Comment améliorer la gestion des flux d’information ?

En matière de management de l’information, la gestion des flux d’informations est l’une des principales problématiques auxquelles se trouvent confrontés les knowledge workers d’aujourd’hui. Certes, ça n’est pas la seule : on peut aussi citer la gestion du stockage, la recherche de l’information, la gestion des tâches, etc. Nous aurons l’occasion de revenir sur tous ces sujets. Mais j’aimerais consacrer cet article à la question de la gestion des flux d’information. 

Cette question est de plus en plus importante au fur et à mesure que le volume des informations produites par l’humanité croît de manière exponentielle, comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous. C’est le fameux Big Data.

La croissance exponentielle des informations (Source : IDC)

La croissance exponentielle des informations (Source : IDC)

Je pense également que le problème se pose d’autant plus pour les knowledge workers que s’accroît le volume de messages et d’informations courtes, promus par les médias sociaux, voire simplement de données issues du big data analytics et de l’internet des objets.

Face à cette situation, la question de la gestion des flux d’informations par les knowledge workers se pose sous des angles variés, notamment les suivants :

    • gestion de la quantité d’informations entrantes (le volume d’informations à traiter sur un laps de temps donné ne cesse de croître)

    • gestion de l’urgence de traitement, c’est-à-dire de lecture et/ou de réponse-réaction
    • gestion de la priorité entre les traitements
    • gestion de l’interprétation
    • gestion de la classification

gestion de l’hétérogénéité des données et informations, aussi bien au niveau des sources (provenance) que des formats.

Quelles solutions sont possibles ? D’un côté, on peut trouver des solutions dans les comportements individuels et collectifs. De l’autre, des solutions peuvent être apportées par le traitement informatique et logiciel des informations.

C’est cette seconde piste que je vais étudier dans cet article.

Concernant cette piste, il faut noter que les problèmes et les solutions ne sont pas les mêmes selon que l’on utilise un smartphone, une tablette ou un ordinateur desktop. Le type d’appareil et l’usage qu’il implique sont donc particulièrement impactants.

Pour autant, je ne ferai pas de distinction sur ce plan dans ce premier article sur le sujet. J’y reviendrai ultérieurement. Je vais pour l’instant prendre le problème et ses solutions possibles dans leur globalité. Comme il serait d’ailleurs trop long de rentrer dans le détail de chacune des pistes, je me contenterai d’une très courte présentation de chacune d’elles.

Quelles solutions sont donc possibles pour nous aider à mieux gérer les flux entrants d’informations ? Qu’elles sont les pistes de travail pour améliorer cette situation ?

1. Gérer la multiplication des sources

 
La première piste de travail consiste à nous aider à gérer la multiplication, et donc l’hétérogénéité, des sources et des formats.
 
Pour cela, il faut mettre en place des systèmes d’aggrégation des flux qui proposent une interface centralisée de consultation. C’est la logique des portails, des hubs, des dashboards et autres aggrégateurs…
 
Travaillent en ce sens :

2. Gérer le nombre et la fréquence des informations entrantes

 
Pour gérer le nombre et la fréquence des informations entrantes, et donc lutter contre la surcharge cognitive, il faut :

  • multiplier les fonctionnalités de tri, de filtre et de priorisation en amont (via algorithmes ou paramètres personnalisés ou délégation humaine d’expertise et de filtre),
  • ainsi que celles de tri, de filtre et de manipulation rapide en aval (archivage, classification, destruction, réponses automatisées…).
  1. Travaillent dans le sens de l’optimisation en amont :
    1. des apps ou devices qui fonctionnent comme des assistants intelligents tels que Google Now, Winston (résumé oral des news), Google Glass
    2. des systèmes (apps, surcouche d’OS ou OS) d’écran d’accueil intelligent tels que tels que Chameleon, l’interface Métro de Windows 8 et Windows Phone 8, l’interface Blink Feed du HTC One, la fonctionnalité BlackBerry Hub du BB Z10
    3. des apps de tri, filtre ou résumé : iWitness, Percolate, Summly
    4. des apps de curation, qui misent sur les filtres humains en amont (les curateurs), telles que scoop.it, storify, spunge, newsana, Delve
    5. des “apperating system” ou homescreens sélectifs tel que Facebook Home
  1. Travaillent dans le sens de l’optimisation en amont et/ou en aval :
    1. des apps d’optimisation de la gestion des mails, telles que .Mail, Cloze, Mailbox, Fluent, AOL Alto, SaneBox, Boomerang, Checker Plus
    2. des apps d’optimisation de l’agenda telles que BBZ10 Remember, Tempo, Sunrise
    3. des apps d’optimisation des tâches telle que Any.DO
    4. des apps qui mèlent gestion des mails et gestion des tâches, telle que Taskbox
    5. des apps d’analytics et datavisualisation telles que Panic Status Dashboard, Geckoboard, Cyfe, Leftronic
    6. des apps de gestion des contacts : Write that name, Rapportive

Voilà ! Autant dire que les initiatives ne manquent pas ! Reste à savoir lesquelles sont les plus efficaces en fonction des situations de chacun. Mais ça, y’a qu’à demander pour étudier la question… ;-)) !!! D’ailleurs, je vais essayer, dans les semaines (et mois !!) qui viennent, de revenir plus en détail sur telles ou telles de ces pistes de travail dans de prochains articles.
 
Au passage, si vous avez des suggestions à me faire sur ce panorama, n’hésitez pas !!!

Vers des applications et des interfaces « BtoE&C »

En termes de marketing, on a l’habitude de distinguer les contextes BtoC (Business to Consumer) et BtoB (Business to Business). On utilise aussi parfois l’acronyme BtoE (Business to Employee). Généralement, ces contextes sont distincts et donnent lieu à des campagnes, des applications, des services… spécifiques, lesquels se caractérisent par des priorités, des choix et des méthodes de conception distincts également. Depuis quelque temps cependant, et notamment avec l’émergence du mobile et l’arrivée du digital dans les points de vente, j’ai l’impression qu’émerge une nouvelle catégorie hybride, que l’on pourrait appeler « BtoE&C », c’est-à-dire des applications-services-interfaces dédiés aussi bien à l’employé qu’au client.

Dans le cas des points de vente, l’employé, c’est évidemment le vendeur. Qu’un vendeur, un agent ou un conseiller partage son écran avec le client ou l’usager, on le voit souvent dans certains contextes tels que la banque ou d’autres services, ou dans certains commerces.

Un conseiller utilise son écran pendant l’entretien avec son client (source : http://www.salica.fr/RH/metiers/details-3.html)

On le voit aussi à l’œuvre dans certaines grandes surfaces, soit au moment de la recherche d’un produit (ex. : la recherche d’un livre à la FNAC), soit au moment de la configuration (ex. : la configuration de votre cuisine chez IKEA), soit au moment de la commande (ex. : l’achat d’un appareil chez Darty). Certaines de ces enseignes proposent d’ailleurs souvent des postes ou meubles spécifiques où se déroule cette interaction.

Pour autant, dans ce genre de situations, il ne me semble pas qu’il y ait un engagement particulier de la part du vendeur ou de l’acheteur. Les interactions correspondent à des moments bien balisés du parcours d’achat pour le client, ou des process de travail pour l’employé. Aucun des deux acteurs ne revient ensuite de manière isolée sur ce type de poste pour y passer du temps à rechercher de l’information, à configurer un produit ou à en apprendre plus sur celui-ci, sur ce qu’en pensent les clients, etc. Ces postes sont peut-être conçus comme des services, mais certainement pas comme des expériences. Même si, qu’on le veuille ou non, ils contribuent à l’expérience de travail des employés comme à l’expérience client des consommateurs. D’ailleurs, il suffit de regarder l’interface de la plupart de ces services et applications pour comprendre qu’ils ne sont pas conçus dans cet objectif…

Cependant, j’ai l’impression que de nouvelles situations d’interactions digitales émergent aujourd’hui avec l’usage des technologies, des devices et des services mobiles. Des situations moins “balisées” d’avance, donc des situations où l’engagement des deux parties est sans doute plus fort.

Des dispositifs destinés aussi bien au vendeur qu’au consommateur

Cette réflexion m’est venue suite à un projet dont on m’a parlé récemment. Il s’agit d’une application qui vise à mettre à la disposition de vendeurs en magasin des contenus de type catalogues, consumer magazines, fiches produits et autres contenus de la marque. Cette application n’est pas conçue pour que les vendeurs s’en servent (uniquement) chez eux ou derrière le comptoir du magasin : elle est explicitement conçue pour qu’ils montrent ces contenus aux clients. L’application, la tablette et les contenus deviennent donc des supports de l’expérience client en magasin, alors même qu’ils sont aussi destinés aux vendeurs ! Et ce nouveau contexte d’usage mixte a des répercussions fortes sur la conception de l’application :

  • tout d’abord, elle est conçue avec deux espaces distincts : l’un pour le vendeur, où il choisi et organise les contenus qu’il télécharge et visionne, et l’autre pour une consultation par le client (avec ou sans le vendeur).
  • ensuite, le graphisme et l’ergonomie de l’interface témoignent clairement de l’exigence de qualité mise en oeuvre dans les dispositifs BtoC, et trop souvent encore minimisée dans les dispositifs BtoE ! Au final, tout le monde est gagnant et c’est tant mieux.

Le fait qu’il s’agisse là d’une tablette plutôt que d’un poste fixe est pour moi symptomatique de la tendance que je décris. Les postes fixes se retrouvent très souvent entre un vendeur/conseiller et un client/usager, qui sont souvent face à face. Mais ils sont rarement pensés pour être une interface qui fait le lien entre les deux et améliore l’expérience de la relation. Ils sont plutôt perçus comme des obstacles à la transparence, soit parce que seul le vendeur/conseiller voit l’écran, soit parce que, quand le vendeur/conseiller montre l’écran au client/usager, c’est dans un contexte où cela doit aller vite, ne pas prendre beaucoup de temps… D’où la sensation, pour le client/usager, de voler au vendeur/conseiller des bribes d’informations qui ne lui sont pas initialement destinées en tant que client, plutôt que de partager avec ce dernier des informations qui auraient été mises explicitement à la disposition de chacun d’eux.

Des bribes d’informations obtenues en se penchant pour entrapercevoir l’écran de l’agent SNCF.

Pour résumer, je pense que dans le cas des postes fixes tels qu’ils sont conçus aujourd’hui, ni les vendeurs/conseillers ni les clients/usagers n’ont la possibilité de s’engager dans la relation et de vivre une expérience enrichissante, alors qu’à l’inverse les tablettes, smartphones et interfaces tactiles ou immersives, sont quant à elles beaucoup plus propices (voire explicitement destinées) à vivre une expérience et à permettre l’engagement.

J’aimerai illustrer cela par un certain nombre d’exemples qui me paraissent symptomatiques.

Bornes interactives & écrans tactiles

Commençons d’abord par les bornes et écrans tactiles qui envahissent de plus en plus les magasins. La vidéo ci-dessous présente les bornes tactiles réalisées voici quelque temps déjà par la société Oyez! pour le compte des magasin BUT. Cette vidéo exprime parfaitement ce que je veux dire ici :

  • d’une part, les bornes peuvent être consultées par un client seul, mais elles prennent vraiment toute leur valeur, leur « supplément d’âme » (dixit la vidéo) lorsque le client est accompagné par un vendeur
  • d’autre part, la consultation des bornes change notablement l’expérience shopping des clients.

 

Dans un article du monde informatique, le responsable du projet chez BUT explique que ces bornes avaient été conçues initialement pour être utilisées par les clients seuls, mais que ceux-ci ne les utilisaient pas. « Les clients ne viennent pas en magasin pour parler à une machine », en a-t-il conclut. Et la borne a donc été repensée pour être utilisée explicitement par le client avec le vendeur !

Autre exemple avec la SNCF. Il y a plus de trois ans maintenant, l’entreprise a engagé une réflexion sur l’ergonomie du dialogue de vente en lançant un concours d’innovation pour une interface tactile, avec une catégorie « mur tactile » et une catégorie « table tactile ». Comme on peut le lire dans cet article, il semble que la table ait été mieux appréciée pour le type de relation client-vendeur qu’elle instaure. Je cite l’article : « Les vendeurs comme les clients s’accordent à dire que plus le support est à l’horizontale, plus la relation de vente s’organise facilement, à trois, dans un triangle client / vendeur / interface. Au contraire, plus le support est à la verticale, plus le client se sent en position de faire son opération seul. »

La vidéo ci-dessous (dont a été extraite la photo utilisée plus haut dans mon article) montre bien toutes les modifications de la relation client-vendeur, lequel devient d’ailleurs beaucoup plus conseiller :

 

On pourrait ainsi multiplier les exemples. Ils montrent tous qu’avec les tables et écrans tactiles, le vendeur/conseiller tout comme le client/usager vivent plus fortement l’expérience de vente-achat que dans le cas des postes fixes tels que je les ai décrits plus haut dans cet article.

Mais pour autant (vous allez dire que je suis difficile), je ne pense pas que ce soit les interfaces les plus BtoE&C que l’on puisse imaginer dans la mesure notamment où les vendeurs/conseiller ne peuvent pas se les approprier individuellement puisqu’elles sont collectives et fixes dans l’espace de vente.

A l’opposé, comme on va le voir ci-après, je pense que les appareils mobiles et tactiles (smartphones et tablettes) peuvent réellement devenir des interfaces BtoE&C.

Tablettes et smartphones

L’exemple parfait selon moi pour illustrer cela, c’est encore BUT, déjà cité. En effet, ce que je n’ai pas dit plus haut, c’est que BUT a complété son dispositif de borne interactive en équipant les vendeurs de tablettes. Ce que ça donne, je vous laisse le découvrir dans cette vidéo :

 

Vendeur et client assis côte à côte sur le canapé en train de choisir la couleur de ce dernier et de procéder à l’achat/la vente, voilà qui nous met à des années lumières des situations décrites au début de cet article ! Pas convaincu ? Prenez alors le temps de lire ce qu’en dit Xavier Guéry, DSI de BUT dans cet article : « Les tablettes apportent aux vendeurs la possibilité d’affiner les recherches qui vont correspondre de façon très précise aux besoins du client, en procédant par univers. On remet ainsi le vendeur dans une position de conseil, d’écoute. Ceux qui ont testé ce système ne peuvent plus s’en passer. Pour les vendeurs, les tablettes sont devenues des objets très personnels qu’ils se sont appropriés et c’est très positif. Pour le client, le but était qu’il puisse effectuer tout l’acte d’achat confortablement installé sur le canapé qu’il souhaitait acheter, avec toutes les informations à sa disposition, sans que lui et le vendeur aient besoin de se déplacer. Avec les tablettes, on peut tout faire depuis le canapé, ça a vraiment révolutionné l’achat qui n’était jusque-là pas un moment très agréable et qui est devenu un acte de plaisir jusqu’au bout. En développant le confort, on a augmenté les ventes. Nous avons constaté que cette interaction entre le virtuel et le réel incitait vraiment à l’achat, du coup on a développé toute la gamme de nos produits sur ces supports mobiles. »

J’ai souligné les passages qui traduisent ce que j’essaie d’expliquer depuis le début, à savoir l’engagement du client comme du vendeur, le changement de l’expérience de chacun et surtout l’appropriation de la tablette par le vendeur.

A partir de là, il me paraît vraiment intéressant de se dire que les contenus et interfaces de ces tablettes doivent être pensés de manière spécifique parce qu’elles sont destinées à un usage aussi bien BtoC que BtoE, avec une vraie expérience côté client et une vraie appropriation du device par le vendeur.

De nombreuses marques ont ainsi doté leurs vendeurs de tablettes ou smartphones : Sephora, Peugeot, Nespresso, la FNAC, etc. Combien ont pris en compte cette dimension BtoE&C ?

Enfin, je terminerai en citant cet article qui évoque la double ou triple utilisation possible des tablettes dans les agences immobilières (mais ça me paraît valable aussi pour les banques, les médecins, les assurances, les concessions automobiles, etc.) :

  • soit la tablette est placée dans un support fixé au sol et mise à la disposition des clients ou usagers dans l’espace de vente-accueil (là, on est en BtoC)
  • soit elle peut être sortie du support et utilisée en déplacement chez un client ou sur le terrain par le conseiller-vendeur (là on est en BtoC&E)
  • soit enfin elle peut être utilisée par le conseiller-vendeur comme un appareil professionnel personnel dans lequel il peut avoir ses contenus et applications business, chez lui ou à l’agence (BtoE)

Ce sont ces nouvelles situations d’usages qui me paraissent intéressantes à prendre en compte aujourd’hui dans la conception de ces services, de leurs contenus et de leurs interfaces hybrides.

Et vous, connaissez-vous des exemples qui vont dans ce sens ?

Rendez visuel votre réseau social d’entreprise !

S’il est un mérite que beaucoup s’accordent à reconnaître à Pinterest, Instagram & consorts, c’est celui d’avoir montré à quel point les images sont une source de valeur inédite dans l’économie digitale telle qu’elle existe aujourd’hui (à savoir à la fois numérique, en réseau, sociale, mobile… et de plus en plus tactile).

Certes, on savait avant ces réseaux sociaux à quel point nous sommes attirés par les images : le règne de la télévision, par exemple, nous l’a assez montré. Mais dans le contexte digital, Pinterest, notamment, a su révéler à quel point il pouvait être facile d’extraire les images de leur contexte d’usage (par exemple en tant qu’illustration d’un article), sans pour autant en perdre l’intérêt ni la compréhension, et bien au contraire les faire rentrer dans un nouveau cycle d’usages, de contextes, de collections, qui sont autant de contributions à la signification et à la valeur de chaque image. Elles appartiennent à mille collections, à autant de collectionneurs, et à encore plus de significations et de valeurs, à travers tous ceux qui les observent et peuvent se les réapprorier. Une belle chaîne humaine se dessine d’ailleurs à travers elle, tout aussi intéressante.

 

Pinterest

L’interface de Pinterest

 

Pinterest, pour continuer avec lui, a su montrer également comment ces images pouvaient être un des moteurs de l’économie participative, virale et de partage du web, voire de l’économie tout court. Avec une facilité déconcertante, elles peuvent en effet être extraites de leur page web d’origine, posées dans une collection, partagées dans d’autres, likées, commentées, partagées sur d’autres réseaux, envoyées à d’autres personnes, etc. On glose ainsi sur leur capacité à attirer l’attention, à générer du traffic sur les sites e-commerce ou à influencer les ventes. Certains services de commerce en ligne antérieurs à Pinterest comme eBay ou StumbleUpon se sont d’ailleurs refait une beauté en mode Pinterest-like ! Bref, l’image digitale fait son oeuvre…

 

La nouvelle interface de eBay, inspirée de Pinterest

 

Si ce tsunami visuel paraît submerger tout le web, il semble pourtant qu’un village d’irréductibles gaulois résiste à l’invasion : je veux parler des intranets et des réseaux sociaux d’entreprise. Car pour une fois, le second ne me paraît guère logé à meilleure enseigne que le premier. Il suffit en effet de regarder les pages des moteurs de recherche ou des fiches profils de quelques solutions de réseau social pour constater à quel point l’image y est peu mise en avant.

Mais si telle est la situation la plus commune aujourd’hui, je constate toutefois et heureusement… :

  1. qu’il existe quand même d’ores et déjà de belles exceptions
  2. qu’il semble se dégager une tendance à l’évolution dans le sens d’une meilleure exploitation des visuels.

C’est ce que j’aimerai détailler maintenant, en me concentrant sur un usage bien particulier des visuels, à savoir celui des portraits des personnes de l’entreprise, tels qu’on peut les retrouver dans les annuaires, trombinoscopes et autres organigrammes. Mon propos consiste à regretter que dans ces cas précis, il ne soit pas fait un usage plus important des modes de présentation en mosaïque ou Pinterest-like. Et je m’expliquerai sur les bénéfices de tels mode de présentation pour l’entreprise et ses personnels.

Une exception inspirante

Je commencerai donc par m’attarder sur l’une des plus belles exceptions que je connaisse en la matière. Ou plutôt devrais-je dire “que je devine”, car en réalité je n’ai jamais vu l’intranet en question autrement que par des photos qui circulent sur le web. J’espère donc ne pas me tromper sur ce que je devine. Mais si jamais c’était quand même le cas, au moins mon propos aura-t-il servi à expliquer ce que je trouverai formidable en la matière !

Bref, l’exemple que je retiens est celui du réseau social interne d’IDEO, la célèbre agence de design anglaise. Voici la page qui me fascine :

 

La page de l’intranet The Tube, d’IDEO, qui rassemble les portraits des personnes de l’entreprise sur un seul écran.

(NB : J’ai extrait cette image d’une présentation d’IDEO disponible sur SlideShare, d’où les soucis visuels au milieu de l’image).

Ce qui me fascine dans cette page, c’est que sur un seul écran, l’entreprise toute entière se trouve représentée (du moins, c’est ce que je comprends de cette image) ! Imaginez tous les usages possibles d’un tel écran, toutes les fonctionnalités qui peuvent y être implémentées (la liste ci-dessous est une extrapolation de ma part, je ne sais pas exactement ce que permet la version d’IDEO) et les bénéfices qu’on peut en tirer :

  • Tout d’abord, elle donne une représentation visuelle (les photos) et graphique (leur disposition à l’écran) de toute l’entreprise d’un seul tenant. En cela, elle apporte le même bénéfice que celui que je mettais en avant dans le visuel de Dataveyes dont je parlais dans un précédent article.
  • Les visuels permettent de reconnaître les personnes ou d’apprendre à les connaître. Impossible de ne plus pouvoir mettre un nom sur un visage ou l’inverse ! Cela renforce aussi selon moi la capacité à prendre contact avec chacun. Bon, cela pourrait aussi bien fonctionner s’il n’y avait pas la disposition graphique d’un seul tenant. Mais les deux réunies donnent une valeur plus grande encore à l’aspect visuel. Car il est plus facile de passer les photos en revue et de zoomer sur telle ou telle. Sans ce mode graphique d’un seul tenant (avec un système de pagination par exemple), il serait beaucoup plus fastidieux de faire défiler les photos pour identifier le nom d’une personne que vous avez croisée mais que vous ne connaissez pas. Ici, vous pouvez vous permettre plus facilement un passage en revue de toutes les photos. Évidemment, le nombre de photos rend plus ou moins laborieux ce survol, mais je pense quand même qu’il reste jouable jusqu’à un grand nombre de visuels, en tous cas beaucoup plus que dans un système de pagination.
  • Évidemment, ce qui fait la grande différence est ce mode de présentation graphique sous forme de mosaïque. Il permet notamment d’organiser les visuels pour restituer n’importe quel mode de recherche ou de sélection. Dans l’image présentée, les photos ont été regroupées par métier : les designers, les graphistes, les fonctions supports, etc. Il y a aussi des menus déroulants qui permettent de classer par site géographique, par communauté, par discipline, etc. Sur cette base, on peut tout imaginer : des filtres qui éliminent l’affichage des personnes qui ne correspondent pas à la recherche, ou des marqueurs visuels qui différencient les portraits les uns des autres (par exemple les halos de couleur que l’on voit dans l’image), navigation par nuage de mots-clés ou moteur de recherche, etc. Côté critères, on peut imaginer que les visuels jouent un rôle de présentiel : les photos des personnes non connectées ou non présentes au bureau pourraient apparaître grisées. Bref, les possibilités sont infinies.
  • Autre avantage de cette présentation : elle me paraît permettre des possibilités de gamification intéressantes : affichage des badges, mises en avant ponctuelles de tel ou tel portrait, etc.
  • Autre point encore : une telle interface me paraît donner envie d’être consultée, utilisée, manipulée. A l’heure où les entreprises se plaignent du faible taux de visite ou d’utilisation de leur intranet ou même du réseau social interne, voilà sans doute un argument à prendre en compte !
  • Et on imagine facilement comment palier l’affichage d’un grand nombre de photos : par un système de zoom, de défilement vertical ou horizontal, ou par une vue partielle par défaut (centrée sur votre BU ou votre site géographique, à vous de choisir !)…
  • Enfin, dernier point, mais non des moindres : une telle interface me paraît particulièrement compatible avec un environnement mobile et tactile.

Voilà pour l’exception à ce jour. Venons-en maintenant aux évolutions que je perçois via les solutions proposées par les éditeurs et qui me semblent aller dans le sens d’une meilleure exploitation des visuels

Apperian – Epicenter

A la fin de mon analyse de la page d’IDEO, j’évoquais la question du mobile. Et bien, c’est sur ce plan que se focalise la société américaine Apperian, qui propose depuis février 2012 une application de réseau social d’entreprise pour iPad, appelée Epicenter, qui met fortement en avant les portraits des utilisateurs, comme on peut le voir sur la vidéo ci-dessous :

 

 

Comme l’explique Alan Murray, Senior VP Product chez Apperian, dans cet article, Epicenter “leverages the capabilities of the iPad to enable co-workers to visually navigate the organization, not just the org chart”. Naviguer visuellement dans l’organisation, voilà bien tout l’intérêt d’une telle interface !

Pour en savoir plus, vous pouvez aussi lire cet article : Apperian’s Epicenter gives iPad users a social, visually rich corporate directory.

Beezy – Talent finder

Autre acteur qui me paraît aller dans le même sens : la société Beezy, propose un add-on à SharePoint 2010 (que deviendra-t-il avec SharePoint 2013 ?) qui permet là aussi un affichage très visuel des membres du réseau social d’entreprise (la fonctionnalité qui nous intéresse démarre à 3:31) :

 

 

Enfin, si l’on veut bien sortir du contexte des applications d’entreprise, on peut aussi considérer que le nouvel OS de Microsoft, Windows 8, fait un pas dans ce sens via son application Contact / People App, qui est dans la lignée du style mosaïque global de l’interface Metro. Pour autant, la prochaine version de SharePoint à venir, SharePoint 2013, malgré toutes les améliorations qu’elle apporte en termes d’interface, ne reprend pas (à ma connaissance) ce principe de mosaïque des portraits. Cela laisse peut-être la place à Beezy pour proposer son module Talent Finder pour SharePoint 2013 ?

La cerise sur le gâteau : l’affichage mural avec écran tactile

Enfin, à tout seigneur tout honneur : je vais terminer avec ceux avec qui j’ai commencé ! IDEO, puisqu’il s’agit d’eux, va même encore plus loin puisque la société, comme le montre les photos ci-dessous, a mis en place un écran mural tacticle qui reprend le principe de la mosaïque pour afficher les photos des personnes de l’entreprise et également les statuts de ces derniers sur la plateforme sociale interne. La classe non ?

 

L’écran mural tactile de IDEO qui affiche les portraits des personnes de l’entreprise (source : http://www.flickr.com/photos/gordonr/2945956702/)

Penser le réseau social d’entreprise au-delà de l’application logicielle

Lorsqu’une entreprise envisage de mettre en place un réseau social d’entreprise, son attention peut vite se retrouver focalisée sur la solution digitale proposée par l’éditeur pour outiller la démarche. Les raisons en sont assez simples et aisément compréhensibles : le choix d’une solution technologique représente un engagement qu’on ne prend pas à la légère. On ne choisit pas une solution pour en changer 6 mois plus tard. Un tel choix s’accompagne donc de multiples “stress” : stress du choix de la “bonne” solution fonctionnelle en réponse aux besoins et contraintes de l’entreprise; stress de l’engagement financier correspondant; enjeux et contraintes techniques à prendre en compte; questions sur la capacité de la plateforme à “libérer” l’entreprise à terme plutôt qu’à la contraindre, sur sa souplesse à s’adapter aux besoins de l’entreprise et à évoluer au fur et à mesure, sur son agilité en quelque sorte; ainsi que sur sa pérennité et sa capacité à être mise à jour régulièrement… Et on pourrait continuer la liste ainsi pendant longtemps…

Pour justifiées que soient ces préoccupations, elles ne doivent pourtant pas occulter d’autres questions tout aussi importantes. Pour les conserver à l’esprit, les responsables d’un projet de réseau social d’entreprise doivent porter leur regard au-delà de la plateforme technologique en elle-même, dans 3 directions ou selon 3 dimensions :

1) La dimension humaine et organisationnelle

Le premier point est le plus évident et le plus souvent évoqué : au-delà du réseau social d’entreprise en tant que plateforme logicielle, il faut envisager le réseau social d’entreprise dans sa dimension humaine et organisationnelle. En effet, si la plateforme digitale est bien le levier clé qui rend possible la nouvelle dynamique, celle-ci ne porte véritablement ses fruits que si elle devient finalement une dynamique humaine et organisationnelle, dont la réalisation et les bénéfices se lisent d’abord et avant tout dans la manière dont les individus travaillent et échangent les uns avec les autres.

Dans ce contexte, trop peu d’entreprises imaginent l’impact réel que peut avoir le réseau social d’entreprise sur leur organisation. Or, ce dernier modifie souvent en profondeur la manière dont les gens travaillent et échangent au sein de l’entreprise, et donc l’organisation de cette dernière, voire sa culture même. L’entreprise doit donc accepter de remettre en cause certaines de ses habitudes et règles de fonctionnement, ce qui est loin d’être évident si on ne voit le réseau social d’entreprise que comme une application logicielle comme une autre, qui doit avoir un ROI autonome et qui est est sans impact organisationnel.

En fait, la meilleure manière de faire accepter ce changement, voire d’en susciter l’attente, est de l’orienter vers tous les bénéfices attendus du réseau social d’entreprise : gains de productivité dans la gestion de l’information, dans la résolution de problèmes, capacité à générer de nouvelles idées, etc. Pour mettre ces bénéfices au coeur des objectifs cibles du projet de réseau social d’entreprise, il faut :

  • les analyser dans leur dimension globale, aussi bien off-line qu’on-line. Cela passe par une analyse de l’activité (en ateliers, entretiens ou sur le terrain) qui englobe aussi bien la dimension off-line qu’on-line.
  • identifier des solutions off-line aussi bien qu’on-line, de telle sorte que ces dernières soient intégrées dans le faisceau de solutions au sens large et non seulement digitales. Le digital ne doit jamais être envisagé de manière autonome, mais toujours relié au reste de l’activité de l’entreprise et de ses employés.
  • dresser des scénarios d’usages off-line et on-line
  • faire des choix de conception on-line qui englobent la dimension off-line
  • montrer les bénéfices croisés de chacun des deux types d’usages

Dans cette logique, la réussite du réseau social d’entreprise ne doit pas être considérée uniquement à l’aune de la fréquentation de la plateforme, mais bien plutôt à l’aune des outputs que la plateforme génère : quelles nouvelles idées a-t-elle fait émerger ? quelles économies et/ou gains de temps a-t-elle apporté dans la conduite des projets ? dans quelle mesure a-t-elle accéléré l’intégration des nouveaux arrivants ? etc. Avoir un projet de réseau social d’entreprise consiste donc d’abord et avant tout en un projet de mise en relation des individus entre eux et avec leurs documents, plutôt qu’en un projet d’installation d’une plateforme digitale (ce qui ne veut pas dire que cette question n’est pas ou moins importante, simplement qu’elle ne doit pas occulter la première, qui est l’objectif final).

2) Au-delà ou en deça des communautés

Si le réseau social d’entreprise consiste bien, en partie, à développer des communautés, il faut cependant avoir en tête que la dimension communautaire naît et se développe entre les individus par le biais de leurs multiples actions et interactions individuelles, informelles et spontanées, au-delà de celles qui se déroulent dans les espaces officiels dédiés aux communautés. Le réseau naît et se développe d’abord de manière informelle, et cette part d’activité souterraine, difficilement perceptible, non canalisée, est une dimension essentielle de la capacité à faire vivre ensuite des communautés plus formelles et officielles.

Ceci doit amener les entreprises à prendre conscience de l’importance, sur le plan digital :

  1. de doter les individus d’outils de mise en relation sur lesquels ils ont complètement la main, qu’ils gèrent de manière autonome en dehors des espaces communautaires réservés aux échanges sur tel ou tel sujet. C’est le cas de fonctionnalités de type messagerie instantanée,  blog personnel, social bookmarking, recherche dans un annuaire 2.0 intégrant des pages profil personnalisables, espace personnel de type “Ma page” où je rassemble les outils et contenus qui m’intéressent et où je choisis de partager ce que je veux avec qui je veux dans l’entreprise, etc.
  2. de laisser la place à des activités publiques spontanées hors des communautés, par exemple via un activity stream ou un mur de contribution public par défaut, ou via des espaces d’échanges collectifs de type Questions-Réponses, Boîtes à idées 2.0, Blogs, Forums, Wiki, galeries de media-bookmarking à la Pinterest, etc.
  3. d’essayer, dans la mesure du possible, de relier la plateforme sociale aux activités relationelles individuelles digitales ou non déjà utilisées par les individus : leur activité individuelle sur les médias sociaux du web, leurs actions collectives d’entreprise pas encore digitalisées, etc. Ce point rejoint le 3ème axe de développement dont je vais parler ci-après.
  4. de doter la plateforme d’outils “intelligents” de type analytique, moteurs de recommandation, recherche avancée, etc. Car c’est dans le vaste champ des relations informelles que se trouve sans doute une grande partie de la future valeur ajoutée de l’entreprise, son intelligence, son innovation. Et le but des plateformes sociales est justement d’être un réceptacle pour capter cette richesse, la faire naître, s’exprimer, se développer. Encore faut-il pouvoir la “voir” ! Et c’est là le but des fonctionnalités “intelligentes” qui permettent aux utilisateurs de voir dans ces données informelles. Ce plan ouvre un vaste champ de réflexions qui va des outils d’analyse de ce qu’on appelle le “big data” jusqu’aux outils de restitution, notamment visuelle, de ces données, ce que l’on appelle la datavisualisation.

3) Le réseau social d’entreprise élargi à toutes les applications du SI et « connecté » au web

Enfin, le troisième élargissement du regard doit amener à envisager les relations de la plateforme avec son environnement digital interne (le reste du SI) ou externe (le web). Pour toutes les raisons évoquées plus haut, une plateforme de réseau social d’entreprise ne peut pas et ne doit pas vivre fermée sur elle-même. Le réseau social d’entreprise est bien plus que ce que la plateforme laisse voir. Il est donc impératif d’ouvrir la solution de réseau social aux autres services digitaux de l’entreprise (sur son SI ou sur le web) ainsi qu’au web dans son ensemble (tel que les employés l’utilisent spontanément, indépendamment des services officiels proposés ou encadrés par l’entreprise). La richesse d’une plateforme de réseau social d’entreprise vient en grande partie de sa capacité à capter la richesse du web dans son ensemble (via des fonctionnalités de social bookmarking ou de curation par exemple) et à rebondir sur la richesse des autres applications du SI de l’entreprise (idem). Ce point, évidemment, pose les questions de gouvernance du SI et d’interopérabilité des services, avec en perspective des questions de sécurité bien-sûr. Mais il y a aussi, derrière cela, un énorme enjeu en termes de performance et d’efficacité.

Quand John Deere imagine l’avenir digital de l’agriculture

On connaît les vidéos d’anticipation de Microsoft concernant l’avenir du digital. Initiée en 2009 par la branche Office de la firme de Redmond, la série Productivity Future Vision a donné lieu à deux vidéos à ce jour. La première date de 2009 :

 

La seconde date d’il y a tout juste un an (oct. 2011) :

 

Ces deux premières vidéos sont aujourd’hui déclinées sectoriellement.

D’autres sociétés se sont également prêtées à ce petit jeu. Parmi elles, Corning Inc., spécialiste du verre et de la céramique, s’est fait remarquée avec la série A day made of glass, qui, elle aussi, a donné lieu à deux vidéos à ce jour.

La première date de février 2011 :

 

La seconde date de février 2012 :

 

Dans le cas de Microsoft, éditeur de logiciels, ou de Corning, fabriquant de matériaux supportant les technologies digitales, une telle initiative ne surprend pas complètement. Elle est au service de leur stratégie d’innovation et de leur communication corporate, qui visent à asseoir ou à créer une image de société innovante. C’est allier à la fois la R&D et le brand content.

Mais on s’attend sans doute moins à voir une société telle que John Deere, le géant des machines agricoles, se prêter elle aussi au jeu de l’anticipation des dispositifs digitaux. C’est pourtant bien John Deere qui a produit la vidéo ci-dessous, intitulée Farm forward :

 

Certains ne verront sans doute dans cette vidéo qu’une douce élucubration sur un avenir qui n’est pas prêt d’arriver, ou en tous cas pas sous cette forme. J’entends d’ici certains d’entre vous railler sur le grand écart qui peut exister entre cette vidéo et ce que beaucoup d’agriculteurs vivent aujourd’hui. C’est oublier un peu trop vite qu’une telle vidéo n’a surtout pas pour but d’être réaliste, en tout cas pas au sens des réalités du moment où elle est faite. Elle a au contraire pour but de projeter dans une vision “idéale”, lointaine, mais pour autant incarnée dans des scénarios business compréhensibles aujourd’hui.

Personnellement, je trouve tout à fait intéressant qu’une société telle que John Deere se prête à ce jeu. Je ne connais ni la situation économique de John Deere ni les circonstances qui ont conduit à réaliser ce film, mais mon avis a priori sur la question est qu’une entreprise qui se soucie ainsi de la manière dont peut évoluer le métier de ses cibles à moyen et long terme (et donc le sien par voie de conséquence), sur une problématique qui plus est connexe à son coeur de métier (ici : le digital vs la mécanique) est une entreprise qui “pense bien” (dans une optique “user centric” et “customer centric”) et qui met donc toutes les chances de son côté pour ne pas rater les révolutions à venir.

Cette vidéo de John Deere n’est d’ailleurs pas sortie de nulle part puisque l’entreprise dispose d’un programme dédié explicitement à l’innovation informatique : John Deere FarmSight.

A titre d’innovation, John Deere a d’ailleurs déjà expérimenté la réalité augmentée.

Finalement, on aimerait voir plus d’entreprises a priori éloignées des nouvelles technologies fonctionner de la sorte. Je pense que toute entreprise quelle qu’elle soit doit aujourd’hui doit se poser la question : quel avenir me réserve les nouvelles technologies et les innovations digitales ? Quels bénéfices puis-je en tirer ? Comment mon métier et mon marché risquent-ils d’être impactés ?

Dans la continuité de cette réflexion, je vous invite à consulter l’un des derniers articles de Fred Cavazza intitulé Personne n’est à l’abri, qui montre à quel point les nouvelles technologies et le digital peuvent aujourd’hui rebattre les cartes dans n’importe quel métier ou marché. Cela impose selon moi à toute entreprise l’impératif d’un certain regard tourné vers “ce que l’avenir nous réserve”, avec cette idée qu’il vaut mieux créer et innover que subir.

Enfin, pour terminer, cette vidéo m’inspire une dernière remarque. On a tendance à oublier à quel point le métier d’agriculteur est fortement lié à toute sortes d’informations, souvent issues de l’interprétation ou de l’analyse des phénomènes naturels (la météo, l’intensité de sécheresse du sol, le degré de maturité des cultures, l’état des animaux…), jusqu’à des données plus économiques (le cours des denrées alimentaires, les taux de rendement, etc.). Tout ceci donne d’ailleurs lieu à une informatisation certaine de l’activité agricole depuis plusieurs années. Finalement, si on y réfléchit bien, l’agriculteur devient lui aussi un “knowledge worker” comme tant d’autres, et l’informatique ubiquitaire pourrait bien remplir une place plus importante qu’on ne l’imagine dans son activité future !

Alors, finalement, vous la trouvez si “décalée” que ça la vision d’anticipation de Farm Forward ? Et vous, dans votre métier, comment anticipez vous votre avenir digital ?

Vers une information toujours plus contextuelle, selon le lieu et le moment.

La numérisation croissante de nos activités quotidiennes, qu’elles soient privées ou professionnelles, produit toujours plus d’informations. Dans ce contexte, lutter contre la surcharge informationnelle au travail est devenu un vrai serpent de mer pour les entreprises. Heureusement que certains optimistes comme Clay Shirky nous donnent du courage en nous expliquant que “ce n’est pas un problème de surcharge d’information, c’est un défaut de filtre”.

La quête du filtre ! Voilà désormais le nouveau Graal du management de l’information, que ce soit en entreprise ou à titre privé (voir mon précédent article sur les filtres dans les activity streams) ! Et pour l’atteindre, tout le monde s’accroche à une formule magique bien connue depuis des années : “la bonne information, à la bonne personne, au bon moment”. Son décryptage opérationnel, hélas, reste encore aujourd’hui mystérieux ! Mais cela ne décourage pas de nombreux éditeurs de logiciels. Et ils ont bien raison, car les innovations en la matière proposent désormais chaque jour des solutions plus intéressantes les unes que les autres.

Trois d’entre elles ont récemment attiré mon attention. Leur point commun est d’aborder le problème, ou plutôt la solution, par le biais de la contextualisation. Ça n’est évidemment pas le seul angle d’attaque possible de la question. D’autres solutions utilisent par exemple celui de la personnalisation, qu’elle soit implicite ou explicite (nous y reviendrons sans doute dans de prochains articles). Ici, la contextualisation consiste à dire que l’information mise à disposition de l’utilisateur varie suivant le lieu où il se trouve et/ou le moment. Comme on peut s’y attendre, tout cela repose sur l’utilisation d’appareils mobiles, smartphones ou tablettes.

1. Modifier les flux d’information en fonction du moment de la journée

Le premier exemple concerne la contextualisation temporelle. Il nous est fourni par Chameleon, une application Android disponible depuis l’été 2012. Pour l’anecdote, Chameleon est un projet financé par crowdfunding via Kickstarter, une plateforme qui a décidemment le vent en poupe. Il devait recueillir 50 000 dollars de fonds, ce qui a été atteint en quelques semaines. Chameleon n’est pas un produit dédié à l’entreprise ou à un usage professionnel, mais je trouve qu’il s’adapte particulièrement bien à ce contexte. Il mériterait d’ailleurs d’être décliné pour…

Avant d’aborder le point qui nous intéresse, il faut d’abord dire un mot sur l’interface. Chameleon se présente comme un portail avec des widgets affichant différents contenus et services. L’idée derrière l’application est de proposer un design homogène des widgets afin d’optimiser l’expérience utilisateur. Le nombre de widgets disponible est donc volontairement restreint pour l’instant et devrait augmenter progressivement. De ce point de vue, il est intéressant de noter à quel point la mise en oeuvre d’une logique de portail sur une tablette change la donne par rapport à son usage dans un navigateur desktop ! Le nombre restreint de widgets sur chaque page-écran apporte ici une grande lisibilité à ces dernières. Et le choix de passer d’un écran à l’autre par slide plutôt que de scroller verticalement se fait avec une telle fluidité qu’on en oublie presque qu’on change de page. Bref, l’expérience de navigation semble très agréable.

L'interface de Chameleon

L’interface de Chameleon est composée de widgets personnalisables

Mais revenons à notre propos initial : la contextualisation. On notera tout d’abord, que l’application permet de personnaliser l’affichage des widgets et de leur contenu, et ceci de manière très intuitive. C’est une première chose. Mais surtout, et c’est là où je voulais en venir, l’application propose une fonctionnalité très simple, mais que je trouve très maline : elle offre la possibilité à l’utilisateur de “programmer” l‘affichage de différents widgets en fonction du moment de la journée. L’idée derrière est que l’on n’a pas les mêmes besoins d’information le matin chez soi, ou dans les transports, ou pendant sa journée de travail, ou à la pause déjeuner, etc. Ceci est évidemment particulièrement vrai dans le cas d’une application mobile. Mais je pense qu’on pourrait tout à fait trouver des usages pertinents similaires sur les desktop. Je vous invite à consulter la vidéo ci-dessous pour juger par vous-même.

 

2. Se connecter à des flux d’informations locaux au gré de ses déplacements

Venons en maintenant à la contextualisation géographique. C’est l’innovation qu’a annoncé en début d’année, et que devrait lancer prochainement, Tibco sur son application sociale Tibbr (dont la version 4 vient justement d’être lancée). L’application qui m’intéresse s’appelle TibbrGeo. Elle s’appuie sur le mode de fonctionnement de Tibbr, qui propose à ses utilisateurs de créer des flux de données-activités gérés par des tags conçus comme des “sujets”, auxquels les utilisateurs peuvent ensuite s’abonner et lire dans leur Activity stream.

TibbrGeo ajoute à ce mode de fonctionnement le principe de la géolocalisation : les “sujets” correspondent à des lieux. Les lieux sont géotaggués. En fonction de mes déplacements, je vais donc pouvoir accéder au flux d’informations du lieu où je me trouve (geo data hubs). L’idée ici est que je n’ai besoin de ces informations que lorsque je suis dans le contexte de ma présence dans le lieu concerné. Et si je change de lieu, je pourrai me connecter à un autre flux de données, correspondant cette fois-ci au nouveau lieu où je me trouve, etc.

Je pense que ce mode de fonctionnement correspond parfaitement au principe du filtre intelligent qui m’apporte “la bonne information, au bon moment, au bon endroit” et m’assure plus d’efficacité ou de productivité. Je vous invite à regarder la vidéo, aussi explicite qu’inspirante :

 

3. Contextualisation géographique ET temporelle à la fois avec Google Now

Bénéficier des deux modes de contextualisation précédents, c’est ce que semble proposer Google Now, la nouvelle application mobile de Google.

Google Now

Google Now propose des informations qui varient selon le contexte temporel et géographique

Sur la page de présentation de l’application, on peut lire le texte suivant, qui met surtout l’accent sur la contextualisation temporelle, et qui semble un parfait résumé de mon propos sur ce sujet en début d’article :

Google Now gets you just the right information at just the right time.

It tells you today’s weather before you start your day, how much traffic to expect before you leave for work, when the next train will arrive as you’re standing on the platform, or your favorite team’s score while they’re playing. And the best part? All of this happens automatically. Cards appear throughout the day at the moment you need them.

La vidéo ci-dessous, quant à elle, évoque aussi bien la contextualisation temporelle que géographique :

 

Qu’ils aient été imaginés dans un contexte d’entreprise ou privé, les dispositifs ci-dessus, et tous leurs équivalents, me paraissent avoir un intérêt des plus réels pour les entreprises et leurs employés. Qu’en pensez-vous ?

Pour un design graphique de l’information d’entreprise

Face au volume sans cesse plus important des flux d’information et face au règne des données, certaines entreprises répondent en fermant le robinet et en tentant de limiter l’accès des employés à ces informations. D’autres, au contraire, essaient de doter leurs employés des moyens d’exploiter le plus efficacement possible ces données et d’en extraire un maximum de valeur ajoutée.

Face au défi du volume (les fameuses Big Data), une partie de la réponse tient évidemment dans la puissance des nouveaux outils de captation, de stockage, de filtre, de tri, d’analytique… des données. Un autre volet relève de la construction d’interfaces capables de rendre ces données lisibles et facilement navigables, ce qui aide à leur donner du sens, donc à les exploiter, les réutiliser, les manipuler, bref, à agir à partir d’elles. C’est là tout l’enjeu de la datavisualisation.
Mais, pour autant que l’enjeu de la datavisualisation soit évident lorsqu’on a affaire à des données complexes ou volumineuses, il y a selon moi un challenge tout aussi important à relever pour rendre visuelles, attractives, manipulables et plus impactantes beaucoup d’autres données et informations de l’entreprise, et parfois des données très simples. Plutôt que de parler de datavisualisation, on devrait parler ici de design d’information. A cet égard, j’ai découvert récemment une page que je trouve très inspirante.

Une grille synoptique de présentation de vos publications et réalisations

Elle se trouve sur le site de Dataveyes, une société spécialisée dans la datavisualisation. Evidemment, vous ne serez pas étonné que j’ai trouvé cet exemple chez un expert du domaine ! Je vous invite à aller voir la page “Notre histoire” sur leur site web. Elle sert ici la communication corporate externe, mais elle pourrait tout aussi bien fonctionner telle qu’elle en communication interne. Que ne rêverait-on pas de disposer d’une telle page sur un intranet !

La page "Notre Histoire" du site web de Dataveyes

La page « Notre Histoire » du site web de Dataveyes

Pourquoi cette page m’intéresse-t-elle ? Tout d’abord, elle illustre à merveille la conviction que défend cet article, à savoir qu’on a tout à gagner à rendre l’information que l’on diffuse la plus graphique possible. Et quand je parle d’information, a) il ne s’agit pas ici de données complexes, mais bien d’informations assez simples, et b) ces informations sont de types très variés puisqu’on trouve sur la même page : l’agenda des événements, la liste des projets, quelques publications de type “présentations”, des vidéos et des articles.

Une vue d’ensemble des contenus

La première chose que l’on peut noter, c’est que la présentation de ces différents types d’informations sur une même page est non seulement tout à fait cohérente, mais même particulièrement efficace, car non seulement cela évite de naviguer sur autant de pages qu’il y a ici de catégories de contenus (ce qui aurait été le cas avec un mode de présentation classique), d’où une économie de temps en termes de navigation dans les contenus, mais cela procure également un surcroît de lisibilité et donc de sens dans la lecture et l’interprétation de toutes ces informations. Cette page procure en effet à la fois une vision d’ensemble des événements et productions de l’entreprise, ce qui permet d’en prendre pleinement la mesure, et permet également d’accéder dans le détail à chacun d’eux, d’où une navigation efficace.

Pour autant, tout n’est pas parfait dans une telle page. Tout d’abord, la lisibilité de chaque contenu ne se fait pas d’emblée, mais au survol de la souris. Pour la recherche d’un contenu bien précis, c’est gênant. Certes, des correctifs sont possibles facilement, mais on pourrait aussi imaginer que cette page ne soit qu’un mode d’affichage alternatif à un mode plus classique, qui lui, listerait les accroches vers les articles.

Une ligne de temps pour revenir sur le passé ou… se projeter dans le futur

En matière de communication interne, il me paraît très intéressant de noter qu’un tel mode d’affichage peut servir aussi bien la présentation de contenus internes qu’externes. Je veux dire par là qu’on peut y voir un mode d’affichage aussi bien pour les publications de l’intranet (le magazine interne, les blogs, la webtv interne, etc…), que pour une rubrique de veille ou de revue de presse qui collecterait donc des contenus en provenance du web. Dans l’exemple de Dataveyes, la page sert d’ailleurs à donner accès à des contenus extérieurs au site dataveyes.com. Le découpage en plusieurs lignes peut être utilisé pour afficher plusieurs médias, comme dans le cas de dataveyes, ou plusieurs thèmes ou rubriques au sein d’un même média. Bref, le schéma est infiniment maléable selon les besoins.

Le dernier point que j’aimerais noter est la présentation sous forme de ligne de temps. Elle est très intéressante, mais dans le cas précis, je regrette juste qu’il n’y ait pas de datation en haut ou en bas de la grille (elle se fait en mode contextuel dans une bulle qui suit le curseur), ni de marqueur de la date du jour. En l’état actuel, l’expression “vers le futur” est trompeuse puisque la grille ne va justement pas vers le futur du jour de consultation : elle se contente de proposer une vue de ce qui s’est passé. J’aurais trouvé encore plus intéressant qu’elle propose également une vue “vers le futur”, notamment pour la ligne “Agenda des événements”, évidemment. Mais cela pourrait aussi être utile pour la partie “Projets”, pour l’annonce de sortie de nouveaux produits par exemple. Dans un contexte interne notamment, il peut être aussi utile de se projeter dans l’avenir que de pouvoir revenir dans ce qui s’est passé.

Quoi qu’il en soit, voilà une page diablement inspirante, que je vous invite vivement à aller voir et manipuler.

La timeline de vos projets et événements

Le second exemple que j’aimerais évoquer est l’une des fonctionnalités de la nouvelle version d’Office 2013 & SharePoint 2013 de Microsoft. Vous allez me dire : quel rapport ? Et bien il va vous sauter aux yeux en regardant la capture d’écran ci-dessous, puisqu’il s’agit de l’affichage des tâches et jalons d’un projet ou d’un agenda personnel sous forme de ligne de temps (ou timeline).

Ligne de temps dans SharePoint & Office 2013

Les tâches et jalons d’un projet ou d’un agenda personnel affichés sous forme de ligne de temps dans SharePoint & Office 2013

Le fait que Microsoft choisisse d’implémenter cette fonctionnalité dans l’outil phare de la collaboration d’entreprise dans le monde est pour moi significatif du fait que les acteurs majeurs de l’édition des logiciels d’entreprise prennent enfin conscience de l’importance du design d’information dans la conception des outils de travail quotidien des “travailleurs du savoir”. Une telle fonctionnalité n’est en effet plus considérée comme un gadget, mais comme le gage de plus d’efficacité individuelle et collective.

Un dashboard graphique qui résume l’activité de votre réseau social

La sortie récente de la version 4 de Tibbr, le réseau social d’entreprise de Tibco, va dans le même sens puisque l’une de ses nouvelles fonctionnalités est une page intitulée “What’s happening” qui affiche de manière très graphique sous forme de dashboard un certain nombre d’indicateurs clés relatifs à l’activité de la plateforme. La capture d’écran parle d’elle-même :

La page “What’s happening” de Tibbr.

La page “What’s happening” de Tibbr : un Dashboard très graphique.

C’est là selon moi un bel exemple de ce que le design d’information peut apporter de manière très simple à l’expérience utilisateur : clarté, sens, séduction ludique, incitation à la visite et à l’interaction… Et vous, qu’en pensez-vous ? Que pensez-vous de tous ces exemples ? Est-ce là, selon vous, une vraie tendance qui répond à un véritable enjeu ?