Quand les vitres des véhicules font écran…

En devenant interactives, les vitres modifient notre rapport à l’environnement : elles nous permettant d’ajouter une couche d’informations entre le monde réel et nous. C’est le principe de la réalité augmentée. Mais elle sort désormais des appareils où elle était habituellement cantonnée, à savoir les mobiles et les ordinateurs, pour gagner désormais de nouveaux “appareils” : les véhicules qui nous transportent, dont les vitres deviennent des écrans. Mais une telle mutation va-t-elle réellement enrichir notre expérience quotidienne ? N’allons-nous pas plutôt vivre dans une bulle immersive qui nous empêche de voir le monde ? Je ne pense pas. Heureusement !

J’ai déjà évoqué dans un précédent article plusieurs projets qui visent à doter les véhicules de vitres interactives : Windows Of Opportunity, de General Motors, ou Window to the World, de Toyota. Dans les deux cas, il s’agit des vitres de voitures. Et dans ce même article en effet, je ne parle pas beaucoup des vitres de transports en commun. Uniquement à travers l’installation artistique Touch the train window du collectif japonais CSP-Salad. Pourtant, j’y évoque bien l’intérêt que de telles innovations pourraient avoir pour les trains par exemple. Et bien justement, pour rattraper mon retard, c’est aux projets qui visent à rendre interactives les vitres des trains et des bus que je vais m’intéresser dans le présent article !

Commençons avec le concept Urban Mobility, “an interactive bus window to solve some problems related to urban mobility”, tel que le décrit Tiago Piriquito, son designer. En réalité, le principal problème résolu ici semble bien être celui de l’ennui pendant le trajet puisque les vitres, si elles étaient réalisées telles quelles, proposeraient des fonctionnalités de jeu, de news et de visite guidée des lieux traversés (infos contextuelles relatives aux monuments visibles). Donc, peu d’infos réellement « pratiques ».

Les écrans du concept Urban Mobility.

Les écrans du concept Urban Mobility.

De son côté, le très beau projet History travels with you entend donner de la profondeur historique à nos déplacements urbains en bus. Imaginé par Ilse Heesterbeek, une étudiante de la Eindhoven Design Academy, il consiste à afficher sur une vitre rendue tactile des photos, des textes ou des vidéos qui évoquent le passé des lieux traversés.

Ces concepts qui utilisent une vitre interactive me rappellent dans l’esprit le projet malicieux et 100% non-digital de Daniel Disselkoen intitulé Man eater :

Comme quoi, il n’y a pas que le digital dans la vie : un simple sticker suffit à nous rendre notre âme d’enfant, à nous distraire et à rendre la ville et ses transports en commun ludiques !

Je trouve également intéressant de rapprocher ces projets de la campagne #NoFilterJustRayBan imaginée par la marque de lunettes à l’occasion de laquelle elle a recouvert de filtres de couleur les vitres de certains bus de la capitale belge pour rappeler la vue que l’on a à travers ses lunettes.

Finalement, les vitres des véhicules sont comme les verres des lunettes : ils s’interposent entre le monde et nous. Et de la même manière, ils deviennent aujourd’hui, les uns et les autres, interactifs !

Une autre campagne avait joué en son temps de la similarité entre les écrans numériques et les vitres des bus. Le site hongrois de partage de vidéo Inda Video avait “transformé” les vitres de bus en écrans vidéos via un simple sticker posé sur leur pourtour :

Le sticker Inda Video posé sur une vitre de bus la transforme en écran de visualisation de vidéo.

Le sticker Inda Video posé sur une vitre de bus la transforme en écran de visualisation de vidéo.

Mais si les vitres sont évidemment le support possible d’un affichage visuel, il existe également des projets qui les investissent en tant que support de diffusion audio. C’est le cas du concept Talking windows, imaginé par Audiva, une société allemande spécialisée dans l’audition.

Audiva a tout d’abord constaté que les voyageurs reposaient souvent leur tête contre la vitre des trains. Elle a alors imaginé que cette position pouvait être l’opportunité de diffuser des messages publicitaires à ces passagers via un système de conduction osseuse ! On sait que les Google Glasses utilisent également la conduction osseuse pour la diffusion audio.

Le boîtier de diffusion  audio d'Audiva.

Le boîtier de diffusion audio d’Audiva.

Le dispositif fonctionne avec un boîtier qui diffuse le son via la vitre, puis par conduction osseuse il est « entendu » par la personne qui appuie sa tête sur la vitre.

Le point désespérant du système est qu’il ne semble avoir été pensé pour l’instant que pour diffuser des publicités plutôt que du contenu. En revanche, le point intéressant par rapport à l’usage des vitres comme support d’images me paraît être le respect d’une sphère d’audience individuelle plutôt que collective comme pour les vitres-écrans (cf. mes remarques en fin d’article).

Enfin, dans un autre registre, plus total, plus fou et plus futuriste encore, le concept Willie bus, imaginé par Tad Orlowski transforme l’intégralité des parois (très transparentes) d’un autobus en écrans interactifs qui peuvent afficher des publicités pour les passants ou des informations pour les passagers !

Un projet qui aurait eu sa place dans ma série d’articles sur la manière de transformer n’importe quelle surface en interface.

Le concept Willie Bus

Le concept Willie Bus

Vous pourrez en savoir plus sur ce concept et découvrir d’autres photos dans cet article.

Finalement, tous ces projets m’intéressent à plus d’un titre :

  • Tout d’abord, ils illustrent la tendance des vitres à se transformer en écrans interactifs.

  • D’une certaine manière, c’est un cas particulier de la tendance qui veut que toute surface devienne interactive, un sujet que j’ai déjà abordé dans une série d’articles comme je l’ai indiqué au début de cet article.

  • Lorsque les vitres se transforment en écrans, il s’agit alors d’écrans “transparents”, un sujet sur lequel j’écris beaucoup dans ce blog car il représente selon moi une tendance forte de notre écosystème informationnel numérique. Ce qui pose toute une cohorte de questions en termes d’usages et de conception (ergonomie notamment).

  • En tant qu’écrans transparents, ils reposent en grande partie sur le principe de la superposition d’images (voir également mes articles sur la reconduction photographique)

  • Enfin, ils posent le problème de leur usage dans le contexte de l’audience collective des bus ou des trains. Ce point me paraît être l’une des principales difficultés de mise en oeuvre de ces dispositifs. En effet, à l’inverse des écrans habituels, les vitres des trains et des bus ne sont pas adaptées à un usage individuel : leur taille et leur disposition ainsi que la disposition des individus dans le véhicule créent nécessairement une audience collective à leur fonctionnement en tant qu’écrans. Or, comment gérer cet aspect collectif de l’audience ? Qui décide quoi afficher ? Qui décide même s’il faut afficher quelque chose ? Comme réserver une zone de non-réception (une zone de calme) aux voyageurs qui ne souhaitent pas voir ce qui s’affiche à l’écran ou entendre l’audio (qui souhaitent rester dans le calme) ? Il y a là une vraie difficulté, surtout pour l’aspect visuel. Car d’une certaine manière on peut imaginer un dispositif pour rendre l’aspect audio privatif (Cf. le concept d’Audiva ci-dessus), mais c’est beaucoup plus difficile à imaginer pour l’aspect visuel.

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