Photographie panoramique : mode de prise de vue ou d’assemblage des clichés multiples

Photo panoramique > Variantes > (1) La manière dont la photo est produite > (1.1) Les processus ou procédés > (1.1.3) La manière dont sont faits ou assemblés les clichés multiples.

[Ce texte est un brouillon]

(1.3.1) Le troisème critère lié à la manière de faire les photos panoramiques concerne la manière dont sont faits ou dont sont assemblés les clichés multiples : ils peuvent être faits « en mode travelling » (je l’appellerai comme ça pour l’instant faute de mieux) ou en mode circulaire. On touche là un des points les plus intéressants de la photo panoramique  :  est-elle forcément liée à une vision circulaire ou pas  ? Ce qui se cache derrière cette alternative, c’est la question du point de vue. Une vision circulaire implique un point de vue unique et statique, auquel un observateur humain peut s’identifier facilement. Un point de vue « en mode travelling » est plus troublant. Il peut correspondre à un point de vue unique si on considère que celui-ci est en mouvement rectiligne. Dans ce cas, l’angle de vue de la photo n’est pas nécessairement grand puisque le point de vue se déplace, ce qui permet un enchaînement des images en un long bandeau.

Les clichés multiples faits en mode circulaire

Dans une écrasante majorité des cas, les photos panoramiques réalisées à partir de clichés multiples sont pensées et faites à partir d’un point de vue unique, fixe géographiquement parlant, et en rotation sur lui-même.

D’un point de vue pratique, cela signifie que pour bien réussir vos photos panoramiques si vous voulez faire un montage à partir de plusieurs photos, il est préférable de tourner autour de votre appareil plutôt que de pivoter sur vous-même en faisant tourner l’appareil autour de vous. Dans le premier cas, l’appareil reste immobile, ce qui est préférable. Dans le second cas, il effectue une rotation autour de vous, ce qu’il faut éviter.

Il est beaucoup question des photos panoramiques circulaires dans les paragraphes xxx de cette rubrique. Je ne les détaillerai donc pas trop ici.

Je vais plutôt m’attarder sur les cas plus rares de photos panoramiques prises « en mode travelling ».

Les clichés multiples pris « en mode travelling »

J’ai découvert récemment un exemple parfait de ce type de photo à travers la série du photographe Ed Ruscha intitulée « Every Building on the Sunset Strip » (1966). Cette série regroupe des photos de chaque immeuble du Sunset Strip, cette partie du Sunset Boulevard qui traverse le quartier de West Hollywood, à Los Angeles. Le Sunset Strip fait 2,5 km de long. Pour réaliser cette série, Ed Ruscha a installé un appareil photo Nikon à l’arrière d’un pick-up et il a parcouru le boulevard en photographiant l’intégralité de ce qui le borde, d’un côté, puis de l’autre, en faisant le voyage dans le sens inverse. Il a rassemblé ces images en un long panorama et les a publié dans un livré auto-édité, publié une première fois en 1966 puis une deuxième fois en 1971.

Un extrait du livre Every building of the Sunset Strip, Ed Ruscha, 1966.

Maquette du début du livre Every building on the Sunset Strip, Ed Ruscha, 1966.

Maquette for Every Building on the Sunset Strip, 1966, Ed Ruscha, gelatin silver prints and labels on board with annotations. The Getty Research Institute, 2012.M.1.1. © Ed Ruscha

Maquette for Every Building on the Sunset Strip, 1966, Ed Ruscha, gelatin silver prints and labels on board with annotations. The Getty Research Institute, 2012.M.1.1. © Ed Ruscha

"Every building oon the Sunset Strip" : le livre déplié.

« Every building oon the Sunset Strip » : le livre déplié.

 

Ed Ruscha avec son livre.

Ed Ruscha avec son livre.

On peut voir un extrait du livre en ligne. La navigation se fait par un long scroll.

Ed Ruscha a repris plusieurs fois ce même principe des photos prises « en mode travelling », mais avec des variations dans l’usage. A plusieurs reprises, il publie le tirage des planches contacts sans travail de raccordement. Les images s’enchaînent mais la notion de panoramique se perd, où prend alors une autre dimension, plus artistique que documentaire. C’est au spectateur de reconstituer le continuum visuel. L’intérêt de la consultation relève alors en grande partie de ce travail.

La série « Pacific Coast Highway » (1974-1975) illustre cette tendance. Pour la réaliser, Ed Ruscha a photographié des rues de Los Angeles et a rassemblé les planches contact brutes en autant de « posters » géants, sans se soucier du raccordement des images.

Ed Ruscha. 'Contact sheet - Pacific Coast Highway,' 1974-1975

Ed Ruscha. ‘Contact sheet – Pacific Coast Highway,’ 1974-1975

Ed Ruscha. 'Contact sheet - Pacific Coast Highway,' 1974-1975

Ed Ruscha. ‘Contact sheet – Pacific Coast Highway,’ 1974-1975

Quelques années plus tard, Ed Ruscha a publié un livre intitulé Then and Now, qui reprend le

Ed Ruscha’s "Then & Now"

Ed Ruscha’s « Then & Now »

Ed Ruscha’s "Then & Now"

Ed Ruscha’s « Then & Now » (source)

Ed Ruscha’s "Then & Now" at Gagosian Gallery, Los Angeles

Ed Ruscha’s « Then & Now » at Gagosian Gallery, Los Angeles (source)

La travail d’Ed Ruscha interpelle d’autant plus aujourd’hui qu’existe Google Street View. C’est ce que souligne Rob Walker dans cet article : Ruscha vs. Street View.

Depuis Ed Ruscha, plusieurs autres artistes ont utilisé le même principe. Je citerai notamment Robbert Flick, qui a consacré plusieurs panneaux de la série Sequential Views à de tels assemblages. On peut en voir trois exemples sur le site de la Gallerie Robert Mann. On trouvera également sur cette page 3 exemples similaires dans une série intitulée Trajectories 1997-2001. Mais c’est la série Along Pico qui est sans doute la plus proche du travail d’Ed Ruscha.

Robbert Flick, Along Pico

Robbert Flick, Along Pico

On trouvera des vues détaillées de cette série sur cette page.

Sur Robbert Flick, lire The roads most traveled.

Dans un autre registre, je pense qu’on peut aussi citer le livre The Mexico-United States Border, de Daniel Schwartz.

Si les exemples précédents se matérialisent principalement sous forme de livres, il existe également des mises en oeuvres numériques de ce type de photographie.

C’est le cas par exemple de cette vue panoramique de la Baule : http://www.panorama-labaule.com/.

Dans un registre collaboratif beaucoup plus complexe, c’est le cas de l’ambitieux projet On Broadway, de Daniel Goddemeyer, Moritz StefanerDominikus Baur et Lev Manovich.

Sur ce projet, lire Take A Stroll Down Broadway Through Hundreds Of Thousands Of Instagram Images et cet article de Dominikus Baur.