Interfaces immersives et murs d’écrans dans les musées et expositions

Créer un sentiment d’immersion est l’une des propriétés des images depuis qu’elles existent. C’est peut-être déjà ce que ressentaient/recherchaient les hommes préhistoriques dans les grottes qu’ils peignaient. Aujourd’hui, parce qu’elles sont calculées, électro-lumineuses, animées et interactives, les images numériques renforcent encore plus cet effet. Stéphane Vial l’a très bien montré dans sa thèse sur La structure de la révolution numérique (voir pp 276-277). Mais il montre aussi que le design de ces images, c’est-à-dire les choix effectués par les designers, a une influence considérable sur l’effet d’immersion. Parmi ces choix, la taille et la disposition de l’écran importent évidemment beaucoup. Or, les progrès technologiques en la matière permettent chaque jour d’exploiter un peu plus ces possibilités. C’est ce que l’on constate notamment dans les musées, où quelques dispositifs récents de murs d’images montrent que les designers cherchent à exploiter l’impact des images numériques géantes.

Le Liquid Galaxy du musée océanographique de Monaco

Commençons par le Musée océanographique de Monaco. C’est l’un des premiers établissements européens à utiliser le Liquid Galaxy, ce simulateur créé par Google voici quelques années pourtant, qui permet de découvrir les contenus de Google Earth en situation d’immersion. Le dispositif est composé d’écrans verticaux de grande dimension disposés en arc de cercle autour d’une console de commande afin de reproduire une vision panoramique. Le musée de Monaco l’utilise pour visualiser les contenus de Google Earth dédiés aux océans.

Le simulateur Liquid Galaxy, de Google, au Musée océanographique de Monaco (source).

Le simulateur Liquid Galaxy, de Google, au Musée océanographique de Monaco (source).

L’effet d’immersion est ici renforcé par la technologie 360° de Google Earth, par la taille et la disposition des écrans, et également par le milieu marin qui est représenté.

Une fresque digitale géante pour une exposition sur les requins.

Le musée océanographique de Monaco innove également à l’occasion d’une “exposition sensation” sur les requins. Cette exposition veut faire sensation au propre comme au figuré : “C’est à travers une nouvelle expérience de visite que le public est invité à vivre une véritable aventure pour dépasser ses préjugés et découvrir la vraie nature de ces seigneurs des mers” (source).

La fresque digitale géante de l'exposition Requins

La fresque digitale géante de l’exposition Requins

Pour servir la vocation “sensorielle” de cette expo, le musée a commandé la réalisation d’une fresque digitale géante : “Sur 20 mètres de long par 3 mètres de hauteur, [cet écran géant] dévoile les caractéristiques d’une dizaine d’espèces. Comme dans un aquarium imaginaire, les animaux, représentés dans leur taille réelle, nagent face aux visiteurs qui les animent au moyen d’un tapis interactif. Par une pression sur des repères indiqués au sol, l’esquisse d’un requin se colore et s’anime pour révéler ses caractéristiques biologiques et comportementales” (source). On peut découvrir le mur en action dans la vidéo ci-dessous :

On peut s’étonner d’autant de moyens mis en oeuvre pour une exposition temporaire. Il faut savoir que l’exposition dure quand même deux ans, ce qui permet des investissements plus importants que la plupart des expositions souvent plus courtes.

La fresque a été conçue et réalisée par l’agence Réciproque, spécialisée en scénographie digitale, et par Labeyrie & Associés.

Le mur des collections du Cleveland Museum of Art

Depuis janvier 2013, le Cleveland Museum of Art permet à ses visiteurs de découvrir l’étendue de ses collections sur un mur multi-touch de 12 m de long et 1,5 m de haut (le plus grand des Etats-Unis). Installé dans un espace digital appelé Galery One, parmi une multitude d’autres installations numériques, le mur permet de visionner et de naviguer parmi plus de 3500 objets et peintures exposés dans le musée (sur 45 000 que possède le musée au total). On peut faire une recherche par période, par thème, par type d’oeuvres, par matériaux ou par techniques. Des bornes placées au pied du mur permettent d’y déposer des tablettes tactiles qui se connectent alors au mur. Le visiteur sélectionne les oeuvres qui l’intéressent sur le mur. Elles sont alors “sélectionnées” dans la tablette. Le visiteur peut ensuite commencer sa visite en emmenant la tablette : elle va le guider dans le musée à partir des oeuvres qu’il a sélectionné sur le mur.

Le mur de collections du Cleveland Museum of

Le mur de collections du Cleveland Museum of Art

Galery One propose également un second mur multitouch appelé “Line & shape” où les visiteurs, notamment les enfants, peuvent tracer des lignes à la main pour relier les oeuvres entre elles.

Tous ces dispositifs numériques ont été conçus par l’agence Local projects, dont je vous reparlerai prochainement car elle réalise des choses formidables. Elle a d’ailleurs réalisé la scénographie digitale du musée du 11 septembre à New-York.

En tous cas, j’avoue que l’ensemble du dispositif interactif proposé par ce musée est particulièrement impressionnant et enthousiasmant. Dans la vidéo ci-dessous, on découvre notamment des bornes ludiques qui proposent une approche participative des oeuvres que je trouve géniale. Le mur des collections est visible à 1’13’’ :

 

L’écran géant utilise la technologie d’affichage MicroTile rétro-éclairée par des LED de Christie et la solution de gestion de l’interactivité multitouch ShadowSense, de Baanto.

Pour en savoir plus, vous pouvez :

Le navigateur interactif géant du Musée Victoria de Melbourne

Je termine cet article par un projet qui n’est pas encore installé mais qui a déjà été dévoilé : celui du dispositif mARchive, un navigateur interactif géant développé par le Centre de recherche iCinema de l’Université NSW de Sidney pour le musée Victoria de Melbourne. Il s’agit d’un écran cylindrique de 12 m de diamètre et 4 m de haut, dans lequel le visiteur pénètre avec des lunettes 3D. Muni d’une tablette, il peut naviguer parmi plusieurs centaines de milliers de documents (photos, cartes, objets…) ! Il faut dire qu’il y a de quoi puisque le musée en posséderai apparemment plus de 17 millions, acquis depuis plus de 150 ans !

Le futur navigateur interactif du musée Victoria

Le futur navigateur interactif du musée Victoria

L’image est créée par 12 vidéoprojecteurs stéréoscopiques associés à système audio surround.

La sensation d’immersion est vraiment poussée à son maximum, comme on peut le voir dans cette vidéo, ou bien dans celle-ci :

Pour en savoir plus sur ce dispositif :

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