Espèces d’espaces de travail : un rêve de rangement

Demain, vendredi 24 mai, a lieu la Journée mondiale du rangement de bureaux. C’est une initiative marrante qui, s’y j’en crois son site web, allie le souci de bien-être qu’on peut aisément imaginer à la chose à d’autre paramètres tout aussi intéressants : la convivialité de faire cela collectivement, le souci d’écologie qu’il y a à recycler et, le plus original de tous, l’événementialisation créatrice & ludique qui se cache derrière l’invitation à participer à un concours de création de contenus originaux via des outils digitaux tels que Vine, Instagram ou autres. Ou comment transformer une tâche qui pourrait paraître pénible en moment de plaisir et d’amusement !

Bref, à la veille de cet événement, il m’a paru opportun de vous proposer le texte ci-dessous, rédigé depuis plusieurs semaines déjà et qui attendait une occasion comme celle-là pour sortir au grand jour… 🙂 Bonne lecture !

Espèces d’espaces

Notre espace de travail est un drôle d’animal. De quelle espèce est-il ? Si l’on s’amuse à décortiquer celui de l’employé de bureau ou du knowledge worker (j’en suis un), on découvre qu’il possède plusieurs couches :

  • le bureau-bâtiment
  • le bureau-pièce
  • le bureau-table
  • le bureau virtuel,
    • lequel se découpe lui-même de plus en plus en : ordinateur / tablette / smartphone,
    • lesquels abritent eux-mêmes de multiples applications,
    • découpées elles-mêmes en plusieurs écrans…
  • …jusqu’à finir par considérer peut-être notre espace mental, le plus immatériel, et pourtant, d’une certaine manière, le plus grand…

Ainsi constitué en poupées russes, on dirait que cet espace emprunte à plusieurs espèces, comme l’ornithorynque…

On se dit aussi qu’il a autant d’espèces de concepteurs/designers que d’espèces de couches :

  • architecte pour le bureau-bâtiment
  • architecte d’intérieur pour le bureau-pièce
  • le travailleur lui-même pour le bureau-table (c’est lui qui l’organise)
  • designer digital pour le bureau virtuel
  • parents, enseignants, artistes, amis, collègues, société… et le travailleur lui-même pour l’espace mental.

Finalement, le travail de chacun de ces concepteurs doit bien avoir un rapport avec le travail des autres, non ? Il s’agit toujours d’organiser l’espace…

Quand l’espace de travail s’affiche…

Si j’en suis arrivé à cette réflexion, c’est à la vue de l’affiche ci-dessous (si si…) :

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(cliquez sur l’image pour agrandir)

Ce qui m’intéresse dans cette affiche :

  • c’est d’une part que l’on considère le smartphone et son écran comme un “espace de travail”.
  • c’est également l’interface graphique de Windows Phone, constituée de “tuiles” de différentes tailles juxtaposées en une sorte de carrelage très ordonné.
  • c’est enfin la mise en relation de cette interface avec une juxtaposition d’objets de travail disposés selon le même “carrelage” bien ordonné que l’interface du smartphone, dans une vue qui semble prise en plongée au-dessus de la table de bureau.

Un rêve de rangement ?

La première impression qui se dégage de cette image est celle d’un ordre parfait : tout est parfaitement rangé, à sa place. Mais n’est-ce pas trop bien rangé ? Ne serait-ce pas plutôt un rêve de rangement ? Sur la table de bureau en tout cas, un tel rangement ne résisterait pas à l’usage. Il n’existe que pour la photo publicitaire, pas sur celle de reportage…

Le bureau d’Albert Einstein photographié le jour de son décès

Le bureau d’Albert Einstein photographié le jour de son décès, le 18 avril 1955, par Ralph Morse pour le magazine Life (source).

Dans un espace de travail physique qui sert, la superposition désordonnée l’emporte vite sur la juxtaposition ordonnée.

"Si un bureau en désordre dénote un esprit brouillon, que dire d'un bureau vide ?" Albert Einstein

« Si un bureau en désordre dénote un esprit brouillon, que dire d’un bureau vide ? » Albert Einstein (source).

En va-t-il de même sur le smartphone ? 

Et bien, sans doute est-ce là le miracle du numérique :

  • il semble que tous les états soient possibles : l’écran bien rangé, les tuiles ou carreaux dynamiques, la liste, l’espace plus grand que la taille de l’écran, le zoom… le retour aux tuiles… voilà un espace maléable à l’infini…
  • et tout cela différemment pour chacun : “votre smartphone devient un espace de travail personnalisable” dit l’affiche ci-dessus, tout comme la vidéo ci-dessous :

Le smartphone semble donc la promesse d’autant d’espèces d’espaces numériques que d’individus, voire de moments de la journée. A vous de voir ce que vous souhaitez mettre en haut de la pile de tuiles, comme le rappelle l’opérateur Orange sur sa page de promotion de l’OS Windows phone :

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Publicité pour l’OS Windows Phone, par Orange.

Regarder l’ordre en face

Sur l’affiche initiale, m’interpelle également la vue de ces outils de travail, bien rangés en rectangles et carrés, qui singent le carrelage de tuiles ou de carreaux de l’interface du smartphone. Je me suis longtemps demandé ce qui m’interpellait dans cette composition. Je crois avoir compris.

Cette vision idéale d’un espace de travail carré et bien rangé me rappelle celle, plus cauchemardesque, imaginée par Jacques Tati, dans Playtime.

On y voit l’espace du bureau-pièce, organisé lui aussi en un quadrillage parfait :

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Une scène de Playtime, de Jacques Tati.

Et celle du bureau-bâtiment (vue de la façade), organisé exactement de la même manière :

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Des facades au quadrillage parfait.

Mais revenons à l’affiche d’Orange. Les outils de travail bien rangés et juxtaposés au point de reconstituer le “carrelage” de tuiles de l’interface de Windows Phone quand on les prend en photo en plongée verticale me font penser à ces vues de kits graphiques que l’ont trouve à foison sur le site de portfolio Behance :

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Un kit graphique sur le site de portfolio Behance (source).

Des vues que l’on peut facilement singer, comme le fait Stéphane Masset avec cette photo pour le concours de photographie intitulé Flashe ton buro, organisé sur le site Wipplay.

Qu’il ait fait cela pour un concours intitulé Flashe ton buro est tout à fait symptomatique.

Ce mode de présentation est aussi celui de tous types de kits quand on les photographie en plongée verticale. A titre d’exemple, voici le kit de survie post 21 décembre 2012 :

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Le Kit de survie post 21 décembre 2012 photographié en plongée verticale. (source).

Le même kit photographié sous un autre angle n’est plus du tout présenté pareil :

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Le même kit, mais photographié sous un autre angle : et hop ! de ce fait, les produits ne sont plus du tout rangés selon le beau quadrillage précédent, mais superposés les uns aux autres. (source)

Ainsi donc, la vision idéale du quadrillage parfait ne résiste pas au changement d’angle. Elle est valable pour la vue aérienne, transcendante, mais pas pour la vue humaine, horizontale, ou plus oblique !

Les variations de l’espace de travail

Si l’espace de travail change d’espèce (c’est-à-dire s’il passe du bureau-pièce à la rue, ou à la maison, ou au parc…), les outils de travail changent, s’adaptent. C’est ce que l’on peut voir dans cet article du blog SkyBambi :

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Le bureau-table dans le bureau-pièce. (source)

Pour un lieu différent, un kit de bureau différent. Plein d'autres exemples déclinés dans cet article.

Pour un lieu différent, un kit de bureau différent. Plein d’autres exemples déclinés dans cet article.

Dans cette perspective, je voudrais évoquer le travail de deux photographes que je trouve remarquables. Lucie & Simon sont des adeptes des prises de vue en plongée verticale, notamment à travers leur série Scènes de vie. Ils ont aussi réalisé de la même manière un reportage au sein d’un atelier de la maison Hermès. A cette occasion, ils ont photographié en plongée verticale des tables de travail des artisans de l’atelier :

Ici, étonnamment, le réel paraît bien plus poétique et évocateur que l’idéal de rangement de l’affiche initiale. Ce sont de vrais bureaux, de vrais artisans. Mais qui peuvent parfois révéler une organisation des pièces (de cuir) dans l’espace très proche de celle de l’affiche que j’ai cité au début, comme c’est le cas dans la dernière photo de cette série.

Pour finir, si cette toute cette réflexion vous inspire, et si vous voulez de l’aide pour la journée du rangement de demain, sans doute devriez-vous contacter la société lilloise Espèce d’espace, elle-même un peu ornithorynque de l’espace (elle n’est pas la seule bien sûr…) puisqu’elle pratique le design des espaces, la photographie d’espaces, le design graphique et le design digital. Évidemment, son site (web) est construit avec un beau “carrelage” de photos (donc des juxtapositions), et sur les photos on voit des superpositions. Voilà qui clôt ma rêverie en toute logique !

Alors, vous allez y participer, vous, à la Journée mondiale du rangement de bureau ?

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Une réflexion sur “Espèces d’espaces de travail : un rêve de rangement

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