Image ou animation panoramique

Le format panoramique peut être utilisé pour d’autres contenus que la photographie. C’est le cas des visuels graphiques (dessins, bande dessinée, affiches, illustrations, etc.).

D’illustres ancètres

Il existe même une tradition qui repose sur la création de longues fresques graphiques, des sortes d’hyper-panoramas. Dans ce registre, on peut citer la Tapisserie de Bayeux (70 mètres de long sur 50 centimètres de haut, pour 350 kilos)…

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… ou la tenture de l’Apocalypse d’Angers :

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Ce format des longues fresques inspire aussi des artistes actuels.

Phallaina

Dans ce registre, j’aimerais citer Phallaina, « la première bande défilée », comme le disent joliment les créateurs et producteurs de cette oeuvre originale, qui est à la fois une application mobile et une fresque physique. Phallaina est en effet une bande dessinée, ou plutôt un roman graphique, qui n’est pas constituée de pages et de cases mais d’une longue fresque qui « se déroule » au fur et à mesure du réçit. En mode application, c’est donc un long scroll horizontal d’une longueur équivalente à 1600 écrans de tablette de 10′ qui permet d’avancer dans l’histoire. L’animation est accompagnée d’effets de parallaxe et d’une bande son.

Phallaina

En mode fresque physique, c’est en marchant le long d’une « fresque monumentale d’une longueur de 115m sur 1,10m de hauteur » que l’on progresse dans le réçit, « grâce à une bande sonore géosituée ». Cette bande sonore est disponible elle aussi via une application distincte.

Phallaina est l’oeuvre de Marietta Ren, pour le dessin et le scénario, et du studio Small Bang pour le design et la réalisation numérique. L’oeuvre est co-produite par France Télévision Nouvelles Ecritures.

Voici comment Marietta Ren décrit son oeuvre :

Pour moi, Phallaina est un long travelling, une sorte de BD sans case avec des enchaînements très naturels sans coupure d’image d’un plan à un autre. L’idée est de pouvoir scroller sur un écran, de conserver son rythme de lecture, d’avoir une perception très naturelle, et très immersive. Je viens du dessin animé. Je voulais raconter une histoire un peu longue sur papier qui devait faire neuf mètres, mais je me suis un peu emballée. Et à la fin, l’histoire est beaucoup plus longue, l’équivalent quasiment d’un long métrage.

Ne pas avoir de case, entraîne une gymnastique intellectuelle complexe : chaque élément graphique devient une transition pour l’élément suivant. Il faut construire la continuité de l’image sur la longueur. […]

Je suis habituée à dessiner en couleurs, mais sur une telle longueur, le noir et blanc m’est apparu comme une évidence. J’ai pensé au travail d’Aubrey Beardsley, un illustrateur anglais du XIXe siècle qui travaillait beaucoup les aplats de noir et de blanc. J’ai décidé de faire une histoire en scroll horizontal, parce que c’est le plus proche d’une perception humaine. Dans la vie, on regarde rarement de bas en haut, sauf si on veut détailler une personne de la tête aux pieds. Globalement, on fait plus souvent du gauche-droite, à la manière d’un panoramique. (source)

Ou encore :

« Le format s’inspire des premières formes de narration graphique comme la tapisserie de Mathilde Bayeux, les rouleaux chinois ou les fresques murales antiques. Ce long travelling dessiné est fait de successions de plans de différentes valeurs, qui s’enchaînent par un jeu de transformations et de compositions graphiques. La bande défilée ne nécessite pas de répétition d’un même plan pour donner la sensation de mouvement comme dans le dessin animé.

C’est le déplacement du regard du lecteur et le slide qu’il effectue avec sa main sur une tablette qui crée le mouvement. Ce format permet une narration hybride entre cinéma, bande dessinée et illustration, qui peut s’adapter à différents types de lecture et supports » (source)

J’aime également beaucoup ce que dit Pierre Catan, de Small Bang, sur ce projet :

On a réfléchi à l’usage, à la façon dont les gens utilisent leurs tablettes ou smartphones. C’est comme si on réinventait la salle de cinéma, l’écran et le fauteuil en même temps. On a inventé une solution, on a créé un contenu, et ça participe à un très grand mouvement dans la révolution digitale. (source)

Personnellement, je trouve l’expérience de lecture assez fascinante. Le scroll en plan-séquence ininterrompu, comme un long travelling, produit un effet envoûtant et absolument pas ennuyeux. Le noir et blanc, le style de dessin, les animations et transitions, tout cela fonctionne à merveille. Sans même parler du fond ! L’expérience est vraiment passionnante !

La Grande Guerre

Autre exemple de fresque dessinée : le récent ouvrage de Joe Sacco intitulé « La grande guerre, le premier jour de la bataille de la somme, reconstitué heure par heure ». Dans sa version livre, la fresque dépliée fait 7 mètres de long.

Elle a également été affichée dans le couloir de la station de métro Montparnasse-Bienvenue, à Paris. Dans cette version, la fresque faisait 130 mètres de long.

La Grande Guerre Le premier jour de la bataille de la Somme reconstitué heure par heure par Joe Sacco Chez Futuropolis exposé dans le métro de la gare Montparnasse.

La Grande Guerre
Le premier jour de la bataille de la Somme reconstitué heure par heure par Joe Sacco
Chez Futuropolis exposé dans le métro de la gare Montparnasse.

Les skylines de New-York et Londres

Joe Sacco a reconnu s’être lui-même inspiré d’une autre fresque dessinée : Manhattan Unfurled, de Matteo Pericoli (2001). Il s’agit d’une frise dépliable de 7 mètres de long qui représente la ligne d’horizon des gratte-ciel de New York.

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Depuis, Matteo Pericoli a réalisé la version londonienne de ce type de dessin : London Unfurled (2011). Cette version a d’ailleurs été adaptée en application pour iPad.

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Le livre London unfurled a également été décliné dans une version pour enfants : London for Children.

Sur le web, des panoramiques verticaux

Si les supports physiques incitent aux panoramiques horizontaux, les supports numériques permettent également des panoramiques verticaux. Passons sur « Le site web le plus haut du monde« , qui ne contient rien d’autre qu’une graduation le long d’une immense page de 18,94m de haut et arrêtons nous plutôt sur le site web « le plus profond du monde » conçu par une marque d’eau minérale, Borjomi, pour vanter les mérites de sa source ultra-profonde. Une réalisation vraiment insolite !

Dans un autre registre, le dessinateur Boulet a réalisé une BD intitulée Le long voyage, composée d’une seule image à scroller verticalement. L’expérience est saisissante !

De son côté, le Blocktronics ACiD Trip, créé par 22 artistes différents, serait le plus long scroll ANSI/ASCII du monde avec 3266 lignes.

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