A la découverte des nouveaux formats de contenus visuels

On pourrait croire, à voir le temps qui s’est écoulé entre mon précédent article et celui-ci, que je n’ai pas fait grand chose sur ce blog ces derniers mois. Et pourtant, je n’ai pas chômé ! Simplement, ça ne se passait pas au niveau des articles, mais dans la rubrique Inventaires. Je me suis effectivement lancé dans un projet un peu fou (en tous cas pour moi) : décrire et raconter comment évoluent les formats de contenus visuels ! Mon idée initiale était la suivante : Poussé par l’innovation technologique, le numérique conduit à une incroyable diversification des formats de contenus visuels : vidéo 360°, photographie 2.0, micro-vidéo, photographie éphémère, vidéo sociale en live, photographie sphérique, etc. De nombreux blogs et sites web relatent au quotidien les nouveautés qui émergent dans ce domaine. Mais je n’en connais pas qui organisent tout cela dans une vision cohérente et la plus globale possible. D’où l’idée de ces pages intitulées Les formats de contenus visuels.

Elles sont organisées pour l’instant en 4 rubriques qui correspondent à 4 grandes catégories de formats de contenus :

  • Les photographies
  • Les vidéos
  • Au croisement de la photo et de la vidéo
  • Les images graphiques

On constate que 3 de ces catégories sont des formats qui existaient avant le numérique. Ils définissent en effet des modes de représentation visuelle qui persistent encore aujourd’hui. Mais le numérique les transforme de l’intérieur, d’où le nombre de formats différents auxquels chacun d’eux donne lieu. Il les transforme aussi de l’extérieur, brouillant parfois les frontières entre eux. D’où la 4ème catégorie, qui rassemble les expressions de la mixité entre la photographie et la vidéo.

L’idée de ces pages, c’est de décrire les nouveaux formats qui émergent, ainsi que l’incroyable créativité dont font preuve les marques, les artistes ou chacun de ceux qui s’en emparent, au service d’une multitude d’usages, classiques renouvelés ou inédits.

A mon humble niveau, je me dis que celà peut aider à inspirer des créateurs. Je connais effectivement peu de sites qui parlent de ces contenus sous le prisme du format visuel. Et pourtant, ce prisme révèle selon moi un vrai réservoir de créativité !

Le but de ces pages, c’est aussi de décrire les différents types d’expérience utilisateur auxquels ces différents formats donnent lieu. Et plus tard, si j’ai le temps, ou au gré des formats, d’évoquer la question des best practices en matière de design de ces formats.

Si ces formats évoluent tant aujourd’hui, c’est en raison de l’innovation technologique qui les porte. Qu’elle provienne des GAFA ou d’autres entreprises technologiques, l’innovation technologique est telle aujourd’hui que les créateurs croulent sous les nouveaux formats et les possibilités qui s’offrent à eux. Ils doivent plutôt gérer le trop plein que le trop peu. Mon objectif, à travers ces pages, est d’ailleurs aussi de mettre en avant les créateurs qui s’emparent de ces nouveaux formats, qu’ils s’agissent d’artistes, de marques ou d’anonymes talentueux.

Enfin, dernier point : en parallèle de ces pages sur les formats de contenus, j’ai aussi l’intention de rédiger des pages sur quelques technologies clés, qui ne sont pas tant des formats de contenus, selon moi, que des technologies de dispositifs visuels dans lesquels les formats de contenus viennent « se loger ». Ces technologies, ce sont la réalité virtuelle, la réalité augmentée, les projections d’images, les écrans digitaux, les hologrammes…

Voilà, je terminerai juste en disant que le principe même de ces pages est qu’elles sont sans cesse en évolution. C’est un work in progress, une sorte de wiki individuel. D’ailleurs, nombre de pages déjà prévues et annoncées dans le sommaire ne sont pas encore publiées. ça va venir… Je précise également que je suis loin d’être un spécialiste de chacun de ces formats. J’espère donc ne pas faire trop d’erreurs. Je fais de mon mieux pour que ce ne soit pas le cas, mais n’hésitez pas à me faire signe si vous en trouvez une !!!

Et maintenant, il ne me reste plus qu’à vous rappeler le lien vers la page d’accueil de cette rubrique : Les formats de contenus visuels. Bonne lecture !

 

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Eric Seulliet : « L’open innovation se professionnalise dans les entreprises. Les labs d’innovation en sont l’illustration. »

Mardi prochain, 17 novembre, aura lieu la deuxième édition de l’Innovation Ecosystem Agora (IEA), au Pôle Léonard de Vinci de La Défense (Paris). Cette édition sera dédiée aux laboratoires d’innovation d’entreprises, les fameux Innovation Labs. J’ai rencontré récemment Eric Seulliet, l’organisateur de l’événement, qui a bien voulu m’accorder une interview sur cet événement.

Eric Seulliet

Eric Seulliet

Bonjour Eric. Peux-tu te présenter rapidement : ton parcours et tes activités actuelles ?

Je travaille dans l’innovation depuis une quinzaine d’années, après avoir démarré dans le marketing. Il y a 10 ans, j’ai créé un think tank, La Fabrique du futur, qui travaille sur tout ce qui est co-innovation, co-design, innovation collaborative, etc. C’est en vogue aujourd’hui, mais quand on a commencé, on était dans l’évangélisation. L’idée clé, c’est : comment co-créer ensemble ? En 2008, La Fabrique du Futur a été labellisée living lab européen. On fait partie du réseau ENoLL (European Network of Living Labs). En 2012, on a créé France Living Labs, le réseau français des livings labs, dont je suis vice-président. Il y a 2 ans, j’ai lancé le DIL (Discovery Innovation Lab), qui a vocation à être un do-tank (en complément de l’aspect think tank de La Fabrique du Futur), pour accompagner les entreprises, les grands groupes ou les startups dans leurs démarches d’innovation, depuis la phase de veille, d’idéation, puis de prototypage et d’expérimentation, jusqu’à la mise sur le marché (1).

En 2014, tu as créé l’Innovation Ecosystem Agora (IEA). Peux-tu nous décrire cet événement ?

J’ai fait le constat qu’il y avait beaucoup de dispositifs d’innovation et d’entrepreneuriat qui émergeaient partout : living labs, fab labs, incubateurs, accélérateurs, techshops, etc. Chaque semaine, il y en avait un nouveau. Le problème, c’est que ces labs se créaient souvent en silos, en s’ignorant, voire en concurrence plutôt qu’en coopération. Or, un lab isolé n’a pas grand sens en soi. Ces dispositifs doivent s’interconnecter, être reliés en écosystèmes. Et être multifacettes, polymorphes ! De là est née l’Innovation Ecosystem Agora : une journée de conférences et d’échanges pour que tous les acteurs de l’innovation se rencontrent, fassent connaissance et échangent entre eux.

Sur la scène de l'IEA 2014.

Sur la scène de l’IEA 2014.

Le 17 novembre prochain, aura lieu l’édition 2015. Peux-tu nous la présenter ?

Alors que l’édition 2014 portait sur tous les écosystèmes d’innovation, cette édition 2015 se focalise sur les labs d’innovation. On a constaté en effet que l’année 2014-2015 avait vu la création de multiples labs d’innovation dans les grands groupes. On a donc décidé d’en faire le sujet de l’édition 2015. Par ailleurs, on a initié une étude sur le sujet. D’autres organismes l’ont fait également. On les a donc invités à présenter les résultats de leurs études. La journée commencera par une table ronde qui va poser la problématique globale des labs d’innovation. On va dresser un panorama des labs d’innovation en France (et également dans le monde, grâce à une étude réalisée par Capgemini sur ce sujet). Il y aura ensuite des ateliers pour creuser des thèmes particuliers : outils et méthodes, les lieux des labs, les talents et compétences nécessaires, etc. Enfin, on terminera par une plénière qui restituera les résultats des ateliers. Il y aura aussi une session de « Labs speed meetings » pour que les acteurs des labs et leurs partenaires se rencontrent.

Dans les allées de l'IEA 2014

Dans les allées de l’IEA 2014

A l’occasion de cet événement, le DIL va présenter les résultats d’une étude que vous menez depuis de longs mois sur les nouvelles formes d’innovation ouverte (dont les labs d’innovation font partie). Peux-tu nous présenter les principaux enseignements de cette étude ?

Je dirai que l’open innovation commence à s’organiser dans les entreprises. Alors qu’auparavant ces démarches donnaient lieu à des initiatives très foisonnantes et assez dispersées, actuellement, l’open innovation d’une certaine manière se professionnalise. Les labs sont justement l’illustration d’une open innovation davantage organisée. Les lieux sont conçus spécifiquement pour favoriser la collaboration et la créativité, ils accueillent des équipements spécifiques, on y expérimente des méthodes et des outils avancés, le management dans ces labs est lui-même innovant, on y est attentif à la création de valeur que ces dispositifs génèrent…

Selon toi, comment évoluent les laboratoires d’innovation d’entreprise dans le contexte de la transformation digitale de ces dernières ? Jouent-ils un rôle de plus en plus important dans ce contexte ?

Oui, c’est certain. D’une part, les labs contribuent à cette transformation digitale car ils s’appuient beaucoup sur le digital, utilisent des plateformes virtuelles pour aider à la co-création, à la co-conception… Un domaine en fort développement sera sans conteste celui de la réalité virtuelle et de la 3D. Ces technologies qui peuvent servir à faire du prototypage, de la simulation de situations et comportements seront sans nul doute au cœur d’une nouvelle génération de labs d’innovation et fablabs, plus avancés et plus connectés. De par leur effet d’exemplarité et d’entrainement, ces labs high tech contribueront bien évidemment à la transformation digitale des composantes plus traditionnelles des organisations.

J’ai l’impression que les labs d’innovation d’entreprise peuvent prendre de nombreuses configurations. Pourrais-tu dresser une typologie des différents types de labs d’innovation ? ou nous indiquer des tendances ?

Dans le cadre de l’étude, on a fait un mapping des labs. Derrière le mot « lab » on peut mettre beaucoup de choses : un fablab interne, un incubateur, une plateforme de co-design, un plateau de créativité… On peut aussi les classer suivant les objectifs qu’ils poursuivent : tantôt servir les objectifs du core business en optimisant l’innovation dans l’entreprise, tantôt explorer de nouveaux domaines et faire de l’innovation de rupture. Il y a aussi des labs davantage tournés vers l’interne, pour par exemple acculturer les employés à l’innovation et développer leur côté entrepreneurial et créatif.

En quoi différent-ils des cellules de R&D ?

La R&D est en amont. Tandis que labs sont plus tournés vers l’innovation et ses débouchés concrets sur les marchés. Ils agissent aussi plus dans un esprit d’open innovation au lieu d’être fermés dans l’entreprise. L’idée clé, c’est qu’ils font de l’innovation tournée vers les usages et les usagers et pas de la recherche technologique pure.

J’imagine que tu dois bien connaître un certain nombre d’entre eux. Quels sont ceux qui t’impressionnent le plus ? Aurais-tu des exemples de labs d’innovation dont tu trouves la démarche et les résultats particulièrement intéressants ?

De manière assez subjective, j’aime bien la démarche du i-Lab d’Air Liquide. Il a un côté polymorphe (fablab, relation start-up, etc.) et me paraît assez mature. En ce sens, il est assez exemplaire.

Il y a aussi des initiatives très intéressantes chez Leroy-Merlin avec leur Techshop, chez Dassault Systèmes avec le 3D User Experience Lab ou encore Alive, le nouvel environnement dédié à l’innovation de Décathlon.

Dans les locaux d'Alive, le Lab d'innovation de Decathlon

Dans les locaux d’Alive, le Lab d’innovation de Decathlon

Les labs d’innovation sont-ils réservés aux grandes entreprises ? Peut-on en créer et en animer dans une PME ou une ETI ?

Pour les ETI, c’est évident ! Thuasne est un bon exemple d’ETI qui vient de créer un lab. Ils devraient d’ailleurs être présents le 17 nov. à l’IEA. Concernant les PME, elles n’ont ni les mêmes besoins ni les mêmes moyens que les ETI ou les grands groupes. Une PME est par exemple plus en contact avec le terrain, dont elle se nourrit pour innover. Elle peut aussi utiliser d’autres solutions, tels que des labs externalisés, par exemple des fablabs indépendants ou des techshops comme Usine io. Il y a aussi des sociétés comme Axandus, qui mettent leurs capacités de prototypage industriel à la disposition des PME et des startups. Il y a aussi des pôles de compétitivité qui créent des labs. Par exemple, le pôle de compétitivité des industries du commerce à Lille a créé le SiLab (Shopping Innovation Lab), pour inventer le commerce du futur. Il y a aussi des universités qui en créent. Des collectivités territoriales également. Bref, tout un écosystème sur lequel les PME peuvent s’appuyer.

Quels conseils donnerais-tu à une entreprise qui voudrait créer un lab d’innovation ?

Le plus important c’est de savoir pourquoi on le crée. Il faut avoir des idées claires sur la stratégie et ne pas simplement céder à une tendance de mode. Manifestement certains labs se sont créés avant tout pour des raisons de communication. Il faut aussi réfléchir aux moyens à mobiliser pour les créer, car il y a une vraie exigence de moyens. On peut cependant mutualiser ces moyens : il faut alors réfléchir avec qui et comment.

Un lab d’innovation doit-il être isolé du reste de l’entreprise ou impliquer tout le monde ?

En fait, les 2 à la fois ! D’une part, il faut une équipe porteuse du lab, avec un leader très impliqué. Le profil de ces managers de labs est très important. Ce sont des profils souvent atypiques de gens qui pratiquent la transversalité. Et qui sont créatifs. D’autre part, il ne faut pas que le lab soit un électron totalement libre. Il doit être autonome mais pas complètement indépendant, sinon il ne profitera pas au reste de l’organisation. Il faut donc créer des passerelles avec le reste des métiers. Les labs peuvent aussi expérimenter de nouvelles façons de manager dans les entreprises, par exemple les démarches agiles dans un esprit startup. Donc, ça peut aussi impacter positivement le reste de l’organisation et contribuer à l’innovation managériale. C’est un objectif à poursuivre.

Comment vois-tu l’évolution de l’IEA dans les années à venir ?

Au-delà d’être un événement ponctuel, il est prévu que l’IEA devienne un outil permanent au service des labs d’innovation. Une plateforme de ressources et d’échanges, d’information, de bonnes pratiques, etc. J’y travaille !

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(1) Eric Seulliet est également co-auteur du livre Fabriquer le futur 2, L’imaginaire au service de l’innovation.

SAMI, un robot de téléprésence à commande « naturelle »

Fin juin, j’avais rédigé un article sur le projet DORA, un robot de téléprésence pilotable depuis un casque Oculus Rift. Or, récemment, un tweet de Rodolphe Hasselvander, le CEO de Blue Frog Robotics, créateur du déjà célèbre Buddy, me faisait remarquer que l’équipe qu’il dirige au CRIIF (Centre de Robotique Intégrée d’Ile de France), a déjà mis au point, elle aussi, un robot de téléprésence humanoïde pilotable via un casque de réalité virtuelle. Il s’appelle SAMI.

Le CRIIF est un laboratoire de R&D financé sur des fonds publics et privés, intégré au sein du Robot Lab, un incubateur parisien de solutions robotiques et objets connectés. C’est le CRIIF qui a donné naissance à Blue Frog Robotics en tant que spin-off pour commercialiser le robot Buddy. Rodolphe Hasselvander, CEO de Blue Frog Robotics, est également co-fondateur et COO du CRIIF.

SAMI est un robot semi-humanoïde, avec une base mobile sur roues. Il existe depuis déjà pas mal de temps puisque sa première sortie publique avait eu lieu lors de l’édition 2012 de Futur en Seine. SAMI a un torse anthropomorphe, des bras et des mains qui s’articulent comme leurs homologues humains. SAMI est un robot de téléprésence qui se contrôle à distance de manière très intuitive, via des contrôleurs immersifs. Pour les bras, le pilote humain n’a qu’à exécuter les mouvements : ils sont ensuite reconnus par un capteur de type Kinect 2 et reproduits par SAMI. Pour la tête, comme sur DORA, elle est pilotée via un casque Oculus Rift qui permet à SAMI de reproduire les mouvements de tête de son pilote humain.

Ce type de contrôle permet une interaction à distance très intuitive et immersive du pilote humain avec d’autres humains qui sont en présence de SAMI. Il permet également à SAMI de réaliser de manière très naturelle des actions habituellement difficiles à réaliser pour un robot, telles que prendre et déposer un verre d’eau ou des médicaments ou manipuler des objets.

SAMI a été imaginé pour être au service de personnes en manque d’autonomie (personnes âgées, malades, travailleurs en situations complexes…). L’un des gros intérêts du robot pour la personne assistée, c’est que si SAMI bouge, c’est qu’il y a une personne à distance qui est en train de le piloter pour aider la personne sur place. C’est donc un type de soutien très différent d’un robot intelligent purement autonome. SAMI est une interface robotique entre deux humains éloignés l’un de l’autre.

Pour autant, SAMI peut également apprendre des mouvements et actions, et les exécuter de manière autonome, piloté cette fois-ci par la personne qui est présente à côté de lui. SAMI dispose également de capteurs 3D pour se déplacer et agir de manière autonome, en prenant en compte son environnement, et ne pas heurter un mur, un objet ou une personne.

Bref, je vous laisse le découvrir dans la vidéo ci-dessous :

Si Buddy, pourtant créé après lui, lui a grillé la priorité en termes de popularité, c’est parce qu’il a été positionné sur un créneau accessible par le grand public (plus petit, moins cher, d’usage domestique plus simple), alors que SAMI vise des usages beaucoup plus professionnels. Indépendemment de cela, SAMI représente cependant à mon sens une tendance clé de l’évolution conjointe des robots de téléprésence et de la réalité virtuelle…

La lente ascension de l’achat instantané

Réduire au maximum la longueur et la complexité du processus d’achat est l’un des axes de travail de la plupart des e-commerçants. L’enjeu : réduire les risques d’abandon du processus par l’acheteur avant la confirmation du paiement. Car, plus le process est long et complexe, plus les risques sont élevés.

Dans ce contexte, le travail sur le tunnel d’achat à proprement parler est fondamental. C’est la priorité de nombreux e-commerçants. Mais il ne faut pas oublier pour autant que le process d’achat dans sa globalité ne commence pas avec le tunnel d’achat. Il commence bien avant, avec de nombreuses étapes, dont la particularité est d’être beaucoup plus difficilement maîtrisées par les e-commerçants : elles ne leur appartiennent pas forcément (elles appartiennent à de nombreux intermédiaires : média, publicité…) et le parcours des clients est d’une grande diversité d’un client à l’autre. C’est tout l’enjeu de l’analyse des parcours clients.

Pourtant, ces étapes amont sont cruciales. Et l’un des enjeux du e-commerce actuel consiste à permettre au client de pouvoir engager l’acte d’achat à tout moment, quel que soit le site sur lequel il se trouve, quel que soit le canal qu’il utilise. Bref, à tout moment, dans n’importe quelle situation, pouvoir dire “j’achète” et ce faisant, acheter. C’est ce que j’appelle l’achat instantané, l’instant shopping. Pour les intermédiaires, c’est aussi l’opportunité unique de valoriser leurs contenus et leur audience. Bref, tout le monde veut sa part du gâteau de l’instant shopping. C’est pourquoi j’ai voulu y voir plus clair. Je vous propose donc de passer en revue dans autant d’articles, les principales tendances à l’oeuvre dans cette démarche que mettent en oeuvre de nombreuses entreprises pour capter à leur profit les bénéfices du e-commerce.

Plutôt que d’utiliser des articles, comme dans la précédente série sur les déambulations numériques, je vais utiliser des pages, qui, là encore, répondent donc au principe du « work in progress », sorte de bêta perpétuelle éditoriale. En guide de sommaire et d’introduction, vous retrouverez même ici une page similaire à cet article, qui, contrairement à ce dernier, sera quant à elle régulièrement mise à jour.

Voici, en tous cas, le sommaire que je vous propose. Toutes les pages ne sont pas encore rédigées. Je le ferai au fur et à mesure :

La première rubrique s’intéresse aux démarches qui visent à élargir le champ des “lieux d’activation” de l’achat :

  1. Des boutons d’achat dans les sites web et les apps mobiles
  2. Acheter à partir d’une reconnaissance d’image
  3. Les shoppable vidéos
  4. Le t-commerce

La seconde rubrique s’intéresse aux démarches qui visent à simplifier, à raccourcir les étapes du parcours d’achat, à proposer des interactions plus intuitives et incitatives (incitative design) :

  1. Le « one click shopping »
  2. Les interactions d’achat les plus simples
  3. Des boutons d’achat physiques dans votre cuisine & des devices dédiés
  4. Acheter via les services conversationnels
  5. Le paiement mobile sans contact : l’acte d’achat “physique” simplifié au maximum

Déambulations numériques

Bon, ce n’est pas parce que les vacances sont désormais un lointain souvenir et que l’automne a déjà largement pointé le bout de son nez (en tous cas en termes de climat), qu’il faut se morfondre et oublier toute velléité de balades touristiques ! Sans même se limiter aux Journées du patrimoine qui ont lieu ce week-end, il y a parfois beaucoup à découvrir à côté de chez soi sans qu’on le sache. Justement, je me suis dit que c’était le moment idéal pour consacrer une série d’articles à un sujet qui m’est cher : la manière dont le numérique nous aide à arpenter le réel, ses rues, ses routes, ses chemins, que ce soit en ville ou à la campagne…

Dans cette série, je ne m’intéresserai pas trop à l’optimisation des trajets, que ce soit en termes de coût, de durée, d’économie d’énergie (non pas que ce ne soit pas important, mais j’y reviendrai ultérieurement). Je vais plutôt m’intéresser à la valeur ajoutée que le digital donne à la visite d’un lieu, à la manière dont il nous met en route, dont il renouvelle et enrichit l’expérience touristique d’un lieu, même quand il n’y a rien à voir a priori. Je prendrai donc assez souvent le contre-pied des visites virtuelles, ces visites à distance dont je parle souvent dans ce blog, car il s’agira la plupart du temps d’aller sur place, de sortir de chez soi, d’être à la merci d’une zone grise où notre téléphone ne capte plus le réseau !!! La plupart du temps… mais pas systématiquement !!! Il faut que ça reste déroutant !!!

Petite précision avant de vous donner le programme : plutôt que de faire des articles, j’ai choisi pour cette série de faire des pages et de les mettre dans la section dédiée de ce blog. Comme le veut le principe de cette section, ces pages sont donc des « work in progress ». Elles sont même parfois publiées alors qu’elles sont encore un peu foutraques, mais j’ai l’intention de les mettre à jour régulièrement pour qu’elles deviennent de plus en plus riches progressivement. N’hésitez pas à allez les voir régulièrement !

En attendant, voici le programme (vous pourrez le retrouver également ici – Bonne lecture !) :

  1. Déambulation sur les traces de Michel Gondry, qui a plus d’un tour dans son sac…
  2. Déambulation sur les lieux de films
  3. Déambulation au son des chansons ou sur les traces des romans et autres oeuvres d’art
  4. Balades sonores : laissez les guides vous murmurer à l’oreille
  5. Déambulations sur les traces de l’histoire
  6. Partez dans l’inconnu : laissez faire l’appli…
  7. Jeux de pistes et chasses au trésor
  8. Les guides participatifs ou liés aux données d’usage
  9. Déambulez au gré de messages géolocalisés

Yvon Moysan : « Les assureurs peuvent multiplier les points de contact en faisant de la prévention connectée ».

Yvon MOYSAN - Colour

Yvon Moysan est président fondateur de Saint Germain Consulting et Lecturer Digital Marketing à l’IESEG School of Management. J’ai eu l’occasion d’échanger avec lui pour la première fois suite à un article de ce blog dans lequel je le citais. Nous nous sommes ensuite croisés lors d’une conférence organisée par TCS, mon employeur, sur la transformation digitale de l’assurance. Je lui ai alors demandé s’il était d’accord pour que je l’interviewe pour ce blog. Il a immédiatement accepté. Je l’en remercie vivement ! L’interview a été réalisée au début de l’été. J’ai laissé passé les vacances scolaires. Et aujourd’hui, jour de rentrée : je la publie ! C’est la première interview que je publie sur ce blog, mais j’avoue que l’exercice m’a beaucoup plu et je suis assez tenté de renouveler l’expérience très prochaînement ! J’ai plusieurs noms en tête. Nous verrons bien ce que l’avenir nous réserve, mais c’est peut-être le début d’une nouvelle catégorie d’articles dans ce blog. Dans l’immédiat, place à cette première interview, pour laquelle je tiens encore une fois à remercier Yvon Moysan.

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Bonjour Yvon. Peux-tu te présenter rapidement : quel est ton parcours et quelles sont tes activités actuelles ?

Bien sûr ! Je travaille dans le digital dans le secteur Banque-Assurance depuis 2000. J’ai démarré chez Banque Directe, la filiale 100% internet du Groupe BNP PARIBAS, qui est devenue ensuite AXA Banque. Je m’occupais du e-business. J’ai ensuite rejoint HSBC France pour m’occuper du e-business sur le marché BtoB. Puis, j’ai rejoint le GIE AXA, en 2009, pour travailler sur le nouveau modèle de l’entreprise : le multi-accès. L’idée était de passer d’un modèle classique centré sur l’agent et le courtier à un modèle qui intégrait tous les canaux pour tous les pays dans le monde. Puis, j’ai rejoint le conseil sur des missions de stratégie de digital pour Société Générale et BPCE avant de créer ma propre structure : Saint Germain Consulting. En parallèle, j’ai commencé à donner des cours en université et grandes écoles. En octobre 2014, j’ai intégré l’IESEG comme enseignant en marketing, tout en continuant mes activités de consultant spécialisé dans le marketing digital du secteur Banque-Assurance. D’ailleurs, au sein de l’IESEG, j’essaie de faire la liaison entre les deux mondes, celui de l’entreprise et celui de l’école. On développe par exemple la recherche appliquée, notamment auprès des banquiers et assureurs, sur le modèle de ce qui se fait aux Etats-Unis. Récemment, nous avons organisé deux conférences sur le Big Data et le digital dans la banque-assurance à l’horizon 2020 (1). On a également créé une Chaire sur le Big Data et le digital banking avec le Crédit Agricole Nord de la France. Et une autre sur le commerce digital avec Leroy-Merlin. C’est un modèle gagnant-gagnant : les entreprises fournissent des datas et les professeurs peuvent résoudre les problématiques de l’entreprise tout en publiant dans des revues académiques.

Tu prépares une thèse concernant l’impact des objets connectés sur le comportement des consommateurs (2). Peux-tu nous en dire un mot ?

Je ne peux pas en dire trop pour l’instant car la thèse est confidentielle à ce stade. Mais je travaille avec une entreprise qui me fournit des données à partir desquelles j’essaie effectivement de comprendre l’impact de l’usage des objets connectés sur le comportement quotidien des consommateurs. Quelles sont les données qui ont un impact ? Est-ce que le fait de partager ses données avec ses amis sur les réseaux sociaux influence les comportements ? Et si oui, comment ? Est-ce que le fait d’avoir des notifications push et des alertes a également une influence ? Et si oui, laquelle ? Même question pour les dashboards : influencent-ils ou pas les utilisateurs ? Et si oui, comment ? La thèse devrait être soutenue dans 3 ans. L’entreprise qui me fournit les données n’appartient pas au secteur banque assurance, donc la thèse ne concerne pas spécifiquement ce secteur.

J’aimerais quand même revenir sur ce secteur que tu connais bien. Dans un article récent de La Revue du Digital, tu expliquais que « dans l’assurance santé, il semble qu’il vaille mieux proposer des avantages commerciaux au client dont le comportement est responsable plutôt que de réduire le tarif de sa prime, si on veut le séduire.” Peux-tu nous expliquer cela ?

C’est le principe de l’assurance à l’usage, qui a démarré dans l’assurance auto avec les offres « Pay as you drive » ou « Pay how you drive ». Aux Etats-Unis, l’assureur Aetna a essayé de dupliquer ça dans l’assurance santé. Or, avec ce modèle, on n’a plus affaire à une entreprise d’assurance mais à une entreprise de datas. On va donc « tracker » l’activité des assurés ainsi que les données du dossier médical du patient, et on va dire que plus ces derniers ont une activité physique, moins on va les faire payer. Le cabinet Forrester a analysé cette mécanique et a constaté que les assurés ne sont pas encore prêts à partager leurs données de santé. Ils sont prêts sur l’auto mais pas sur la santé. Aetna a essayé de développer ce modèle sur le BtoC puis sur le BtoB, mais ça n’a pas été performant. Ils ont fermé la plateforme au bout de deux ans.

A l’inverse, le modèle de l’assureur sud-africain Discovery, à travers son offre Discovery Vitality, a eu beaucoup plus de succès : il a été exporté dans plusieurs pays. En Europe, Generali vient de signer avec eux pour l’importer dans 4 pays pilotes. Ce dispositif fait plus penser à un programme de fidélité : plus on utilise son tracker d’activité ou plus on fait des visites chez son médecin, plus on gagne des points ! Ce qui permet ensuite de gagner des réductions pour l’achat de produits ou de services en lien avec la santé, par exemple dans des supermarchés bio, des magasins de sport, des voyages, de la presse, etc. Ce programme marche très bien. En réalité, il a été créé chez Discovery en 1997, bien avant les objets connectés ! Au départ, c’était un programme de fidélité classique, qu’ils ont ensuite adapté aux objets connectés avec beaucoup de succès. Ils le mettent d’ailleurs à jour tous les ans.

Le programme Vitality, de l'assureur sud africain Discovery

Le programme Vitality, de l’assureur sud africain Discovery

Cette adaptation d’un programme déjà ancien n’est-elle pas la raison de leur succès ? Serait-il possible aujourd’hui de créer un tel programme ex-nihilo ?

Oui, je le pense ! Plus qu’à la reprise d’un programme existant, ce succès est réellement dû à la mécanique vertueuse issue du partenariat avec les différentes enseignes engagées dans ce programme. Il y a d’ailleurs des exemples de programmes similaires qui naissent aujourd’hui. C’est le cas de l’offre créée par la start-up américaine Oscar. Ce pure player est parti de rien pour créer un programme de prévention reposant sur l’usage d’un bracelet connecté qui permet de gagner des points, transformés ensuite en bons d’achats Amazon. Ils ont démarré avec 17 000 clients à New-York et « s’exportent » désormais dans d’autres états américains (3).

Oscar invite ses clients à utiliser un bracelet connecté.

Oscar invite ses clients à utiliser un bracelet connecté.

Comment analyses-tu ces différences de réussite ?

Selon moi, c’est lié à l’usage des données. Oscar et Discovery ne jouent pas tant sur les données médicales individuelles que sur les données d’activité. D’un point de vue médical, ils utilisent des études génériques. Et la data individuelle sert pour la mécanique du programme plus que pour connaître la personne. Chez Oscar et Discovery, le partage de la donnée est masqué ou n’a pas lieu. Alors que le partage est au cœur de l’offre d’Aetna. Mais aujourd’hui, les clients ne sont pas prêts à cela.

On ne cherche donc pas encore à mieux connaitre la personne ?

Aujourd’hui non, pas à ce stade. Si on regarde Aetna, le changement demandé aux assurés est trop brutal. Les études montrent qu’ils sont prêt à partager des données de santé de leurs proches (père, mère, etc.) pour être notamment alertés en cas de problème mais pas les leurs !

On constate aussi des différences entre le partage à son médecin et à son assureur, non ?

Oui, très clairement, il y a 3 niveaux : partager à son médecin personnel, les gens sont assez enclin à le faire; partager au corps médical en général, éventuellement ; mais partager à son assureur, très peu de gens sont d’accord. Le lien assureur-assuré n’est pas encore assez fort.

Les gens n’ont pas confiance ?

Sans doute. Ils craignent que leurs données soient utilisées pour un modèle commercial.

Tu as cité des exemples issus du monde anglo-saxon. Y a-t-il des initiatives en France ?

Il y a quelques pilotes. AXA a fait un test en proposant un traker d’activité Withings aux premiers acheteurs de son offre Modulango. A partir de 7000 pas par jour mesurés par le capteur, les clients recevaient un bon d’achat de 50 euros pour de la médecine douce. On n’a pas de chiffres officiels sur cette initiative. Il s’agit pour AXA de communiquer, de se positionner et d’apprendre.

Le fonctionnement du programme Axa Modulango Withings

Le fonctionnement du programme Axa Modulango Withings

Il y a aussi des initiatives dans d’autres pays. En Russie, Alfa Bank a associé un tracker fitness avec un compte d’épargne. Plus le client marche, plus il épargne ! Il paramètre le montant à transférer par mètre parcouru. Apparemment, les clients qui ont ce service marchent 1,5 fois plus que les autres et épargnent 2 fois plus !! Le dispositif fonctionne avec une appli mobile connectée à des bracelets Fitbit ou Jawbone. Les clients bénéficient au départ d’un taux préférentiel (6%). Apparemment, les résultats sont encourageants.

Le programme Activity, de Alfa Bank

Le programme Activity, de Alfa Bank

D’après toi, quels sont les facteurs qui impactent le plus les changements de comportement des consommateurs ? Est-ce l’objet lui-même (ses caractéristiques techniques, fonctionnelles et design) ou le programme logiciel et comportemental associé ou encore l’accompagnement humain ?

Les trois leviers ont un impact.

Concernant le premier, les Google Glass sont un très bon exemple d’une accumulation de problèmes (phénomène d’addiction, alignement des yeux, protection vie privée, risque cancer cerveau, look…) qui ont occasionné une réflexion sur une nouvelle version.

Le deuxième levier est très vrai aussi. C’est ce que je disais tout à l’heure sur les offres santé. L’efficacité diffère selon la manière dont le fournisseur du service ou le client exploitent les données. Si le programme n’est pas « intelligent », c’est-à-dire si le client n’est pas capable d‘en tirer quoi que ce soit pour adapter son comportement, ça ne sert à rien. Donc, il faut permettre d’exploiter les données.

Mais selon moi la couche conseil est peut-être la plus importante, avec le rôle du coach notamment. Par exemple, un conseiller patrimonial.

Concernant le premier point, les objets connectés sont-ils fiables aujourd’hui, notamment dans leurs mesures ?

C’est variable. La CPAM se pose actuellement ce genre de question. Le jour où quelqu’un pourra dire de manière sûre « les objets connectés sont efficaces », la CPAM pourra peut-être prendre en compte leur remboursement selon qu’ils sont efficaces ou empêchent de tomber malade. Mais on n’en est pas encore là ! Il y a encore de vraies problématiques de fiabilité selon la CPAM et l’ARS. Même si ça n’est pas vrai pour tous les objets connectés.

On pourrait créer une norme ou un label à appliquer sur ces objets ?

Oui, certainement. C’est très intéressant. Ça pourrait être le rôle de ces entités étatiques de créer cela, sur le modèle de ce qui doit exister pour les appareils médicaux sans doute (je ne suis pas spécialiste).

Concernant le rôle des coaches, est-ce qu’il n’y a pas là l’opportunité de changer complètement le métier de coach, voire de le créer ?

Pour moi, c’est même ce qu’il y a de plus révolutionnaire pour un métier comme celui de l’assureur. Désormais, il ne peut plus se contenter de gagner des souscriptions et de gérer des sinistres. Il doit multiplier les points de contact en faisant de la prévention, et notamment de la prévention connectée. On pourrait avoir quelque chose de similaire à ce que les banques ont pu constater lorsqu’elles ont mis en place leur stratégie multicanale.

Je connais peu d’exemples de mise en œuvre de ce type de démarche. Dans leur digitalisation, les assureurs restent encore dans une logique d’actuariat qui consiste à  récupérer des datas pour la cotation, ce qui leur permet d’être sur des modèles mouvants, voire même en rupture. Mais à mon sens, ils ratent quelque chose d’intéressant…et peut être trop simple pour eux… Pourtant, dans l’assurance auto, il y a eu une évolution du Pay as you drive quantitatif vers le Pay how you drive plus qualitatif, ainsi que l’ajout de services : géolocalisation, alerte sms quand la voiture quitte une zone géographique donnée pour éviter le vol, ou alerte accidents, ou encore affichage de la route la plus sûre, comme dans l’offre conjointe du courtier anglais Motaquote & du fabricant Tomtom. Il y a donc des services à valeur ajoutée. Mais peu de services proposant du conseil ou du coaching humain.

Je pense que la couche conseil est la prochaine étape qui pourrait différencier les banques et assureurs réellement innovants. Dans leurs offres récentes, ils ont encore du mal à créer de la valeur ajoutée : ils copient avec les objets connectés ce qu’ils font sur mobile alors que le défi est d’inventer une nouvelle offre, un nouveau produit !

Merci Yvon ! C’était passionnant !

Merci !

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Notes :

(1) « Le digital en 2020 : quelles perspectives dans le secteur Bancassurance ? » (7 avril 2015) et Comment les nouvelles données vont transformer les entreprises ? (9 juin 2015)

(2) “Modifications des comportements du consommateur suite à l’usage des objets connectés”, thèse en préparation à Paris 10 dans le cadre de Ecole doctorale Economie, organisations, société (Nanterre) , sous la direction de Christophe Bénavent.

(3) D’après le blog de Patrice Bernard, Oscar aurait conquis 40 000 clients en deux ans d’existence, pour 200 millions de dollars de chiffres d’affaires. Elle a récemment bénéficié d’une quatrième levée de fond de 145 millions de dollars !

 

Grand angle sur les coulisses des marques… en vidéo 360°

J’ai déjà consacré plusieurs articles de ce blog à la manière dont les marques peuvent utiliser la vidéo pour présenter leurs coulisses. Vous pouvez notamment vous référer à la série “Dans les coulisses des entreprises : visites privées au temps du digital”. L’un des articles de cette série était consacré à l’usage de la vidéo par les marques de luxe. Un autre à l’usage de la vidéo dans le design des sites web. Et plus récemment, je me suis intéressé à l’usage des vidéos 360° par les marques pour nous faire découvrir leurs coulisses. Je citais notamment le dispositif Dior Eyes. Mais je n’avais pas d’autres exemples sous la main. Or, j’ai découvert depuis que d’autres marques de luxe avaient déjà utilisé ce procédé, en particulier Louis Vuiton et Van Cleef & Arpels. Je vous emmènerai ensuite à Sidney, pour y découvrir l’université de la ville en vidéo 360°.

Louis Vuitton : des défilés aux ateliers

Commençons tout d’abord par le défilé de la collection Automne-Hiver 2010 de Louis Vuitton. Lors de cet événement, l’agence Ogilvy One a photographié les mannequins à 360° avec une multitude d’appareils photos disposés en cercle, qui se déclenchaient simultanément. 8 heures après le défilé, les vidéos montées à partir des photos étaient visibles sur la page Facebook de la marque et des animations étaient accessibles sur son application mobile. Les internautes pouvaient sélectionner les mannequins, lancer les vidéos ou les animations, et ainsi visionner les modèles sous tous les angles.

Dans ce cas précis, il ne s’agissait donc pas de vidéos panoramiques 360° comme celles dont je parle dans mes récents articles et qui sont utilisées dans les casques de réalité virtuelle. Les vidéos panoramiques placent la caméra ― et donc ensuite le spectateur― au centre d’une scène qui se déroule autour d’eux. Mais dans le cas présent, les prises de vue se font tout autour des mannequins, qui deviennent visibles à 360°, exactement comme on photographie certains produits pour permettre leur visualisation à 360° dans un site e-commerce ou une oeuvre d’art sur le site web d’un musée. On parle ici d’un shooting photo en mode “spin”. Il peut ensuite être diffusé sous forme de vidéo ou d’animation interactive. Dans ce dispositif, les mannequins restent statiques car ils n’ont pas été filmés mais photographiés. La vidéo ci-dessous explique très bien le dispositif.

 

Après cet essai initial, le premier véritable usage de vidéos panoramiques 360° par Louis Vuitton a eu lieu dès l’année suivante, lors de la Fashion Week 2011. Le défilé, ainsi que plusieurs moments clés de l’événement (les coulisses, la préparation, etc.), ont été filmés en vidéo immersive 360° pour être ensuite consultables pendant plusieurs semaines sur le site dédié à l’événement. Bien que le site soit aujourd’hui fermé, vous pouvez vous faire une petite idée de ce que ça donnait à travers les photos ci-dessous.

 

Pour son deuxième usage de la vidéo 360°, Louis Vuitton a changé de registre puisqu’elle a utilisé cette technologie dans l’une des séquences de son mini-site dédié à faire découvrir le siège social de la marque, en plein Paris. Le site a été mis en ligne au printemps 2015. La vidéo nous plonge, de manière très intime et discrète à la fois, au coeur d’un atelier où des personnels de la marque s’activent.

Plongeon au coeur d'un atelier de Louis Vuitton en vidéo 360°

Plongeon au coeur d’un atelier de Louis Vuitton en vidéo 360°

Dommage qu’il n’y ait qu’une seule vidéo 360° dans ce mini-site et qu’elle ne soit pas interactive, contrairement à ce qu’avait fait Van Cleef & Arpels quelques années plus tôt.

Van Cleef & Arpels

Car Louis Vuitton n’est effectivement pas le premier à utiliser ce procédé de la vidéo 360° pour présenter ses ateliers. Depuis 2012, en effet, le joaillier Van Cleef & Arpels propose sur son site web une Visite virtuelle des Ateliers (voir la rubrique de ce nom sur la page d’accueil du site web de la marque), qui plus est, plus élaborée que celle de Louis Vuitton ! Elle se compose en effet de plusieurs vidéos qui nous permettent de découvrir de manière séquencée plusieurs pièces des Ateliers correspondant chacune à un métier différent et à une étape du cycle de création d’un bijou. Autre élément de complexité : la vidéo est interactive et permet de visionner d’autres médias (textes, photos, vidéos). Le format de la vidéo, moins sphérique et de taille réduite, ainsi que sa structure très découpée, la rendent cependant moins immersive et contemplative que celle de Louis Vuitton, mais beaucoup plus pédagogique.

La Visite Virtuelle des Ateliers Van Cleef & Arpels

La Visite Virtuelle des Ateliers Van Cleef & Arpels

L’Université de Sidney

Quittons le domaine du luxe pour découvrir l’usage qui, selon moi, conjugue le meilleur des deux exemples précédents, à savoir l’aspect immersif de la vidéo de Louis Vuitton et l’aspect pédagogique et interactif de celle de Van Cleef & Arpels. Il s’agit du site web de l’Université de Sidney. Plusieurs vidéos 360° s’enchaînent en plein écran pour nous montrer différents lieux du campus. Et elles sont rendues interactives dès lors qu’on les met en mode “pause”. Comme le dit un responsable de l’agence digitale qui a réalisé le site web : « Choisir son université est un choix important qui va marquer le reste de votre vie. Nous avons voulu que l’expérience permette aux utilisateurs de prendre le temps de considérer les facteurs sociaux et culturels de ce choix, mais aussi délivrer de l’information factuelle de manière plus engageante (source). » Le résultat est un bel exemple de ce que peut donner ce type de dispositif.

L'université de Sidney s'offre à la découverte en vidéo 360° plein écran et interactive.

L’université de Sidney s’offre à la découverte en vidéo 360° plein écran et interactive.

De la vidéo 360° faite pour le web et non pour les casques de réalité virtuelle

Ces trois exemples montrent également que les marques expérimentent aujourd’hui la vidéo 360° pour un usage web sur ordinateur et non pas pour les casques de réalité virtuelle. Elles n’attendent pas que ces derniers soient plus répandus : elles se lancent dès aujourd’hui dans l’expérimentation de ce nouveau format pour le web seul.