Quand la transparence transforme les surfaces en interfaces

J’ai récemment consacré plusieurs articles à l’imaginaire de la transparence qui hante les concepteurs d’appareils digitaux. Dans ces articles, il a surtout été question de smartphones, d’ordinateurs, de télévisions ou de dispositifs immatériels tels que les hologrammes. D’une manière ou d’une autre, il était donc toujours question d’écrans ou d’interfaces, c’est-à-dire de dispositifs par lesquels nous manipulons des signes. Pourtant, le désir de transparence des matériaux existe dans la conception de bien d’autres “objets”, qui ne sont ni des écrans, ni des interfaces. Dans cet article, je voudrais en évoquer deux en particulier. Mais vous verrez que l’on va vite retrouver la question des interfaces… Chassez le naturel…

L’architecture transparente

Le premier domaine est l’architecture. J’en ai parlé dans l’article que j’ai consacré à Apple. La marque à la pomme s’est en effet spécialisée dans l’usage du verre et des matériaux transparents pour la construction aussi bien de ses façades, de ses vitrines ou de son aménagement intérieur (escaliers, balustrades, parois…).

Au-delà d’Apple, il existe une tradition ou un courant architectural qui s’évertue à créer une “architecture de la transparence”.

La pyramide du Louvre

La pyramide du Louvre, de Ieoh Ming Pei. L’Apple store se trouve juste en dessous…

Je ne suis pas spécialiste de ce sujet, mais je vous invite à lire cet article complet et passionnant sur cette question : Architectures de la transparence.

Au Japon, une maison totalement transparente a même été construite.

 

Vous y habiteriez ?

Bon, tout ça c’est très bien, mais on est là face à une transparence passive, celle d’un simple matériau : le verre.

Je trouve en réalité beaucoup plus fascinant et intéressant le bâtiment ci-dessous, construit dans les Dolomites, en Italie, par Martin Mutschlechner et Barbara Lanz de l’agence Stadtlabor, avec Wolfgang Meraner. Il s’agit d’une salle d’escalade dont les parois extérieures sont construites en aluminium percé de minuscules perforations. Ainsi, le bâtiment est opaque le jour, mais il réfléchit l’environnement. Et il est transparent la nuit quand l’éclairage intérieur est mis en place. L’intention des architectes derrière ce mécanisme est fascinante : le bâtiment rapproche les grimpeurs de la nature le jour en leur montrant une image réfléchie des montagnes environnantes, et la nuit venue, il rapproche les passants qui sont dehors avec les grimpeurs qui sont dedans (Plus d’infos dans cet article de Mashable).

 

On a donc ici beaucoup plus qu’une simple transparence de principe : c’est une transparence dynamique, qui permet une perception différente du bâtiment selon les circonstances. “La nature entre à l’intérieur du bâtiment” disent les architectes. Mais le regard des passants aussi, dévoilant ainsi une ancienne intimité. La surface du bâtiment devient presque une interface en réfléchissant une image ou en en laissant passer une autre. Elle laisse ainsi passer des informations pour les spectateurs, elle incite à l’interaction et au rêve.

Peut-être faut-il également ranger dans cette catégorie cette église transparente ?

L'église transparente construite par le studio d’architecte Gijs Van Vaerenbergh

L’église transparente construite par le studio d’architecte Gijs Van Vaerenbergh (plus d’images sur Fubiz)

Ce qui est intéressant par ailleurs, c’est que trop de transparence devient parfois un vrai problème, notamment sur les lieux de travail, et qu’à l’inverse certains designers et ingénieurs cherchent alors à recréer de l’opacité, notamment dans les openspaces, comme c’est le cas avec ce projet fascinant d’une paroi qui s’opacifie en fonction de l’activité intellectuelle de la personne pour faciliter sa concentration (lire cet article pour en savoir plus).

Photo-MIT1

La paroi qui s’opacifie. MIT. (source)

Le mécanisme de fonctionnement de la paroi qui s'opacifie.

Le mécanisme de fonctionnement de la paroi.

Pour l’anecdote, ce projet prend encore plus de valeur lorsque l’on découvre où il a été conçu, en l’occurrence dans les locaux du MIT, qui représentent à eux seuls, dans leur ancienne comme dans leur nouvelle version, un véritable manifeste de l’architecture de la collaboration… et d’une certaine manière de la transparence. Pour en savoir plus sur ces bâtiments fascinants, je vous invite à lire cet article : MIT Media Lab : Architecture as a living organism.

Une des salles du MIT.

Une des salles du MIT (source).

Les vêtements transparents

Après l’architecture : la mode et l’habillement.

Il y a quelques mois, les Studios Roosegaarde ont créé la sensation en présentant la robe Intimacy 2.0, qui devient transparente lorsque le désir sexuel de la personne qui le porte augmente !

Là aussi, comme avec la salle d’escalade, ce qui est intéressant c’est que la robe réagisse à des stimulis, que la transparence ne soit pas de fait mais dynamique, qu’elle soit le signe de quelque chose qui s’interprète, et qu’elle soit justement la réponse au désir de voir et de laisser voir, de susciter l’interaction.

Là aussi, la robe n’est donc plus seulement une surface, elle devient une interface d’affichage d’une information, en même temps qu’une action en réponse à cette information, une action qui suscite une autre interaction…

Des surfaces aux interfaces

En cherchant à rendre ces surfaces transparentes, leurs concepteurs ont donc fait beaucoup plus que transformer un matériau, ils ont transformé une fonction en la sémiotisant, en la transformant en interface.

Est-ce si étonnant que la transparence produise cet effet ? Peut-être pas la mesure où la transparence permet justement de voir à travers. De ce fait, elle révèle des choses. Elle permet au sens et à l’interprétation d’émerger. De ce fait également, elle devient une interface entre chaque côté de sa cloison.

Cela me fait penser à la scène d’introduction du film de prospective de Microsoft que j’ai déjà évoqué, où l’on voit deux enfants communiquer via un mur interactif qui donne l’impression qu’ils sont chacun de part et d’autre d’une vitre. Une belle image pour finir cet article.

Quand les murs interactifs donnent l'illusion d'être une vitre... interactive elle aussi.

Quand les murs interactifs donnent l’illusion d’être une vitre… interactive elle aussi.

 

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3 réflexions sur “Quand la transparence transforme les surfaces en interfaces

  1. Pingback: Quand Mercedes révèle le lien entre écologie et transparence au détour d’une campagne de pub | Paysages numériques...

  2. Pingback: Quand n’importe quelle surface devient une interface. Episode 2 : Les surfaces d’affichage réactives. | Paysages numériques...

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