Des vidéos innovantes pour la promotion touristique : détournements et crowdsourcing

Comme vous l’avez sans doute remarqué, la plupart des exemples que j’ai retenu dans les deux premiers articles de cette série (1 et 2) sont des réalisations d’amateurs ou des initiatives individuelles et non des commandes institutionnelles. C’est justement le but de ce troisième article : montrer qu’aujourd’hui, les amateurs produisent plus d’images (photos ou vidéos) et plus originales sur n’importe quel lieu que l’institution représentative du lieu ne peut en produire elle-même. Et le désir du public d’aller sur le lieu naît de plus en plus, aujourd’hui, de ces images que des images officielles du lieu.

Face à ce phénomène, les institutions représentatives d’un lieu ont donc tout intérêt à avoir une stratégie de crowdsourcing de contenus, c’est-à-dire qu’elles doivent s’intéresser à la manière d’assurer leur promotion via ces contenus produits par les individus, ou contenus dits UGC (user generated content). Une telle stratégie peut prendre différentes formes. Voici quelques exemples ou suggestions pour vous inspirer :

1. Organisez ou sponsorisez un concours de vidéos

C’est l’idée la plus évidente et la plus répandue. Le concours peut consister à filmer le lieu concerné ou bien être juste organisé par l’organisme responsable du lieu et porter sur un thème associé.

Le premier de ces deux scénarios a été choisi en 2012 par la Commission canadienne du tourisme pour son concours 35 millions de regards. L’organisme a invité les canadiens à poster des photos ou des vidéos clamant l’amour de leur pays. Résultat : plus de 8000 participations, 65 heures d’images reçues, 82 gagnants et finalement une vidéo de 2 min composée d’une sélection des films reçus :

Quelques mois plus tôt, la ville de Savannah, dans le sud des Etats-Unis (Etat de Géorgie) avait organisé un concours similaire où elle demandait au public de réaliser cette fois-ci un clip entier. La vidéo gagnante, You’ve Gotta come to Savannah, est un film humoristique qui passe en revue toutes les raisons de venir visiter la ville.

Un autre exemple sympathique nous est fourni par l’Office Australien du Tourisme et la ville de Sydney dans le cadre de leur partenariat pour promouvoir la ville de Sydney comme destination privilégiée pour passer le réveillon du Nouvel An (et ainsi passer à la nouvelle année avant tout le monde !) A l’occasion du Nouvel An 2012, les deux institutions ont donc invité des personnes qui avaient choisi de venir passer les fêtes à Sydney à raconter leur voyage en vidéo et à le poster via une application iPhone créée par la ville qui permettait de poster des vidéos de 12 secondes seulement. Un avant goût de Vine et Viddy en quelques sorte !! Bref, une vidéo a ensuite été créée très rapidement à partir de ces envois et diffusée sur les médias sociaux avant que le reste du monde n’ait à son tour basculé dans la nouvelle année !

Le second des deux scénarios cités ci-dessus a été choisi par l’hôtel The Cavendish London en début d’année 2013, lorsqu’il a organisé le concours #Valentinevine qui permettait de gagner un séjour dans l’établissement à l’occasion de la Saint Valentin. Le défi pour les participants : réaliser la vidéo Vine la plus romantique possible ! (Pour en savoir plus, lire cet article)

L’Office du tourisme de Norvège s’est lui aussi prêté à cet exercice avec un concours intitulé The scream, à l’occasion du 150ème anniversaire de la naissance d’Edvard Munch, le peintre norvégien du célèbre tableau “Le Cri”. Le concours demandait au public de se filmer en faisant un cri (!) et de partager la vidéo sur le site. Autant dire qu’il y a eu du bon et du moins bon dans les envois. Mais quoi qu’il en soit, les vidéos gagnantes ont été rassemblées dans une seule vidéo visible actuellement sur le site. Et la campagne a même été plébiscitée par les professionnels du tourisme !

Quel que soit le scénario retenu, ce type de démarche fait évidemment penser au film participatif Life in a day initié par Ridley Scott en 2010-2011. Il avait alors demandé au public de filmer leur journée du 24 juillet 2010 et de poster la vidéo sur YouTube. Il a reçu 4500 heures de vidéos en provenance de 192 pays. En montant les meilleures séquences, il a réalisé un film d’une heure trente, qui a été présenté le 27 janvier 2011 au festival de Sundance.

Dans le même registre, on peut aussi citer le projet One day on earth piloté par Kyle Ruddick, qui fonctionne exactement de la même manière mais qui est peut être plus ambitieux encore dans la mesure où il s’est déroulé sur 3 années (1 jour par an, le 10/10/10, le 11/11/11 et le 12/12/12.)

Pour l’anecdote, cette démarche de crowdsourcing video est également celle qu’à choisi,  dans un secteur d’activité différent que le tourisme, la marque de sport Décathlon qui propose à ses fans sur sa page Facebook un concours de vidéo intitulé Nos champions de tous les jours, avec pour objectif final de réaliser une vidéo composée des meilleurs extraits des vidéos postées.

Dans le même registre que les concours, on peut citer le Festival du film de vacances, dont plusieurs institutions touristiques sont sponsors, tel que le Comité Régional du Tourisme Poitou-Charentes, dont j’ai déjà parlé dans le premier article de cette série à propos du film Ile de Ré réalisé avec une caméra GoPro.

2. Créez un site de curation de vidéos de visiteurs

Pour capter une partie de la valeur issue de la multitude de contenus créés par les internautes sur votre ville, votre pays, votre monument, votre entreprise ou votre site, quoi de mieux que de créer un site de curation ou de social-bookmarking dédié ?

Vous pouvez pour cela créer votre propre média et/ou utiliser les sites, applications et réseaux sociaux de vidéos tels que Vine, Instagram, Youtube, Viddy…

C’est ce que fait notamment le voyagiste Marmara qui joue sur les deux tableaux en proposant à la fois une rubrique vidéo participative au sein de son réseau social maison Marmarafit et en relayant ces vidéos ou d’autres sur sa chaîne YouTube.

Le Comité du Tourisme de Nouvelle Zélande ouvre également sa chaîne YouTube aux vidéos de voyageurs à travers la rubrique Traveller’s video ou encore à des organismes partenaires tels que des offices de tourisme locaux ou des médias grand public (la BBC par exemple).

L’Office de Tourisme de Grèce fait la même chose, avec une mise en scène soignée sur sa chaîne YouTube Visit Greece et une présence étendue à des réseaux sociaux tels que Pinterest, qui permet également de partager des vidéos et Instagram, qui permet de partager des micro-vidéos.

A l’image de ces institutions, pour rassembler ces contenus, plusieurs stratégies sont possibles : vous pouvez aller les chercher par vous même (curation), vous pouvez inviter les internautes à les poster sur votre site ou bien vous pouvez aussi proposer un hastag (ou mot-clé) qui vous permettra de rassembler automatiquement tous les médias publiés avec ce hashtag. C’est ce que propose par exemple l’Office de tourisme d’Anjou avec le hashtag #jaimelanjou, qui lui permet de regrouper photos et vidéos publiées avec ce hashtag sur sa page Facebook ou Pinterest ou sur la plateforme Statigr.am.

Tous les formats de vidéos évoqués dans les articles précédents et ci-dessus sont de parfaits boosters de l’activité et de l’audience de votre page Facebook ou Google+, de vos compte Twitter ou Instagram, de votre chaîne YouTube, etc. Pourquoi ne pas les utiliser pour féliciter leur auteur et promouvoir votre site ?

3. Aidez vos visiteurs à se filmer pendant leur visite ou leur présence sur place en mettant des dispositifs de captation vidéo à leur disposition avec fonction de partage social

C’est ce que propose la société Trinum avec ses vidéozones SnapMyRide pour les stations de ski. Il s’agit de zones dédiées où les skieurs peuvent être filmés et partager les vidéos sur les médias sociaux.

Cela me semble assez proche de ce qui se passe dans les magasins connectés où des dispositifs tels que des miroirs digitaux permettent aux clients de se filmer ou photographier pendant leur essayage pour partager le résultat sur les médias sociaux.

Une autre initiative me paraît particulièrement intéressante sur ce point : c’est Znappit, une application pour smartphone qui permet aux participants d’un événement de mettre en commun les vidéos de l’événement qu’ils font avec leur smartphone pour les réunir dans un seul et même film final. Vous pouvez voir ci-dessous un exemple de « znapping » réalisé à l’occasion ou OuiShareFest, une manifestation organisée par OuiShare :

Une telle démarche est d’ailleurs à mettre en relation avec la nouvelle fonctionnalité d’album collaboratif en cours de déploiement sur Facebook.

4. Invitez des artistes en résidence

Les vidéastes professionnels peuvent aussi travailler pour vous non seulement de manière directe dans le cadre d’une commande, mais aussi de manière indirecte. Ainsi, de son passage en résidence à l’Abbaye de Fontevraud, Francis Cuter à non seulement tiré une vidéo de promotion de l’abbaye, mais aussi la source d’inspiration d’autres films, comme par exemple le video-clip du titre Fuya, du groupe C2C, filmé à l’abbaye et primé d’une Victoire de la musique 2013.

5. Mobilisez des artistes pour détourner leurs créations originales dans un style « crowdsourcing »

Pour relancer le tourisme en Islande après l’épisode du volcan Eyjafjallajökull, le Comité du tourisme islandais a lancé la campagne Inspired by iceland, pour laquelle il a détourné le clip original de la chanson Jungle Drum d’Emiliana Torrini en créant, avec le concours de la chanteuse, une version qui se donne l’allure d’un patchwork de vidéos d’amateurs dans le style de Where the hell is Matt?. Je trouve le résultat fort sympathique…

Voilà qui me paraît une belle fin pour cette série d’articles consacrée aux innovations en matière de vidéo pour la promotion touristique. N’hésitez pas à me faire part de vos remarques ou de vos découvertes pour compléter ou amender ce tour d’horizon très subjectif…

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Une réflexion sur “Des vidéos innovantes pour la promotion touristique : détournements et crowdsourcing

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