De la transparence à l’immatériel : imaginer des signes sans écran

D’une certaine manière, vouloir créer des écrans transparents (comme nous l’avons vu dans de précédents articles : ici, , , et ), c’est sans doute vouloir aussi que les signes s’affichent sans écran… Ou tout au moins, vouloir (se) donner cette illusion, car il y a bien encore un écran, mais transparent…

Les écrans transparents permettent en effet d’afficher les signes en faisant oublier leur support pourtant nécessaire : l’écran. Avec eux, les signes se détachent de leur condition matérielle et exhaussent en cela un rêve ancestral de l’homme. En ne laissent voir que le signe et pas le support du signe, les matériaux transparents font oublier la matière et donnent l’impression à l’homme de plus de liberté.

C’est en partie, je crois, la raison pour laquelle la réalité augmentée est un symbole si fort de modernité : parce qu’elle est l’expression exacte d’un signe affiché sur une transparence.

Il suffit pour s’en convaincre de regarder les représentations que certains artistes ou que le marketing font de la réalité augmentée. Elles accentuent ce trait en donnant l’impression que la réalité augmentée n’a pas besoin d’écran, que les signes ne s’affichent pas sur un écran mais flottent librement dans l’espace, comme on peut le voir sur ces “anciennes” (!) vidéos “d’anticipation” humoristique de la réalité augmentée :

Il existe au moins deux types de réalité augmentée. Celle qui utilise la géolocalisation et le gyroscope du smartphone pour afficher des signes sur l’image de l’écran alors que celle-ci représente ce que l’on voit à l’oeil nu derrière (utilisation du smartphone comme appareil de visée (lien)). Et celle qui utilise la reconnaissance d’un signe par la caméra de l’ordinateur pour afficher sur l’écran de celui-ci une image en surimpression de l’image filmée par la caméra. Dans les deux cas, cela crée l’impression que les signes ou les images affichés flottent dans l’espace, sans écran. Dans les deux cas, c’est parce que l’image sur l’écran est filmée en temps réel et affichée dans le même contexte que la réalité qu’elle filme : on oublie donc l’image pour croire que c’est la réalité elle-même.

Réalité augmentée par reconnaissance de tag : l'image flotte dans l'air devant l'utilisateur.

Réalité augmentée par reconnaissance de tag : l’image « flotte dans l’air » devant l’utilisateur.

C’est aussi ce que montre cette courte vidéo :

Ou encore celle (prise au hasard) de l’application de réalité augmentée de General Electric.

Le magazine Esquire a quant à lui été redondant en montrant dans l’application elle-même des signes flottants autour du personnage :

Au-delà des applications de réalité augmentée, rêver à des signes sans écran est une tendance que l’on retrouve dans de nombreux contenus récents, et notamment des films, qu’ils soient publicitaires, documentaires, institutionnels, d’information ou autres. Les signes (surtout les textes, parfois les images) y apparaissent flottants dans l’air, comme s’ils n’avaient pas besoin d’écran pour s’afficher. C’est notamment le cas dans les films très esthétiques de Dimitris Ladopoulos :

 

 

Depuis le numérique, le motion design et la réalité augmentée, les signes, et notamment les textes, se rêvent de plus en plus libres par rapport à leur support matériel d’inscription normalement nécessaire.

Je rapprocherai cet usage de la volonté de certains artistes, designers ou créateurs de créer des représentations (c’est-à-dire d’afficher des signes) sur des supports les plus immatériels possibles.

C’est notamment le cas avec ce film très poétique intitulé Love is in the air, où des signes sont projetés sur la buée soufflée par deux amoureux :

 

J’interprète aussi de la même manière ce travail très minimaliste mais ô combien poétique de Brian Maffitt, qui a filmé de la lumière projetée sur des flocons de neige qui tombent :

De la buée, de la neige : même ce qui paraît le plus immatériel peut servir d’écran…

Pour finir, j’aimerai vous montrer la vidéo ci-dessous, qui d’une certaine manière prend le chemin inverse de ce que je viens de décrire puisqu’elle montre des personnes qui essaient de faire apparaître ce qui normalement est invisible, en l’occurrence des ondes Wi-Fi. Ils cherchent donc à afficher l’invisible, mais le résultat donne une impression d’affichage sur de l’immatériel puisque le tout n’est restitué qu’à travers des photos à long temps d’exposition d’un dispositif mobile qui créé une impression de surface plane d’affichage. Il vaut mieux regarder, ce sera plus simple à comprendre…  :

Voilà pour aujourd’hui ! Mais on n’en n’a pas fini avec la transparence car plus j’avance sur ce sujet plus je lui trouve des ramifications interessantes ! Rendez-vous donc bientôt pour un prochain article sur le sujet… (ou sur un autre sujet entre temps, qui sait ?)

 

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2 réflexions sur “De la transparence à l’immatériel : imaginer des signes sans écran

  1. Pingback: De la transparence à l’immatériel : l’émergence des hologrammes | Paysages numériques...

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