Les hologrammes : des interfaces d’affichage aux interfaces de commande

Dans le précédent article, j’ai passé en revue plusieurs usages (rêvés ou en cours) des hologrammes, ou tout au moins de ce que l’on regroupe aujourd’hui sous cette appellation. Dans le présent billet, j’aimerai analyser ces exemples d’un autre point de vue : en l’occurrence, en m’attachant à ce que montrent ces hologrammes et comment on considère ce qu’ils montrent.

Pour commencer, essayons de classer ces hologrammes en grandes familles. Ce qui est intéressant de ce point de vue, c’est que les usages rêvés dans les films de science-fiction regroupent finalement presque toutes les catégories que je propose d’identifier. 

J’en distinguerai 5 :

  • D’un côté, on a des hologrammes qui représentent des humains; et on interagit avec eux comme on interagit avec des humains de chair et d’os, c’est-à-dire par la parole. L’exemple, ici, ce sont les hologrammes de Star Wars, tel celui de Princesse Leia, illustré dans mon précédent billet.

  • On peut aussi avoir des hologrammes d’êtres vivants non humains, surtout des animaux évidemment, avec lesquels on peut imaginer interagir ou non comme avec de vrais animaux de chair et d’os. Ce cas de figure est le seul qui n’est pas représenté dans les exemples issus des films des science-fiction de mon précédent billet. C’est plutôt l’exemple du défilé Diesel.

  • On a aussi des hologrammes d’objets ou de décors que l’on considère comme les objets eux-mêmes, réels, et vis-à-vis desquels on interagit comme avec les vrais objets ou éléments de décors qu’ils représentent. C’est l’exemple du Holodek dans Star Trek.

  • On peut aussi avoir des hologrammes d’objets ou de décors que l’on considère comme les représentations de ces objets dans une interface et que l’on peut donc manipuler comme on manipulerait ces objets en 3D dans l’interface d’un logiciel via une interface tangible. On retrouve ce cas de figure dans Iron Man, quand il manipule la ville par exemple.

  • Enfin, on a des hologrammes d’interfaces d’applications affichant des signes à manipuler comme sur une interface 2D tangible. C’est ce que l’on voit dans les visuels issus d’Avatar dans mon article ou dans Iron Man.

Ce qui est étonnant, c’est que la représentativité de ces 5 catégories n’est pas du tout la même entre les exemples que j’ai retenus pour les films de science-fiction et ceux issus des usages réels. En effet, alors que j’ai retenu plusieurs exemples d’hologrammes d’interfaces dans les films, il n’en existe quasiment pas aujourd’hui dans la “vraie vie”. A l’inverse, alors que je n’ai pas beaucoup d’exemples d’hologrammes de personnages dans les films, c’est la catégorie ultra-dominante dans mes exemples réels. L’une des raisons à cela vient sous doute au fait que ce qui m’a amené à m’intéresser aux hologrammes, ce sont les interfaces transparentes. J’ai donc surtout fait une recherche en ce sens dans les films de science-fiction. Pour être plus précis, il faudrait donc faire un inventaire plus exhaustif dans les films de science-fiction et aussi dans les exemples réels. Mais peu importe. Car ça ne changera pas le fait que dans les exemples réels, les formes humaines ou les représentations d’objets dominent largement sur les interfaces interactives. Pourquoi cette situation ? C’est ce que nous allons voir en analysant plus en détail chacun des 5 types ci-dessus. 

Les hologrammes à forme humaine

Ce qui nous fascine dans les hologrammes à forme humaine, c’est qu’ils nous donnent une illusion très particulière de la présence de la personne représentée. On sait que ça n’est pas elle, mais il y a quand même quelque chose de bluffant, qui va d’ailleurs bien au-delà du simple réalisme.

La plupart des exemples cités dans mon précédent billet jouent d’ailleurs sur cette illusion en la mettant au service de situations normalement impossibles dans la vie réelle mais rendues possible par le virtuel :

Dans tous ces cas, l’effet produit provient de notre stupéfaction devant la capacité à créer l’illusion, quand bien même on sait qu’il ne s’agit pas de la “vraie” personne, voire même que le réalisme n’est pas total. On est sans cesse balancé entre ces deux mouvements et c’est ça qui fascine. D’où vient la capacité à créer l’illusion ? Je pense qu’elle est d’autant plus forte que l’hologramme apparaît en volume et que l’image se limite pour autant à la stricte forme de la personne, sans fond, donc sans écran. Or, c’est justement la limite des exemples ci-dessus, car aucune technique aujourd’hui ne permet réellement d’arriver à ce résultat.

Un autre point me paraît très important. Il y a selon moi deux usages différents dans les exemples ci-dessus :

  • dans certains cas, l’hologramme est censé représenter une personne en particulier, que l’on peut donc connaître : c’est telle personne. C’est le cas pour les exemples de Star Wars, Beyoncé, Tupac Shakur, les rescapés de l’Holocauste ou Miku Hatsune.

  • dans les autres, l’hologramme représente des personnes indifférenciées, simplement des humains. C’est le cas des exemples d’Empreinte ou de Burberry.

Et cela a des conséquences sur la manière dont on perçoit et dont on utilise les hologrammes en question.

Dans le premier cas, on peut reporter sur l’hologramme beaucoup de respect ou de sentiment que l’on porte à la personne réelle qui est représentée. On serait sans doute très choqué que l’hologramme soit “vandalisé”, car on considérerait que c’est à la personne réelle que le vandale s’en prend. Comme avec une photo ou un film de cette personne, mais sans doute même encore plus. Je pense notamment au cas des rescapés de l’Holocauste, ou à n’importe qu’elle personne qu’on a connu et qui a disparu. La forme holographique vaut tellement pour ce qu’elle représente qu’elle augmente sans doute encore plus le respect qu’on lui porte. De là à susciter des comportements sacrés et idolâtres, il n’y aurait qu’un pas…

Dans le second cas, à l’inverse, on n’est pas choqué de voire les mannequins de Burberry se traverser, apparaître et disparaître, se heurter et exploser. La sensation est ici beaucoup plus franchement celle d’un spectacle et d’une projection que l’illusion d’être en présence d’une personne en particulier.

Quoi qu’il en soit, dans tous les cas de figure, les hologrammes de formes humaines sont donc essentiellement des interfaces d’affichage, qui font apparaître la personne représentée, et avec laquelle on essaie de créer les mêmes interactions qu’avec une personne réelle, à savoir la parole (elle et nous) et les gestes (idem). Mais en aucun cas on ne manipule la forme comme si c’était la représentation d’un humain dans une application logicielle. On est donc très loin de l’usage des hologrammes en tant qu’interfaces applicatives.

Les hologrammes d’animaux

Dans le panorama de mon précédent billet, cet exemple n’est représenté que par le défilé Diesel. Je le dissocie de la catégorie des hologrammes humains, mais d’une certaine manière il fonctionne identiquement, avec les deux mêmes sous-catégories : la représentation d’un animal en particulier, qui induit un certain respect et de l’interaction, par exemple mon animal de compagnie, ou celle d’un animal générique de son espèce, surtout utilisé dans des spectacles assez similaires à des projections sans interaction. Dans le défilé de Diesel on est clairement dans le second cas. La différence avec les hologrammes humains est sans doute là : alors que le premier cas est beaucoup plus fréquent que le second pour les hologrammes humains, le second cas devrait sans doute être plus fréquent que le premier pour les hologrammes d’animaux.

Les hologrammes d’objets et décors

Dans les exemples de mon précédent billet, cette catégorie est représentée par l’Holodeck de Star Trek ou l’affichage pour la Nike Free.

Ici, on cherche à créer l’illusion de l’objet ou du décor. Si c’est un décor, c’est une technique de simulation, comme dans le cas de Star Trek. Si c’est un objet, c’est une technique de démonstration, comme dans le cas de Nike.

Cette catégorie utilise surtout les hologrammes comme des interfaces d’affichage. Certes, on pourrait vouloir manipuler les objets. Mais comme dans la vie réelle on manipule les objets en les touchant, il faudrait ici, pour conserver l’illusion, une interface capable de nous permettre de manipuler l’intangible, comme le fait le héros d’Iron Man avec ses hologrammes. Les difficultés techniques sont donc multiples. On pourrait sans doute plus facilement interagir via une interface tangible permettant de manipuler l’intangible. C’est ce que nous allons rencontrer dans la catégorie suivante.

Les hologrammes de représentations d’objets, de décors, de formes

Attention à la nuance : ici, l’hologramme n’est pas censé représenter un objet réel, mais la représentation d’un objet, par exemple son image dans un logiciel 3D. De ce fait, la manipulation est au coeur de cet usage. Mais cela ne signifie pas qu’elle doit se faire via une interface intangible. Certes, c’est ce qui se passe dans l’exemple d’Iron Man, et c’est évidemment un jeu d’enfant dans un film. Il en va tout autrement dans la réalité. C’est justement pour cela que l’on peut manipuler ces objets via une interface tangible, comme ça reste le cas dans la vidéo de DVE, si tant est d’ailleurs que l’on considère l’ensemble des projections de cette vidéo comme de l’holographie. Mais peu importe. Ce que l’on constate en tous cas, c’est que plus on s’éloigne de la première catégorie pour se rapprocher de la dernière (= la suivante), moins on trouve d’exemples aujourd’hui réalisés. C’est la remarque que je faisais au début de cet article.

Les hologrammes d’interfaces applicatives

On comprend maintenant pourquoi cette catégorie est la moins représentée dans les exemples réels : son existence même consiste à être aussi bien une interface d’affichage qu’une interface de commande. Or, si on commence à voir apparaître des interfaces intangibles (Cf. Leap, Kinect…), on n’est cependant pas prêt d’avoir le degré de précision que l’on retrouve dans la coordination de l’affichage et de la commande dans Iron Man. Aujourd’hui, on a donc d’un côté des techniques d’affichage pseudo-holographiques qui se multiplient pour des spectacles ou des démonstrations, comme on a pu le voir dans les catégories précédentes; et on a de l’autre côté des techniques de commande intangibles qui apparaissent petit à petit, mais le lien entre les deux est encore loin. On le voit cependant qui se dessine si on est imaginatif… Nous verrons cela dans le prochain article…

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Une réflexion sur “Les hologrammes : des interfaces d’affichage aux interfaces de commande

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