteurs ont donc fait beaucoup plus que transformer un matériau, ils ont transformé une fonction en la sémiotisant, en la transformant en interface.

Est-ce si étonnant que la transparence produise cet effet ? Peut-être pas la mesure où la transparence permet justement de voir à travers. De ce fait, elle révèle des choses. Elle permet au sens et à l’interprétation d’émerger. De ce fait également, elle devient une interface entre chaque côté de sa cloison.

Cela me fait penser à la scène d’introduction du film de prospective de Microsoft que j’ai déjà évoqué, où l’on voit deux enfants communiquer via un mur interactif qui donne l’impression qu’ils sont chacun de part et d’autre d’une vitre. Une belle image pour finir cet article.

Quand les murs interactifs donnent l'illusion d'être une vitre... interactive elle aussi.

Quand les murs interactifs donnent l’illusion d’être une vitre… interactive elle aussi.

 

Apple et la transparence

Certaines marques s’emparent également de la “valeur transparence” pour s’en draper comme d’un étendard. Parmi elles, Apple a poussé cet usage très loin.

Elle a d’abord essayé d’en draper ses appareils. Parfois avec réussite, comme pour l’imac G3.

Apple iMac G3

Apple iMac G3

 

Parfois avec moins de réussite comme pour le Power Mac G4, tour ou cube :

Apple Power Mac G4

Apple Power Mac G4

Apple Power Mac G4 Cube

Apple Power Mac G4 Cube

D’autres designers imaginent aussi des appareils Apple transparents à la place des designers de la marque, tel ce concept d’iPhone à coque transparente… :

Concept d'iPhone à coque transparente

Concept d’iPhone à coque transparente – Source

…ou ce concept d’iWatch transparente, qui est l’un de ceux que l’on voit le plus en attendant de voir la véritable iWatch d’Apple :

Un concept transparent pour la future iWatch

Un concept transparent pour la future iWatch – Source

Mais c’est surtout dans l’architecture de ses stores que l’on trouve la plus forte utilisation du principe de transparence par Apple.

Avec des émergences vitrées extérieures :

  • comme à l’Apple store de New York :

Apple Store 5ème Avenue New-York

Apple Store 5ème Avenue New-York


  • ou celui de Shanghai :

Apple-Store-Pudong-Shanghai_1

Apple Store de Shanhai

Avec parfois l’extraordinaire proximité d’émergences de verre antérieures, comme pour l’Apple Store du Louvre :

Apple Store du Caroussel du Louvre

Apple Store du Caroussel du Louvre

Avec des escaliers intérieurs en verre :

L'escalier en verre de l'Apple Store de la 5ème Avenue (New-York)

L’escalier en verre de l’Apple Store de la 5ème Avenue (New-York)

 

Au passage, pour en savoir plus sur les escaliers et façades en verre des Apple Stores, vous pouvez lire ces deux articles (parmi tant d’autres certainement) :

Avec aussi des parois extérieures en verre… :

Apple Store de.... New-York

Apple Store d’Upper West Side à New-York

 

…jusqu’à les rendre presque invisibles, comme dans le projet d’Apple Store d’Aix en Provence :

Projet d'Apple Store d'Aix en Provence

Projet d’Apple Store d’Aix en Provence

Nombre d’entre eux possèdent d’ailleurs la même façade complètement ouverte sur l’extérieur et le même arrangement intérieur ultra symétrique :

Une devanture d'Apple Store

Une devanture d’Apple Store

 

Chez Apple, le design des magasins devient la clé d’une véritable expérience de shopping, et pour ceux qui y travaillent, les fameux « Genius » en tee-shirt bleu, une expérience d’activité, au point que cela devient même un argument de recrutement dans la pub ci-dessous :

Publicité Recrutement Apple

Publicité Recrutement Apple

 

Au point également qu’Apple en a breveté la vue qu’on en a depuis l’extérieur et la disposition intérieure :

Illustration du brevet des façades d'Apple Store

Illustration du brevet des façades d’Apple Store

Cela a donné lieu à “un dossier de 122 pages expliquant pourquoi les Apple Store étaient si particuliers. Parmi les particularités brevetées de l’Apple Store, on retrouve la façade en verre, la disposition des tables sur la longueur du magasin, les affiches sur les murs, la présentation des produits ou le système d’éclairage. Le but est pour Apple d’éviter toute confusion avec les autres boutiques concurrentes pour les consommateurs. Cette décision ne concerne que les Etats-Unis.” (Source)

C’est dire si le régime de l’image est important chez Apple ! On se croirait d’ailleurs dans un manuel de perspective de la Renaissance :

La perspective

La perspective dans un tableau de la Renaissance

 

Que dire de la comparaison entre le cliché ci-dessus et celui ci-dessous de l’Apple store Opéra, à Paris ? Le rapprochement est saisissant !

Apple Store Paris Opéra

Apple Store Paris Opéra

 

Pour découvrir en images tous les Apple Stores : https://www.apple.com/retail/


Voilà. Chez Apple comme chez les autres acteurs du digital, comme nous l’avons vu dans les articles précédents, ce qui va être intéressant désormais, c’est de voir dans quels cas la transparence sera réellement mise en oeuvre pour créer un réel bénéfice d’usage ou une expérience forte et dans quels cas elle restera une valeur futuriste ? La question se pose d’ailleurs de savoir dans quelle mesure et pendant combien de temps elle restera ainsi une valeur futuriste de progrès !